‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 49 sur 54 · ERREURS DE BUFFON EN PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

ERREURS DE BUFFON EN PALÉONTOLOGIE

notre éléphant. Quant aux autres quadrupèdes fossiles, leur taille, en général. ne dépassait pas, ou même n'atteignait pas celle de l'éléphant.

Ce qui paraît vrai c'est que les grandes espèces étaient plus nombreuses parmi la population fossile, qu'elles ne le sont aujourd'hui parmi la population vivante.

La disparition d'un très grand nombre d'espèces de grande taille et par suite, la découverte de leurs débris dans les couches terrestres, voilà ce qui a pu faire illusion à Buffon.

2» L'auteur de VHistoire naturelle croyait aussi que les animaux fossiles étaient les ancêtres — c'est le terme qu'il emploie — des animaux actuellement vivans.

Oh ! pour le coup, erreur manifeste et absolue. Les espèces fossiles sont des espèces différente?, de celles qui vivent aujourd'hui, et ce sont des espèces -perdues. J'ai démontré, au commencement de ce cours, la fixité de l'espèce : le mastodonte n'a pas pu donner l'éléphant des Indes ou l'éléphant d'Afrique. La transmutation des espèces est une chimère égale, pour le moins, à celle de la transmutation des métaux.

S" Enûn, Buffon soutient que « en général, on doit regarder le Continent de l'Amérique comme une terre nouvelle dans laquelle la nature n'a pas eu le temps d'acquérir toutes ses forces, ni celui de les manifester par une très nombreuse population. »

Cette opinion est encore accréditée parmi le vulgaire : en se servant du mot Nouveau-Monde, on donne à ce terme la double acception de terre nouvellement découverte et nouvellement formée.

Dans le vrai, tous nos Continens — je laisse de côté de petites îles volcaniques qui peuvent être, ou sont, en effet, de formation récente — tous nos Continens, couverts autrefois par les eaux, sont nés de la même retraite des eaux, et sont de même date. Tous les Continens actuels sont contemporains.

Sur ce sujet, je ne puis mieux faire que d'opposer à Buffon un homme qui, comme lui, a vu la nature en grand, M. de Humboldt. La page suivante des Tableaux de la Nature brille par la raison et par un certain tour original :

« Des écrivains, d'ailleurs justement célèbres, ont trop souvent répété que l'Amérique est, dans toute l'acception du mot, un Nouveau contilinenr. Cette richesse de végétation, les immenses cours d'eau dont elle est arrosée, la puissance et la fermentation continuelle des. volcans, annoncent, suivant eux, que la terre, toujours tremblante et encore déirempée, est là plus voisine que dans l'Ancien Monde de l'état primordial du chaos... Ces images capricieuses de jeunesse et d'agitation, opposées à la sécheresse et à l'inertie de la terre vieillissante, ne peuvent prendre naissance que dans les esprits qui se font un jeu de chercher des conirastes entre les deux hémisphères, et ne se donnent pas la peine d'embrasser d'un coup d'oeil général la structure des corps terrestres. Faut-il regarder l'Italie méridionale comme plus récente que l'Italie du nord, parce qu'elle est presque incessamment tourmentée par des tremblemens de terre et des éruptions volcaniques? Que sont d'ailleurs aujourd'hui les volcans et les tremblemens de terre ? Quels pauvres phénomènes si on les compare avec les révolutions de la nature !

» .... Aujourd'hui (j'écrivais ceci il y a quarante-deux ans) l'agitation physique et le calme politique régnent dans le Nouveau-Monde, tandis que dans l'Ancien les luttes des peuples troublent la jouissance que leur offre le repos de la nature. Peut-être viendra-t-il des temps où, dans ce singulier contraste entre les forces physiques et les forces morales, un hémisphère prendra le rôle de l'autre. Les volcans reposent durant des siècles avant de faire rage de nouveau, et l'idée que les puissances de la nature doivent vivre en paix dans le continent le plus vieux, n'est fondée que sur un jeu de notre imagination. On ne peut supposer aucune raison pour qu'une partie de notre planète soit plus vieille ou plus jeune que l'autre...

» Sans doute, il est arrivé que.... des îles ont été rattachées, par voie de soulèvement, à des masses continentales ; que d'autres contrées se sont abîmées par suite des oscillations du sol. Mais en vertu des lois hydrostatiques , on ne peut se représenter d'inondation générale que comme existant simultanément dans toutes les parties du monde et sous tous les climats. »

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