PREFACE PERSONNELLE IX
Dès l'origine de mon essor philosophique, dénué de toute fortune personnelle, même future, j'ai eu le bonheur de comprendre que mon existence matérielle devait directement reposer sur des occupations professionnelles indépendantes de mes travaux spéculatifs, dont le succès serait, par leur nature, trop loin et trop incomplet pour jamais suffire à consolider ma position privée. Afin toutefois que cette nécessité continue tendît, autant que possible, à développer ma vocation principale, sans jamais pouvoir l'altérer, je choisis spon-
de mon organisation, assistée d'affectueux soins domestiques, triompha naturellement, en quelques semaines, au commencement de l'hiver suivant, de la maladie, et surtout des remèdes. Ce succès essentiellement spontané se trouvait, dix-huit mois après, tellement consolidé que, en 1828, appréciant, dans un journal, le célèbre ouvrage de Broussais sur l'irritation et la folie, j'utilisais déjà philosophiquement les lumières personnelles que cette triste expérience venait de me procurer si chèrement envers ce grand sujet. Le lecteur sait assez d'ailleurs comment je constatai irrécusablement, l'année suivante, que ce terrible épisode n'avait nullement altéré la parfaite continuité de mon essor mental, en accomplissant jusqu'au bout l'élaboration orale ainsi interrompue trois ans auparavant, et qui a ensuite fait naître le Traité que j'achève aujourd'hui.
Je crois être maintenant assez connu pour qu'on n'impute point à de vaines préoccupations personnelles la confidence hardie que je viens d'adresser à tous ceux qui sauront l'apprécier. En un temps où l'anarchie morale comporte, chez des natures inférieures, le recours aux plus indignes moyens, sous l'excitation passagère ou permanente des antipathies individuelles ou collectives, j'ai cru devoir me garantir d'avance, par cette franche exposition, contre les insinuations infâmes que pourraient ainsi secrètement susciter les animosités diverses que soulèvera de plus en plus l'essor de ma nouvelle philosophie, et auquel ce dernier volume doit surtout imprimer spontanément une dangereuse impulsion. Cette juste prévision repose déjà sur le honteux emploi de semblables machinations, auxquelles recourut vainement, en 1838, pour satisfaire envers moi d'ignobles ressentiments privés, un puissant personnage scientifique, dont le nom doit ici figurer enfin, en digne punition unique d'une telle conduite, le fameux géomètre Poisson. On n'a pas d'ailleurs oublié que quelques années auparavant, un moyen analogue avait aussi été employé en vain, dans le monde savant, quoique avec une intention beaucoup moins haineuse, afin de ruiner le crédit intellectuel de l'illustre navigateur qu'une récente catastrophe vient d'enlever à la France. Par ces deux exemples incontestables du déplorable égarement pratique où peut conduire le jeu naturel de nos passions, même scientifiques, le lecteur comprendra, j'espère, le motif et la portée d'une explication où l'on aurait pu, sans cela, soupçonner l'influence d'inquiétudes exagérées, que la malveillance eût même tenté peut-être d'ériger en symptômes indirects d'une certaine persistance actuelle de l'accident qui en est l'objet.