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DE LA RACE

métis (lu cheval et de l'âne ; mais, pour avoir le mulet, il fi\ut toujours accoupler le cheval avec l'ânesse,ou l'âne avec la jument. Jamais on n'a pu obtenir une série directe de mules ou de mulets.

Je le répète : Jamais le croisement des espèces n'a donné d'espèce intermédiaire.

Les métis ne peuvent produire ensemble qu'un petit nombre de générations. EnOn, et comme je l'ai dit, si l'on unit les métis avec l'une ou l'autre des espèces desquelles ils proviennent, au bout de quatre générations, le type primitif reparaît. Peut-on désirer une meilleure preuve de la fixité de l'espèce ?

cinquième I^eçon.

Sommaire. — Delà race. — 11 y a deux tendances dans l'organisation : 1° tendance à varier ; 2o tendance à transmettre les variations. — La variation est totale ou partielle. — Causes extérieures du développement des variations: 1» le climat; 2o la nourriture ; 3o la domesticité. •

J'ai traité de l'espèce : elle n'est autre chose que la famille. Nous concevons maintenant le sens, j'ose le dire, profond, de ces mots : parenté, consanguinité. Nous savons que l'espèce est invariable, éternelle. Elle est toujours jeune. Ces deux idées corrélatives : jeunesse, vieillesse, ne sont applicables qu'aux individus. Par rapport aux espèces, il n'y a pas de temps. Le cheval d'aujourd'hui est aussi jeune que le premier cheval qui ait paru sur le globe.

Les espèces étant d'institution primitive, l'homme ne peut rien quant à leur production. Il peut tout quant à la production des races. Sa puissance, à cet égard, tient de la merveille.

Nous allons encore demander à BulTon une bonne définition de la race. « L'empreinte de chaque être, dit-il, est un type dont les traits principaux sont gravés en caractères ineffaçables et permanens à jamais. » Voilà pour l'espèce. Voici pour la race : « mais toutes les

touches accessoires varient; aucun individu ne ressemble parfaitement à un autre, aucune espèce n'existe sans un grand nombre de variétés. ..

Il y a dans l'organisation deux tendances irès manifestes : 1» une tendance à varier dans de certaines limites ; 2» une tendance à la transmissibilité, à l'hérédité de ces variations.

La tendance à varier est incontestable : Nous voyons deux frères différer par la taille, par la coloration des cheveux, etc. Ce sont là des touches accessoires, comme dit Buffon, avec une exquise délicatesse d'expressions.

Ces variations qui surviennent spontanément, ne périssent pas avec l'individu. Elles se transmettent de génération en génération : d'individuelles, elles deviennent héréditaires; et voilà la race formée.

L'homme s'est emparé de cette tendance à l'hérédité pour cré.er les races d'animaux domestiques. Un exemple va nous initier au procédé qu'il emploie.

Veut-il avoir une race de chiens de grande taille. Il prend, dans une portée, les deux chiens les plus grands, un mâle et une femelle. Plus tard il les accouple : les petits, nés de cet accouplement, seront plus grands que leurs parens; cette progression est un fait prouvé, constant. Dans la nouvelle portée, l'homme choisit de nouveau, pour les accoupler, les deux chiens les plus grands. Ils produisent à leur tour des individus d'une plus grande taille qu'eux. Dans cette troisième portée sont encore choisis, pour servir à la reproduction, les deux chiens les plus grands ; et c'est ainsi que, successivement, progressivement, l'homme arrive à créer des races de chiens énormes, les dogues, les mâtins, par exemple.

A côté de ces mâtins, de ces dogues, voyons les petits chiens d'appartement, les épagneuls, les carlins : quelle différence de taille î Pour axoir ces petites races, l'homme a employé le même procédé qui lui a donné le mâtin, le dogue : seulement, dans chaque portée, il à pris les couples les plus petits. S'il y a une tendance à s'accroUre dans l'organisation, il y a aussi une tendance à se réduire.

Le chien, à l'état sauvage, est à peu près de la taille du renard : la création de deux races où la taille naturelle du chien est exagérée à

CAUSES NATURELLES QUI PRODUISENT LA RACE. Âl

ce point de grandeur ou de petitesse, est vraiment quelque chose de prodigieux.

Ce double phénomène se présente également dans d'autres espèces. Le cheval primitif était de la taille de Tâne ou du zèbre : eh bien ! l'homme a pu créer ces énormes chevaux de trait que nous voyons attelés aux charrettes. A l'extrême opposé, nous avons des chevaux remarquablement petits, les poneys.

L'art de l'homme peut aller jusqu'à faire acquérir au bœuf le double de sa taille normale.

Ainsi, 1» la tendance avarier soit en accroissement, soit en réduction, 2» la tendance à l'hérédité des variations, voilà les deux sources naturelles des races.

Ajoutons que la variation est de deux sortes : 1» elle peut porter sur le total de l'individu; et c'est celle qui nous donne des animaux plus ou moins grands; 2» elle peut ne porter que sur telle ou telle partie de l'individu ; et c'est cette variation partielle qui nous donne les races d'animaux , de chiens, par exemple, qui ont la queue ou les oreilles, ou telle autre partie plus ou moins développées, par rapport au total de l'être.

Nous avons vu jusqu'oii la variation totale peut aller ; elle produit les différences de taille que j'ai signalées. Passons aux différences des parties. Prenons le ci âne du boule-dogue : il présente des arêtes, des crêtes saillantes destinées à donner insertion aux muscles puissans des mâchoires. Prenons le crâne du carlin : il est complètement lisse. C'est qu'ici des muscles, très faibles, n'ont pas eu besoin de ces appendices du crâne.

A la première vue, il serait impossible au naturaliste le plus exercé de reconnaître dans ces deux crânes si différens du carlin et du bouledogue (vous les avez devant les yeux), des animaux de la même espèce.

Voici d'autres exemples de variations partieltes.

On sait que le chien a cinq doigts aux pieds de devant, et quatre aux pieds de derrière. Eh bien ! on trouve des races de chiens qui ont cinq doigts, et même six aux pieds de derrière.

Le chien a dans son système dentaire trois fausses molaires en haut et deux tuberculeuses; et il y a des races de chiens qui oniquatre fausses molaires et trois tuberculeuses.

On appelle, en physiologie, variations congéniales', celles qui sont de naissance : celles-là seules peuvent se transmettre. Les variations accidentelles ne sont pas héréditaires ; un chien à qui on a coupé la queue ne produira pas des chiens qui manquent de queue.

Frédéric Cuvier avait cru que les mutilations pouvaient se transmettre, se fondant sur le fait suivant : La Ménagerie du Jardin-des- Plantes possédait une louve , qui avait été prise au traquenard ; elle avait la jambe fracassée. Comme elle était faible et docile, on la laissait aller avec les chiens. Elle s'accoupla avec un chien braque qui avait eu la queue coupée. Frédéric Cuvier trouva, parmi les métis de cette portée, un animal qui n'avait pas de queue.

Je répondrai : 1° que, pour admettre une proposition aussi importante, il faudrait plus d'une observation ; et 2» que souvent, dans^une portée provenant d'un père et d'une mère pourvus de leur queue, on voit un ou deux petits privés de leur queue.

J'ai fait, à ce sujet, un grand nombre d'expériences. J'îii obtenu des chiens d'un père et d'une mère auxquels j'avais enlevé la rate. Les petits ont tous eu une rate. J'ai enlevé la rate à ces petits ; et ces petits ont produit des chiens ayant leur rate.

Il y a des causes extérieures qui concourent à développer la tendance aux variations fondamentales que je viens d'indiquer. Ces causes sont : 1° le climat ou la température ; 2° la nourriture; 3° la domesticité des animaux.

1" La température. Elle fait varier la couleur. Il ne faut pas s'attendre à trouver des hommes noirs dans le nord de l'Europe. Dans les animaux, la quantité des poils varie suivant les climats : ceux des pays froids les ont longs et nombreux. Le contraire arrive dans les pays chauds : le chien de Turquie est presque nu.

Le climat de l'Espagne est remarquable par les modiûcations qu'il fait subir au poil des animaux : c'est d'Espagne que nous viennent le

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