MODE DE GÉNÉRATION DES MARSUPIAUX
ouvrage Les Indes orientales (1685) : « La poche des philandres est une matrice dans laquelle sont conçus les fœtus. » En 1786, le comte d'Aboville disait la même chose. L'erreur persista si longtemps qu'en 1819, M. GeoflVoy Saint-Hilaire y touchait encore. Il y a, de lui, une brochure publiée à cette date et intitulée : Si les animaux à bourse naissent aux tétines de leur mère.
C'est à un Anglais, le docteur Barlon, que l'on doit les premières bonnes observations sur les marsupiaux.
Nous savons aujourd'hui que les femelles des marsupiaux ont, comme les autres femelles mammifères, deux ovaires, deux oviductes et une matrice ; les organes intérieurs de la génération sont les mêmes. Le mode de développement du fœtus est aussi essentiellement le même. Mais le temps de la gestation est autrement distribué : chez les mammifères à placenta, le petit reste dans la matrice tout le temps nécessaire au développement; à sa naissance, il est complètement formé, il est viable. Chez les marsupiaux, les jeunes sont expulsés de la matrice, pour ainsi dire, avant terme. Quand ils arrivent dans la bourse, ils sont très imparfaits ; ceux des petites espèces ne pèsent pas, à cette époque, plus d'un grain ; on ne voit leurs membres que comme des tubercules. C'est dans la bourse marsupiale que leur développement s'achève.
Les jeunes des autres mammifères ont deux époques de nutrition : 1° la nutrition utérine; 2° la nutrition extérieure ou la lactation. Chez les marsupiaux, la lactation est le principal moyen d'alimentation. Les petits commencent à téter qu'ils ne sont encore qu'ébauchés. On comprend que, pour ces animaux, un placenta était inutile ; il est remplacé parla mamelle.
Ici se présente une difficulté sérieuse :
La gestation, nous venons de le voir, se partage, pour les marsupiaux, entre deux organes : la matrice et la bourse marsupiale. Nous comprenons très bien comment s'opère la gestation extérieure on marsupiale : ce n'est autre chose qu'une lactation. Mais pour la gestation utérine, comment les choses se passent-elles ? Comment le
fœtus peut-il respirer et se nourrir dans la matrice, quand il n'y a pas de placenta pour le mettre en rapport avec la mère ?
M. Richard Owen a étudié dans l'oviducte l'œuf d'un marsupial (le kanguroo géant) et voici ce qui résulte de ses observations : pour cet animal, la durée de la gestation utérine est de trente-huit jours, celle de la gestation marsupiale est de huit mois. L'œuf reproduit toutes les conditions essentielles des mammifères placentaires ; il présente un chorion, une vésicule ombilicale, une vésicule allantoïde, un amnios; et toutes ces parties ont des rapports de situation analogues. On y trouve une masse vitelline, et même elle est plus considérable que dans les mammifères ordinaires ; il en devait être ainsi, puisqu'il faut que le fœtus vive un temps plus long sur cette seule ressource. L'allanioïde est très petite et ne gagne pas la surface de l'œuf de manière à produire sur le chorion l'organisation vasculaire qui constitue le lien placentaire. C'est donc seulement au moyen des vaisseaux viiellins, communiquant par contiguïté avec les vaisseaux de l'utérus, que s'établit le rapport avec la mère. La respiration se fait par ces vaisseaux vitellins. Quant aux élémens de nutrition, ils sont, comme nous venons de le dire, puisés dans la masse vitelline.
Voilà tout ce que nous savons sur la question ; et j"avoue que c'est bien peu de chose.
Quoi qu'il en soit, nous ne trouvons point de placenta dans ce groupe de mammifères, tandis que nous avons vu les fissipèdes en avoir un et les solipèdes en avoir plusieurs. Ces différences d'organisation m'ont donné l'idée, il y a déjà longtemps, d'une division des mammifères, division physiologique et qui marche parallèlement à la division adoptée en botanique.
On sait que le cotylédon, dans la plante, est, jusqu'à un certain point, l'analogue du vitellus et du placenta, dans le mammifère. Se fondant sur le caractère du cotylédon, MM. de Jussieu ont rangé tous les végétaux dans trois grandes classes : ils ont appelé monocotylédones ceux qui en ont un, dicotylédones ceux qui en ont deux, et acotytédones ceux qui n'en ont pas. On peut de même distinguer les animaux