XXII PRÉFACE PERSONNELLE
scientifique laissée jusqu'ici à l'esprit mathématique tend à devenir .presque aussi rétrograde que le sont déjà les impulsions métaphysiques et les résistances théologiques, comme l'expliqueront spécialement les trois derniers chapitres de ce Traité. Le sentiment secret de leur inévitable impuissance envers ces spéculations transcendantes dispose involontairement les géomètres actuels à en empêcher, autant que possible, l'essor décisif d'où résulterait nécessairement leur propre déchéance scientifique, et leur réduction normale à l'office modeste, quoique indispensable, que leur assigne évidemment la vraie hiérarchie encyclopédique. Après avoir jeté, comme un leurre, au vulgaire philosophique, leur absurde et dangereuse utopie relative à la prétendue régénération ultérieure des conceptions sociales d'après leur vaine théorie des chances, dont tout homme sensé fera bientôt justice, ils se contentent donc essentiellement d'exploiter à l'aise les bénéfices personnels que la grande transaction moderne assure spontanément à ceux qu'on a dû regarder jusqu'ici comme les plus fidèles organes de l'esprit positif, bien qu'ils n'en puissent vraiment représenter que l'état rudimentaire. Quant aux besoins fondamentaux inhérents à notre situation intellectuelle, ils n'intéressent aucunement la plupart des géomètres, qui sont, au contraire, secrètement entraînés à en empêcher la satisfaction finale. Leur opposition, plus apparente que réelle, à la prépondérance métaphysique, ou même théologique, tend depuis longtemps à se réduire à ce qui est strictement nécessaire pour garantir les droits directs de la science, surtout mathématique, aux profits généraux de l'exploitation spéculative. Or ce but est certes suffisamment atteint aujourd'hui, où le pouvoir a trop généreusement abandonné aux savants eux-mêmes, surtout en France, la répartition effective des diverses récompenses scientifiques. Ceux qui, avec une audace apparente, attaquent chaque jour la liste civile de la royauté, sont, d'ordinaire, humblement prosternés devant la liste civile de la science, au point de n'oser, par exemple, se permettre aucune critique envers les frais monstrueuxDqu'occasionne maintenant la seule composition d'un almanach très imparfait. Tous les intérêts mathématiques étant ainsi garantis, les géomètres consentent volontiers à laisser à la métaphysique, et même à la théologie, l'antique possession du domaine moral et politique, où ils ne sauraient avoir aucune prétention sérieuse. D'un autre côté, la demi-intelligence que