‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 31 sur 54 · DIVERSITÉ ET PARALLÉLISME DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

DIVERSITÉ ET PARALLÉLISME DES ESPÈCES

de nous : le cerf, le daim, le lièvre, le chevreuil, etc.; puis aux animaux que nous voudrions éloigner de nous : le loup , le renard, le blaireau, etc.

BuQbn aborde enfln l'étude des animaux des climats étrangers. Ici, c'est l'idée delà grandeur qui l'attire d'abord. Tout ce qui est grand est, par privilège spécial, du domaine de sa pensée. Il commence par le lion. Les naturalistes signalaient un lion dans le Nouveau-Monde ; Buffon compare le lion de l'Ancien-Continent avec le lion d'Amérique ou pwma. Il voit bien vite que ce dernier ne réunit pas les caractères de l'animal que l'on a appelé le roc des animaux; il n'est donc pas de la même espèce, et les naturalistes se sont trompés. Buffon, toujours prompt à généraliser, et rarement aussi heureux que celte fois-ci, conçoit aussitôt l'idée que la même confusion pourrait bien exister à l'égard des autres espètes d'Amérique que l'on assimile aux nôtres. Il compare le tigre royal avec le tigre d'Amérique om jaguar : l'erreur est la même. II continue son travail de comparaison sur d'autres espèces de l'Ancien et du Nouveau-Continent, prétendues les mêmes : autant de comparaisons, autant d'erreurs reconnues.

L'histoire à la main, Buffon remonte à la source de toutes ces confusions, et il la découvre : les premiers conquérans du Nouveau- Monde, les soldais de Pizarre ou de Cortez, voyant sur le sol conquis des animaux qui se rapprochaient, en apparence, de ceux qu'ils connaissaient en Europe, leur donnèrent les mêmes noms : pour eux, le puma fut un lion, le jaguar un tigre, le lama un chameau. Cos dénominations inexactes se répandirent en Europe et passèrent, sans contrôle, dans le langage scieniifique du temps. Avec les noms, les naturalistes adoptèrent les idées qui y étaient attachées.

En réalité, il n'y a eu Amérique ni lion, ni tigre, ni chameau. L'éléphant, Thippopoiame, le rhinocéros, animaux de l'Ancien-Continent, ne se trouvent pas non plus dans le Nouveau. Notre grand naturaliste vil toutes ces choses avec génie, et il lira de ses observations celte belle loi, savoir, qxCaacim animal du midi de l'un des deux Continens ne se trouve dans le midi de l'autre.

Pourtant quelques faits contrariaient la règle , ou, plus exactement, semblaient la contrarier : on trouvait en Amérique des animaux de l'Ancien-Continent, des chevaux, des clièvres, des cochons, des brebis et d'autres encore. Les espèces étaient incontestablement les mêmes. BulTon sut encore trouver ici Texplication des faits, et la voici : tous ces animaux provenaient des espèces domestiques d'Europe qui avaient été importées en Amérique par les Espagnols, dès les premiers temps de la conquête. Ils en avaient lâché un grand nombre dans les forêts et dans les plaines, et comme par des violences et des cruautés que l'histoire a justement flétries, les conquérans avaient fait le vide autour d'eux, ces animaux, errant en liberté sur une terre qui leur était abandonnée, se multiplièrent rapidement; rendus à la vie sauvage, ils formèrent bientôt des troupeaux considérables.

Il est certain, en effet, qu'avant la conquête , aucune de ces espèces n'existait en Amérique. Les Espagnols ne trouvèrent, en Amérique, ni chèvres', ni cochons, ni chiens, ni aucune des espèces devenues domestiques en Europe. Qui ne sait de quelle admiration mêlée d'effroi furent frappés les indigènes quand, pour la première fois, ils virent des Espagnols à cheval? Le cavalier leur paraissait faire corps avec l'animal énergique et docile qu'il dirigeait ; ils croyaient n'avoir qu'un seul et même être devant les yeux.

Ainsi, l'exception disparaît, la règle de Buffon est vérifiée d'une manière absolue.

Je dois quitter un moment Buffon et ses travaux sur cette matière pour vous parler, ici même, d'une notion toute nouvelle, et qui appartient à la science contemporaine.

Sans doute, les espèces d'Amérique ne sont pas les mêmes que celles de l'Ancien-Monde. Mais elles sont parallèles. Prenons pour exemple la tribu des singes : nous trouvons dans l'Ancien-Continent le chimpanzé, l'orang-outang, le babouin, etc. Le Nouveau-Continent ne nous offre ni chimpanzé, ni orang-outang, ni babouin, mais il a le sajou, le saïrairi, l'ouistiti, etc. Ce sont toujours des singes. Les espèces sont différentes, mais le type est le même.

ANIMAUX DU NORD DE l' AMÉRIQUE ET DU NORD DE l'eUROPE. 105

Ce phénomène de parallélisme se reproduit pour une foule d'autres espèces. Parmi les animaux du genre félis, nous trouvons dans l'Ancien-Continent : le lion, le tigre, la panthère; nous trouvons dans le Nouveau : le puma, le jaguar, l'ocelot. De même pour les ruminans, nous avons, d'un côté : le chameau, le bœuf, etc. ; de l'autre : l'alpaca, le lama, etc.

Si, après avoir comparé entre elles les espèces vivantes, nous les comparons toutes ensemble avec les espèces fossiles, nous retrouvons encore dans ce rapprochement la loi du parallélisme. Le domaine fossile nous donne des ruminans, des félis, des pachydermes qui se classent, comme groupes , à côté des ruminans , des félis et des pachydermes actuels.

Ainsi, les espèces varient, mais elles sont parallèles. Le règne mi' mal est un. Ces idées neuves, et que nous devons surtout à M. de Blainville, nous rapprochent de cette autre idée : La création est une.

Tingt-clnquièiuc liCçon.

Sommaire. — Suite des travaux de Buffon sur la localisation des espèces animales. — Animaux du nord de l'Amérique et du nord de l'Europe. — Vérification de la loi du parallélisme des espèces.

Les populations animales, avons-nous vu, sont localisées dans les différentes parties du globe. La connaissance des localités, par rapport aux animaux qui les habitent, forme la géographie zoologique. On appelle faune une population animale groupée dans une certaine partie de la terre, de même que l'on appelle flore l'ensemble des plantes, spéciales à telle ou telle contrée. Vous savez que c'est à Linné que nous devons ce langage imagé, gracieux.

Il n'est pas douteux que ces populations animales, propres à telle ou telle partie du globe, n'aient éprouvé des déplacemens considérables. Ainsi, l'Amérique n'a plus d'éléphans : et il est certain que son sol en a porté autrefois: les ossemens fossiles attestent le fait. Depuis les temps

historiques, l'Ancien-Continent n'a jamais connu de marsupiaux ou animaux à bourse, et pourtant ils y ont vécu. Cuvier a trouvé à côté de Paris, à Montmartre, les restes fossiles d'un animal à bourse, d'un petit didelphe. Ces disparitions ne sont, en définitive, que des déplacemens ; car, l'éléphant perdu pour l'Amérique, le didelphe perdu pour l'Europe, nous les retrouvons dans d'autres contrées, sinon comme espèces semblables, du moins comme type pareil.

Mais, ces déplacemens d'animaux par quoi ont-ils été causés? Par le déplacement des mers : les eaux, en faisant irruption sur les continens, ont submergé une partie des espèces terrestres, et elles ont chassé l'autre partie devant elles. Si nous cherchons maintenant la cause du déplacement des mers, nous la trouvons dans le soulèvement des montagnes qui a changé le niveau des eaux. Enfin, remontant à une cause plus éloignée encore, nous voyons que le soulèvement des montagnes a été amené par le feu central de la terre. De déductions en déductions, nous arrivons à ce fait qu'à son origine le globe était une masse ignée. L'incandescence s'est tempérée à la surface, la croûte de la terre s'est formée, mais le feu existe toujours, il s'est concentré; il agit encore aujourd'hui par les tremblemens de terre et par les éruptions volcaniques. Je reviens aux travaux de Buffon sur la localisation des espèces. J'ai dit que ce grand naturaliste avait posé cette règle qu'aucun animal du raidi de l'un des deux Continens ne se trouve dans le raidi de l'autre ; règle qui, nous l'avons vu, s'accorde complètement avec les faits. Mais, si l'on passe du midi au nord de l'Amérique, la règle n'est plus aussi complètement applicable. Le nord de l'Ancien- Continentet celui du Nouveau ont, dans leur population, quelques animaux de même espèce : on trouve dans les deux régions l'élan, le renne, le loup, le renard, le castor, etc. Buffon explique le fait par le voisinage des deux Continens au pôle nord. Et, en effet, tandis que leurs midis sont séparés par des mers immenses, leurs nords ne le sont que par un passage étroit, le détroit de Behring. Il faut ajouter que ce détroit étant presque toujours couvert de glaces, la soluiion de continuité n'existe pas, à proprement parler; les animaux peuvent passer sur la

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glace d'un Comment à l'autre. Il y a même plus, la communication a été complète à une certaine époque ; le détroit de Behring, produit de la rupture des deux Coniinens, est de formation récente. Primitivement les deux Coniinens n'en faisaient qu'un.

Toutes ces raisons sont bonnes sans doute, mais Buffon ne donne pas la grande raison. On pourrait lui objecter, en effet, que l'Europe et l'Asie ne sont point séparées par des mers ; elles font continent, et cependant la population animale de l'une et celle de l'autre sont très distinctes.

La grande raison, c'est la loi des climats: où les climats sont différens, les populations animales sont différentes ; où ils sont analogues, elles sont analogues.

Les populations différentes, quant à l'espèce, peuvent être ramenées, je l'ai dit, à la loi de parallélisme, à l'unité de type. Nos cadres zoologiques étaient faits quand la découverte de l'Amérique vint enrichir l'histoire naturelle d'une masse d'êtres nouveaux ; les mêmes cadres les reçurent, ils entrèrent naturellement dans les groupes déjà formés. L'unité du règne animal ne pouvait se manifester d'une manière plus claire.

Nous avons pu facilement ranger dans des groupes parallèles les ruminans, les pachydermes, les félis de l'Ancien et du Nouveau-Continent. Pour retrouver les analogues [àe quelques autres espèces, il faut plus d'attention. Par exemple, l'Ancien-Monde possède les fourmiliers. Ce sont de singuliers animaux , complètement édentés , pourvus d'une langue filiforme, très extensible, et qiu va chercher dans leurs trous les fourmis, les termites ; quand elle est sulBsamment chargée d'insectes, l'animal retire sa langue et avale son butin. Les fourmiliers sogt obligés de tirer la langue pour vivre, a dit plaisamment Buffon.

Relrouverons-nous ce type dans le Nouveau-Monde ? Oui : Si l'Ancien-Monde nous offre le pangolin et le phatagin, nous trouvons, en Amérique, le latou, le tamanoir ^ le tamandua. Tous ces animaux sont des fourmiliers. Entre le pangolin et le tatou l'analogie est même

lus DISTRIBUTION DES ÊTRES SUR LE GLOBE.

frappante, tous les deux sont remarquables par un test écailleux composé soit de pièces imbriquées, soit de corapartimens en mosaïque.

Autre exemple : l'Amérique renferme un genre d'animaux plus curieux que tous ceux que je viens de citer, le genre des paresseux. L'unau et l'aï, qui appartiennent à ce groupe, sont d'une lenteur de mouvemens, d'une paresse à peine imaginables.

Quand,après une longue série d'efforts, ils ont pu grimper sur un arbre, ils le dépouillent et se nourrissent de toutes les feuilles qui sont à leur portée ; puis, pour s'épargner la fatigue de descendre de l'arbre, ils s'en laissent choir. L'anatomie de ces animaux nous révèle la cause de la lenteur de leurs mouvemens : leurs principales artères ne se composent pas d'un seul vaisseau. L'artère se divise en un grand nombre d'artérioles qui forment pinceau. Or, plus la marche du sang est rapide, plus l'énergie musculaire est grande. On comprend que la circulation du sang, rapide quand il traverse un seul vaisseau , se ralentit nécessairement quand il faut que le liquide s'engage dans un faisceau d'arlérioles ou petites artères.

Les analogues des paresseux se rencontrent également dans l'Ancien- Monde et, chose singulière, nous retrouvons ce type dans un groupe d'animaux qui se distinguent entre tous par leur vivacité, par leur pétulance, dans le groupe des singes. Les loris ou singes paresseux comprennent deux espèces : 1' le paresseux du Bengale ; 2» et le loris grêle.

Ils ont à peu près la même lenteur de mouvemens que l'unau et l'aï, lenteur qui contraste avec leur physionomie éveillée. Nous retrouvons aussi dans les loris la même disposition des artères en pinceaux d'arlérioles.

Toutefois l'Amérique possède des animaux tout à fait inconnus au Monde-Ancien, les animaux à bourse. La loi de parallélisme va-t-elle voir ici s'arrêter son empire ? Non, nous retrouvons les animaux à bourse dans la Nouvelle-Hollande, et, tandis que l'Amérique n'a qu'un seul genre de la classe des marsupiaux (les sarigues) , ces mêmes marsupiaux

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