‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 22 sur 39 · C0UR · texte numérisé non relu

C0UR

on a constaté ce que la société est ponr Thomme , de quelle manière elle le modifie , et quel effet elle produit. sur lui. Il y a donc ici, comme en toute question du domaine de la morale , un antécédent et des données à emprunter à la psychologie.

En relisant aujourd'hui ce que je trouve écrit sur ce sujet dans le Coure de psychologie , il me semble que ma pensée n'a pas été assez développée , j'y reviens donc, afin de pouvoir ensuite, du fait mieux expliqué , tirer plus facilement les con- . dusions qui s'en déduisent.

Le fait est celui-ci : la société est pour l'homme une nécessité de sa nature ; il est sociable comme il est intelligent, comme il est sensible et libre , comme il est doué d'organes. On pourrait même dire qu'il est sociable , parce qu'il a toutes ces facultés ; car toutes l'entraînent vers ses semblables, toutes lui donnent le besoin de les rechercher ; de s'unir à eux , de vivre avec eux d'une vie commune. La société n'est pas son œuvre dans ce qu'elle a d'essentiel ; ce n'est point à lui qu'en appartient l'invention et l'institution; il ne l'a pas un jour rêvée , désirée et créée : il l'a reçue et possédée comme une condition de son existence ; la Providence seule en a fait les frais. Que si fré^ quemment il la modifie et en varie les accidens , les combinaisons et les formes ; que si même quelquefobil semble l'attaquer et l'ébranler , son pou-

voir ne va néanmoins jamais jusqu'à Pabolir entièrement ; le fond subsiste toujours ; et au moment même où éclate une de ces crises violentes qui remuent et troublent les nations , nombre de liens restent encore qui gardent toute leur force , et ceux qui sont brisés ne tardent pas à se renouer : l'ordre social a faibli , mais il n'a pas Mlli ; sou- * vent il n'a faibli que pour se relever et se reconstituer meilleur et plus parfait. Un individu peut sans doute , par un acte de sa volonté , renoncer à la société comme il renonce à la vie ; mais alors aussi il cesse d'être homme , et devient un être à part , qui n'a plus rien de l'existence et de la destinée de l'homme. Qu'on ne croie pas au reste qu'un tel acte soit facile et commun : on ne change pas si aisément les plans de Dieu sur ses créatures ; et , pour moi, je ne vois guère que le suicide qui ait la puissance d'une complète désassociation. La retraite et la solitude n'ont cet effet qu'en apparence ; elles sont anti-sociales pour le corps et non pour l'âme. Tandis que matériellement on se confine dans le désert, ou qu'on se dot dans une cellule , moralement et par la pensée , on est encore à la société , on l'a en soi , dans sa conscience, on l'y a présente et visible par tout ce qu'elle y a laissé de traces vives et ineffiiçables. Cette force de méditation, de recueillement religieux , par laquelle on se soutient durant ces longs jours de silence et ces veilles sans paroles , cette industrie

4 GOUES

si pauvre qu'elle soit ^ qu'on emploie à se nourrir, à se vêtir et à s'abriter , tout cela vient de la société ; la société est en tout cela. Il serait hnpos- . sible , à son défaut , sans l'éducation , les secours et les moyens qu'on lui emprunte , de satisfaire le moins du monde à la double condition de la vie de la solitude. On est seul en sa demeure , dans ses repas , dans ses travaux ; mais on ne l'est pas dans sa pensée , à laquelle participent sans cesse , par les impressions qu'ils y ont produites, lespa- . rens , les instituteurs , les moralistes , les légidateurs et tout ce concours de personnes dans le commerce et sous l'influence desquelles l'esprit s'est développé.

Les relations sensibles sont rompues , mais les relations morales subsistent toujours. Nul, à moins de suicide , comme je l'ai dit un peu plus haut, ou d'un entier abrutissement , ne dépouille l'être social , au point de ne plus tenir à l'humanité. Le plus seul des hommes est encore avec ses semblables en une certaine communauté d'idées et de croyances, d'affections et de volontés.

La société est une loi de Dieu. A ce titre , elle doit être et elle est excellente , d'autant plus excellente qu'elle est plus société , ordre plus vrai et mieux réglé de personnes unies ensemble pour leur commune perfection.

Voyez-la en effet sous ses aspects divers et d'abord dans la famille ; pour peu qu'elle y ^t se-

DE PS1L090PHIE. 5

Ion le^droit , elle ùih le bien de ceux qui la corn* poaent. Entre Tépoux et l'épouto , les parens et les enians , et les frères et les frères , grâce aux penclians de la sensibilité et aux lumières de la iraison , il s'établit des relations si puissantes et si douces, que tous nécessaires, tous bons les uns aux autres , ils concourent ayec barmonie , quoique avec diversité de moyens , à leur mutuel perfectionnement. Ici je prierai le lecteur de Touloir bien un moment reporter les yeux sur le tableau que j'ai traeé , en psychologie, des affections de famille : il y trouvera quelques idées qui me permettront de résumer celles que j'ai à exposer en ce moment.

Comment l'époux et l'épouse sont-ils à la fois l'un pour l'autre d'un secours si constant , si efficace et si doux ? Gomment contribuent-ils tous les deux , sinon avec la même vertu , chacun du moins avec sa vertu , à leur commune amélioration ? Je néglige le point de vue de la vie animale et matérielle ; il est trop clair , en effet , qu'ils n'en sauraient bien atteindre la fin sans l'union de leurs corps ^ l'association de leur industrie , de leur travail et de leurs ri<^esses. Je parle surtout de la vie morale : je considère ces deux âmesy et je me demande en quoi elles se conviennent et sijB satisfont mutuellement. C'est que l'une qui a en elle une pensée , une sensibilité , une liberté plus énergiques , plus de vigueur dans l'esprit, le

cœur et le caractère , des facultés plus puissantes, qui eu un mot est l'âme virile , n'est cependant pas forte absolument , et ne se suffit pas à ellemême dans sa laborieuse existence; elle a au contraire mille ^liblesses, mille pénibles nécessités qui lui font sentir à dbaque instant qu'il n'est pas bon qu'elle soit seule. Son intelligence a ses défauts, sott amour ses vides , sa volonté ses imperfections ; en tout temps , même quand elle est le mieux, elle pèche toujours par quelques côtés; l^le est la condition de sa nature. Elle a donc besoin particulièrement d'une âme qui, faite pour elle, et douée précisément des qualités qui lui manquent, la supplée, la complète, l'aida, la seconde et la soutienne dans toute cette partie de sa destination , qu'elle serait par elle-même trop peu capable d'accomplir. Cette finesse d'idées, cette délicatesse de sentimens , cette souplesse et cette douce patience de conseil et de résolution , .qui sont le partage de la femme et non le sien , il faut-, sous peine d'éprouver les plus tristes mécomptes, qu'elle les emprunte à une compagne assidue, dévouée, prête à se donner avec t9ut ce qu'elle possède d'avantages et démérites. L'homme vaut donc mieux , et jouit d'une plus pleine acti* vite , lorsqu'il a comme mêlé et lié à son existence^ une âme qui vient penser , sentir, et vouloir avec lui, vivre avec lui et pour lui, et lui apporter pour dot , dot réelle s'il en fut , et de toutes la

plus précieuse, la plus belle et la plus Bainte^ tout ce qu'elle a dans sa conscience de perfections morales. On ne saurait dire tout ce qu'il puise de bien et de bonheur dans le charme de cette union , et comblai dans ce ôommerce il devient plus fort et mieux armé contre tout ce qui peut loi arriver de mal et de douleur. Si surtout tant de bonté s'élève pour lui jusqu'à l'idéal , si la bonté devient beauté , si cette femme a quelque chose d'angélique et de céleste , comment sons son inspiration et avec sa douce assistance n'au-^ rait^il pas une vie meilleure , plus pure. et plus benretise ?

Mais ce n'est pas seulement sous ce rapport que rhomme gagne à être époux. Il est des vertus qu'il ne peut avoir qu'à ce titre et dans cette condition. Cette fidélité , qui consiste à garder son âme à l'âme à laquelle il l'a engagée ; ce dévouement de tous les jours à la compagne qu'il s'est donnée , ce soin de l'entourer de respect et d'amour, cet empressement religieux à la protéger, à la défendre , à la rendre pure ^ et honorée à ses yeux et aux yeux du monde ; ce culte , en un mot , qu'il lui consacre , et par lequel il s'ano- Mit , tient à l'union qu'il a contractée et aux devoirs qui en sont la suite.

Ainsi , dans cette espèce de société , qu'il reçoive ou qu'il donne, qu'il trouve appui pour sa faiblesse ou occasion pour sa vertu , il y a tou-

jours lieu pour lui à mieux accomplir sa destination.

^De même pour l'autre personne qui prend part à ce contrat. La femme, en effet, comme on vient de le voir, par toutes les Oacultés qui lui sont propres , par tout ce qu'elle apporte dans la Oaraille de grâce et de modestie , de facilité , et de tendres soins, et s'il le faut même de courage et de patiente résignation, a sans doute sa force i elle; elle est la providence du mariage pour toutes les choses qui demandent une expérience délicate , une attention discrète , une vive et exquise bonté ; elle y dispense les douces idées , les paisibles affections , cette sagesse de conseil qui vient surtout du cœur. Mais avec tous ces dons , cependant, elle est l'être faible, vis-à-vis de l'homme. Je ne parle pas seulement du corps , qu'elle a évidemment moins robuste et moins capable des grands travaux de l'art et de l'industrie ; mais au moral, quel besoin n'a-t-elle pas constamment d'une pensée près de sa pensée , d'un amour près de son amour , d'une volonté unie à la sienne , qui , plus fermes et plus mâles , les soutiennent , les assurent , les empêchent de fléchir, les préservent d'abandon , de mobilité et de mollesse ? car tels sont les défauts auxquels elle est sujette. Aussi réellement que cherche-t-elle dans l'époux dont elle fait choix ? un protecteur de son âme , un instituteur de sa vie , un ami sûr , qui , à la fois

bienveillant et éclairé , lui donne tutelle contre les tentations et les épreuves douloureuses auxquelles elle pourrait, par laisser aller, sucooni' ber misérablement. £lle recourt à lui comme à un pouvoir auprès duquel elle trouvera cette faculté de résister, de persister et de tenir bon , que d'elle-même elle n'aurait pas; elle se l'adjoint en quelque sorte pour contenir et soutenir par une activité pi us mesurée, plus concentrée, mieux gouvernée, son activité à ellennéme, qui est trop prompte, trop légère , trop mobile et trop inconstante ; et elle y incline d'autant plus, qu'elle sent bien que dans cette alliance elle n'est pas seule à recevoir , et qu'elle y apporte , pour sa part , un charme et une valeur qui lui sont tout-à-fait propres.

Voilà déjà une raison pour que la société !^njugale soit excellente à la femme. Il en est une autre qui se conclut de ce qui a été dit au sujet de l'homme , et que je me borne à indiquer. La femme a comme épouse des vertus toutes particulières : tant qu'elle n'a point ce caractère, elle n'a pas à satisfaire à des engagemens qu'elle n'a pas pris ; elle n'a pas les devoirs du mariage . elle ne peut en avoir les mérites. Qu'elle excelle alors comme mère , comme sœur, comme amie , elle a sa gloire et sa dignité; mais elle n'a pas celles auxquelles a droit l'épouse fidèle à ses obligations. Un tel honneur ne lui vient que quand,

après avoir accepté en sa conscience et devant là loi , celui qui s'offre et se donne à elle pour compagnon et pour époux , elle s'unit à lui de toute son âme , lui livre son existence , la lui soumet , la lui dévoue , et désormais sa moitié , à prendre le mot sérieusement , n'a plus rien a elle qui ne soit à lui , et non-seulement corps et biens , ce qui est »mple et facile^ mais esprit , âme , caractère ; ne dispose de rien que pour lui , à son intention et avec son assentiment. La femme, certes, en cette situation trouve une occasion admirable de développer et d'appliquer à un nouveau genre de vertu cette activité pleine de charme qu'elle possède au plus haut point ; elle croît en moralité, elle gagne en perfection , elle peut s'élever jusqu'à l'héroïsme , si les épreuves surviennent , et qu'elle les supporte dignement.

Voila ce que vaut pour les époux la société domestique ; elle ne vaut pas moins , comme on va le voir, pour les parais et les enfans.

Pour les enfans d'abord ; puisque sans la double providence que Dieu place auprès d'eux , en la chargeant en quelque sorte de créer, de conserver et de perfectk)nner à sa place , ils ne pourraient vivre matériellement (je n'insiste pas «ur ce point) ni se développer moralement , je m'arrêterai un peu plus à le montrer. Faute de -cette première éducation cjui éveille et initie l'esprit à l'intelligence et au sentiment , à la liberté

DE PHILOSOPUIE. 11

et à la voloaté; faute de ces lumières et de ces conseils, qui plus tard, qui toujours ont leur usage et leur influence ; £eiute de cette sollicitude attentiye, dévouée et prête à tout, qui ne les quitte jamais , que deviendraient les enfans ? quoi de plus triste et de plus malheureux que la condition de ces jeunes âmes, qui, condamnées dès le berceau à ne connaître ni parens , ni personne dont elles reçoivent les soins et Famour de parens, se trouvent ainsi jetées au monde comme de pauvres plantes délaissées, et qu'aa<^ cune main amie ne vient cultiver et aider à vi- . vre ! Ou quelque chose de sauvage , de rude et de révolté se déclare dans ces natures qu'aucune bonté n'accueille, ne cultive et ne dirige; ou une accablante mélancolie et un sombre désespoir les flétrissent et les abattent. L'esprit de fer mille seul, soufflant sur ces tendres germes et les tempérant ou les pénétrant de ses vertus bienfaisantes, aurait pu les développer avec leurs qualités naturelles ; mais ils n'ont éprouvé qu'inclémence et abandon , ils sont restés seuls et sans appui, et seuls, sans appui, ils ont soufr fert et dépéri , ils ont manqué leur destinée.

Telle est la nécessité des parens pour les enfons. Quelle est maintenant celle des enfans à l'égard des parens ?

Elle est tout aussi réelle. Les parens n'ont pas sans doute les mêmes besoins que les enfans , mais

ils en ont d'autres pour lesquels la présence des enfans leur est en quelque sorte indispensable. Sans parler des misères que l'âge amène à sa suite , des maladies, des infirmités, du chagrin et de la solitude qui remplissent trop souvent les derniers jours du vieillard , et auxquels la piété filiale peut seule être un adoucissement; sans parler non plus de ces malheurs dont nulle vie d'homme n'est exempte y de ces pertes de biens , d'amis et de patrie , de ces mécomptes et de ces traverses qui surviennent à tout instant, et pour lesquels aussi il n'y a rien de mieux que le dévouement d'un fils ; n'est-ce pas pour les parens une satisfaction infinie que de voir leur union cimentée et complétée par le don qu'ib se sont frit au sein du plus doux des mystères , d'un être qui vient d'eux , qui est leur fruit et leur image , le gage vivant de leur amour , le symbole animé de leur foi , et qui par l'attrait de sa présence les appelant sans cesse à lui , les rapprochant en lui , maintient, assure et resserre, renouvelle et fortifie leurs saints engagemens ? N'est-ce pas pour eux un très-grand bien et une excellente condition de paix , d'harmonie et de commun perfectionnement ? N'est-ce pas aussi une circonstance singulièrement favorable au bonheur de leur société que l'intervention de cette jeune âme , qui , parmi les affaires et les soucis des choses graves , y apporte avec innocence ses jeux naïfs et ses

DE PHILOSOPHIE. l^

Ifrnces; mêle au sérieux de tfeur existence ses joies et sa gaité; tempère par des caresses leurs pensées souYent pénibles ; anime , charme , recrée et enchante leur existence ?

Il est encore une considération que Fon peut faire valoir. Les parens tiennent de leur caractère une mission toute spéciale ; chefs de la famille , ils doivent en être la providence et la garde ; ils doivent la gouverner , Itli tracer les règles de vie qu'elle a à suivre pour son bien , voir si elle les suit fidèlement , et faire en sorte qu'elle ne s'en écarte pas. La tâche est grande sans contredit, et il n'y a qu'un père et qu'une mère qui sachent tout ce qu'elle entraîne de soins et de soucis, alors même qu'elle s'accomplit avec le plus de bonheur et de succès. Mais elle n'est pas moins belle que laborieuse , et à la remplir avec dévouement il y a un des plus rares mérites dont puisse s'honorer l'humanité. C'est mieux que de ùAre le bien pour soi seul et dans sa seule personne , c'est le foire aussi dans autrui ; c'est prendre en main à la fois sa destinée et celle des siens, et les développer également selon l'ordre et la raison; c'est être homme et faire des hommes. Faire des hommes ! appeler à la pensée , à l'amour et à la liberté , c'est-à-dire à la vraie vie , des êtres qui à leur naissance n'ont guère que l'animalité; étudier , exciter , cultiver bien longtemps, chaque jour et à chaque heure , Tes facul- IV. 2

tés qu'ils ont en eux, leur apprendre à s'en servir , les rendre capables de divers offices qui les attendent dans Tavenir; faire des homm^, je le répète, y a-t-il plus haute vertu? Après Dieu d'où tout procède, et ses grands représentans auprès des sociétés générales, après ceux *qui civilisent, qui humanisent les masses, la place n'est-elle pas aux parens , qui eux ausa sont appelés à civiliser et à humaniser ? £t à ce titre n'ont-ils pas sinon la gloire, qui ne va guère qu'aux œuvres d'éclat et de grandeur , du moins une dignité et une majesté intimes qui ne manquent jamais aux actions vraiment bonnes et méritantes ? Us trouvent donc réellement dans leurs relations domestiques une admirable occasion de se rendre meilleurs et plus parfiaits*

J'en dirai autant, mais en deux mots , des rapports de frères à frères. On conçoit en efiet sans peine que c'est au sein de ces rapports que naissent et se fortifient toutes ces excellentes halntades de franchise , de confiance , de vive et pure amitié , auxquels des enfans de même sang , pour peu qu'ils soient bien nés et bien dirigés dans leurs penchans, ne peuvent manquer d'être amenés.

On comprend également biei^ qu'il est tels besoins de cœur que la sympathie fraternelle peut seule connaître , apprécier , soulager ou satisfaire.

Ainsi la famille est bonne à l'homme.

SECTION IL

Du bUn de rame dans ton rapport avec la société politique.

YoTOiiâ mainteBant l'état. Je ne le définis pas , je ne le considère pas dans son point de vue abstrait; je le prends dans ses élémens, dans les personnes qui le composent , dans ces âmes qui forment ensemble non plus seulement une famille, mais par delà la famille, eft sur une plus large échelle , une société d'un nouvel ordre, dont le lien est eu général une certaine communauté de raoe /de mœurs , de croyances, d'intérêts et de besoins , de condition en un mot , et par suite de destination. Qu'est-ce que l'état est à ces âmes , que leur fait^il , à quoi leur sert-il ? Je me bornerai à indiquer ici, mais plus tard j'y reviendrai , une idée qui est capitale dans la solution de cette question ; c'est celle de l'inégalité à des degrés infinis qui règne entre toutes ces âmes; il faut que je l'oppose de front au préjugé de l'égalité , en apparence très-plausible , mais au fond faux et antisocial. D'égalité entre les hommes , jl n'y en a pas , il ne peut et il ne doit pas y en avoir. L'égalité n'est que pour les nombres ; pour tout le reste il y a similitude , et la simili* tude n'est nullement la contradiction de l'inéga

Page 1