‹ Cours de philosophie, Volumes 3-4Chapitre 32 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

IV

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trionpbes^ son géaie ; il soufiire les délûliaBeés et des chutes fâdieasefr de oette haute fstcuHé. Ces laîblesses passées, et lorsqu'il est dans ses no* mens de facRité et de erëation , non-aealein«it il ne soaffre plus , mais comaie Dieu q^'il nnîte, il a de divins tressailleniens , et va^i de félicité, il hii importe assez peu qu'à ses pieds et dams mie autre sphère , s'arment contre lui de petits intérêts ou de mauvaises passions; il est trop plein de hii-méme pour être troublé de bes migres, il est et reste heureux autant , du moins , que d«re pour lui le s^itiment de la viotoire, la fin es Iviméme et l'enthousiasme.

Le bien de la pensée est donc une sonree de bonheur.

On doit en dire autant du bien qui tient à la sensibilité. Toutes les foi&» en efiet, que noiis sentons- nos affections suivre leur cours naturd et se rapporter avec tîouTenance à leur objet vé* ritable, nous hoQsféKi^tons intàrienrement^veûr notre âme démer, rediercl^r ce epii lui convient, tepousser ce qui lui est contraire. Il y a unedovee itetisfaction à san^r qu'elle évite ainsi de fàebeux éntraînemens, et qu'aulieu de céder à de funestes penchans, eUe se Kvre avec sagesse à de droites et nobles inclinations. Si ce ne sont pas encore là des mouvemens qui suffisait à nos yeux à l'entière pro» duction du bien , ce sont au moins desdispositioiM qui y concourent admirablement , et persuadés

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que ]m oomineiicaniéiil de tout progrès yen la perfeotion est de Taîner en elle<^iiiéiXie , d'aimer teat ce qui s'y rapporte, et de répugner à tout ce 'qui s'en éoarte ^ no«a n'arens pas plus tét re*: >eonnu en noua oes pemdiaaB de notre codur» que tx)mnie à un symptèaae de Traie force , nous sonF- -mes heureux de cette vertu qui s'e&saie et s'an- B^nce » et que noua nous plaisons à notre lèle, en attendant que nous nous plaisions à nos œuvres •et à nos actes. Ainsi , la sensilnlilé dans son axei^ -eioe légstii^, a ses plaisirs comme l'intelligenoe; 4V>rdre y est comme dans l'ioteiligenee une cause in&iUible de oontentoment.

La Tolonté dans les mêmes conditions est suij?ie des mêmes effets. Aveugle , brutale et enpoi»tée , manquant d'élan ou de constance , de oour rmgo ou de résignation, âdble, en un mot, de quelque façon elle nous lait peine et nous rend âristos. Nous soufiWms de ne valoir pas plus par le coBsml et la résolntion. Mais qu'au oontfaire ^ trile ne se déploie que par des motifs éclairés, qn'elle se montre à propos patiente ou énergique, persistante et tenace , ou rapide et vigoureuse , excellente, par 4à même, elle est pour nous, dans la conscience, une source inépuisable de iMinheiir et de joie. Quel bonheur, en effet , que de se dire a soinnême : Je veux , et je veux bien ; je marche en ma liberté vers le but qui m'est rqué , j'éqeirte ou je renverse les obstacles qut

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œ^arréteiit , je ckerehei et je nr^aasure les secours tjui me sont bons ; les forces amies , je me les domie fit m'en fais des auxiliaires; les £oroes ennemies , je les coiÉl^ts, je les dom^ ou m'«n déliyre; je -me pose de ma personne et^ face de la soeiété , et «i elle est dans l'ordre je la re^ecte , siuoa je 4âclie de la réformer ; de ma perscmne aussi j'ahorde la nature , et par l'art ou l'industrie , je bû imprime ma pensée et la modifie selon mes idées! 4!)ertes, il y a grand pkkir à se rendre ainsi à soi^ même témoignafçe de l'empîre qu'oi^ exerce légitimement et sur ses propres facultés et sur les puis^ sauces extérieures; c'est mémo une jouissance d'autant plus pure que comme elle nait du développement et de l'action de la volonté , elle n'est pas sujette à être troublée , à passer et à s^évanouir, ainsi que celles qui tiennent à des causes latales et nécessaires.

Je passe à l'e^èce de bonheur qui vieut du luen physique. Le bien physique , qu'où se le rap* pelle , consiste dans l'application raisonnable de notre activité morale à la conservation , au perfectk>nnement et au bon usa^ des organes. Or , jamais nous arrive*t-il d'avoir la sensation de quelque partie de notre corps qui souffirait et cesse de souffrir sans éprouver aussitôt une impression de bien-être? De même lorsque nous nous apercevons que le jeu de quelque appareil devient plus facile et plus parfait, qu'il s'en^rioîe

avec plttsdo tuéoès à Texpresuon ou à la locolaotîon , qu'il se prête mieux par là même à la production de nos idées, ne 8omme»-nous pas sa^ tis£ait8 ? Et quand nous remarquons que c'est à nos soins que nous deyons ces résultats; que santé, ap^ude , adresse et forces organiques , nous de^ vont tout, sok à la tempérance , soit à rexeroice inte^igent de nos diverses £Dnctions vitales , ne sommes-nous pas heureux de ces qualités, comme d^autant de biens que nous ont valu notre modé^ ration et notre sagesse ? Il est un exemple frap^ pant de l'espèce de plaisir que donne la vie physique, se développant avec art sous l'in* âuence de l'esprit, c'est celui de l'orateur. Ju'orateur animé d'une conviction piofonde et ardent À la communiquer, n'a pas plus tôt senti sa parole docile se plier à sa pensée , et prompte, juste et chaleureuse, en suivre tous lesmouvemens , en exprimer toutes les nuances et la port^ 4oute vive à ses auditetirs captivés , qu'indépendamment du succès qui l'attend au dehors, il y a pour lui un bonheur de nerfs et d'organisation, nn enivrement de paroles, une volupté du bien dire, qui sont certainement pour lui le prix le plus doux de ses effi)rts. Chez lui, l'âme a mieux iait que vaincre la matière , elle l'a associée à son action , employée à ses œuvres ; elle en est plus forte et plus parfaite , par suite aussi plus heureuse.

ISA GOim»

Lé bien physique oonsiste aussi dan» \t» l^gîtî^ mes modMcatiotis que rhomme , au moyen de sot organes et des instrumens dont il les anle ^ fait subir à la nature , soit dans un but d'mtilité , soit dans un but de beauté. Si donc, grâee à son in^ dustrieuse et active économie, il s'^ acquis labo*^ rieusement des richesses qui l'honorent , oottSMat n'aurait'il pas eontentonent à les posséder et es user P Puisqu'elles son^ sa conquête , uim preuve de son habileté , un progrès de son activité se pro^ dttisant au sein en monde , comment n'y trouverait-i! pas sati^ction et plaisir ? C'est du travail excellent , c'est presque de la vertu ; il le voit et le sent, comment ne pas s'en féliciter? Il oe serait pas homme s'il ne joiûsisait pa» de cette partie de sa destination n convenablement menée à bien.

Que si vous regardes les œuvres d'art dans lesquelles l'âme est parvenue à empreindre de poésie les élémens de la matière, vous eoncevet égaie» ment qu'achevées avec puissance , elles le sment aussi avec délices , et qu'elles donnent le bonheur en signe du bien qu'elles réalisait Michel- Ange, à la fois peintre , sculpteur et architecte, ne dut-il pas avoir y n'eut^il pas de la béatitude du créateur , de ces indicibles voluptés qui naissent au cœitr du vrai poète , lorsque après de longs jours de solitude et de travail , maître enfin de son sujet , il avait écrit sur une fresque , formulé dans

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à^ ffiarinre , dUairibaé mhv^c harmènie dahf^ .toute la ywéié d!«ia édifice v quelqu'une de eea peii«flées'dogmes AobJL il était âa^iré ? Les âé|^ùtf AB lui uMinquaieui pas , et je ne park que de €euj^ qui tenaient aux difficultés et àuic rut des pratiques de son art. Se prc^onds ennuis el de vives angoisses assiégeaient ce fort génie, quand ffirfois il se sentait languir et défaillir devant d'iminenses «dwtadbs ; mais si c'étaient là des motmens de douleur et de larmes , c'^t que e'étaieni aussi des momensde fatigue et «d'intpuî^ssance, îlen avait d'auires oùTartiste, divinement grand en lui^ était pftr cette raison même divinement heureux. . U y a dans toutes les espèces d'aetioUs dcmt je yiens de parler la plus constante relation entre ie bitti et le bonheur^

U en est de mène de toutes celles qui ont la so*> ciété pour ol^et.

Qu'on les . passe ^[1 revue , et l'on reconnaîtra qu'il n'en est pas une qui soit bonne et ne soit pas heureuse. Respecter la propriété d'autrui , resr 4>ecter soii honneur , sa personne et sa vie , être fidèle à la foi jurée , tenir ses engagemens , dire la vérité et ne pas tromper , etc. , tout cela est de la justice ^ de l'honnêteté et de la probité ; tout cela est de la vertu. Or ^ quiconque accomplit exactement ces divers devoirs , éprouve à coup sûr en y pensant, une douce et pure émotition; il se s^nt et se juge fort de son obéissfince à la loi^ et

il t'ÉpplaiMUl de cetle e^adoite : agir aatreesenl oèl été ne dégrader el se corron^re , se rendre ooapaUe de faiblesse , de faute et pent^'ètre de crime , se jeter dans le mal et y trouyer le re* merds. En échappant par une bonne vie à cette honte et à ce péril , on jouit à juste titre de son Intégrité et de son innocence ; il y a certaineHient là de quoi être asseï heureux. Mais ce plaisir de n'ayoir pas failli doit être yif , surtout, quand pour rester irréprochable , il a fallu courageusement ou braver un danger, ou résister k une tentaticm, et peut-être sacrifier ses plus diers intérêts. L'héroïsme en ce genre a certainement , dans les joies qui lui sont réservées , une incomparable récompense. Non que je prétende qu'il n^it pas aussi ses tristesses et ses amertumes ; car il n'est pas tout héroïsme, il ne l'est passai» défisiut, et quand il n'aurait d'autres imperfections que ceHes qui sont inhérentes à la nature de l'humanité , il en aurait trop encore pour n'être pas vulnérable et misérable par quelque côté. Hais ce qui fait alors souffrir l'âme, ce n'est pas ce qu'elle a d'hé* roîque, c'est ce qu'elle a de faible et d'infirme, ce n'est pas le Dieu qui est triste en elle, c'est l'homme, c'est la créature , c'est la force limitée , combat^ tue et coupable et non la force victorieuse, triomphante et excellente. La sainteté absolue n'est guère une habitude , elle est plutôt une rare et sublime élévation , que précèdent et que sui»

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^eMàemmx^ haates perfeciions et soaiycAit même dés faiblesses , et par ccmséqueiit aussi ses joies se mêlent de tristesses qui les troublent et lesalté^ rent ; mais si elle était abso]ue,elle né sérail que félicité , et Bleu qui est la toute saiateté est aussi la toute félicité. , '

Quoique ces réflexions s'appliquent également à toutes les vertus sociales, je crois cependant .devoir encore présçQter quelques obseryatîonB relatives à celles d'entre elles qui ont le cai^e* ière de la bienveillance. Par quels actes en gêné* rai s'exercent et se développent-elles ? par le pardon des injures , le souvenir des Inenfaits » le xèle à secourir , à consoler les malbeureux , le dé^ vouement à la patrie ,^à la famille et à l'amitié , etc. Or, à prendre ces actes en eux-mêmes , et abstrac* tion faite des circonstances qui les accompagnent trop souvent , telles que les hésitations t les langueurs et les efibrts incomplets , à ne les considérer que quand ils sont achevés , ils attestent une volonté qui est enfin parvenue à se montrer ver-» tueuse ; certes alors , ils ne sont pas un S4^t d'amertume , et les afflictions qui les traversent ne jBOnt pas leur effet , mais celui des faiblesses qui s'y trouvent mêlées. Bans ce cas « le cœur qui souffre ne souffire pas de ce qu'il se sent assez puissant de générosité , de pitié et d'amour pour accomplir un beau devoir , mais de ce qu'il ne se sent aussi puissant qu'à grande peine et qu'au

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ptix delà h^lé etdu oômiifil. il est triste de ce ^Hl y a en lui et défituts volontlûi^ids ou d'i^rmités naitirèlles : mais de oe qu'il a de 'rerta , d'étiergie libre et bien r^lée, il est heureux, uni*quêtaient beureux. Trop souyeut tt y a éevoi hommes dans celui qui s'honore par qudque (ptuid flacr^fioe : il y a rhonune de Fintérôt, de rombitîon, de k veugeattoe, le mauirais honmie eu un mot; et puk celui de rabnégation > de la oHarité et de la bouté , rhoiume exoellent y pour tout dire. Le pr^ mier seul a des regrets , du» raéoofnpies et des ^agrins; l'autre n'a que dHntîmes et célestes jouinanees.

^ Ainsi dans nos rapports avec la soeiélé comme dans nos rapports avec k nature nous n'arriyons jamais au bien sans arriver au bonheur.

il ne reste plus qu'à savoir si les choses se passent ainsi au sein de k vie religieuse.

- Or comment en douter ? La vie religieuse Incn entendue ne résume^^le pas en elle toute espèoe de bonne vie ? ne oonsisle-^-«lle pas à se eonfonuer à Tordre universel et par cela même à toutes lois qui dérivent de cet ordre ; à s'unira bi|9U et en Dieu à tout oe qui vient de lui^ et atteste son action créatrice et conservatrice ; à «'élever de la sorte à ee degré de vertu , ok l'hu- Uiauité presque divine n'a plus de ses imperfee» tions que celles qui sont k condition même et k conséquence de sa nature ? Si Idle est la vie r^

%ienM f y Ml jmpotMhlo qn'dlle ne ml pas^ hea^ relise et qae tootes les joies ne se^ réaniaseiit pm dans ses profondes ett saîales jeies, puisque t'homme de Dieu , tel que je le comprends , est l'homme ck bien sous tous les rapports , et qu'eieellent à la fois par toutes ses facultés il couronne tous ses mérites par un dernier et suprême mérite , il ne saurait être si complet , )e sentir et ne pas goà^ ter la plus pure félicité, Que d'allégresse en effet» que de rairissantes extases > que d'indicibles dé-» Uoes dans la eonseience qu'il a d'être une Âme selon la grande âme , une force selon la grande force y une providence , eu un mot , qui cUs» IS; mesure de ses moyens coneourt avec le créateur, à la" beauté de la création , et participe humaine-, ment aux merveilles de l'univers ! Hais quand la vie religieuse n'aurait pas cette idéalité , quand, elle ne s'élèverait pas à cecaraetère de pureté angéliqne , qui n'est le partage que de ()[iieli|uesf oœurs, alors même qu'elle ne serait pas sainte^ mais simplement pieuse , comme elle renfermeraitencore assez de bien et de vertu , elle donnerait aussi assez de bonheur et de joie. Le bonheur y serut comme toi^onrs en raison et »n proportion du bien.

Je craindrais de prolonger sans nécessité le développement de cette vérité , en montrant qu'il en est du beau moral exactement comme du bien, et qu'il a toujours ]>our effet , à l'^rd de ceux

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quile sentent en eux une TÎve émotion de plamr.' It doit être évident que puisque le beau n'est que le bien à un degré excellent, un seul et même rapport unit le bonbeur à l'un et à l'autre. Il £siut seulement remarquer que comme le beau est le bien porté à la plus haute perfection t ^ bonheur dont il est la source a quelque chose de plus exqub que celui qui nait du simple bien. On est satisfait d'une bonne action , d'une belle action on est ravi ; il y a contentement , mais il n'y a que contentement à faire son devoir ayec probité ; il y a félicité à le faire ayec un noUe déyouement>4}u'on repasse dans sa pensée toute la suite des exemples que je viens de parcourir et qu'on juge si dans chaque cas , l'homme n'est pas plus ou moins heureux selon qu'il est plus ou moins vertueux.

Il y a de bons esprits , il y en a d'exeellens* £h bien i pense-tron que les premiers trouvent « dans l'exercice de leur intelligence, des plaisirs aussi vifs , aussi purs et aussi profonds que ceux qui sont le partage des seconds.

Le bons sens a son prix , ses avantages comme le génie ; mais lé génie a des douceurs à lui seul connues et qu'on ne goûte pas dans une sphère inférieure à la sienne. 11 y a de la bonne poésie ; oelle-la sans doute à son agrément; mais au-dessus, il y a la belle , la grande poésie qui a pour l'artiste qui la possède un charme indéfinissable;

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l'artiste de cet ordre est bienheureux. Il en *est de même des orateurs: à ceux-là seuls qui ont la» haute, la divine éloquence , les félicités de la parole et ses divins transports ; aux autres , de moin-»' dres triomphes et de plus modestes succès. Je n'insisterai pas sur d'autres exemples , sur tous ceux que je pourrai emprunter à l'industrie , aux beaux arts , aux vertus sociales et religieuses; dans tous je n*anrai qu'à montrer la nuance con-^ stamment la même qui distingue le bonheur at«* taché au bien , du bonheur attaché au beau.

Je prierai seulement qu'on remarque que le beau , pour avoir son plein effet , doit de même que le bien être produit et non à produire, A pro^ duûre ,\\ est souvent difficile, laborieux, et alors^ aussi il ne donne qu'à demi les jouissances dont il est la source; mais quand il est prckluit et accompli, il est toujours accompagné de toute la félicité qui lui est propre.

Je conclus donc encore une (bis que le bien et le bonheur sont constamment unis , ou ce qui est la même chose , que l'homme de bien est heureux.

SECTION n.

Comment Thomme de bien eft heureax«

L'houb de bien est heureux ! Mais n'est-ce pas là un paradoxe en opposition avec le bon sens , tv. 12

IZk covna

llûftoiré et l'expériencfe ? ou n'est-ce pas un lieu coinrouii qui ,< vague comme tout lieu commua » ne doit pas être pris à la rigueuf et ne ngmfie autre chose, sinon que souYont dans la yie la vertu a change de succès ?

Ce n'est ni un paradoxe ni un lieu eon^intm : je vais tâcher de Iq prouver.

Il est en ^ffet trè$^vrai que l'homme dehîen est heureux, et il ne s'agit, poui^ s'en convaincre , que d'«^voir égard à certaines raisons que d'ordinaire on néglige trop.

Il se présente d'ahc^d deux cas dans lesquels il est certain qu'il n'y a pas de bonheur pour l'homme de bien ; mais ces deux cas ^'esq^quent^ et une fois expliqués , ne sont nullement en eontradiclion avec la proposition que je soutiens.

Ainsi , je suppose qu'une âme , après un acte légitime , distraite , inattentive , ou si Ton veut même privée du sentiment moral , ne sache pas ce qu'elle a fait, et n'en éprouve en conséquence aucune espèce de plaisir, il n'y a rien là qoe de conséquent : comme il n'est pas danis sa nature de jouir ou dé souffrir d'un état qu'elle ignore,, la conscience lui manqmnit , l'émotion lui manque aussi. Si donc elle n'est pas heureuse d'un bien qu*elle ne sent pas , il n'en fkut nullement conclure que le bien va sans le bonheur , il n'en est jamais ainsi quand il y a perception , mais qu'il va sans le bonheur, lorsqu'on efl^ , faute de per-

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œptioii^ il n'y « pas lieu m béidie^r. G'ek mù^ lemetit le Inen S9nH qui est une oafas(e de bonb^^r : celui qui ne l'est pas n'affecte pi»; il pasie sans laisser trace.

il y a le même rakonnement à &ire quand on m ttempe sur le bien et qu'on \\d prend pour le mal. Qu'un esprit mal dirigé ; timoré et subtil , «ouvent même égaré par d'honorables scrupules, s'impute à crime une conduite en elle-même irré^ procbable, il en est malbeureux , il en a souei et tsl^grin comme d'une coupable faiblesse; tien là «noore que de très-simple. Il s'afflige de ce qu'il erott , à tort il est vrai, mauvais en lui. Il voi^ le vice où il n'est pas ^ mais il le voit comme s'il y ët^it, et il en souffre comme d'une réalité. Que soA opinion vi^ine à changer , et il cessera, de s'affliger d'un acte qui, à ses yeux , aura cessé d'être une faute : sa conscience en s'éelairant avec le juste sentiment du bieà lui donnera le bonheur.

Il est du reste extrêmement rare que noua jMTfons exposés par ignorance ou par erreur à ne 3>aB recueillir en nous le prix naturel de nos vertus. Nous avons trop d'intérêt à savoir ce que nous faisons de bien pour ne pas éviter ^ sous ce rapport , l'aveuglement et le» mécomptes. Il est même plutôt à craindre que , par un excès opposé, nous ne portions sur nous-mêmes des regards^ trop complaisans, et que nous ne jouissions jus-

qu'à VxjiVfçn^H de nos> prétendues perfectiQn»: aous ayoQfl plutôt à iious défier des illusions de la yar miéy que de oelles de la modestie.

L'homme de bien est heureux, infailliblement heureux , quand il se sent homme de bienu £t ce* pendant , dit-on sans cesse , rbomue de bien est ^nalheureux ; il est vrai et l'on a raison : l'horame de bien est malheureux; il est sujet à la douleur, il e$i exposé à souffrir dans son âme, dans son corps, danS'Ses rs^pports avec la nature , avec, la société et 1^ divinité ; il y a des tristesses, attachées à tou-^ tes ses facultés, des misères qui l'attendent dans iQutes le? circonstances de la vie. On ne saurait le contester, et cependant il n'y a pan de contradic^ lion à affirmer son bonheur en m^e temps que son malheur : il es^ facile de le prouver. Je n'ai pas besoin de rappeler que tout n'est pas libre dans notre nature, et qu'il est pour notre activité un ^and nombre de développemens, qui^ réguliers ou irréguliers , excellens ou défectueux, ne dé^ pendent pas de la volonté, mais de la flRtalité, de la iorce des choses ou plutôt de la Providence* dont el^le n'est que l'instrument. Ainsi , il y a toute une part de notre destinée qui^ accomplie ou manquée, ne peut nous être imputée à mérite ou à démérite. JLe bien et le mal ne sont alors ni vertu ni vice > mais faveur ou défaveur , grâces du ciel ou disr If races , perfections ou imperfections , dont non» j^ommes les sujets et nullement lea auteur^. TeU

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scMit d^ln eôtjè , pur e&eœple > le» doiia en gént» ^ de la naissf^pce , la santé , la richefse^ , tous le» avantages d'une condition heureuse et 'pri?iléglée; de l'autre , certains dé&uts naturels de ^es-^ prit , la foiMesse du eorps^ la pauvreté, l'humilité de rang et de situation, toutes néeessités qii« nous n'avons qu'à accepter ou qu'à siihk , et que nous pouvons tout au plus légèrement modifier,. Ainsi l'entend le Oéajbeur , qui a s^ conseils en tout ceci , et qui ne distribue pas comme il le fait les facilités et les obstacles , la pmssance et la faiblesse , sans de profondes raisons de sagesse et 4e bonté , «ans une vue ei^presse d'épreuve et d'éducation. Si donc il existe pour nou^ un tel lûen et un tel mal , il doit y avoir également une «orte de bonheur et de malheur , qui , indépen* 4nu8 de notr« volonté , ne no^s ai^rivent que pav le fait des circonstances inévitables. He4y*eux ou jualheureux , nous le serons donc en conséquence de qualités ou de défauts qui ne viendront que de la fortune.

Or , ne se peut-il pas que l'homme de bien, à c6té de ce bien dont il est l'homme, qu'il a fait par lui-mémè, qu'il doit à sa liberté , n'ait pas cet autre bien , qui n'est qu'une grâce de la Providence ; et que , par exemple , tandis qu'il est juste , charitable et généreux , il n'éprouve lui"» même qu'injustice et inimitié ? Ne se peut-il pas qu'il ait de l'application sans succès et sans talent,

de la tetnpérànce sans bonti^ sa«ié , de T^conô^ mie sans lidiesse, que ses facultés , en paHie dcH elles , mais rebelles en partie , ne cèdent jamais qn^k denn à Fimpulsion qu'il leurdenne; qu'elles restent ainsi malfpré lai impat4âites et défectnenses? Et dans une telle «itttaiion n^est^ii pas con^ •ëquent qu'il souffre de cette ingfate et mab^rabe nature, dont il ne peut , qu<»i qu'il fiisse , Tamere la fatale résistance ? Mais estn^ à dire pour cela qu'il ne jeoiêse pas de sa vertu ? Non certes ; il en est heureux, exclusivement heureux : comme homme de bien , il ne souffire pas , il est impowi^ ble qu'il soutire , ou pour m'exprimer en d'atttret teriMs j ce n'est pas -en lui l'homme de bien v l'homme qui vaut par sa volonté , qui gémit et s^fRige , e'est l'homme éiible , c'est < la pauvre eréature qui , d'idimrd pas essence , est finie et frmitée , et qui ensuite , par accident , se trouve mjette à des défauts qu'elle est impuissante à coi«riger. Le divorce n'est pas rare mitre les éevx espèces de bien que j'ai distinguées plus haut , 9 n'est pas rare par conséquent entre les deux espèces de bonheur qui s'y rapportent et y répondent : ce qui ftiit que fréquemment le bonheur qui est acqms, séparé de celui qui est donné, est incomplet , altéré , mêlé de larmes et de regrets. Mais il n'en est pas moins vrai , d'tan autre c6té , qae si l'âme n'est pas toute beurense d'une vie qui n'est pas toute bonne, elle est

DE PAiLOSÔPUIE. . I8#

heareusç de tout le bien qu'elle est fml'venue à réaliser.

Point de eontradiction dans ce sens-là è sou-^ tenir que rhotnme de bien est heureux, quoiqu'il ne floit pas ekclusitement beureUK. >

- Il n'y en a pas plus dans celui-ci :

L'éne , itiéme la ra^fieu^e, n^est pas tellenient bonne qu'elle smt toujours vertueuse sans eifort$ et sans luttos. Elle a ses tentations , ses entraîne^ mens ek se» habitudes, qui souvent sont en oppodtifin avec la conduite qu'elle doit tenik* ; elle n'y <3ède {M» , car elle les juge , les condamne » et^'ap» plîqne à les vaincre et à en triompher ; mais elU ne le Hiit pas si facilement qu'dlle ne se sente parfois encore sur le point de faillir , et qu'elle fi'ait ses momens de feiblesse et d'abandon» £11^ combat, elle r^ste, elle n'est donc pas victorieuse, elle ne se déploie donc pas dans sa force aveo «ine entière liberté , et au lieu d'être teleit au bien , d'y être sans cesse et sans écart , elle est au contraire exposée à une foule de distractions , de séductions et de premiers mouvemens qui pour* raient la mener au mal ; elle a nombre de fautes^ à éviter , de passions à combattre , de mauvais pen« ehans à réprimer.

Tout en songeant à se perfectionner , il faut qu'elle pr^me garde de ne pas tomber , et sa vie qui est un progrès, n'est cependant pas un progrès sans délai ni détour,, mais plutôt un laborieux et

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lent avancenaent ; d'où il suit qu'une telle âme ne peut pas plus être toute heureuse qu'elle n'est toute vertueuse , qu'elle a le bonheur de sa vertu, imparfait comme sa Vertu , mêlé de tristesse et d'amertume comme sa vertu de défauts.

L'homme de bien , par cela même qu'il n*est pas homme de Inen absolument, et qu'il a toujours plus ou moins en lui du mauvais homme , de. l'homme du mal , heureux en somme , parce qu'en tout le bien chez lui l'emporte sur le mal , est cependant malheureux de toute cette portion de sa nature qui demeure infirme et imparfaite. £t si loin d'être décidément et positivementhomme de bien , il ne l'est que d'une manière douteuse et négative, s'il ne l'est tout juste que pour n'être pas sujet au blâme et au reproche; alors aussi dans ses joies interviennent plus de mécontentement, de déplaisir et de peines morales ; il est moins heureux à mesure qu'il est moins vertueux, plus malheureux à mesure qu'il est plus près d'être vicieux. Tout cela , bien entendu , ainsi que je l'ai montré plus haut, à la condition qu'il se voie et se juge tel qu'il est; car joie ou douleur, iofii tient toujours à la conscience.

Il est encore à remarquer , afin de bien com-» ' prendre cette vérité , que souvent une bonne action n'est pas l'afiiEiire d'un moment , maLs qu'elle est lente à s'accomplir, et ne s'achève qu'à la.l<Mi* gue. Or , tant qu'elle n'est pas consommée , elle

DE PEILOSÔPHIE. J41

.ji'esi pas une bonne actioa; die n'en est qu'^tl commencement , scMivent peu sati^^faisant , qu'un essai souvent sujet à une* foule de contrariétés. Telle est , par. exempli? , dans la famille l'éducation des enfans , et dans Tétat eette autre éducation qui se nomme la civilisation. Ce ne sont pas là , en effet, des soins d'un seul jour ; ils demandent des années , et par fois la vie n'y suffit pas. Il n'y

. a donc rien d'étonnant que ceux qui se livrent à dételles œuvres n'en jouissent pas à l'instant

^méme où ils les coipmenoent et les entreprennent; qu'ilsles poursuivent et les continuent sans y trouver de grandes joies; qu'ils n'en recueillent enfin le fruit que quand ils les ont terminées. Lorsque le bien est long à faire , le bonheur est long à venir. Les hommes généreux qui ont de ces tâches ne sont certainement pas privés ^ tant que durent leurs épreuves, de toute esipèce de contentement, et chaque fois qu'un de leurs efforts, quelque pénible qu'il puisse être, réussit et atteint son but , ils ont au moins en passant le plaisir d'un succès partiel et provisoire. Mais comme cependant ils n'en sont encore qu'à des exercices de vertu, qu'ils sont en train de faire leur devoir, mais qu'ils ne l'ont pas encore fait, que sur la route qu'ils parr courent il leur reste/à franchir jfdus d'un pasdiffi?^ cile , hommes de bien par tendance pluiôi encore .qu'en réalité., ils sont heureux de leurs intentions .çt des. tentative dont ils les appuienit, mais ils ne

14!î QOVÉé

le sont pas des résultais eiidore impaHîsâts db leurs actions ; ils ne le Wmi pas de cet avenir de patience et de travail qni s'ouvre an loin devant eux ; ils ne le sont pas, en un mot , de tout ce qui a4X3Use la faiblesse et la limitation de leurs moyens. Ils sont au contraire mallieureuxdes lenteurs qu'ils éprouvent, des obstacles qu'ils rencontrent et des difficultés qu'ils prévoient ; ils gémissent à^ n'être pas plus forts, plus proknpts et plus capables ; ils s'affligent de n'être pas doués d'une Volonté plus efficace. Y a-t-il à cela contradiction ? Nullement : le bien donne le bonheur , mais il ne le donne que dans la mesure de sa propre perfection : où il est lui-même inacbevé»^ il ne produit et tie peut produire qu'un bonbeur inacbevé.

Yoilà , ce me semble , comment il £aiut entendre •que l'homme de bien est à la fois heureux et maliieureux ; heureux et malheureux à la fois , il ne l'est pas de la même chose , mais de deux choses, différentes. Quand il jouit, c'est du bien; quand il souffre, c'est du mal. Userait peut-être plus juste de dire que c'est , non pas l'homme de bien «tais l'homme en général qui , selon que sa nature «e développe bien sous un rapport, et mal sous un autre, trouve dans cette double situation ua «ujet de plaisir et une cause de douleur.

A parler rigoureusement, l'homme de bien oa lui-même , et abstraction des faiblesses qui sont

DK PBXIiOâOPHIE. MS

de rhouuane et non de Thomiae de Uea, eA heureux, infailliblement heureux; mais il ne Tes! pat, ainsi qu'on le prétend dafis le lieu eomiuun d'u^ sage, lorsqu'on soutient que la vertu est pour celui qui la çulti^re une source d'avantages exté^ rieurs et i^atérield dont il faît son bonheur ; lors* qu'on dit qu'elle lui assure le bîen-étre et l'aisaocet l'avanoement dans soa afiitires , la considération sociale, 1^ bous offices d'autrui, le pouvoir et les dignités. Il n'es( pas vi^ai qu'il en soit ainsi ^ au moins d'une manière absolue, et l'ordre n'est pas te) ^ur la terre que tout tourne à souhait pour celui qui est juste. Il n'y a rien dans les lois de Dieu qui s'oppose à ce que , placé dans unei condition d'épreuve, il subisse Fépreuve souii toutes ses formes et dans toute sa rigueur ; la temps de la satisfaction viendra plus tard pouv lui ; il doit piéme souvent entrer dans les vues de la Providence ^e le frapper sévèrement, soil pour lu^ faire expier un damier r«ste de corruption , soit pour le tenter par l'affliction et l'affer^ mir par les traverses dans saa excellentes volontés. Il n'y a rien non plus dans le^ lois des hommes qui empêche le meilleur d'entre eux d'être atteint par des misères contre lesquelles , soit ignorance, ■oit infirmité et impuissa'hQe , ils n'ont ni préser* vatifs, ni remèdes, ni consolations. Quelquefois ^éme l'humanité a de si mauvais momens , qu'elle semble plutôt disposr e à poursuivre , à flétrir ,

à punir la vertu , qu*à l'honorer selon ses droits. Ainsi, au lien de supposer que dans le train ordinaire des choses le mérite est heureux , nonseulement de ce bonheur qui est 'essentiel à sa nature, mais aussi de celui qui tient à des circonstances accidentelles, il faut plutôt reconnaître que sous ce dernier rapport il est la plupart du temps assez peu favorisé; Quand donc je pose en fait que l'homme de bien a ses joies, il ne s*agit pas , pour moi , de celles qui viennent de la santé, de la richesse ,du crédit et de tous les biens du hiéme genre ; de celles-là , ce qu'il en a , je l'ignore, et ne pourrais le savoir qu'au moyen d'une statistique difficile, douteuse, peut-étfeî même impossible. Mai» ce que j'ai à cœur d'établir , c'est qu'il est une vérité qui n'est point un Heu commun , qui n'est point vagiie et contestable, comme l'est àouvent un lieti commun , à savoir qne dans la conscience il n'y a jamais un sentiment de bien et de vertu sans plaisir et sans bonheur. Or , je crois , par tout ce qui précède , avoir donné à cette vérité un caractère ceilain de rigueur et d'évidence.

Je conclus donc , une dernière fois et avec une conviction de plus en plus ferme , que le bien et le bonheur sont inséparables dans notre âme; que le bien y est le principe et la condition du bonheur; le bonheur, la conséquence, la mesure et le prix du bien.

DK PVaOSOPHlE. ^Jk%

SECTION III

Du lM)i4iQttr 09D«id4ré dans TaUnit qu'il a pour rame.

L'noMss a pour bol à la fois le bien et le bon« heur.

CcpeDclaut il n'a pas mêmes dûpositiona à regard de l'an et de l'autre.

Il est obligé par le premier, ainsi que je l'ai lait Toir précédemment^ il est attiré par le.seoond^ iximme je vais tâcher de l'expliquer.

Et d'aëord ;, quand je dis que sous le rapport d« bonheur, il n'a pas d'obligation » je ne veox pas dire qu'il n'a pas le devoir de faire, les actes qui le reudent heureux; car, s'ils le rendent vraiment heureux, ils sont bons et légitimes, et à ce titttts, ils lui sont prescrits et commandés par la raison» Mais je veux dire que dans la perapeotive de la double fin qu'il se propose, c'est ie bien et non le bonheur qui donne naissance à FoUigation. Le bonheur aoUicke, séduit i mais ii!oblige pas.

Il agit par Voiimiê.

Or, qu'est-ce que Vatimit f et quel en est le caractère ? Dès que , à la suite du développement de quelques-unes de nos âicultés , nous prévoyons une situation qui doit nous être agréable , nous y aspirons aussitôt , et nous sommes portés d'affec^^ IV. IS

lion à la rechercher et à nous l'assurer. Il se fait en nous comme un moufemem d'expansion et d'ambition qui nous y pousse et nous y entraine; nous y gravitons en quelque sorte , et pour rappeler en deux mots la théorie de la sensibilité exposée en ptjrohoiogi9 y nous l'aimons et la désiroas. Maintenant qu'est-ce que l'attrait ? rien autre dioae que la ^opriéfé de se faire aimer et désirer ; mais cette propriété est une puissance^ Par l'attrait , 1« bonhçur a prise et action sur l'âme ; il l'excite, l'éitteut, la gagne et la tourne à lui; souvent il i'euQhaine et la captive, non que» certains cas exeçplÂs, il la nécessite ah^pliunent ; il eft est sous eè ra{^rt du bonheur comine du bi^, l'on «fr ike, l'autre ohUgt, mais sans dfêtruire la liberté. Le bonheur en particulier, si ce n'est dans quel* ques rares drcoiistanots , nous laisse toujousaasws maîtres de Jios actes et de notre conduite pi/or que nous puissions résiste» à nos premières iao*pressions y délibérer et vouloir, avec sagesse H indépendance. Hais jlout eki gardant la (acuité de nous posséder et de nous gouverner, nous n'en sommes pas moins sensibles à l'influence de l'at>trait, et faciles aux inclinatioiis qu'il détemyne et nous par sa présence.

Tel est Fattrait en généraL

Mais oomme il n'y a pas seulenient le bonheur en général , il n'y a pas non plus seulement l'at» trait en g<Jnéral. Il y a autant d'espèces d'aUndt

B« PVtI.OM)PHlS. 14*7

que d'espèces de bonlieur ; c'est une conséquence trop évidente pout que je m'arrête à la démontrer. Je ne pourirais d'ailleurs , sans répétitions , après avoir traité des divers bonheurs, traiter encore des divers attraits. Il y a entre ces deux faits un rapport trop intime pour qu'on puisse parler 'de Fnn sans parler en même temps de l'ànlrej et Qu'ion ne le^ ietobtrasse pas à la feis dans «nr seul iet même ordre d\ybservations. Je me borne donc a dire que toutes les espèces de bonheur, celm qui est de pure conscience et celui qui aafl de Isi'seiisàtion , celui qui tient à la sociabilité comm| belui qui vient de la religion , otit chacun leut attrait propre, leuif manière propre d'eiciter Faniour et lé désir.

11 n'est pas non plus nécessaire d'expliquer longuement comment tous les bonheur» ont jplns ou moins d*attrail , selon qulls ont plus 6u moins de vivaiiîiié, de sûreté , de pureté, en un ittOt, de valeur. Il est clair , en effet , qu'une situirtion isîmplément douce a pout* nous moins d'intérêt qu'une félicité extraordinaire ; que l'une ne non» inspire que du goi^t , qu'un penchant calme et roodéi^ë , tandis que l'autre nous agite d'émotions et de transports que nous avons peine à contenir. Il uY d rien à enseigne^ stir une vérité si vulgaire. Je f énonce et^ he la développé pas.

140 coaa»-

SECTION ly.

lUppoii de robligation et de l'attrait. ^ — Morale du devoir. — Morale de Tamour. — Morale du devoir et de Pamour.

J'âuivB donc à un point .qui mérite plu3 d'afctentiop. J'ai distingué précédemment roUin^tioii •et Tattraii, ei )*ai montré que cen deuis^ motifs ont une part t<MAte différente dans les réfsolutions que .•nous prQUfms; j'ai iait voir que lep^emi^Bry qé de Ja raison dont il a l'autorité , est impérieux et sa*cré, et s'exprime par ces mets : t7 fa$U , voilà Uf 4oi; que le second, né de la sensibilité, entraînant et facile , se formulerait bien en ces termes : U .me plail , je désire. Je ne reviendrai pas suc cette distinction qu'il suffit de rappeler; m^is oqpen- .^tant s'il y a disti^tion » il y a aussi harmonie , et c'est cette )iarmonie que je voudrais mettre eo iumière.

Je pourrais commencer par la conclure de J 'harmonie même qui existe entre le bien et le bonheur. Il est logique , en efiet, que puisque le Mon et le bonheur ne vont jamais Fun sans Tau^ tre, l'efiet de l'un dans l'âme humaine se concilie avec l'effet de l'autre; il est logique que le pré* cepte d'accord avec le souhait , U règle avec le désir, le jugement sur ce qui est à faire avec le penchant à le faire , agissent de concert et con*

\nbneni encotumun aax déterrainatic!»» d^ h^ yolonté. La lagesse et )a sensibilité pr^se dans sa pureté et son innocçiice, ne 4oiYeiit pas se divisée et ne se divisent pas réellement, inais se ocor-» donnent avec une telle convenance iiue celle-ci n'approuve rien dont celle-là ne se réjouisse , et que celle-là ne se réjouit de rien que l'autre ne l'ait déjà approuvé* .

. £t à Ton en appelle à Texpérience , ne sent-oi^ pas que jamais on ne considère sérieusement le double but de son existence, que jama^ on n^ l'apprécie dans toute sa vérité, sans épn>4^v«^ aussitôt une double impression morale , sans être oblige et attiré , sans devoir et sans aimer ? Que ceux qui , par nno fiausse abstraction , séparent ce qui est uni, dedeux cbpses n'en admettent qi^i'une, et ntéconnaissept daps leur destination^, soit le |)ien , soit le bpnbeur , ^i viennent à n^ plus con.7 sidérer que l'un ou l'autre de cea mobiles , et à se eond^uire exclusivement, soit par un principe dç raison, soit par un principe d'aâcction; qçux-là pe sont pas la règle, et les faits ne sont pas cbes^ eux ce qu'ils sont chez tous les autres. Ce sont d^s Âmes exceptionnelles qui ne prouvent rien de riiumanité, sinon que parfois l'humanité peut se mentir à elle-même , et se croire à tort appelée à la félicité sans la vertu, ou, à la vei^tu sans la fé-r licite. Mais le grand nombre, mais toutes les âmes qui sont vraiment humaines , qui sentent ou

t}§Ù C01TR9

èb iùp rei itt é n t bien Itf vrme ftn de hmt eiMitmce î «Ifisdent s&ns cesse sous l'hiflueiiee de cette doo« He disposition , et ne fovit lie» ^n'elloB ne le veuillent par conscience et par amour , par deifotr et par sentiment.

Ainsi deux mol^iles en harmonie , quoique cependant distincts entre eux » oontrilment à déM«* miner nos yolontés et nos actions, et ils se com* Mnent à cet effet d'une manière si convenable , que quand l'un est moins puissant , l'autre aussi^ tôt gagne en influence , et qu*à son tour c^ui-ci y f uand il lui arrive de faiUir , trouve attstilét dans celui-là unaunliaire plus énergique. Je veux dire que l'obligation est plus rigoureuse et pins puissante à mesure que l'attraît est lui- m é— a moins efficace, et que l'attrait de son oàêé a ploi de pouvoir et de vertu , à mesure que l'oMigaiîoB est d'une moins stricte observance; et, pour le dire encore en d'autres tenues , les dioses s'ar* rangent de telle façon que , sentant un bonheur plus vif à faire le beau qu'à faire le bien , et un devoir plus étroit à faire le Inen que le beau , quand le plaisir ne nous suffit pas pour nous porter à la vertu , nous avons le scrupule , et quand ce n'est pas assez du scrupule , nous avons le plaisir. Il est , en eflbt , des ctrconslances où Vest plus par raison que par passion que nous sommes honnêtes ; d'autres où c'est surtout par passion et entraînement de cœur. S'agit*il , par

DE PHILOSOPHIE. tSl

exemple , d'un iïtàfle ftete de probîlé ? hi bon** •cience en fera les frais bien plus que rémotîoii ; Inais s'egitril d'un saêrifice et d'un no^le dévouement ? rémotion et l'enthousiasme y pourront âroir plus de part que la froide et ptrre sagesse:

La Traie morale , science à la fois du bien et du bonheur , du bonheur par le bien el du Irîeii avee le bonheur , de la vertu pour elle*roéme > et sa conséquenee naturelle, s'adresse donc simuU tanément à l'esprit et au cœur , et par préceptes mêlés de charme , pKr oommandemens et par sol«* Hchations , lui dk^e la loi qu'il doit snirreet l'en» tratne à là suivre ; morale du devoir et de l'amout plus complète et plus puissante que celles' du de* toir sans l'amour oti de Tamour sans le devoir ^ et |[ui comprend mieux que l'une et l'autre le plein b«tt de la vie humaine.

Quand , en eifet , an Heu de considérer ce but dans son entier , on ne l'envisage que d'un côté « qu'on y regarde le bien , en négligeant le bon» heur , et qu'on systématise cette vue au point d'en faire une doctrine , on a la morale du devoir, qui se résume en ces mots : le bien , rien que le bien»

Or, en ces termes elle a du vrai et ce qu'il y a de mieux en &it de vrai ; car le bien est sans contredit l'élément capital de notre destination ; maâs elle n'a pas tout le vrai , car il y a dans notre domination autre chose que le bien , autre chose que l'action légitimement accomplie; il y a le

sentiment de eetté action et le plamr qu'il procure.

Cette morale est donc exclusive , et elle l'est de t^le manière, qu'elle ne peut guère eon venir qu'à quelques âmes d'âite, qui peut-être même ne la. prennent jamais dans toute sa rigueur systématique, et la tempérant pour la pratique, laisses^ toujours dans leur pensée qu^u^ place au bon* heur à côté du bien. Les plus austères stoïciens voudraient en vain avoir la vertu sans la jouissance qui l'accompagne. Ils ne peuvent changer leur nature, séparer ce que Ueu a uni, et empêcher leur conscience de leur donner ooatente- Bient lorsqu'elle leur atteste une benute vie.

Pour le très-grand nombre , cette morale es| «Kscablante de sévérité, et outre l'inconvénient de ne pas convaincre , parce qu'elle n'est qu'à demi vraie, elle a encore le triste effet de porter le découragement dans les cœurs qu'elle effraie de son rigorisme excessif.

Quant à la morale de l'amour , pour lui donner son plus beau nom, et ne pas la flétrir de c^ui de llntérét ou de l'égoismc , également exclusive parce qu'elle ne considère que le bonheur , elle peut avoir plus d'attrait , mais Me n*a pas plus d'autorité , et au fond , elle ne satisfait pas mieux les âmes auxquelles elle s^adresse. £n leur proposant le plaisir , elle le leur propose sans le bien , et le plaisir sans le bien , c'est le plaisir sans fMMH

DE PjH^LOJSpPHIE. .^

.jdiU4;Hi; Ojt, quel çsprit tiant soU^^eu ss^ç acrqep'ierait ua tel principe dans toute l'étiendue de se^ .C0]2«équencea ? Que si , moins sy^stéinat^qu^ , oUe .limite ses préteptipurs, et se bprnaat À jrecomr jnander la félicita par 1^ rertu ^ sans être «nqore jdaas le yrai , elle s'iep rapproolie/^ayaotag^., joUf cessa sans do^te alofs d'éirp sujette, aux ménies r^jroches; mais aussi elle Gif. infidèle à^ squ UJait^ logique, et elle ne parait plus niisonnable qu^^ 4^y6u«iut inoonaéquente, £u effet 9 ce fi'^t plu# ^re de la- félicité eUe^méme la #h ahsplu^deft 4icti^s , ce, u'est plus dire rigoureuse^çieat. : Iç l>oubeur poi^r le bon)ieur ; mais incliner ^pasfaf ^au principe opposé ^ et reconnaître que le i^Ur heux ne va pas sans le bien. Or, aprè^ sWe ainsi ^corrigée , la morale de Famour est sans dqut^ plus admissible , mais elle, n'est plus à propre? ment parler la oKM^ale de Tamour ; eUe est cellç de Tamour dai^s le devoir ; eQe a cbiaiig^ de système et modifié, son idée. Pour aphever ,4e a^ transformer , il ne lui faudrait que si^bstituar à çeUe formule, encore un peu fa,u^ : I9 bonbeur, ^t pour le bonheur le bi^u qui en ^(^ la oondir tion ; cette autre ei^pression , qui est la vérité : le bien, et avec le bien le bonbeur qui en est la wte, Mais, réduite à ces termes, eUe n'aurait plus rien de son ancien sens> et il 9'y aundt^qu'à; Vapprauver; oar.eUe ne serait plus elle-même, et se serait convertie en une doctrine irréprjÇobaW^

Î9A covfs

nUs œlnkprélieitsiTe et plm rraie 4«e chacvme des àeux autres , la morale que j'appelle du devt/tt' et de l'amour ne confond rien , dittmgae tout , accorde, mais de mêle pas le Men avec le l)onlieur , ne recommande pas le premier au mépris dtt seeond , ni le second à aon loilr au mépris du premier ; elle tes maintient tous les deux , et tous les deux à leur rang, parle du bien eonme Ile ce qui se doit , et du bohtieur comme de ce qui plait^ ne dit pas : il fàui éifé h/éiêreust, ma» ^ fhwi étr& n^èttUBU»; et ajb«tte que qaand on est Tertueû» on etH heureux de sa v^rta. 9o 1* iorlëi ^e répbnd bien à tous les besoins réeto de Pânke; elle eonyient à sa raison comme die lM>n tient à sa sensibilité; elle la condliitpar eon* •mandemhns et hussî par entrafnemens, elle loi rîésumé en deux mots tout l'avenir qu'elle loi j^fopose : bien agir et s'en r^^ouir.

' £t c'est là sa puissance , soti înoontestiMe sa* périorilééur le&knorales exclusives. Forte à la Ma d» son «utOfIté et de se» légitimes séductions , elle vaut mieux que-lestolcîsme, qui pèche pai^ tropd^ sévérité, nneux aussi que répSourlsiiie » ê|ui pèche par trop de rdAehement. Vnxk ae fiot respecter sans se foire aimer , l'autre se iiit aime# sans se (aSre respecter. Pour elle, elle kupire es iliéme temps le respect et l'amour; elle praid rbemme par toute sa natut^; elle eat w ra i aîou t la morale humaine.

M POILOiOPH». lïfM

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