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THÉORIE DU DÉVELOPPEMENT DES OS

était en contradiction avec la théorie de la formation des os. C'est à l'exposé de cette théorie que je consacrerai cette leçon.

Je me sers à dessein, et par opposition, des mots système et théorie.

La différence qui existe entre ces deux expressions est facile à marquer: la théorie est une réunion de faits d'où l'on déduit une loi; le système représente un ensemble de doctrines où l'on fait intervenir l'hypothèse. Même en dehors du langage scientifique, le mot théorie représente quelque chose de sérieux, de solide; le mot système s'applique à des idées téméraires. Nous avons un exemple mémorable de l'emploi de ces deux termes : quand Buffon s'occupe de la formation du globe, il dit : théorie de la terre ; c'est qu'il n'y sort pas des faits. Au contraire, il appelle systèmes ses idées sur l'origine des planètes et ses idées sur la génération des êtres, parce qu'elles ne sont fondées, les unes et les autres, que sur des hypothèses.

L'esprit théorique est proprement l'esprit scientifique : il ne sort pas des faits, mais il tire des faits tout ce qu'ils contiennent.

Je définis l'esprit théorique la recherche des causes. Ainsi, et pour prendre un exemple dans des matières que nous aurons bientôt à étudier, on trouve des lits de coquilles marines à une grande distance de la mer. L'esprit humain ne s'en tient pas à ce fait, il en recherche la cause ; il la découvre : — C'est que la mer s'est retirée des lieux où l'on trouve des coquilles. — Cette découverte amène une autre recherche : pourquoi la mer s'est-elle déplacée ? — Par suite des révolutions du globe. — Mais à quoi tiennent ces révolutions? — Au soulèvement des montagnes. — L'esprit humain ne s'en tient pas encore là. Il se demande : quelle est la cause du soulèvement des montagnes ? — El il arrive à la découverte du feu intérieur, du feu ardent et caché, qui, aujourd'hui encore, subsiste au centre du globe.

Voilà par quelle admirable chaîne d'idées l'on arrive à ce fait qui est le fondement de la géologie actuelle : le centre de la terre est un foyer incandescent. C'est à l'esprit théorique que nous devons celte découverte (1).

(i; « Magni omninô res est reiiim naturse lalebras ilimovere , nec contentiim exlerlori ejus conspectu, introspicere et inUivina sécréta desccndere. »— (Sénèque.)

Aussi , ne blâmé-je point Bonnet d'avoir recherché la cause des faits de reproduction qui se manifestent dans l'économie animale : je dis seulement qu'il s'est égaré dans sa recherche et qu'il n'a bâti qu'un système. Pour faire comprendre le peu de fondement de ce système, je vais exposer, aussi brièvement que possible, le mécanisme de la formation des os.

Belchier, chirurgien de Londres, étant à dîner chez un teinturier en toiles peintes, remarqua sur la table un morceau de porc frais dont les os étaient rouges. Il voulut savoir à quoi pouvait tenir cette coloration des os. On lui répondit que l'animal avait été nourri avec du son chargé de l'infusion de garance, employée pour la teinture des toiles peintes.

Belchier flt aussitôt des expériences (1736) : il mêla de la racine de garance en poudre aux alimens dont il nourrit un coq. Au bout de seize jours, le coq mourut. Tous ses os se trouvèrent rouges , et les os seuls : les muscles, les membranes, les cartilages, toutes les autres parties conservaient leur couleur ordinaire.

Duhamel, qui eut connaissance de ces faits, répéta l'expérience de Belchier sur des poulets, sur des pigeons, sur des cochons (1739), Il vit constamment la garance rougir les os et ne rougir que les os.

Duhamel mit au service de la physiologie cette précieuse propriété de la garance. Il continua ses expériences. Il remit au régime ordinaire un cochon dont les os étaient déjà devenus rouges par le régime de la garance ; six semaines après il le tua, et, ayant scié ses os, il observa ceci : la couleur rouge n'avait pas disparu ; seulement, la couche rouge de l'os se trouvait recouverte par une couche blanche.

Un autre cochon, que Duhamel avait alternativementsoumis, soustrait et de nouveau soumis au régime de la garance, présentait dans ses os des couches alternativement rouges et blanches.

Duhamel tira de ses expériences cette conclusion fondamentale et complètement vraie: Les os croissent en grosseur par couches successives et superposées.

Mais ce n'est pas là tout ce qui se passe pendant l'accroissement des os.

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