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OEUF DES OVO-VIVIPARES. — ŒUF DE LA SEICHE

chorion, l'autre intérieure. Doit-on regarder celle-ci comme un amnios? Non, car l'on ne retrouve point dans cette tunique le caractère de l'amnios; elle n'enveloppe pas spécialement le fœtus, elle ne tient pas à lui. Nous ne devons la considérer que comme l'analogue de la membrane calcaire.

Des poissons osseux passons aux poissons cartilagineux qui sont des ovo-vivipares. Le petit du requin reste enfermé dans la matrice et s'y développe. L'œuf est recouvert d'une membrane très flne. Le petit sort vivant avec l'œuf, à peu près comme un animal mammifère.

Comment le petit du requin se nourrit-il et respire-t-il dans la matrice? Ayant un vitellus, il s'y nourrit comme tous les ovipares. Quant à sa respiration, elle s'y fait au moyen des vaisseaux vitellins qui contractent avec les vaisseaux de la mère une certaine continuité, une adhérence. Cuvier a dit, en parlant de l'œuf du requin : «"Il n'y a pas de placenta, et toutefois* le vitellus fort réduit des fœtus de requins, prêts à naître, m'a paru adhérer à la matrice presque aussi fixement qu'un placenta. »

Dans le cours de ces rapides études d'ovologie, nous n'avons pris nos exemples que parmi les vertébrés. Mais la loi d'analogie se retrouve dans toute la série des êtres animés. Je me bornerai à vous montrer, dans les invertébrés, l'œuf de la seiche (mollusque céphalopode).

C'est un sphéroïde elliptique, assez semblable aux grains de certains raisins. Il se prolonge en un pédicule terminé par un anneau qui, d'ordinaire, embrasse quelque corps étranger, comme une branche de fucus, par exemple. Puis, à un premier pédicule s'attachent souvent les pédicules d'autres œufs. De là ces grappes que vous voyez : on les a comparées à des grappes de raisin.

L'œuf de la seiche a été l'objet des observations d'Aristote, de Cavolinij de Cuvier. Ce dernier, dans un travail qui a précédé sa mort à peine de quelques jours (1), démontre que le développement de la petite seiche

(I) Sur les œufs de seiche, mémoire inséré dans les Nouvelles annales du Muséum d'histoire naturelle; Paris, 1832.

se fait comme celui des poissons et des bairaciens, par le seul passage de la matière du viteilus dans le canal inleslinal, et sans le concours d'un organe temporaire de respiration. « C'est, à ce qu'il paraît, dit Cuvier, une loi commune à tous les animaux à branchies, n lis n'ont jamais d'autre organe respiratoire que leurs branchies. Cuvier ajoute : « On peut même dire que la seule différence un peu importante entre les poissons et les seiches, c'est que l'insertion du canal vitellaire, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur, se fait plus près de la bouche ; ce qui était nécessité, dans la seiche, par la disposition de ses viscères. »

Cuvier prouve qu'Aristote et Cavolini ont vu les mêmes choses que lui ; il rectifle le texte altéré et mal compris d'Arisiote, et interprète, mieux qu'on ne l'avait fait, un passage obscur de Cavolini. M. de Baër prêtait à Cavolini l'opinion que le viteilus de la seiche éiaiten communication avec la bouche.

Je termine ici la physiologie fœtale; et je résume l'étude que nous en avons faite par quelques idées d'ensemble.

Le fœtus vit par des organes qui lui sont propres; je reviens sur ce point de la physiologie comparée des âges, il est capital. Quand le nouvel être passe de la vie fœtale à la vie d'adulte, il se dépouille de ses organes fœtaux et nous présente d'autres organes. Ainsi, ne perdons pas'de vue ces deux ordres de faits : 1» entretien de la vie fœtale au moyen d'organes spéciaux; 2» dépouillement de ces organes par le fœtus, quand il passe à la vie d'adulte.

Les hommes ont été frappés de bonne heure de celte transition de la vie fœtale à la vie d'adulte; et c'est là ce qui leur a donné l'idée des métamorphoses. Les poètes de l'antiquité se sont mis à broder sur ce texte. Qui ne connaît le poème d'Ovide? Les données scientifiques du temps n'étaient guère plus exactes que le poème des Métamorphoses. Fort avant dans les temps modernes, on a cru que l'insecte se changeait en un autre animal, en une autre espèce, qu'il se métamorphosait.

Ne nous récrions pas trop : si l'observation directe ne nous l'avait appris, pourrions-nous jamais soupçonner que la mouche est le même

TRANSITION DE LA VIE FCSETALE A LA VIE d'aDULTE. 99

être que le ver de la viande? Dans les phénomènes de cet ordre, les apparences ne conspirent-elles pas contre la vérité?

Swammerdam fut le premier qui donna des idées justes sur cette matière. J'ai déjà [parlé de ses expériences à propos du système de Leibnitz, sur la préexistence des germes. Swammerdam, ayant soumis des chrysalides de vers à soie à des procédés très fins d'anatomie, est arrivé à découvrir, sous la peau extérieure de la chrysalide, toutes les parties du futur papillon, les antennes, les pattes, les ailes, etc. Il est allé plus loin; il a retrouvé, dans la larve, toutes les parties de la chrysalide. Ainsi, larve, chrysalide et papillon, c'est un seul et même être modifié à la superficie. Swammerdam, le premier, a eu le mérite de le démontrer. C'est par des études de ce genre que l'on substitue au faux merveilleux, qui en impose au vulgaire, le merveilleux de bon aloi, bien plus attrayant que l'autre et qui provoque les méditations des esprits sérieux.

Tout le monde connaît le ver à soie; je ne m'arrêterai pas à décrire ses métamorphoses — nous savons quel sens il faut attacher à ce mot. — Ces phases de la vie nous frappent dans les insectes parce qu'elles s'accomplissent à l'extérieur, sous nos yeux; elles ont également lieu dans les espèces supérieures : ce& espèces, en passant de la vie embryonnaire à la vie d'adulte, changent rt'organes. Mais là, le phénomène s'opérant dans l'œuf, échappe à l'observation ordinaire.

Il existe toute une classe de vertébrés, les batraciens ou amphibiens, qui accomplissent, comme les insectes, leurs métamorphoses à l'extérieur. La grenouille se présente à nous, dans son premier état, sous forme de têtard : qui reconnaîtrait, de prime abord, la grenouille dans le têtard ? Celui-ci, qui est l'analogue du fœtus, a une queue ; il est dépourvu de membres, il respire dans l'eau par des branchies. La grenouille, qui est l'animal à l'état adulte, n'a pas de queue, elle a des membres, elle respire par des poumons.

Le fœtus se dépouille de ses organes par deux moyens : 1» par le dépérissement ; 2° par la résorption.

Le dépérissement a lieu, par exemple, quand, dans le fœtus de l'dl-

seau, le sang se portant au poumon, les parties de rallanioWe qui servaient à la respiration se flétrissent et tombent. Mais le moyen le plus important à étudier est celui de la résorption. Ainsi,l a membrane ombilicale est résorbée; la queue du têtard disparaît par résorption, etc.

Il en est de même des branchies du têtard. On avait imaginé qu'elles se transformaient en poumons : c'était retomber, par un autre cOié, dans la vieille erreur de la métamorphose. Cela est si peu vrai, qu'il y a un moment oii les poumons existent simultanément avec les branchies.

L'être animé est donc, en quelque sorte, composé de deux corps, il îi des organes doubles. Quand il passe de l'état de fœtus à l'état d'adulte, il se dédouble, en ce sens qu'il perd une partie de lui-même, qu'il perd sa doublure. C'estsur ce fait démontré que j'ai fondé, il y a environ vingt ans, ma théorie du dédoublement organique (1). Cette théorie ayant été adoptée par la plupart des physiologistes, je puis croire qu'elle contient la [véritable explication des métamorphoses des animaux.

J'ai épuisé les deux premières questions de ce cours, savoir : la spéciflcalion des êtres et la formation des êtres. Dans la prochaine leçon, j'aborderai la troisième question : la distribution des êtres sur le globe.

vingt-quatrième licçon.

SOMUAIRE. — Distribution, localisation des êtres sur la surface du globe; travaux de Biiffon. — Animaux de l'ancien et du nouveau continent. — Diversité et parallélisme des espèces. — Unité du règne animal.

Dans ma première leçon , j'ai donné la définition de la science, ou branche de science, que je nomme ontologie positive : Vontologie est l'objet, le litre de ce cours, et elle comprend l'élude de quatre questions principales : 1° la spécification des êtres ; 2° la formation des êtres — nous avons étudiées ces deux-là ; 3° la répartition des êtres sur le

(1) Voyez mes Mémoires d'anat. et de physiol. comparées. Paris, 1844.

ANIMAUX DE l'aNCIEN ET DU NOUVEAU CONTINENT. 101

globe ; W leur réparlilion dans les différens âges du globe — nous allons étudier ces deux-ci.

Nous commencerons par l'étude de la réparlilion actuelle des animaux sur le globe. La connaissance de cette première question nous fera mieux comprendre la seconde, ou la succession des êtres dans les différens âges de la terre. L'examen rapproché des deux vous amènera, je pense, à conclure, avec moi, que tout le phénomène paléontologique se réduit à des déplacemens successifs des êtres sur le globe. Vous verrez, en effet, que des révolutions nombreuses ont bouleversé la surface de la planète que nous habitons : ces révolutions ont déplacé les bassins des mers ; ce qui était mer est devenu terre sèche, et, à leur tour, des parties de terre sèche ont été envahies par la mer. Relativement aux êtres animés, le résultat de pareilles révolutions a été celui-ci : les populations marines mises à sec ont péri; les populations terrestres ont été en partie submergées et détruites, en partie déplacées. C'est l'histoire de ces destructions et de ces déplacemens successifs qui constitue, en définitive, la paléontologie.

Pour le moment, demandons-nous quelle est la répartition actuelle des animaux sur la surface du globe. A prioii, on ne peut faire, à cet égard, que deux suppositions : ou bien tous les animaux sont indifféremment dispersés sur la surface du globe ; ou bien chaque espèce y est renfermée dans des limites déterminées, comme dans une patrie naturelle.

La dernière supposition est la vérité. Les diverses espèces animales ont un sol natal, une patrie. De tout temps l'on a remarqué que, parmi les animaux, les uns sont localisés, cantonnés dans telle partie, les autres dans telle autre partie du globe. Nous lisons dans Pline des litres de chapitres qui se rapportent à cette notion : Indiœ terrestria animalia; Animalia Ethîopiœ; Animalia qucs genuit Africa. Pour les anciens, le fait se réduisait à une remarque vulgaire, superficielle, qui n'avait rien de scientifique, même dans la bouche de Pline, grand écrivain, mais assez faible naturaliste. Il y avait loin de là sans doute à la connaissance précise des lois qui déterminent la résidence, la localisation des diverses

espèces. Celte vue scientiflque, inconnue à l'antiquilé, échappa également aux modernes jusqu'à Buffon. C'est encore lui qui a été le génie initiateur pour celte question. Voici comment, clans la longue et brillante suite de ses travaux, il fut amené à se la poser.

J'ai parlé des circonstances qui firent de Buffon un grand naturaliste. Appelé à l'intendance du Jardin-du-Roi, il travailla, médita durant dix années, sans rien produire. Il commença par étudier le globe , habitation des êtres organisés et qui, pris en soi, forme une partie des objets de l'histoire naturelle, le règne minéral, Buffon, ayant profondément réfléchi sur la constitution du globe, produisit sa Théorie de la terre. 11 voulut ensuite s'élever jusqu'à saisir l'ensemble du système, du monde, en général, auquel se rattache la terre et il écrivit sou célèbre discours sur la Formation des planètes. Enfin, il étudia la vie en général et les êtres vivans en particulier.

11 commence l'étude des êtres vivans par ÏHistoire naturelle de l'homme. Dans cet ouvrage encore, et presque dès les premiers pas, Buffon ouvre une nouvelle carrière à la science; il fonde l'anthropologie. Jusqu'alors on n'avail observé dans l'homme que l'individu, et non la réunion des individus comme espèce. Buffon, après avoir démontré l'unité de ["espèce humaine, traite des variétés ou races humaines.

De l'homme il passe aux animaux. Quel ordre suivra-t-il ? S'il était naturaliste dans toute la rigueur du terme , il adopterait, sans aucun doute, une des méthodes en usage ; mais il ne les connaît pas. Il y a plus, il ne ne veut pas les connaître. La vérité est que Linné et sa méthode régnaient alors, et que Buffon , par prévention , par un peu de jalousie, — il était homme — peut-être même par simple ignorance, combattit la classification de Linné et toutes les autres.

Buffon se fit un plan propre à la nature de son talent. Après l'homme, il décrit les animaux qu'il connaît le mieux, les animaux domestiques : le cheval d'abord , puis l'âne, le bœuf, la chèvre, etc. Les histoires qu'il a faites de ces animaux seront des modèles éternels d'une solide éloquence.

De là il passe aux animaux qui, sans être domestiques, vivent autour

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