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THÉORIE DES CRÉATIONS SUCCESSIVES

règne seul ; 2» la période aqueuse ; dans celle-ci l'action de l'eau prédomine, mais non d'une manière exclusive : le feu manifeste encore sa puissance.

La période ignée est celle qui a le moins d'intérêt pour nous, physiologistes : la vie n'a pas existé, ne pouvait pas exister avec elle. Les terrains qu'elle a produits (les géologues les appellent terrains ■primitifs) ne contiennent aucunes traces de plantes, ni d'animaux. L'avénement de la vie n'a eulieuqu'avec la période aqueuse.

Pour celle-ci, il y a un moyen particulier de chronologie : l'ordre de superposition des terrains sédimentaires nous donne leur âge. Il est bien évident que les couches superficielles sont les plus récentes, que les couches profondes sont les plus anciennes.

Dans le principe, on a divisé les terrains sédimentaires en terrains de transition, terrains secondaires , terrains tertiaires. Une étude de plus en plus attentive a fait adopter des coupures dans ces divisions générales. Pour nous, qui ne nous occupons ici de géologie qu'accessoirement, qu'occasionnellement, elles nous sulTisent.

C'est dans les terrains de transition que paraissent les premières traces de la vie ; ils nous oCTrent des débris de mollusques, de crustacés et même de poissons. A mesure que l'on s'élève dans les étages sédimentaires, on rencontre des reptiles, des oiseaux, des mammifères, jusqu'à des quadrumanes. Voilà l'état actuel de nos découvertes.

L'ordre de superposition des terrains nous a donné leur chronologie. Il est tout aussi constant que l'âge des populations fossiles correspond à l'âge des couches dans lesquelles elles reposent. Les animaux que recèlent les couches profondes ont précédé, dans la vie individuelle,ce\i\ que nous offrent les couchessuperficielles : cela n'est pas douteux. Mais les ont-ils précédés comme espèces? ce qui revient à dire : La vie a-t-elle paru sur le globe par créations successives ; ou, au contraire, la création a-t-el!e été unique, simultanée ? Nous voilà ramenés à la grande question que j'ai déjà indiquée.

Les partisans des créations successives n'ont qu'un argument, mais il est puissant. Je ne veux ni le dissimuler, ni l'amoindrir. Ils disent : Les

espèces ne se présentent pas mêlées ensemble dans tomes les couches; au contraire, chaque couche présente une population distincte. Ainsi, dans les terrains de transition, on trouve seulement des mollusques, pas de reptiles ni de mammifères; ceux-ci ne paraissent que dans les terrains subséquens. Autant de couches, autant d'âges. L'apparition sur 1e globe ou la création des mollusques a donc précédé celle des reptiles et celle des mammifères.

Je l'avoue, si l'on ne sort pas du champ de l'observation empirique, l'argument est sans réplique. Mais les partisans des créations successives étendent à toute la terre des faits particuliers et qu'on n'a pu observer, jusqu'à ce jour, que dans un petit nombre de localités. Il s'en faut de beaucoup que l'exploration de l'écorce du globe soit complète. Il suffirait d'un seul fait contraire à ceux que nous connaissons; il suffirait de la découverte d'un seul mammifère dans les terrains de transition, pour renverser toute la théorie des créations successives. Déjà même elle a reçu un échec : il était admis que les terrains de transition ne contenaient que des Invertébrés. Or, dans des explorations plus récentes, on y a trouvé des poissons.

La théorie des créations successives a, de nos jours, rallié des hommes éminens; elle avait Cuvier pour chef; elle possède la faveur du monde savant; mais, pour emprunter un terme au vocabulaire du droit romain, c'est une possession à tare précaire. Qu'il vienne à sortir des nombreuses observations qui restent à rassembler un seul fait contraire aux faits aujourd'hui connus, voilà la théorie des créations successives dépossédée.

Nous examinerons, dans la suite de ces leçons, si la théorie de l'unité de création est mieux fondée. Pour le moment, je ne veux que vous rappeler ceci : Vous avez vu plusieurs coquillages fossiles; entre certains de ces coquillages et les nôtres, on ne remarque que des différences spécifiques. Il n'y a pas même de différences génériques. Le type est le même.

Et il se produit là un fait scientifique qui n'est pas nouveau : Vous avez vu que, dans le midi des deux grands Coniinens, la faune vivante nous

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