‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 25 sur 54 · TOUT OEUF EST COMPOSÉ DE MÊME · texte numérisé non relu

TOUT OEUF EST COMPOSÉ DE MÊME

de l'œuf. Mais, dira-t-on, son séjour y sera une cause de désordre ; elle refoulera les organes, étouffera l'animal ! — Non, la naiure a veillé à tout : elle a formé une poche, l'allantoïde, pour recevoir l'excréiion.

Maintenant, comment lefœlus respirera-t-il ? Par ses poumons? Mais le fœtus est pelotonné, ramassé sur lui-même; par suite ses poumons sont comprimés, et, d'ailleurs, ils sont encore bien imparfaits. Il ne peut donc pas respirer par ses poumons. — Cette même poche, qui sert de réceptacle à l'excrétion urinaire, se recouvre de vaisseaux qui s'étendent, se développent et vont au devant de l'action de l'oxygène; ils fon l l'office d'organe respiratoire.

Quelle admirable série de prévisions! N'est-il pas manifeste, par tous ces exemples, que les fonctions sont le but, la fin des organes, et ne sommes-nous pas fondés à dire, une fois encore, que la physiologie est la science des causes Anales ?

Dix-neuvième l^eçon.

Sommaire. — Tout œuf est composé de même. — Ovulation spontanée. — Description de l'œuf du mammifère carnassier.

Après celte règle : tout être vivant vient d'un œuf, nous en avons posé une autre : tout œuf est composé de même. Voyons donc si nous retrouverons dans l'œuf du mammifère les caractères et la structure de l'œuf de l'oiseau.

Un premier point de conformité, c'est que tous les deux se forment dans un môme lieu qui est l'ovaire. Nous l'avons déjà vu.

L'œuf du mammifère est contenu dans une vésicule qu'on appelle, du nom de celui qui l'a vue le premier, vésicule de Graaf Cette vésicule, parvenue à sa maturité, se rompt pour laisser échapper l'œuf; la rupture forme une plaie qui, comme toute plaie, s'accompagne d'une tuméfaction, d'un épanchement sanguin. Au bout de quelque temps, le sang épanché s'épaissit en une matière jaunâtre : c'est ce qu'on appelle le corps jaune. Autant de corps jaunes, autant d'œufs qui sont

o4 FORMATION DES ÊTRES.

sortis de l'ovaire. Le corps jaune ne tarde pas à être résorbé et ne laisse qu'une cicatrice ; en sorte que le nombre d'œufs sortis de l'ovaire est, dès lors, attesté par le nombre des cicatrices.

Les œufs, détachés de l'ovaire, ne donnent pas tous des fœtus. Ceux qui n'ont pas été fécondés ne produisent rien. Dans ceux qui ont été fécondés, un nouvel être se développe. Pour les mammifères, le développement du nouvel être, le développement fœtal se fait, tout entier, dans la matrice. Au contraire, l'œuf de l'oiseau séjourne très peu de temps dans l'oviducte, d'où il sort pour être soumis à l'incubation.

Vous voyez qu'il existe, si je puis parler ainsi, deux sortes de pondaisons : l'une intérieure , quand l'œuf s'échappe de sa vésicule ; l'autre extérieure, quand le fœtus parvenu à terme (vivipares), ou quand l'œuf mûr pour l'incubation (ovipares), sort du sein de la mère.

Vous voyez aussi que la femelle pond des œufs sans le secours du mâle, phénomène qui a reçu le nom d'ovulation spontanée. Le fait est manifeste et se passe sous les yeux de l'observateur dans les oiseaux, dans les batraciens, tels que la grenouille, dans la plupart des poissons, etc.

En 1835, professant un Cours d'ovologie au Muséum, je pressentais déjà que l'ovulation spontanée, visible dans l'oiseau, dans le batracien, dans le poisson, devait être une loi générale et qu'en conséquence on la retrouverait dans les vivipares (1). M. Pouchct, professeur de zoologie à Rouen, a vériflé depuis cette grande loi. Dans un très beau travail (18^2) qu'il a bien voulu me dédier, il démontra, par des faits

(1) Voici dans quels termes s'exprimait alors M. Flourens : « Les faits sont incontestables en faveur de la préexistence de l'œuf à toute fécondation. Lorsqu'il n'y a pas d'accouplement, l'œuf est déposé, pondu, comme on le voit dans les poissons osseux ovipares, les mollusques céphalopodes et les batraciens Ouvrez un batracien, une poule vierge, et vous trouverez des œufs complèlement formés La

préexistence de l'œuf ne peut offrir de doute , même clicz les mammifères; car les ovules existent, se forment et sont faciles à constater chez les femelles vierges de ces classes animales. » — Cours sur la génération, l'ovologie et l'embryologie, etc., page 94. Paris, 1836.

La démonstration de la préexistence de i'œu/dans les vivipares était le premier pas à faire pour arriver à la démonstration de leur ovulation spontanée.

incontestables, l'ovulation spontanée dans les animaux mammifères. Cet ouvrage fut couronné par l'Institut en 18^i5 (1). M. Raciborski vint ensuite, qui démontra l'ovulation spontanée de la femme (18W). La généralisation fut complète.

Le phénomène organique qui accompagne l'ovulation spontanée, celte sorte de parturition vierge, est le phénomène du rut chez les animaux ou des règles chez la femme.

Passons maintenant à l'étude de l'œuf des mammifères.

Nous y retrouverons toutes les membranes de l'œuf de l'oiseau. Prenons pour exemple l'œuf d'un carnassier, du chien. Il nous présente les parties suivantes :

Dans l'ovaire : 1° la vésicule de Graaf ; 2» dans la vésicule de Graaf, l'œuf de Baër ; 3» dans l'œuf de Baër, la vésicule ou l'œuf de Purkinje ; W sur l'œuf de Purkinje, la vésicule du germe;

Dans la matrice : 1° le chorion; 2" l'amnios; 3" la vésicule ombilicale ; h° la vésicule allantoïde.

Pour démontrer la loi d'analogie, je vais reprendre, sur l'œuf du carnassier, la description de la structure et des usages des poches membraneuses.

Du CHORION. Le chorion est la membrane la plus externe de l'œuf; elle enveloppe toutes les parties du fœtus et ne lui adhère nullement. Le chorion se compose d'une membrane mince et caduque, recouverte d'un enduit verdâtre.

Le chorion, plus marqué dans les autres mammifères, est, dans le carnassier, très petit, à l'état rudimentaire.

De l'amnios. L'amnios est une poche remplie de liquide ; elle est contenue dans la double voûte formée par les deux feuillets de la vésicule allantoïde; elle sert d'enveloppe immédiate au fœtus. L'amnios est une membrane mince et diaphane, analogue aux membranes séreuses, ne contenant point de vaisseaux.

(1) Cet ouvrage, refait et développé par l'auteur, a été publié sous ce titre : Théorie positive de l'ovulation spontanée et de la fécondation des mammiferes et de l'espèce humaine, basée sur l'observation de toute la série animale. Paris, 1847, 1 vol. in-8 de 480 pages, avec un bel allas de 20 planches coloriées.

De la Vésicule ombilicale. La vésicule ombilicale a la forme d'un T dont la branche horizontale serait formée par la vésicule, et la branche verticale par le pédicule. Cette vésicule est située sous le chorion, à l'extérieur du cordon ombilical , et contenue entre deux replis de la vésicule allanloïde.

La vésicule ombilicale sert à la nutrition du fœtus dans le commencement de la gestation, lorsque l'œuf n'a pas encore contracté d'adhérence placentaire avec la matrice. Elle persiste pendant tout le temps de la gestation. Elle est recouverte par les vaisseaux omphalo-mésentériques.

De la vésicule allantoide. La vésicule allantoïde a une forme ovoïde; elle est située à l'extérieur de l'amnios ; elle est recouverte de vaisseaux qui ont pour racines les vaisseaux ombilicaux. Ces vaisseaux persistent pendant tout le temps de la gestation. La vésicule allantoïde tient à la vessie du fœtus par l'ouraque et sert de réceptacle aux urines.

Toutes les parties sont donc essentiellement les mêmes dans l'œuf du mammifère et dans l'œuf de l'oiseau : seulement, les proportions de telle ou telle partie varient, parce que les circonstances de la vie fœtale varient elles-mêmes.

Ainsi, les mammifères étant vivipares et leur œuf ayant pour lieu d'incubation l'oviducte, cet œuf n'avait pas besoin d'être protégé par une enveloppe dure et résistante, comme l'œuf de l'oiseau.

Ainsi encore, l'œuf des mammifères est extrêmement petit, comparé à celui des ovipares proprement dits, parce que l'œuf de ceux-ci, entièrement libre et séparé de la mère, devait emporter avec lui toute la nourriture nécessaire au développement du fœtus.

Au contraire, l'œuf des mammifères n'a qu'un très petit vitellus, qui ne doit servir, en effet, qu'au premier développement du fœtus. Celuici ne tarde pas à se mettre en rapport avec les parois de l'organe d'incubation, au moyen des ramiflcations vasculaires qui traversent son chorion ou sa membrane extérieure, et à prendre, par leur intermédiaire, toute la nourriture et même tout l'oxygène (par le sang oxygéné de la mère) dont il a besoin.

CEUF DES MAMMIFÈRES. 87

Voilà donc une partie, un organe de nutrition et de respiration, le placenta, qui manque dans l'œuf des ovipares. C'est que ceux-ci n'en avaient pas besoin : nous avons vu que, n'adliérant pas à la mère, ils se nourrissent, pendant toute la vie fœtale, au moyen du vitellus et respirent par les vaisseaux de l'allanloïde.

La loi d'analogie n'est donc pas rompue ; tous les élémens principaux, toutes les poches principales, sont donc retrouvés ; et notre proposition est démontrée]: tout œuf (l'œuf du mammifère et celui de Voiseaii, l'œuf du vivipare et celui de Voviparé), tout œuf est composé de môme.

vingtième Iicçon.

Sommaire. — Œuf du ruminant. — Œuf du rongeur. — Le fœtus respire par sa mère; expériences de Vésale et de Legallois. — Le fœtus se nourrit par sa mère.

Tout œuf est composé de même, ai-je dit ; et, en effet, nous avons retrouvé dans l'œuf du mammifère carnassier toutes les parties que nous avions vues dans l'œuf de l'oiseau.

Vérifions la loi de conformité dans d'autres ordres de mammifères : prenons l'œuf du ruminant. Celui-ci a un intérêt historique ; il a été étudié pour la première fois par le plus grand esprit qui se soit occupé de physiologie, par Galien. Ou sait que, de son temps, la dissection des dépouilles humaines était défendue. Galien a pris sur le ruminant tout ce qu'il dit des enveloppes du fœtus humain. 11 est facile de s'assurer du fait.

Galien donne à l'allantoïde ces deux caractères : 1° d'être en forme de boyau ; 2» d'être couverte de cotylédons.

En premier lieu, ni le carnassier, ni le rongeur ne nous offrent d'allantoïde en forme de boyau ; en second lieu, nous trouvons bien le premier de ces caractères dans le pachyderme, mais l'allantoïde de celui-ci

n'a pas de cotylédons. Vous avez devant les yeux rallantoïdc d'une truie; vous y remarquez, non des cotylédons, mais de simples disques.

Les deux caractères, observés par Galien, ne se réunissent que dans le ruminant.

L'œuf du ruminant nous présente d'ailleurs les autres enveloppes que nous connaissons.

Passons à l'œuf du rongeur : il se rapproche beaucoup de celui du carnassier. Contentons-nous de noter que le chorion, rudimentaire et à peine visible dans le carnassier, est mieux accusé dans le rongeur.

Le carnassier a un chorion si mince qu'on avait même douté qu'il en eût un ; Cuvier, le premier, en a reconnu les traces.

La nature est donc partout fidèle à son plan : nous retrouvons le cho* rion dans les vivipares ; seulement il y est à l'état rudimentaire. Et, en effet, l'œuf des vivipares, se développant dans le sein de la mère, n'avait pas besoin d'un organe de protection très marqué, ainsi que nous l'avons déjà dit.

Au contraire, l'œuf de l'ovipare étant, par suite d'un développement qui se fait à l'extérieur, exposé à des chances nombreuses de destruction, la nature lui a donné une enveloppe générale, un chorion résistant. Elle a poussé plus loin la précaution : l'œuf de l'oiseau a reçu encore une coquille. L'œuf de l'ophidien, qui n'a pas de coquille, a, par compensation, un chorion très épais.

C'est en portant son attention sur de pareils faits, c'est en les comparant que l'on voit bien cette grande vérité, savoir que toute la physiologie est un commentaire des causes finales : quand une partie de l'organisme devient très utile, elle prédomine; si elle est inutile, la nature n'en offre plus que des débris, indices encore subsistans d'un plan suivi.

Ce grand principe des causes finales, principe éclaireur, nous le voyons luire à chaque pas dans l'ovologie. Ainsi, le fœtus de l'oiseau, plongé dans l'air, respire directement par les vaisseaux de l'allantoïde ; le fœtus des mammifères, plongé dans le liquide amniotique, a besoin,

Page 1