‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 33 sur 54 · BUFFON ET HUMBOLDT SUR LA LOI DES CLIMATS · texte numérisé non relu

BUFFON ET HUMBOLDT SUR LA LOI DES CLIMATS

préoccupé deux esprits supérieurs, Buffon et M. de Humboldt; et j'ai noté dans leurs écrits quelques passages où ils expriment leurs idées à ce sujet.

Voici ce que dit Buflbn :

« Dans le Nouveau-Continent la température des différens climats est plus égale que dans l'Ancien-Continent; c'est... par l'effet de plusieurs causes; il fait beaucoup moins chaud sous la zone torride, en Amérique, que sous la zone torride, en Afrique; les pays compris sous celte zone, en Amérique, sont : le Mexique, la Nouvelle-Espagne, le Pérou, la Terre des Amazones, le Brésil et la Guyane. La chaleur n'est jamais fort grande au Mexique, à la Nouvelle-Espagne et au Pérou, parce que ces contrées sont des terres extrêmement élevées au-dessus du niveau ordinaire de la surface du globe ; le thermomètre , dans les grandes chaleurs, ne monte pas si haut au Pérou qu'en France ; la neige qui couvre le sommet des montagnes refroidit l'air, et cette cause qui n'est qu'un effet de la première, influe beaucoup sur la température de ce climat; aussi les habitans, au lieu d'être noirs ou très bruns , sont seulement basanés. Dans la Terre des Amazones il y a une prodigieuse quantité d'eaux répandues, de fleuves et de forêts ; l'air y est donc extrêmement humide et par conséquent beaucoup plus frais qu'il ne le serait dans un pays pliis sec. D'ailleurs, on doit observer que le vent d'Est qui souflle constamment entre les tropiques n'arrive au Brésil, à la Terre des Amazones et à la Guyane qu'après avoir traversé une vaste mer, sur laquelle il prend de la fraîcheur qu'il porte ensuite sur toutes les terres orientales de l'Amérique équinoxiale ; c'est par cette raison, aussi bien que par la quantité des eaux et des forêts, et par l'abondance et la continuité des pluies, que ces parties de l'Amérique sont beaucoup plus tempérées qu'elles ne le seraient en effet sans ces circonstances particulières. »

Voici maintenant un passage des Tableaux de la nature, de M. de Humboldt :

« Un des objets de la géographie générale qui récompense le mieux des efforts qu'il coûte, consiste à rapprocher la constitution physique

116 DISTRIBUTION DES ÊTREg SUR LE GLOBE.

de régions séparées par de vastes iniervalles, et à indiquer en quelques traits les résultats de cette comparaison. Des causes diverses, en partie peu étudiées jusqu'à ce jour , tendent à diminuer la sécheresse et la chaleur du Nouveau-Continent.

» Le peu de largeur des terres découpées en tout sens dans la partie tropicale de l'Amérique du Nord , où la base liquide de l'atmosphère fait monter dans les régions supérieures un courant d'air moins chaud ; l'étendue longitudinale du continent, qui se prolonge jusque vers les deux pôles glacés ; le vaste Océan où se déploient sans obstacle les vents les plus frais des tropiques ; l'abaissement des côtes orientales; les courans d'eau froide qui, sortant de la région antarctique, se dirigent d'abord du sud-ouest au nord-ouest, vont se briser contre les côtes du Chili, sous le 35* degré de latitude méridionale , remontent vers le nord, le long des côtes du Pérou jusqu'au cap Parina, et enfin se détournent brusquement vers l'ouest ; le grand nombre de chaînes de montagnes abondantes en sources, dont le sommet couvert de neige s'élève bien au-dessus de toutes les couches de nuages et font descendre des courans d'air le long de leurs versans , la multitude et la largeur prodigieuse des fleuves qui , après un grand nombre de sinuosités, vont chercher toujours , pour se jeter dans la mer , les côtes les plus lointaines ; des steppes dépourvus de sable , et par là moins prompts à s'échaufler ; les forêts dont est remplie la plaine entrecoupée de fleuves qui avoisine Téquateur, forêts impénétrables qui protègent la terre contre le soleil ou n'en laissent passer les rayons qu'en les tamisant à travers leur feuillage, et, dans l'intérieur du pays, aux lieux les plus distans de la mer et des montagnes, exhalent dans l'air d'énormes masses d'eau qu'elles ont aspirées ou produites elles-mêmes par l'acte de la végétation : toutes ces circonstances assurent aux basses terres du Nouveau-Monde un climat qui, par son humidité et sa fraîcheur, contraste singulièrement avec celui de l'Afrique. Elles sont les seules causes de cette sève exubérante, de cette végétation vigoureuse, caractère distinctif du Continent américain. »

De bonne heure les naturalistes avaient observé les difl'érences de

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