RESPIRATION DU FOETUS VIVIPARE
pour respirer, d'un organe intermédiaire, supplémentaire, qui est le placenta.
Le placenta, — vous le voyez sur cette préparation d'un œuf de carnassier — est une masse vasculaire placée à la face externe duchorion, enveloppant comme une ceinture tout l'œuf et le partageant en deux parties à peu prl-s égales. Il est formé par la terminaison des vaisseaux ombilicaux. Il offre deux faces : l'une interne, ou fœtale, elle est lisse; l'autre externe, ou utérine, elle est rugueuse et parsemée de vaisseaux qui s'unissent à ceux de l'ulérus. Enfin, sur cet organe même, on voit une zone vasculaire, et c'est le placenta utérin.
Le placenta est unique dans certaines espèces, et multiple dans d'autres; en sorte que : 1° par cela seul qu'il existe ou non, il sert à distinguer les vivipares des ovipares, et 2» par cela seul qu'il est unique ou multiple, il sert à distinguer les vivipares les uns des autres.
Tous les animaux fissipèdes ont un placenta unique. Tous les animaux solipèdes ont un placenta multiple.
Passons à un autre objet, à la respiration du fœtus.
Le fœtus respire par sa mère : ceci est un point fondamental, et qu'il s'agit de démontrer expérimentalement.
Vésale est le premier qui ait éclairé cette question par l'expérience. Ayant ouvert le ventre d'une chienne, pleine et à terme, il retira un des petits de la matrice et le posa sur une table, sans déchirer les enveloppes : il vit bientôt, à travers les enveloppes, le petit faire de vains efforts pour respirer et enfin mourir comme suffoqué. Et veluti suffocatus moritur, dit Vésale. Un autre petit, dont il déchira les enveloppes à temps, respira efficacement, dès qu'il eut la tête dégagée.
Que prouve cette double expérience? Que le fœtus vivipare respire dans la matrice, par l'intermédiaire de sa mère, et non par ses enveloppes.
Les expériences de Legallois sont encore plus décisives. Il les fit sur des lapins.
Il constata d'abord qu'un fœtus a la faculté de résister pendant vingt
minutes à l'asphyxie, tandis que l'adulte ne peut être impunément privé de sa respiration plus de deux minutes.
Cela étant acquis, il soumit à ses expériences des lapines pleines, qu'il plongeait dans l'eau, et il obtint constamment ce résultat que le petit, tiré de sa mère asphyxiée, ne lui survivait que dix-huit minutes. Donc, l'asphyxie du fœtus a commencé avec celle de la mère. Les deux minutes d'asphyxie de la mère et les dix-huit minutes de survie du fœtus donnent les vingt minutes pendant lesquelles celui-ci peut résister à l'asphyxie.
Ces expériences de Legallois, faites la montre à la main, prouvent, avec évidence, que la respiration du fœtus est liée à celle de la mère.
Venons à une autre question, et non moins importante : comment se fait la nutrition du fœtus ?
Il faut bien avouer que, sur celte seconde question, la lumière ne s'est pas faite aussi complètement que sur la première. Quelques-uns ont pensé que le fœtus vivait au moyen des eaux de l'amnios. Opinion inadmissible: le liquide amniotique est une excrétion du fœtus. Le fœtus vivrait donc sur lui-même !
Il ne peut se nourrir que par le moyen de sa mère, par la connexion qui existe entre les vaisseaux utérins et les vaisseaux placentaires.
J'ai voulu le démontrer expérimentalement. Sur des lapines pleines j'ai fait des injections soit du fœtus à la mère, soit de la mère au fœlus, et j'ai toujours vu passer l'injection de l'un à l'autre, dans les deux cas. La communication avait lieu par les vaisseaux utéro-placentaires.
Je dois dire que mes expériences ont été répétées, et que l'on a prétendu que, dans ces injections, il y avait eu rupture des vaisseaux. Gela est possible, et, quoique le fait de la rupture soit encore douteux pour moi, je l'accepte, un moment, comme exact.
Il n'y aurait donc pas communication par continuité ; mais resterait Yendosmose, cette grande force que nous a révélée Duirochet ; et cela nous suffit. Nous pouvons dire, avec toute certitude, qu'il y a communication, sinon par continuité, du moins par contiguïté.