ORIGINE DE LA TERRE ET DES PLANÈTES
nombreuses expériences qu'il avait faites, dans ses forges près de iWontbard, sur le temps que des boulets chauflfés mettent à se refroidir, expériences suivies de longs calculs. Les boulets ou globes, ainsi chauffés, étaient en fer, en cuivre, etc., ou composés de matières qui peuvent représenter à peu près le règne minéral, telles que pierre calcaire, gypse, verre.
Ainsi appuyé sur des expériences solides , mais téméraire dans ses déductions, quoique toujours judicieux, Buffop suppute la durée future de la nature vivante : elle ne peut pas, d'après ses hypothèses, dépasser 93,000 ans, époque, dit-il, oÈi le globe, continuant à subir la loi du refroidissement,- sera plus froid que la glace.
Cette idée que la nature vivante périra par le froid, revient souvent dans les derniers écrits de Buffon ; on dirait qu'à mesure qu'il vieillit, et que lui-même est plus sensible au froid, elle le préoccupe davantage. Il croyait que la chaleur que nous envoie le feu central était considérablement p\us grande que celle qui nous vient du soleil, ne voyant dans la chaleur solaire qu'un petit complément de la chaleur terrestre.
Il est clair, d'après cette donnée, que la chaleur de la terre disparaissant, la vie disparaîtrait aussi. Mais la donnée est fausse ; il en faut prendre le contre-pied pour avoir la vérité. L'illustre auteur de la Théorie mathématique de la chaleur, Fourier, nous l'a démontré.
Il est bien vrai que la terre récèle dans son sein un foyer de chaleur. Si la chaleur de la terre venait uniquement des rayons solaires, elle aurait nécessairement ce caractère de décroître à mesure qu'elle s'éloignerait de sa source ; et c'est aussi ce qui s'observe, dans la terre, jusqu'à une certaine profondeur. Mais passé un certain degré, c'est tout le contraire qui a lieu : au lieu de diminuer, la chaleur augmente : de là la température élevée des mines, les sources d'eau chaude, les feux des volcans. Loin de diminuer comme la chaleur extérieure du soleil , celte chaleur interne et propre du globe s'accroît à mesure qu'on pénètre dans la profondeur de la terre : elle s'accroît de 1 degré centigrade par 20 mètres. On a calculé qu'à sept ou huit lieues de profondeur, par exemple (l'accroissement de chaleur continuant à se faire de même), il n'y a aucune matière qui pût n'être pas en fusion.
Voilà donc deux foyers de chaleur, l'un sur nos têtes, l'autre sous nos pieds. Mais ce dernier foyer qui, dans le principe, embrasait tout le globe et rayonnait dans l'espace, a trouvé un obstacle ou écran dans la croûte épaissie de la terre. Le brasier, immense encore, est à peine sensible à la superficie de celle croûte. Fourier prouve, par le calcul, que la chaleur n'agit plus à la surface que pour un trentième de degré; chaleur bien faible et presque nulle.
Ainsi, c'est le soleil qui, aujourd'hui, est la grande source de chaleur pour la terre. Quand le globe terrestre sera arrivé au dernier degré du refroidissement, les phénomènes de la vie n'auront point à en souffrir : on peut voir, dès aujourd'hui même, que l'influence du soleil leur suffit.
Historien de notre planète, Buffon ne s'est pas contenté de plonger, dans le passé jusqu'à la période ignée, dans l'avenir jusqu'à l'extinction de la vie ; il a voulu remonter à Vorigine même de la terre, à l'époque qui a précédé son mouvement individuel et propre, à ce temps qui a précédé les temps.
Il pensait que la terre (ainsi que toutes les autres planètes) avait pu appartenir au corps même du soleil, et ceci est une de ses plus grandes et plus heureuses idées ; mais il ajoutait qu'elle en avait été séparée par le choc d'une comète; et cela n'est pas admissible. « On sait, par la théorie des forces centrales, dit Laplace, que, si un corps mu dans un orbe rentrant autour du soleil rase la surface de cet astre, il y reviendra constamment à chacune de ses révolutions; d'où il suit que si les planètes avaient été primitivement détachées du soleil, elles le toucheraient à chaque retour vers cet asire, et leurs orbites, loin d'être circulaires, seraient fort excentriques. »D'un autre côté, M. Aragoafait voir qu'une comète, qui n'est probablement qu'une atmosphère lumineuse, n'aurait pas assez de masse pour détacher un fragment du soleil.
Laplace, le plus sage des géomètres, qui, dans ses déductions scientifiques, ne dépassait jamais le calcul, Laplace a donné lui-même une hypothèse sur l'origine de la terre et des planètes, qui, à la comète près, est très voisine de celle de Buffon. Je ne fais que l'indiquer : il suppose qu'en vertu d'une chaleur excessive, l'atmosphère du soleil s'est primitivement étendue au delà des orbes de toutes les planèios. Elle s'est