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Première partie : la physique, Deuxième partie : la physiologie

Toutes les autres sciences ne sont que des subdivisions de ces deuxlà. La géologie, la chimie , etc., ne sont que des subdivisions de la physique ; Panaiomie, la zoologie et toutes ses branches, la botanique et toutes ses branches, ne sont que des subdivisions de la physiologie.

La physiologie animale peut être étudiée sous deux aspects, je l'ai déjà dit. Quels noms donner à ces études?

J'appelle l'étude propre de la vie biologie, et l'étude des êtres vivans ontologie.

Des métaphysiciens objecteront que ce mot ontologie n'est pas nouveau, que je l'emploie même dans un sens tout autre que celui qui a été consacré par l'usage.

Je répondrai que le mot m'étant très commode, je l'ai trouvé très bon. On a abusé du mot ancien, on l'a gâté ; je veux le réhabiliter.

L'ontologie, pour la scolastique, était la science de l'être en soi, de l'être des êtres, prima philosophia. Après avoir fait, on peut le dire, de belles choses, la scolastique tomba dans des excès , dans des abus. Elle imagina les forces occultes, les formes substantielles, les formes plastiques, etc.

Descartes a fait tomber la scolastique en disant ceci : Il ne faut se servir d'aucun terme dont la signiOcation ne soii évidente.

Aujourd'hui, on emploie le mot ontologie dans un sens ironique. Broussais, particulièrement, a crié à l'ontologie pendant toute la première moitié de sa vie. Il a passé l'autre moitié à en faire. La phrénologic, qui l'a tant occupé, est-elle autre chose que de l'ontologie?

Pour moi, Vontologie est la science des êtres naturels.

Je dois faire ici une distinction :

De même que j'ai divisé la physiologie en biologie et en ontologie, je divise l'ontologie :

1» En néontologie, ou étude des êtres actuels ; Et 2» En paléontologie, ou étude des êtres anciens, des êtres perdus, des fossiles.

Mon cours se divisera donc en deux parties.

On voit que la paléontologie en formera la deuxième.

Tous les êtres créés ne se sont pas conservés. Il y a beaucoup plus d'espèces perdues que d'espèces vivantes. Parmi les éiéphans, il y a une espèce qui a disparu. Nous n'avons plus qu'une espèce d'hippopotame : on en connaît sept ou huit fossiles. Dans les seules carrières de Montmartre , Cuvier a trouvé plus de quarante espèces de pachydermes qui n'existent plus. Il y a une quantité de reptiles et de poissons perdus ; on compte quarante mille espèces de coquilles perdues.

Faut-il que la physiologie reste étrangère à ce grand domaine d'études nouvelles que notre siècle a vu naître? Se bornera-t-elle toujours à étudier les organes et les fonctions, sans s'occuper des êtres ?

J'ose dire que ces espèces perdues manquaient à la physiologie. En comblant des lacunes, elles nous ont fait embrasser l'unité du règne animal. Une des meilleures vues de M. de Blainville a été de faire entrer les fossiles dans l'échelle des êtres, ainsi bien comprise. Cuvier niait l'échelle des êtres, et M. de Blainville la complétait précisément avec les découvertes de Cuvier.

L'on dira : mais si tant d'espèces se perdent, la vie finira par disparaître du globe.

Je m'attacherai à prouver ces deux choses :

1» Le nombre des espèces va toujours en diminuant;

2» La quantité de vie, sur le globe, se maintient toujours la même.

Il y a eu des espèces perdues, même depuis les temps historiques : par exemple, le dronte (1). On a détruit le loup en Angleterre. Le bœuf,

(1) Les Portugais l'avaient trouvé dans les îles de France et Bourbon. Il n'était bon à rien. Ils détruisirent toute l'espèce. Il ne reste plus aujourd'hui du dronte qu'une tête osseuse, qui est au musée d'Oxford.

proprement dit, n'existe plus en Europe. La souclie du chièn, celle du cheval ont disparu.

Ainsi des espèces se perdent; ce qui prouve que cet axiome tant répété n'est pas vrai : La nature dédaigne les individus, mais a grand soin des espèces.

Il faut le dire : la nature a un égal dédain des espèces et des individus.

Mais en même temps que certaines espèces disparaissent, les individus augmentent dans d'autres espèces. La compensation s'établit.

Voyons ce qui s'est passé à Paris : nous y trouvons les restes d'une foule d'êtres fossiles. J'ai parlé des découvertes de Cuvier dans les carrières de Montmartre : il y a (rouvéen quantité des palœoiheriumsj des anoplolheriums j des lophiodons, etc. ; il y a trouvé jusqu'à des restes fossiles d'un animal à bourse. Voilà bien de la vie perdue.

Mais supputons combien d'individus de l'espèce humaine ont foulé le sol de Paris. Quelle production de vie, pour me servir du terme des économistes ! Une seule espèce en a produit à elle seule plus que toutes les espèces détruites. Ajoutons à cela les espèces domestiques que l'homme a multipliées pour ses besoins. On ne trouve plus le chien primitif; mais aussi que de chiens domestiques !

Ce n'est pas tout. L'homme fait des êtres nouveaux. Que de races d'animaux n'auraient jamais vu le jour sans l'industrie de l'homme !

Quelles sont les espèces dont l'homme a purgé le globe ? Les espèces malfaisantes. Quelles sont celles qu'il a muliipliées? Les espèces supérieures; en sorte que la prédominance remonte des espèces infimes aux espèces supérieures, et que la supériorité restera, en définitive , à l'espèce humaine.

Deuxième Xicçon.

Sommaire. — De l'espèce. — L'espèce se caractérise par la fécondité continue; le genre par la fécondilé bornée.

J'ai exposé l'objet et le plan de ce cours. L'objet , c'est l'ontologie naturelle. Le plan, c'est l'élude de ces quatre grandes questions : i" la spécification des êtres ; 2" la formation des êtres ; 3» la répartition des êtres dans l'espace ; h" leur répartition dans le temps.

J'aborde la première question : La si)écification des êtres.

J'ai dit qu'on devait, à la rigueur, appeler être de la nature, tout corps ayant une constiiuiion propre : ainsi un minéral , un arbre , le globe que nous habitons.

Nous ne nous en tiendrons pas à cette définition. Quelle est, sur ce point, la vue savante, la vue précise?

Écoutons un grand penseur, BulTon. Pour lui, les êtres de la nature, ce ne sont pas les individus. Les individus ne sont que les formes fugitives de quelque chose de permanent. Buffon dit : « Les espèces sont les seuls êtres de la nature, » et il ajoute : « Êtres perpétuels, aussi anciens, aussi permanens qu'elle, que, pour mieux juger, nous ne considérons plus comme une collection ou une suite d'individus semblables, mais comme un tout indépendant du nombre, indépendant du temps; un tout toujours vivant, toujours le même ; un tout qui a compté pour un dans les ouvrages de la création, et qui, par conséquent, ne fait qu'une unité dans la nature. »

Dans toute science, le premier pas vraiment scientifique, philosophique est une abstraction. Ainsi, l'espèce est une abstraction.

Mais cette idée abstraite est fondamentale. La classification (embranchemens, classes, ordres, genres) a été imaginée uniquement pour arriver à reconnaître l'espèce.

L'espèce, dit Buffon, est une collection d'clres semblables qui produi-

LA FÉCONDITÉ CONTINUE DONNE l'eSPÈCE. 7

sent ensemble des individus qui, à leur tour, peuvent en produire d'autres.

Cuvier a adopté la déGnilion de Buffon, à quelque différence près dans les termes. Pour lui, l'espèce est la réunion des individus descendus l'un de l'autre ou de parens communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entr'eux.

Il y a quinze ans, je m'occupai du caractère de l'espèce. Les idées étaient alors dans un grand désordre sur ce point. Une philosophie nouvelle donnait cours à cette idée, que les espèces sont variables.

J'étais confusément dans des idées opposées. J'avais senti de bonne heure qu'il devait y avoir quelque chose de fixe dans la caractéristique des êtres qui peuplent l'univers. Mon esprit ne s'accommode point de choses qui n'ont rien de stable.

J'étudiai cette question ayant sous les yeux les idées de Buffon et de Cuvier, et je vis que ces deux hommes supérieurs avaient réuni dans leurs définitions deux idées fort distinctes : ridée de ressemblance , Et l'idée de reproduction.

L'idée de ressemblance n'est qu'une idée accessoire ; l'idée de reproduction est seule une idée fondamentale.

Prenons pour exemple l'âne et le cheval : ils se ressemblent tellement, qu'il n'y a pas de différence entre leurs squelettes. La taille n'est pas la même, il est vrai; mais la taille ne peut servir de caractère spécifique. Il est vrai encore que, sur l'animal vivant, il y a des caractères superficiels différens : dans l'âne, les oreilles sont plus longues, la queue est plus courte. Si l'on va même à des organes plus intérieurs, la voix diffère : l'âne brait, le cheval hennit. Mais une fois que nous arrivons au squelette, plus de différence appréciable, sensible. Cuvier n'a jamais pu trouver un caractère ostéologique qui distinguât l'âne du cheval.

Pourtant, l'âne et le cheval sont deux espèces distinctes. Donc, l'idée de ressemblance n'est qu'une idée accessoire.

Il n'en est pas de même de l'idée de reproduction. Si l'on unit ensemble l'âne et le cheval, on obtient bien un produit, un métis, mais

non une suite de métis. Il est très rare de voir des mulets qui se reproduisent.

L'idée de reproduction est donc l'idée fondamentale. Elle marque une distinction où n'en marquait pas la conformation extérieure des êtres.

Prenons un exemple contraire : on sait combien les races de chiens varient : le barbet, le lévrier, etc., etc. Malgré les différences qui les distinguent, le barbet et le lévrier sont de la même espèce. Il y a entre eux production continue.

La fécondité continue est le caractère de l'espèce.

Avant moi, Cuvier et Buffon avaient défini Vespèce; seulement, j'ai dégagé l'élément essentiel de l'élément accessoire. Mais, avant moi, personne n'avait songé à chercher le caractère du genre. J'ai trouvé ce caractère dans la fécondité bornée.

La fécondité continue donne Cespèce; la fécondité bornée donne le genre.

Il y a un certain nombre d'animaux qui peuvent produire ensemble, mais avec une fécondité bornée : l'âne et le cheval, le chien et le loup, etc., etc. Ils sont donc d'espèce différente.

Buffon a fait sur la reproduction du chien et du loup une série d'expériences. Il n'a jamais pu passer la troisième génération. Frédéric Cuvier qui a été pendant trente ans le surveillant de la Ménagerie du Jardin-des-Plantes, n'a pu aller plus loin que Buffon. Moi-même je n'ai pu obtenir davantage.

Sur le chacal et le chien, j'ai pu aller jusqu'à la quatrième génération; mais je n'ai pu la dépasser.

Il faut remarquer qu'entre le chien et le chacal la ressemblance est bien plus grande encore qu'entre le chien et le loup. Dans ces deux derniers, l'instinct diffère : le chien est sociable ; le loup est solitaire, il ne fait pas compagnie, même avec ses petits.

Le chacal est aussi sociable que le chien. Tous les deux ont aussi l'instinct de se creuser des terriers ; je parle du chien à l'état sauvage.

Le renard est aussi voisin du chien que le chacal, du moins par tout

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