PREFACE PERSONNELLE XV
n'était pas achevé, une de ces ridicules censures qui ont désormais perdu jusqu'à l'étrange pouvoir subsistant encore au siècle dernier, d'exciter à lire les ouvrages qui en sont l'objet, et envers lesquels le public actuel ne daigne pas même s'informer d'une telle proscription. Au début de la présente année, à l'occasion de la réouverture habituelle du cours populaire d'astromonie que je professe gratuitement depuis douze ans, les plus ignobles organes de cette école, dans le vain espoir d'un prochain triomphe, ont osé demander hautement, à un pouvoir oui ne leur est plus dévoué, la destruction directe de tous mes moyens actuels d'existence pour avoir systématiquement proclamé la nécessi-té et la possibilité de rendre enfin la morale pleinement indépendante de toute croyance religieuse, d'après l'universel ascendant de l'esprit positif enfin directement érigé en unique base solide de toutes les notions humaines.
Envers le parti métaphysique, soit gouvernant, soit aspirant, ma position nécessaire, quoique relative à une collision moins prononcée, est, au fond, encore plus dangereuse pour moi, à cause de la grande prépondérance qu'il exerce aujourd'hui, à tous égards, en France. Plus éclairé et plus souple que le précédent, ce parti équivoque sent confusément que, depuis Descartes et Bacon, l'essor graduel da la philosophie positive a été surtout dirigé spontanément contre sa domination transitoire, non moins intéressée aujourd'hui que les prétentions purement théologiques à empêcher, à tout prix, l'installation sociale de la vraie philosophie moderne. En considérant d'abord la portion de cette école qui règne maintenant, je puis aisément signaler, chez son plus éminent organe, un exemple très caractéristique de sa disposition instinctive à me tenir, autant que possible, non sans doute dans l'oppression sacerdotale, mais dans une profonde obscurité personnelle, à la fois mentale et sociale. Ayant été, dès mon premier essor philosophique, individuellement apprécié, à certains égards, en 1824 et en 1825, par M. Guizot, je lui ai fait l'honneur, il y a dix ans, lors de son principal avènement politique, de m'écarter une seule fois envers lui de la règle constante que je me suis prescrite, de ne jamais rien demander aux divers pouvoirs actuels en dehors de ce qui m'est strictement dû d'après les usages établis. Quelques ouvertures de sa part me conduisirent alors à lui proposer de créer, au collège de France, une chaire directement consacrée à