‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 103 sur 219 · PHÉNOMÈNES CHIMIQUES — ASPHYXIE · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES CHIMIQUES — ASPHYXIE

t3gnes (mal tics montar/ncs) et dans les asconsions en ballon. Paul Bert a montre que les modifications do la pression barométrique agissent sur l'organisme par les changements qu'elles apportent dans la tension de l'oxygène ambiant. C'est par ce mécanisme qu'agit la dépression {V. plu-5 loin comment agit la compression). Quoique l'oxygène soit en très faible partie dissous dans le sérum, et eu plus grande proportion combiné avec l'hémoglobine du globule rouge, on observe, sur des chiens, que, lorsque la pression du milieu ambiant diminue, la perte d'oxygène éprouvée par le sang suit presque la loi de Dalton, surtout pour les fortes dépressions i.

La calaslrophe du Zenith^ a rendu cruellement évidente l'iuMuence funeste exercée sur Forganisme humain par la diminution excessive de la pression atmosphérique. M. Jourdanet, qui, après de longues observations recueillies principalement au ^Jexique, avait mis en avant l'opinion qu'une diminution notable de la pression atmosphérique modilie la composition des gaz qui existent dans le sang, et qu'il en résulterait une sorte d'aneniie plus ou moins grave selon les climats, a récemment publié ses éludes sur ce sujet '^. Selon lui, cet ensemble do sensations douloureuses qui constitue le mal des montagnes aurait pour cause principale la diminution de la masse d'oxygène dans le sang, l'anoxyémie, état provenant de la diminution de pression effective de ce gaz dans lair ambiant. M. Jourdanet indique, comme limite probable des accidents de cette nature, la demi-disfance entre le niveau de lameretle niveau où commencent les neiges éternelles, limite qui sépare les climats d'altitude des climats de montagne.

Les expériences de Paul Bert ont raispi parfaitement montré que le moyen de combottre les effets de la d nii u'ioii d' pression consiste à respirer de l'oxygène pur ; c'est la précaution que prennent aujourd'hui ceux qui s'élèvent en ballon aune grande hauteur. « J'ai la conviction, dit Paul Bert, que Crocé-Spinelli et Sivel vivraient encore, malgré leur séjour si prolongé dans les hautes régions, s'ils avaient pu respirer l'oxygène. Ils auront malheureusement perdu brusquement la faculté de se mouvoir ; les tubes adducteurs de l'air vital auront subitement é happé de le;irs mains paralysées. »

Ces faits, avons-nous dit, nous expliquent l'influence qu'exerce sur l'hygiène et la pathologie des habitants des hautes montagnes la faible pression de l'atmosphère au milieu de laquelle ils sont plongés. Ces hommes, ainsi que l'a montré Jourdanet, sont placés dans des conditions d'oxygénation insuffisante. Il sont anoxyémiques^.

i Paul Bert, Acad. des sciences, 22 mars 18*4. La pression barométrique, recherches de physiologie expérimentale, Paris, 1877.

2 Mort de Grocé-Spinelli et Sivel. (V. Acad. des sciences, 26 avril 1875, la relation de îyl. G. Tissandier, seul survivant.)

3 Jourdanet, 7)1/7 tipjice de la pression de Vair sur la vie de Vhomme,2 vol , Paris, 1875.

4 Jourdanet, le Mexique et VAvnérique tropicade, Paris, 1864.

2*^ Si l'on fournit à l'animal enfermé dans un espace clos une quantité toujours suffisante d'oxygène, mais qu'on laisse s'accumuler dans cet espace l'acide carbonique produit par la respiration, on voit les animaux périr quand la proportion de ce gaz est devemie trop considérable, dans une mesure très variable selon les espèces. Ce n'est pas que l'acide carbonique soit un poison^ mais la trop grande quantité de ce gaz (sa trop grande pression) dans le milieu ambiant s'oppose à la sortie de celui qui est dans le sang; par suite, le sang ne peut plus recueillir celui que dégagent les combustions des tissus, et la respiration de ceux-ci se trouve entravée.

Dans l'aspbysie dans une atmosphère confinée, les deux causes précédentes se trouvent réunies. Diminution de l'oxygène, augmentation de l'acide carbonique. Aussi l'arrêt mécanicpie de la respiration pro luit-il, comme tout le monde le sait, la mort très rapidement. Les plus babiles plongeurs de perles ne peuvent i-ester plus de deux minutes sous l'eau, et les noyés ne peuvent généralement, après six ou huit minutes de submersion totale, être rappelés à la vie. Dans ces divei*ses circonstances d'asphyxie par manque d'air, les deux causes de mort, privation d'oxygène et excès d'acide carbonique, paraissent agir toutes deux, mais dans des proportions différentes et variables. D'après de nombreuses expériences que nous ne pouvons rapporter ici, Paul Bert arrive à cette conclusion que la mort, dans l'air confiné, est déterminée chez les animaux à sang chaud par le manque d'oxygène, et chez les animaux à sang û^oid par la présence en excès de l'acide carbonique^.

Dans la mort naturelle, quelle qu'en soit la cause, le sang tant ai'tériel que veineux est privé de tout son oxygène. De là cette opinion de P. Bert. un peu paradoxale dans sou énoncé, que « l'on meurt toujours d'asphyxie ».

b) L'asphyxie par intoxication a pour type l'asphyxie par l'oxyde de carbone; c'est ce gaz qui joue le rôle toxique essentiel dans les asphyxies par la tapeur de charbon (Leblanc). Dans ce cas, c'est le globule rouge qui est primitivement atteint; nous avons déjà vu, en étudiant les caractères speetroscopiques du sang (p. 179), comment l'oxyde de carbone venait prendre la place de l'oxygène dans l'hémoglobine, et l'on conçoit facilement que cette hémoglobine oxycarbonée devienne impropre à entretenir la combustion des tissus - ; aussi dans l'asphyxie par l'oxyde de carbone y a-t-il abais-

1 V. Paul Bert. Leçons sur la respiration. Leçons XXVII et XXVIII.

2 La rapidité avec laquelle se fait ceite intoxication est très grande; il résulte des expériences que Gréhant a pratiquées sur des chiens, que chez un animal qui respire de l'air contenant 1,10 d'oxyde de carbone, le sang

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sèment de la température (Cl. Bernard). On voit qu'en somme cette asphyxie se réduit à une privation d'oxygône; mais cette privation a un autre mécanisme que [)récédenuncnt, elle est due uniquement à ce que le globule sanguin ne peut plus être le véhicule de ce gaz*.

L'oxyde de carl)one n'est pas un agent qui porte directement une action toxique sur les tissus, car Paul Bcrt a démontré que la présence de ce gaz ne modifie en rien les échanges gazeux qui constituent la respiration élémentaire des tissus au contact de l'oxygène.

Il est des gaz qui vont agir directement conmie principes toxiques sur les éléments anatomiques ; ces faits ne sont plus des cas iV asphyxie proprement dite, au point de vue de la respiration ; ce sont des empoisonnements i)roduits par un agent gazeux : tels sont, par exemple, les composés chi cyanogène.

Les recherches de P. Bert sur l'influence de l'air comprimé l'ont amené à la découverte de ce fait bien singulier et bien inattendu, que l'oxygène suffisamment condensé exerce une action toxique 2. Lorsqu'on place un animal, un chien, par exemple, dans de l'oxygène pur à la pression de 5 ou G atmosphei-es, ou, ce qui revient au même, dans de l'air ordinaire à la pression de 20 atmosphères, l'animal présente des symptômes vérital)lement effrayants, consistant en des attaques de convulsions toniques, analogues à celles que produit la strychnine, et qui alternent avec des convulsions cloniques. Ces accidents débutent dés que le sang artériel du chien, au lieu de la proportion normale de 18 à 20 centimètres cubes d'oxygène par 100 centimètres cubes, eu contient 2S ou 30. Si la proportion atteint 35 centimètres cubes, la mort est la règle. Chose remarquable, les accidents convulsifs continuen alors que l'animal est ramené à Tair libre et que son sang ne renferme plus que la quantité normale d'oxygène. L'oxygène est donc un poison du système nerveux qui amène un abaissement notable de température, indice d'un trouhle jjrofond dans les phénomènes généraux de la nutrition. Le sang ici joue seulement le rôle d'un véhicule allant porter le poison aux tissus. Cette circonstance explique pourquoi l'empoisonnement apparaît plus lentement par l'effet de la compression, alors que

artériel, entre la dixième et la vingt-oinquièmo seconde, renferme déjà 4 p. 100 d'oxj'de de carbone, et seulement 14 p. 100 d'oxygène; qu'entre une minute quinze secondes et une minute trente secondes, l'oxyde de carbone se trouve dans le sang' en très forte proportion (18,4 p. 100), tandis que la quantité de l'oxygène a diminué encore davantage et se trouve réduite à 4 p. lOO. 11 est donc permis de conclure, avec Gréhant, que si un homme pénètre dans un milieu fortement chargé d'oxyde de carbone, le poison gazeux est dès la première minute absorbé par le sang artériel, c'est-à-dire qu'il prend presque instantanément la place de l'oxygène dans le globule, et rend celui-ci incapable d'absorber de l'oxygène.

IV. Cl. Bernard, Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxie. Paris, 1875.

2 Paul Bert, Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, Paris, 1870.

la masse du véhicule qui sert d'intermédiaire, c'est-à-dire du sang-, a été diminuée par une siiirnée copieuse, par exemple.

Cette action sur le système nerveux, exercée par l'oxygène en excès, S3 produit non seulement chez les vertéhrés aériens, mais aussi chez les poissons qu'on voit périr quand l'eau renferme plus de 10 volumes d'oxygènes. Les invertébrés eux-mêmes ne jouissent d'aucune immunité relativement à l'action toxique de l'air comprimé. M. P. Bert s'est appliqué à rechercher la nature de l'altération produite dans les phénomènes nutritifs sous l'influence d'un excès d'oxygène. Les manifestations les plus frappantes sont une diminution des phénomènes d'oxydations occasionnée i)ar une moindre absorption d'oxygène pendant l'intoxication, un abaissement de la proportion de l'acide carbonique contenu dans le sang, puis une diminution dans la production de l'urée. L'abaissement de température est un corollaire naturel de cette réduction de tous les processus chimiques consécutifs à la fixation de l'oxygène dans l'organisme. C'est ainsi que P. Bert a constaté, dans ime almosphère d'oxygène comprimé, le ralentissement ou même la cessation d'un grand nombre de phénomènes chimiques du groupe des fermentations, dont le résultat final est soit une oxydation, soit un dédoublement, soit encore une simple hydratation. Paul Bert a donc été amené à celte conclusion générale que l'air comprimé à un cerlain degré tue rapidement tous les êtres vivants, et que cette action redoutable est due non à la pression de l'air considéré comme agent physico-mécanique, mais à la tension de l'oxygène compiimé. En effet, il a démontré que sous l'influence de l'oxygène à forte tension, les combustions corrélatives au mouvement vilal sont diminuées ou même supprimées ; qu'en un mot une oxygénation trop forte des tissus en empêche l'oxydation*.

E. Résultats génèrauo: de la respiration. — L'échange gazeux au niveau des poumons n'est donc que la résultante des produits des respirations (combustions) partielles qui se passent au niveau des différents départements de l'organisme. Or, comme respirer c'est vivre, c'est fonctionner, la grandeur des échanges gazeux pulmonaires nous donne la mesure de la vie, de l'énergie du fonctionnement de l'organisme en général. Aussi remarqiie-t-on, selon les circonstances, des variations assez considérables dans les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé ; ainsi on a pu étahlir que ces échanges sont en raison directe de l'activité des organes ; qu'ils sont plus considérables dans la veille que dans le sommeil ; qu'après le repas on absorbe plus d'oxygène et exhale plus d'acide carbonique: que le mouvement et en général le travail musculaire

1 Paul Bert, Coinpt. rend, de V Acad. des scienrea, passirn, de 1871 à 1875, et Recherches expérimentales st(r i in/îuence que les modifications de pre.-<sionbarométrique exercent sur lesphénom'enes de la vie, Paris, 1874. ^An>//'/. des se. nal.) — La pression ijnronxétriqiie, recherches 4e physiologie exj^rimentale. Paris, 1S77,

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