ORIGINE DE LA TERRE ET DES PLANÈTES
ensuite resserrée successivemenijusqu'au point où nous la voyons aujourd'hui; et l'on peut conjecturer que celle atmosphère a laissé, à chacune de SCS limites successives, des zones de vapeurs condensées qui, abandonnées à elles-mêmes, ont continué à circuler autour du soleil. Telle est, suivant Laplace, l'origine de la terre et des planètes. Ai-je besoin d'ajouter que l'opinion d'un si grand géomètre ne saurait trop être méditée?
Enfin, Laplace, après Descartes, Leibniiz et Buffon, admet, non plus comme une hypothèse, mais comme un fait démontré, la fluidité primitive des planètes : « Elle est clairement indiquée, dit-il, par l'aplatissement de Leur figure, conforme aux lois de rallraclion mutuelle de leurs molécules; elle est, de plus, prouvée, pour la terre, par la diminution régulière dé la pesanteur, en allant de l'équateur aux pôles. Cet état de fluidité primitive, auquel on est conduit par les phénomènes astronomiques, doit se manifester dans ceux que l'histoire naturelle nous présente. »
Nous verrons plus tard que les phénomènes de Ckistoire naturelle répondent en efl'et, sur ce point, et comme le pensait Laplace, aux phénomènes astronomiques.
Trentième liecon.
Sommaire. — Coquilles fossiles. — Hypothèse des Jeux de lanature , imaginée par la pliilosopliic scholastiqiie ; rejetée par Bernard Palissy.
Nous avons établi la chronologie du globe. Primitivement il était
fluide, fluide d'une liquéfaction causée par le feu, incandescent ; pendant
une longue suite de siècles, pas un être animé n'a paru à sa surface;
l'eau n'existait qu'à l'état gazeux , et dans l'atmosphère. Peu à peu le
globe s'est attiédi , les parties extérieures sont devenues solides ; la
vapeur d'eau s'est condensée et précipitée, les mers se sont formées. La
vie a paru. A plusieurs reprises le feu central, mal contenu dans sa
frêle enveloppe, l'a soulevée ; par suite, les mers se sont déplacées et
ont amené (riramenses destructions d'èires vivans. Toutes ces ruines, tous ces décombres constituent le sol que nous foulons aujourd'hui. Telle est la série des évolutions par lesquelles a passé le globe.
Celte iiistoire géologique a, dans son ensemble, tous les caractères de la cerlitudo. Mais, si nous voulons descendre dans les détails, notre marche sera moins assurée ; les guides nous manqueront souvent. L'histoire du globe doit-elle être divisée en sept époques, comme le veut BulTon, et chacune de ces époques a-t-elle la durée que lui a assignée le grand naturaliste? C'est matière à controverse, comme vous pensez bien. Et il n'y a là rien qui doive nous surprendre : dans un passé qui date d'hier, quoi de plus incertain que l'histoire des hommes ? Fontenclie n'a-t-il pas dit, non sans quelque raison, que les histoires civiles sont des fables convenues ?
Dans sa généralité, l'histoire du globe n'en est pas moins certaine. Je devais vous la faire connaître, vous parler du globe avant de vous parler de ses premiers habitans. Je devais disposer la scène avant l'apparition des acteurs.
L'élude des fossiles que nous allons commencer ne consistera point en une nomenclature, en une classiGcation. J'examinerai les espèces fossiles au point de vue physiologique qui nous intéresse, je les étudierai dans leurs rapports entre elles et dans leurs rapports avec les espèces actuelles.
Je tâcherai de résoudre ce grand problème auquel la physiologie ne peut rester indifférente : Ya-t-il eu unité ou multiplicité de création? problème qui se lie à celui-ci : Y a-t-il unité dans le règne animal?
Pour préparer la solution de cette double question, nous devons d'abord nous poser celle-ci : Les fossiles forment-ils un groupe spécial, exclusif, un système dans lequel, toutes les espèces ayant des analogies entre elles, aucune d'elles n'a d'analogies avec les espèces vivantes ?
S'il en était ainsi, il est clair que les fossiles ne pourraient entrer dans la classification des animaux vivans ; et le physiologiste voyant que les espèces perdues sont, d'une part, conformes entre elles, et que, de