IMPORTANCE DES DENTS EN PALÉONTOTOGIE
pas possible de se procurer quelques-uns de ces poissons. « L'agilité de ces poissons, dit-il, et la maladresse des gens du pays ne me permirent pas d'en prendre un seul. » Et puis : « La vapeur de l'eau ne me permit pas de les distinguer assez bien pour les rapprocher de quelques genres. »
L'hypothèse de Buffon est donc inadmissible. Aucun être n'aurait pu vivre dans une eau en ébullition ou voisine de l'ébullition, ni au coniact d'une terre brûlante. La vie n'a pu commencer que sur le globe refroidi et réduit, ou à fort peu près, à la seule influence de la chaleur solaire.
Je passe à d'autres questions qui touchent aux mammifères fossiles.
Ce qui nous importe, dans l'ordre d'idées que nous suivons, c'est de distinguer les espèces fossiles d'avec les espèces vivantes. Celte distinction a été l'objet des éludes les plus attentives de la part des naturalistes — et nous nous en occuperons tout à l'heure — en ce qui touche un des genres zoologiques les plus inléressans, le genre éléphant.
Distinguer entre elles les espèces vivantes, cela est, en général, facile. Nous avons, pour le faire, mille secours. S'agit-il de l'âne et du cheval, par exemple, animaux dont les squelettes sont identiques? nous les distinguerons par leurs caractères extérieurs, par les oreilles, par la queue, par la voix, etc. Nous reconnaîtrons le lion à sa crinière, parmi tous les felis. De même, une pupille ronde ou verticale marquera la séparation spécifique du chien et du renard, deux animaux qui se rapprochent par tout le reste.
Mais quand il s'agit de comparer les fossiles entre eux ou avec les espèces vivantes, la difficulté devient grande. L'animal fossile nous donne, pour tout guide, des os, ou même de simples fragmens d'os, un squelette presque toujours incomplet. C'est donc au squelette, c'est aux dents, qui en sont les parties les plus importantes, que nous devons demander ici les caractères distinclifs des genres et des espèces. L'honneur éternel de Cuvierserad'avoir fait parler tous ces débris, muets avant lui, de la nature fossile.
Je viens de dire que les dents sont les parties les plus importantes du
squelette. Et, à celte occasion, nous qui sommes physiologistes, demandons-nous ce que c'est qu'une dent.
Un grand nombre d'auteurs considèrent la dent comme un corps de nature inorganique, comme une simple exsudation du bulbe ou noyau pulpeux. L'accroissement des dents se ferait, à la manière des corps bruts, par la juxta-position successive des couches exsudées. Telle est, en deux mots, la théorie mécanique proposée par Cuvier et adoptée par la plupart des naturalistes.
Elle est erronée. La dent ou, pour parler avec rigueur, la partie principale et constitutive de la dent, l'/uoiVe est une partie vasculaire et sensible, un être vivant dans un autre être , un organe ayant des périodes de formation, de développement et de mort. En un mot, la dent est un os. La seule partie de la dent qui soit inorganique est l'émail , lequel n'est qu'un revêtement accessoire.
Je voudrais à la théorie mécanique de Cuvier substituer une théorie physiologique.
Je dis que la dent est un os. Elle est pareille à l'os et par son tissu et par sa manière de croître : celte double identité va nous être démontrée par l'expérience, noire guide unique , mais assuré , en physiologie.
Un os plongé dans de l'acide bydrochlorique aiïaibli se dépouille, après quelque temps, de son phosphate calcaire, qui est la partie morte, et ne conserve plus que son cartilage, qui est la partie primitive, essentielle et vivante.
Une deni, plongée dans le même acide, se comporte absolument de même. Elle perd sa partie calcaire et revient, sans altération de forme, à l'étal de cartilage.
Autre expérience tout aussi concluante : vous savez que la garance, mêlée avec les alimens dont se nourrit un animal, rougit les os, et, de toutes les parties de l'économie, ne rougit que les os.
Or, la garance rougit l'ivoire comme les autres os: l'émail est la seule partie de la dent qui échappe à son action.
L'os et l'ivoire sont donc de même nature, de même tissu.
L'action si curieuse de la garance nous a donné — vous ne l'avez pas