VIII PREFACE PERSONNELLE
résulta enfin, en 1822, de la découverte fondamentale qui me conduisit, dès l'âge de vingt-quatre ans, à une véritable unité mentale et même sociale, ensuite de plus en plus développée et consolidée sous l'inspiration continue de ma grande loi relative à l'ensemble de l'évolution humaine, individuelle ou collective : elle fut directement appliquée, en 1825 et 1826, à la réorganisation politique, dans les essais déjà cités souvent en ce Traité, et que je retirerai ultérieurement du recueil hétérogène où ils restent encore égarés. Une telle harmonie philosophique ne put être toutefois pleinement constituée que d'après la première exécution, commencée en 1825, et réalisée en 1829, de l'élaboration orale qui a suscité l'élaboration écrite que je termine maintenant pour la systématisation finale de la philosophie positive, graduellement préparée par mes divers prédécesseurs depuis Descartes et Bacon (1).
jeunesse sur une nature profondément disposée à l'enthousiasme politique et philosophique, je dois cependant profiter d'une telle occasion pour venger ici sa mémoire des graves imputations que doivent inspirer, à tous les hommes sensés et à toutes les âmes pures, les honteuses aberrations éphémères qu'on a osé introduire sous son nom après sa mort. S'il eût vécu quelques années de plus, son absence totale de vraies convictions et son entraînement presque irrésistible vers les bruyants succès immédiats eussent peut-être égaré sa vieillesse tort au delà des bornes qu'il avait toujours spéculati veinent respectées. Mais, quoi qu'il en soit d'une telle conjecture, je puis directement assurer. que, pendant six années environ d'une intime liaison, je ne lui ai pas entendu proclamer une seule fois aucune de ces maximes profondément subversives de toute sociabilité élémentaire qui lui furent ensuite impudemment attribuées par des jongleurs qu'il n'avait jamais connus. J'ai pu seulement observer en lui. après l'affaiblissement résulté dune fatale impression physique, cette tendance banale vers une vague religiosité, qui dérive aujourd'hui si fréquemment du sentiment secret de l'impuissance philosophique, chez ceux qui entreprennent la réorganisation sociale sans y être convenablement préparés par leur propre rénovation mentale.
(1) L'essor initial de cette opération orale fut douloureusement interrompu, au printemps de 1826, par une crise cérébrale, résultée du fatal concours de grandes peines morales avec de violents excès de travail. Sagement livrée à son cours spontané, cette crise eut sans doute bientôt rétabli l'état normal, comme ia suite le montra clairement. Mais une sollicitude trop timide et trop irréfléchie, d'ailleurs si naturelle en de tels cas, détermina malheureusement la désastreuse intervention d'une médication empirique, dans l'établissement particulier du fameux Esquirol, où le plus absurde trailcment me conduisit rapidement à une aliénation très caractérisée. Après que la médecine m'eut enfin heureusement déclaré incurable, la puissance intrinsèque