‹ Cours de philosphie positiveChapitre 16 sur 28 · PREFACE PERSONNELLE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE PERSONNELLE XIX

à moins d'insuffisance réelle. Si tout autre que moi eût réuni un tel ensemble de titres, son triomphe eût été certain. Mais les antipathies géométriques, spécialement concentrées à l'Académie des sciences de Paris, ne pouvaient ainsi laisser irrévocablement surgir celui qui, connaissant le véritable esprit de nos diverses coteries scientifiques, et d'ailleurs peu effrayé de leur antagonisme, même concerté, aurait directement tendu, dans un tel office, à donner à la haute instruction mathématique la direction la plus conforme à sa véritable destination pour le système général de révolution positive. Les honteux moyens qui déterminèrent mon exclusion furent alors en pleine harmonie avec l'évidente iniquité du projet. Comme les meneurs académiques devaient naturellement craindre le vote spontané du Conseil de l'École, où mes ennemis et mes amis croyaient également d'abord que la majorité m'était assurée, et auquel l'usage accordait à ce sujet une priorité naturelle, ils profitèrent habilement contre moi de l'occasion facile à prévoir que leur offrit la discussion du règlement académique (1). Après cette première violence, il fut ensuite aisé à la Commission spéciale d'établir, par une nouvelle infraction de tous les usages et de toutes les convenances, une liste de candidature où je n étais pas même nommé, comme ne méritant sans doute aucune discussion. Le profond mépris personnel que je renvoie solennellement ici à chacun de ceux qui prirent une active participation volontaire à cette dernière indignité académique ne m'empêche pas d'ailleurs de sentir qu'elle eut au fond peu d'influence sur le résultat, puisqu'elle suivit le vote effectif du Conseil polytechnique, déjà tourné contre moi par la réaction 'presque irrésistible de la turpitude initiale. En un mot, les meneurs d'une telle intrigue n'oublièrent rien pour indiquer

(1) Celui des deux secrétaires perpétuels qui rendit compte de la séance du 3 août 1840 sentit tellement, sans doute, la turpitude de cette violence académique, ainsi accomplie contre moi au profit personnel de l'un de ses confrères, qu'il tenta vainement de la représenter comme une sorte d'ajournement, motivé par je ne sais quelle autre urgence plus immédiate. Mais, si cette' jésuitique exposition eût été vraiment Adèle, l'Académie eût distinctement réservé, pour la lecture de ma lettre, une séance ultérieure, tandis qu'il n'en- fut jamais question ensuite. Comme il importe beaucoup à la morale publique que l'actif accomplissement volontaire des mauvaises actions, individuelles ou collectives, ne puisse, en aucun cas, éluder une inflexible responsabilité, j'ai cru devoir ici spécialement rectifier cette officieuse erreur.

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