ACCLIMATATION DES ANIMAUX
température que produit l'altitude. Tournefort , en gravissant le mont Ararat, y avait distingué trois climats successifs, un climat chaud, un climat tempéré, un climat froid. L'ascension du Liban avait révélé à Labillardière la même variété de climats. Enfin, M. de Humboldt donna à celte notion un grand caractère de précision. Il observa sur le Cbimborazo trois climats superposés , dont chacun sert de milieu à une population animale très distincte : à la base de la montagne vivent les animaux des pays chauds , les singes, les paresseux, les cabiais ; en s'élevant, le voyageur trouve les espèces propres aux climats tempérés , par exemple, le tapir , le pécari; puis en approchant du sommet, on rencontre l'alpaca , la vigogne , animaux qui vivent dans les pays froids.
Pour qu'un animal puisse s'acclimater, il est nécessaire qu'il trouve dans le pays oii on le transporte les conditions de température de son pays natal. Et celte nécessité doit s'entendre dans un sens absolu : rien ne supplée la température, ni les soins, ni le régime. Jamais nous ne viendrons à bout d'acclimater dans nos réglons tempérées les singes, les lions. Les singes que nous avons à la Ménagerie meurent presque tous de la tuberculisation pulmonaire.
Quant aux espèces exotiques des régions tempérées, nous pourrions en acclimater un grand nombre en France : c'est le but que poursuit la Société W accUmatalion, Société qui vient de se former par les soins de M. Isidore Geoffroy Saint-Hiiaire.
Nul plus que moi ne désire que cette Société réussisse dans sa noble et utile mission. Mais tout en souhaitant que de nouvelles espèces soient acclimatées, je voudrais qu'on s'occupât aussi de l'amélioration et de la multiplication de nos espèces domestiques. Le grand nombre et la bonne qualité des espèces domestiques sont l'indice de la richesse d'un pays : ou vous voyez de belles races de bœufs et de chevaux, des moutons chargés de chair et de laine, soyez sûr que la population possède l'aisance et ce qui vient à la suite de l'aisance , la force physique, l'énergie morale , la culture intellectuelle. Mais lorque dans un pays vous ne trouvez que du bétail maigre , des chevaux chétifs ou
même, au lieu de chevaux, des ânes et des mulets, cette décadence des espèces animales est un indice certain de la misère et par suite de l'affaiblissement de la population.
L'économie politique nous l'enseigne, et la physiologie est , sur ce point, d'accord avec elle : les animiiux domestiques sont la véritable richesse d'un pays. Avec leur aide nous obtenons plus facilement les productions de la terre ; et c'est d'eux-mêmes , c'est de nos animaux domestiques, que nous tirons la meilleure partie de notre nourriture et de nos vêtemens, ces deux conditions premières de notre existence.
Je termine ici l'étude de la distribution actuelle des êtres sur le globe, et avec celte étude la première partie de ce cours , ou la néontologie. Dans ma prochaine leçon, J'aborderai la deuxième partie du cours, ou la paléontologie.
Yingt-hnUlème I<oçon.
SouiHÀiRE. — Paléontologie. — Période brute cl période vivante dans l'histoire de la terre. — Idées de Descartes et de Leibnitz sur l'incandescence primitive du globe.
Nous sommes arrivés à l'étude de la quatrième grande question de l'ontologie positive , savoir : la distribution des êtres dans les différens âges du globe. Après la néontologie, nous allons étudier la paléontologie.
Nous connaissons l'état présent de la population animale, laquelle est distribuée sur la terre suivant la loi des climats. L'état d'aujourd'hui a-t-il toujours existé ? Non ; les espèces actuelles ont été précédées par d'autres espèces, autrement distribuées sur le globe, et que de nombreuses révolutions ont successivement détruites. Ces mêmes révolulions, en bouleversant la surface de la terre, ont accumulé les ruines qui forment le sol sur lequel nous vivons aujourd'hui, sol encore à peine affermi ; les trembleraens de terre, les volcans qui font explosion