GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE
forment la population mammifère presque tout entière de la Nouvelle- Hollande.
La loi de parallélisme se trouve donc complètement vériGée.
Vlngt-sIxlème liCçon.
SouuAiRE. — Géographie zoologique. — Loi des climats. — Causes qui modifient la température : 1° altitude; 2° humidité.
Nous savons que les espèces animales ne sont pas dispersées au hasard sur le globe, que chacune d'elles a un sol naturel. Le mot hasard n^ pas de sens ; tout dans la nature est régi par des lois. Entrons dans l'étude de cette loi de localisation.
La science du globe constitue la géographie. Considérée sous des aspects divers, la géographie est politique, physique, ou physiologique. Chacune de ces branches comporte elle-même des subdivisions :
La géographie politique embrasse : 1° la géographie positive ; 2° la géographie historique.
La géographie physique comprend : 1» la géographie physique proprement dite ; 2° la géographie géologique.
Je ne m'arrête pas à définir ces différentes parties de la science ; elles ne se rapportent qu'indirectement à l'objet de nos études.
Enfin, la géographie physiologique donne : 1» la géographie botanique ou la science du globe par rapport à la distribution des végétaux ; 2» la géographie zoologique ou la science du globe par rapport à la répartition des animaux. C'est cette dernière branche de la géographie qui nous intéresse particulièrement. Je vais en tracer une esquisse.
Nous avons déjà vu que Buffon , le véritable créateur de la géographie zoologique, a distingué, démêlé deux grands centres de populations animales, l'Ancien-Continent et l'Amérique. Il en est un troisième, l'Aus-
iralie ou Nouvelle-Hollande, dont la population, très caractérisée, se compose presque exclusivement de marsupiaux.
Ce caractère de marsupialité me permet de reconstituer zoologiquement l'Australie. J'annexe au Continent australien les terres voisines où je trouve des marsupiaux : telles sont les Célèbes, les Moluques, la terre de Van Diemen. On aurait beau dire que ces pays sont séparés de l'Australie par des mers. C'est là une séparation qui , comme celle des deux grands Coniinens, est récente dans l'histoire du globe, accidentelle ; elle ne doit pas nous masquer l'unité zoologique du Continent australien.
D'un autre côté, j'écarte l'idée d'un Continent océanien. Les géographes ont réuni sous ce nom , dans un même groupe , toutes les îles de la mer du Sud, îles qui diffèrent entre elles par leurs faunes aussi bien que par la nature de leur sol. L'agrégation que les géographes en ont faite est tout artiûcielle. J'ai déjà restitué au Continent australien une partie de ces îles. D'autres, Bornéo, Sumatra, Java et toutes les îles de la Sonde doivent, au contraire, être rattachées à l'Asie : le caractère qui nous guide, celui des faunes, est le même.
Madagascar appartient à l'Afrique.
Le nord du Nouveau-Monde est asiatique , malgré le détroit de Behring. Nous retrouvons dans les deux régions les mêmes animaux, l'élan, le renne, l'ours ; nous y retrouvons la même race humaine.
Ainsi, nous avons trois grands centres d'agrégations animales :
1° L'Ancien-Continent : nous y remarquons tous les grands animaux, comme l'éléphant, le lion, le rhinocéros, la girafe, l'orang-outang. Tous nos animaux domestiques lui appartiennent.
2» Le Nouveau-Continent : il renferme des espèces non pas identiques — il s'en faut bien, elles sont toutes différentes — mais parallèles à celles de l'Anclen-Continent. Les animaux y sont d'une taille réduite : le plus grand pachyderme américain est le tapir; il a la taille d'un fôrt sanglier. Quelle différence si l'on compare le tapir à notre grand pachyderme, l'éléphant! En Amérique, le plus grand ruminant estl'alpaea; le plus grand félis, le jaguar.
toi DES CLIMATS. 111
3» Le Continent australien : il se disiingue par ses marsupiaux et par deux singulières espèces dont je vous parlerai dans ma prochaine leçon, rornithorhynque et l'échidné.
Le midi de l'Asie et le midi de l'Afrique sont deux autres centres particuliers où nous retrouvons deux natures parallèles : chacun de ces midis a un éléphant, d'espèce différente ; en Asie, on trouve le tigre, en Afrique le lion; l'une possède l'orang-outang, l'autre le chimpanzé. Mais, comme vous le voyez, toujours les types se répètent.
Les races humaines paraissent avoir été soumises à la localisation, comme les espèces animales. Chacune des quatre grandes races habite une partie du monde : la race blanche l'Europe, la race jaune l'Asie, la race noire l'Afrique, la race rouge l'Amérique.
Tous ces faits nous révèlent la loi de localisation ; mais nous ne la connaissons encore qu'empiriquement. Il nous reste a la connaître d'une manière rationnelle.
Quelle est la cause de la localisation des êtres vivans ? Nous trouvons cette cause dans une loi plus générale, dans la loi des climats. Chaque espèce vit dans les contrées dont le climat lui est propre. Mais quelle est la cause du climat ? C'est la température. Si, poussant plus loin cette recherche de causalité, nous nous demandons d'oii vient la température, nous reconnaissons qu'elle est un effet de la chaleur solaire.
Je ne parle que de la chaleur solaire : nous verrons, en effet, que la chaleur venant du centre à la surface de la terre est si faible, qu'il est permis de la négliger.
On pourrait donc croire , à priori, que tout se réduit là, et que le climat de chaque contrée est plus ou moins chaud , suivant qu'elle est plus ou moins directement exposée à l'influence des rayons solaires ; et, dans ce cas, les lignes d'égale chaleur, les lignes isothermes, comme les appelle M. de Humboldt, seraient les mêmes que les latitudes : les climats seraient donnés par les latitudes.
Il n'en est point ainsi : il y a deux causes qui troublent, qui modifient l'action solaire relativement au climat. Ces causes sont : 1° l'altitude des lieux ; 2° la présence des eaux ou l'humidité.
L'altitude modifie la température : une montagne fort élevée présente des degrés successifs de température et par conséquent une série, une échelle de climats superposés. Bénédict de Saussure trouvé que, sur le mont Blanc, la température, à mesure que l'on s'élève, décroît de 1 degré par 90 toises. Dans sa fameuse ascension aérostatique, M. Gay- Lussac a observé les faits suivans :
Son thermomètre marquait en quittant Paris, . . + 30».
A 2,600 toises. ... 0».
A 3,000 toises. ... - 3».
L'humidité est une autre cause troublante : Buffon avait remarqué la différence que présentent les espèces animales et les races humaines du midi de l'Amérique comparées à celles du midi de l'Afrique.
Je ferai observer incidemment que les races humaines, dans ces deux contrées, ne diffèrent pas autant que Buffon semblait le croire, du moins en ce qui touche à leur coloration, à leur pigmentum : l'Américain et l'Africain ont tous les deux une couche pigmeniale très abondante; seumenl, dans l'Américain, cette couche est cuivrée, tandis que dans l'Africain elle est noire.
Quant aux espèces animales, elles diffèrent essentiellement, et jusque dans leurs proportions : les espèces américaines, nous l'avons vu, sont des espèces réduites.
Ces différences tiennent au climat, qui n'est pas le même dans les deux pays, malgré l'identité de latitude. Et à quoi tient donc, à son lour, la différence du climat ? Elle tient d'abord à l'humidité. Le midi de l'Amérique est pénétré par des golfes profonds, sillonné par de grands fleuves, couvert de forêts épaisses ; de là l'humidité de l'atmosphère et du sol, humidité qui tempère la chaleur. Le midi de.l'Afrique n'a rien pour balancer les ardeurs solaires qui le brûlent.
La différence de climat tient ensuite à l'altitude : l'Amérique est traversée par de longues et hautes chaînes de montagnes. Et j'ajoute que souvent ces deux causes, altitude et humidité, se réunissent et se confondent : c'est la montagne qui donne le fleuve.
ANIMAUX DE l' AUSTRALIE.
Vingt-septième licçon.
SoMsuiRE. — Animaux de l'Australie : l'ornitliorliynque, l'échidné. — Acclimalalion des animaux. — Amélioration de nos espèces domestiques.
Le remarquable caractère de certaines populations animales, la marsupialité, m'a permis de reconstituer le Continent australien. Je ne quitterai pas ce continent qui se distingue si nettement , par ses productions, des autres pays , sans vous parler de deux espèces animales qui lui sont propres, espèces plus singulières encore que les didelphes : il s'agit de l'ornithorhynque et de l'échidné qui forment l'ordre des Monotrèmes.
Le trait commun qui frappe tout d'abord dans ces deux animaux, classés, jusqu'ici du moins, parmi les mammifères, c'est qu'ils ont un véritable cloaque, comme les oiseaux.
Le premier naturaliste qui ait décrit l'orniihorliynque est Blumenbach ; il l'appela Ornit/iorhynchus paradoxus. On ne pouvait mieux dire : le nom à'ornithorhynque (opv/ç, 6oc, oiseau ; fi-yX"!, bec) est justiflé par un véritable bec d'oiseau, bec semblable à celui d'un canard, et ayant comme celui-ci des dentelures sur les côtés. L'épitliète paradoxus est aussi très exacte : rien de plus paradoxal en apparence que l'ornithorhynque. Nous avons vu que ce mammifère a un cloaque et un bec. Ajoutons que ce bec a deux dents, bien caractérisées.
Comme l'oiseau encore, l'ornithorhynque a deux clavicules. Ce n'est pas tout : après avoir montré des caractères qui le rapprochent de l'oiseau , il va nous en offrir d'autres qui rappellent le didelphe ; le bassin de l'ornithorhynque est muni en avant, sur le pubis, de deux os analogues aux os marsupiaux.
L'ornithorhynque a les pieds garnis en dessous de membranes qui dépassent les doigts et même les ongles. Les pieds postérieurs présentent, au tarse, un ergot acéré, percé d'un trou : on a prétendu que cet ergot verse une liqueur vénéneuse, mais rien n'est moins sûr.
Nous trouvons dans l'échidné des caractères qui lui sont communs avec l'ornithorhynque ; mais il n'a pas comme lui un bec élargi ; il l'a pointu et privé de dents. L'écliidné a une langue extensible; c'est un véritable fourmilier. Il présente d'ailleurs les deux os marsupiaux, la double clavicule, le cloaque.
Les monotrèmes appartiennent-ils à la classe des mammifères ou à la . classe des oiseaux ? Dans le principe, cela fit question parmi les naturalistes ; aujourd'hui il semble qu'on peut être moins indécis.
Remarquons d'abord que ces animaux sont couverts de poils ; c'est nn caractère qui n'appartient qu'aux mammifères. Avec des poils, une espèce d'échidné a des épines ; mais cette circonstance ne change rien au caractère : on sait que le porc-épic, qui est un mammifère , est couvert d'épines. Anatomiquement, les épines peuvent être ramenées au type des poils.
Remarquons ensuite que les monotrèmes ont quatre pattes ; c'est un caractère qui les sépare des oiseaux ; tous les oiseaux ont des ailes ou des vestiges d'ailes ; aucun n'a quatre pattes. On rencontre des vestiges d'ailes jusque dans l'autruche, qui est le moins oiseau possible.
Enfin les hommes habiles, Meckel entre autres, qui ont fait l'anatomie des monotrèmes , n'ont pas douté qu'ils n'eussent des mamelles.
De tout cela nous pouvons conclure , presque à coup sûr , que les monotrèmes sont des mammifères.
Au sujet de ces animaux, M. de Blainville a émis une idée heureuse : il en fait un degré de l'échelle des êtres, et dès lors les anomalies apparentes des monotrèmes disparaissent pour faire place à une signification analogique ; ils forment, suivant M. de Blainville, le lien, le passage entre les mammifères et les oiseaux. L'épithète de paradoxal donnée par Blumenbach à l'ornithorhynque, ne serait plus applicable.
Je reviens à l'explication de la loi des climats. Vous savez que ce qui donne le climat est la température. Chaque espèce est parquée dans la contrée où elle trouve le degré de chaleur qui lui est nécessaire pour vivre. Vous savez aussi que les deux causes modifiantes de la température sont : 1» l'altitude ; 2° l'humidité. Ces grandes questions ont