‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 24 sur 39 · DE PHIL080PUIS · texte numérisé non relu

DE PHIL080PUIS

selles; c'est le principe et le. lien de toutes leurs convenances ; e*est le fondement de leur union. S'ils n'étaient tous de tout point, et partout et tou* jours, qu'une exacte répétition et qu'une copie les uns des autres; s'ils se valaient tous les uns les autres et n'étaient entre eux que comme sont entre «IX un et un et un encore, etc. , dans la parfaite identité de leurs besoins et de leurs facultés, ils n'aa> raient rien à donner, rien par suite à recevoir, ils ne pourraient faire aucun échange, avoir entre eus aucun commerce , ils resteraient solitaires , ou du moins incapables de former une intime et véritable association. Ils sont je ne dis pas condamnés, mais destinés pour leur bien à une continuelle inégalité. Aussi de toute part les voyez-vous se distinguer et se classer en inférieurs et en supérieurs; en inférieurs et en supérieurs que constituent l'organisation , l'éducation, la richesse, les aptitudes diverses, les dims variés de l'esprit, et une foule d'autres circonstances tant nécessaires que volontaires ; de toute part , qu'on les considère , soit sous un rap> port soit sous un autre ; qu'on les envisage physiquement , moralement, politiquement , etc. , on les voit se diviser en deux classes distinctes, qui elles-mêmes se nuancent en degrés infinis; on les voit se partager en forts et en faibles , ce qui ne * veut pas dire, qu'on le remarque bien, en oppresseurs et en opprimés (car l'opprimé , à mon sens, est souvent le meilleur, le plus digne, le

pl«s fort, et Fopfvresseur ]e plus faible ; la mesure véritable de la force et de la faiblesse étant daas la vertu et la puissance morale et non dans la possession du pouvoir matériel), mais en personnes plus capables on moins capables de bien faire, en hommes plus avancés ou moins avancés dans leur destination. Bes forts et des faibles, et les rapports naturels des premiers aux seconds, voilà le fond de toute société. Dans la famille , c'est évident, ce ne Test pas moins dans Tétai; l'état comme la famille a ses forts et ses faibles; il a des supérieurs et des inférieurs, et il n'a pas autre chose; il ne comprend point d'ég;aux. L'égalité devant la loi, qu'il reconnaît et proclame, n'est pas et ne peut pas être une institution de nivellement; elle n'et^et ne peut étrequ'un principe d*équité, qui loin d'être en opposition avec les inégalités légitime^, les admet, les suppose , et déclare, en conséquence, qne chacun doit être traité s^n son mérite et selon ^s oeuvres, placé selon la justice : les plus sages, les plus habi^ les, au-dessus des moins habiles, les bpns au-dessus des mauvais, l'innocent au-dessus du coupable. Tout autre sens donné à cette égalité devant la loi serait abeurde et en contradiction avec Tordre et le vrai droit. Que tous les citoyens soient admissibles aux fonctions auxquelles ils sont propres ; que tous trouvent devant les tribunaux la protection qui leur est due, ou la punition qu'ils méritent; rien de mieux , car il n'y a là qu'une application intel-

lîgente de la maxime qui veut qu'on rende à chacun CQ qui lui appartient; il ne s'agit plus alors de niveau, mais d'estime et de balance; il is'agi(, de l'appréciation comparative et relative de qualités souvent très-diverses et très-nnaneées. Faire de l'un un ministre et de l'autre un commis; de celui-ci un général, de celui-là un soldat; protéger l'offensé et punir l'offenseur ; distribuer ainsi les rôles et les situations politiques, selon la justice et le bon droit; tenir compte, dans ces arrangemens , de toutes ies capacités et de toutes les moralités , ne pas faire prévaloir celles qui valent moins sur celles qui valent plus; mais, au contraire, subordonner les premières aux secondes , les abaisser même, s'il le faut, et les réduire à leur rang ; relever et remettre à leur place celles qui ont été méconnues; déclasser et reclasser quand ce changement est nécessaire; dans tous les cas , classer , ordonner et employer tous les membres de l'association en vue de ce qu'ils sa* vent , de ce qu'ils veulent et de ce qu'ils peu* vent ; -voilà la juste mesure, l'égalité vraie devant la loi ; si elle était autre, elle ne serait que trou* ble, injustice et violence; elle constituerait au détriment des plus habiles et des meilleurs, ei au prdGt des moins bons , le plus faux , le plus monstrueux. et le plus délestable des privilèges* L'égalité devant la loi ne peut et ne doit être qu'une ^Açon d'hiérarchie et qu'une harmonie

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politique. -Je le répète, dans Tétat pas plus que dans toute autre forme de société ,âl n'y a pas, il ne peut pas y avoir de véritable égalité.

J'avais d'abord pensé à ne toucher ici cette idée qu'en passant et par aperçu ^ mais puisque j'y suis et que les développemens se présentent et viennent d'eux-m^es , je ne les ajournerai pas , je les donne de suite.

Dans nulle société l'égalité n'existe , lors même qu'elle en semblerait la base et la condition. J'en propose pour preuves deux exemples frappans : les corps savans et militaires. Les simples soldats , dans ceux-ci , sont tous soumis à la mérae discipline^ obligés au même service, commandés par les mêmes chefs, placés,, en un mot, dans les circonstances les plus favorables à l'égalité; sont-ils égaux néanmoins ? £n aucune façon. N'y a>t-il pas l'ascendant des plus braves sur les autres? les meilleurs ne sont*ils pas un exemple , une autorité, un pouvoir réel pour leurs camarades ? le vieux soldat qui a fait ses preuves n'est-il pas pour les plus jeunes comme un maître, comme un chef qui , lui aussi , au nom de l'expérience , de l'habileté et du courage, obtient, dans l'occasion , respect et obéissance ? Puis de celui qui , à oe titre, est le premier et passe avant tous, jusqu'à ceux qui ,. sous le même rapport, se trouvent placés en dernière ligne , n'y a-t-il pas une foule de degrés et de distinctions variées qui rompent de

DE PHILOSOPHIE. Si

toute manière lear prétendue égalité ? De même pour les saTans z dans les compagnies auxquelles ils appartiennent, à ne regarder c(ue la règle écrite , ib semblent tous aller de pair et n'avoir des uns aux autres ni infériorité ni supériorité. Mais observez de plus près , et vous jugerez que là aussi , sous un niveau apparent , il y a une foule de diversités et de gradations réelles. Les Laplace, les Gttvier y seront les princes et les rois; et les autres y paraîtront , je dirai presque leurs ministres , leurs gouvernés et leurs sujets. Cette aristocratie du génie ne tombe et ne plie pas devant de viaines conventions , et Tempire que ne lui labaerait pas un ordre faux et arbitraire, le bon droit et la raison le leur rendraient aussitôt ; d'cs^ pritiià esprits , même lorsque tous sont d'élite , il y a toujours des distances, des disproportions et des rangs qui, à la place de Fëgalité, donnent une véritable hiérarchie. Vous parcourriez midntenant toutes les espèces d'associations , associations ' commerciales , politiques et religieuses , associa^* tiens aussi diverses de buts que de moyens, et elles vous présenteraient toutes constamment ce caractère commun : inégalité, subordination, in-* fériorité et supériorité. C'est qu'en effet , de l'homme à l'homme , s'il y a toujours similitude il n'y a jamais parité.

Point d'égaux dans l'état , mais des forts et des faibles , et des relati<ms de forts à faiUes ; or ici

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comme dans là famille, si les premiers iaont nécessaires à rexislenoe des seconds , ceax-c^ sont à leur tour indispensal)les à oeux-là* Daas la famille, nous l'avons vu , le mari et la femme , les parens etles enfans, les aines et les plus jeunes, sont tous nécessaires les uns aux autres. Les forts y sont faits pour les faibles, et les faibles pour les forts. De même dans la cité ; Ips forts et les faibles de Tordre politique sont comme ceux de Tordre domestique ; ils ont des besoins à satis&ire et des mérites à acqu^ilr , qu'ils ne sauraient satisfaire ni acquérir hors Tunion qu'ils forment entre eux. Les forts, les. m^lleurs, ceux q«« leur habileté et leur sag^esse placent à la tête de leurs Semblables; les vrais pères de la patrie, ces âmes qui ont cbarge d'âmes, non plus seulement dans le cercle étroit d'une société de quelques personnes, mais dans la grande société qm comprend les familles , les tribus et les races ; celles surtout sur lesquelles pèse au premier chef et en principe une si haute responsabilité , ne sentent pas la gravité de la mission qu'ils ont à remplir , sans éprouver un trouble profond , de grands ennuis, des peines amères, de longues et vives appréhensions. Le gouvernement des hommes est si triste , il impose de si saintes'et de si dures obligations , il exige tant de dévouement, c'est en un mot une si rude épreuve , que ceux qui sont appdés à le pratiquer doivent trouver

autour d'eiKi assentiment» concours, amour et reconnaissance ; sans quoi , comme on dit /ils n'y tiendraient pas. Quelque héroïque que soit un homme, et quelle que Boit sa résolution de ùarû le bien jusqu'au bout , de n'épargner dai» ce des*sein aucune espèce de sacrifice, d'y engager sans réserve son repos , sa fortune , son honneur et sa Tie; si grand , si ferme et si pur que soit un tel oaractère, croyez-moi, il est impossible qu'à la longue , s'il désespère de rien gagner sur les es* prits, de se lesreqdre plus dociles, plus fidèles et plus amis , il ne fléchisse et ne succombe sous de telles difficultés. Il n'y a pas de nature si pleine, si parfaite, si capable de se suffire à elle-même , que le délaissement , l'abandon et une implacable hostilité n'attristent profondément, nb fassent languir et n'abattent. £t yoilà pourquoi les forts dans l'état ont un d vif intérêt à s'attacher les fai* blés, à exciter leur sympathie et à obtenir leur adhésion; ils sentent que c'est d'eux, et d'eux seuls, que peuvent venir ces encouragemens, ce» vœux d'amour, ees applaudissemens et cettje gloire qui ne font pas la vertu , mais qui la soutiennent , la vivifient, la provoquent ou la récompensent* Aussi jugent-ils , lorsqu'ils ne sont pas aveuglés par l'orgueil et l'ambitiw , que la foule dont ils sont les guides , les instituteurs et les défenseurs , loin de leur être inutiliB , leur communique par sa présence , sa faveur et son appui , une bonne

partie de Ténèr^e qui lear est néoessdire pottr remplir leur haute et grave misràim. Mais il est encore une autre rai«on pour laquelle ils ont à féliciter d'aroir la foule autour d'eux. N'est-ce pas à cette position , quand ils savent en profiter, qu'ils doivent leur grandeur et ces mérites émir nens qui sont le partage exclusif des hommes placés à la tête des sociétés ? Bans toute autre condition ils auraient pu s'honorer par des actes dignes d'estime, ils auraient pu se dévouer , se sacrifier obscurément , et ce n'eût pas été une raison pour avoir moins de mérite ; mais ilfl n'auraient eu que les mérites et les vertus de la vie privée. Or il s'agit ici des vertus de 1-homme d'éikt , il s'agit de la sagesse el des lumières du législateur , de l'équité du magistrat, de la valeur de l'homme de guerre ; il s'agit du patriotbme que les chefs des nations , quelles que soient leurs fonctions et leur part du pouvoir , sont appdés à déployer au milieu des obstacles et des périk de tout genre dont ils sont environnés. Eh bien ! celui qui possède quelques-unes de ces qualités, les puise sans doute en lui-même , dans sa libre volonté, mais aussi dans les circonstances au milieu desquelles il est placé , dans ses relations avec ses concitoyens, dans son rang et sa position. C'est parce qu'il est au nombre des forts , et qu'il en remplit bien la mission ; c'est parce que , comme fort , il a des devoirs xlont il s'ac-

quitte avec honneur, qu'il est hooornie public oonf^dérable , quHl devient grand citoye». Réduit à la vie commune , comme il n'aurait pas eu semr Mable tâche , il n'aurait pas eu semblable, gloire. Il était peut-^tre nécessaire d'iasirter un peu sur ce point , afin de faire voir que les forts gagnent et profitent règlement à leur relatioh avec les faibles. Quant aux faibles , c'eiM; un fait d'unjB trop claire vérité pour qu'il faille en donner au long les preuves et la raison. Je me bornerai à dire que les faibles , et non les opprimés , je prie toujours qu'on le rraiiarque bien , non les vaincus et les conquis , les serfs et les esclaves , ceux-là aussi sont faibles, mais par l^ violence et contre le droit; que les fiaibles, les vrais faibles, ceux qui le sont par leur nature et le^ décrets de la Providence , qui le sont parce qu'ils cmt moins d'expo* rîenoe et de sagesse , retirent , par là même de l'état, une incontestable utilité. Us y trouvent, quand du moin» il est dans l'ordre et selon la loi , des tuteurs et des^ défenseurs , des guides et des appuis; ils y trouvent, en tous leurs besoins matérieb et moraux , des personnes qui se chargent de toute cette part de leur destination qu'ils ne sauraient accomplir eux-mêmes, qui pourvoient non-seulement à leur sûreté et à leur bienêtre, mais à leur prisée, à leur conscience , à leur vie spirituelle, et travaillent en même temps à exciter , à diriger , à protéger leur industrie, et

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