FORMATION BD GLOBE
vation, celle de la dispersion des coquilles fossiles sur toute la surface des contlnens, lui avait donné l'idée d'une submersion générale. Quand la croûte de la terre fut refroidie, nous dit-il, les parties humides, qui s'étaient élevées en forme de vapeurs , retombèrent, et, enveloppant tout le globe, constituèrent les mers.
Ainsi, Leibnilz avait tiré de l'observation ces deux grands faits, la conflagration et la submersion du globe.
Ces idées du penseur allemand ne firent pas alors sensation. Le siècle n'était pas préparé aies recevoir. LAProtogœa, écrite en latin, ne sortit pas des cabinets des savans. Il fallait, pour le triomphe des idées deLeibnitz, que Buffon les reprît dans la seconde moitié du xyiii""* siècle, et leur prêtât une puissance nouvelle, celle de l'éloquence.
Vingt-nenvlème Iieçon.
SosniAiRE. — Formation du globe ; les deux opinions de Buffon à ce sujet. — Origine de la terre et des planètes ; hypothèses de Buffon et de Laplace.
J'ai exposé les idées de Descartes et celles de Leibnitz sur la formation du globe.
Avant d'arriver à BuflFon, nous trouvons Burnet (1681), Woodward (1695) et Whiston (1708) qui jetèrent, sur la question qui nous occupe, des hypothèses plus ou moins sensées ou hasardées. Il faut reconnaître, toutefois, que la science doit à Woodward de bonnes observations ; il flt surtout bien connaître l'action puissante de l'eau sur le globe.
Toutes les idées touchant ce grand sujet n'étaient, pour ainsi dire, qu'à l'état de germe. C'est Buffon qui va leur donner une véritable vie.
Notre grand naturaliste a eu, sur la question, deux opinions différentes. Il a exposé l'une dans la Théorie de la terre^ l'autre dans les Époques de la nature.
Dans le premier de ces travaux, Buffon attribue la formation du globe uniquement à l'action de l'eau : « Ce sont, dit-il , les eaux ras-
semblées dans la vaste étendue des mers qui, par le mouvement continuel du flux et du reflux, ont produit les montagnes, les vallées et les autres inégalités de la terre; ce sont les courans de la mer qui ont creusé les vallons et élevé les collines en leur donnant des directions correspondantes ; ce sont ces mêmes eaux de la mer qui, en transportant les terres, les ont disposées les unes sur les autres en lits horizontaux. »
Voici comment BulTon comprend le mécanisme de la formation des montagnes : la mer, dans le moment qu'elle est agitée par le flux, arrache de la côte des fragmens de terre et de rochers ; le reflux les emporte. Parvenus dans des endroits où le mouvement de l'eau se trouve ralenti, ces fragmens, obéissant aux lois de la pesanteur, se précipitent au fond de l'eau en forme de sédiment. Là ils forment une première couche; celle-ci est bientôt recouverte par une seconde, produite par la même cause ; sur celles-là viennent se déposer successivement d'autres couches. Le dépôt, augmentant toujours, finit par former une montagne au milieu de la mer.
Une pareille hypothèse devait soulever des oppositions. Deluc la combattit avec avantage. Ce dépôt que vous supposez apporté par le flot, objectait Deluc , un autre flot le remportera. Mais admettons, un moment, que la formation ait pu se produire de cette manière : les montagnes seraient seulement posées sur le sol. Or, elles y ont des racines, et très profondes. Autre difficulté : formées dans la mer, les montagnes resteront toujours dans la mer; car comment en sortiraient-elles?
A son tour Voltaire plaisanta. C'est à l'hypothèse de Buffon qu'il fait allusion quand il dit :
Et les mers des Chinois sont encore étonnées D'avoir par leur courant formé les Pyrénées.
Telle fut la première opinion de Bufl'on touchant la formation du globe.
Après trente ans d'intervalle, il produit enfin les Époques de la nature. Dans ce bel ouvrage, il saisit, il marque l'ordre des temps : le