‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 116 sur 219 · CORDES VOCALES · texte numérisé non relu

CORDES VOCALES

Mais si les bords de la glotte vibrent, ils doivent pour cela être tendus. On a donc supposé que les cordes vocales sous-jacentes à la muqueuse devaient être tendues par la contraction de certains muscles. Millier, ayant fait passer un rapide courant d'air par un larynx dans lequel il avait figuré la contraction des muscles cricothyrouliens par la traction d'un certain poids fixé en avant du thyroïde, obtint, en etfet, un son par la vibration des cordes vocales tendues, grâce au mouvement de bascule du cartilage thyroïde.

Mais rien ne prouve que les choses se passent ainsi dans la phonation; si les lèvres de la glotte étaient ainsi tendues, la glotte serait nécessairement allongée : or, l'inspection directe prouve que la glotte ne s'allonge que très peu pendant la phonation. De plus, cette tension par bascule du thyroïde étant opérée par le cricothyroïdien, ce muscle aurait le rôle capital dans la plionation. Or, la section du nerf qui s'y rend (branche externe du larynx supérieur), sa paralysie modifie à peine la voix, tandis que la section du laryngé inférieur abolit immédiatement la phonation, et cependant ce uerf ne donne qu'aux muscles intérieurs du larynx et nullement au crico-thyroïdien.

Il n'en est pas moins évident que les lèvres de la glotte doivent être tendues pour vibrer, mais il reste encore à chercher, parmi les tissus qui composent ces lèvres, quel est celui qui est susceptible de tension et quel peut être l'agent de cette tension.

Or, si nous passons en revue les trois tissus qui, de la superficie à la profondeur, composent l'épaisseur des lèvres de la glotte, c'est-à-dire la muqueuse, le ligament élastique (corde vocale) et le muscle (fig. 120), et si nous cherchons quel est celui de ces trois t'iéments qui peut constituer le corps vibrant, il est évident que nous ne nous arrêterons pas à la muqueuse ; elle forme un revêtement protecteur, mais non un appareil susceptible d'être tendu et de vibrer. La corde vocale, malgré son nom de ligament, ne nous paraît pas, contrairement à l'opinion généralement reçue, présenter les conditions nécessaires pour constituer une corde vibrante. Ce ligament est composé de tissu élastique, c'est-à-dire de fibres non reetilignes, mais enchevêtrées en tous sens, de telle sorte que, quelque traction qu'on lui applique, on ne lui donne jamais qu'un degré de tension insignifiant. Du reste, à l'état physiologique, cette tension, accompagnée du rétrécissement de la glotte, ne pourrait être opérée que par le muscle crico-thyroïdien. et nous avons vu que ce muscle n'a qu'un rôle insignifiant dans la phonation. Reste

lout simplement les repUs inférieurs, on, si l'on cherche uu nom anatomique plusapproprié à leur coiâguratioa et fonction, lècres vocales. » (L. Mandl, Traité pratique des maladies du larynx et lu pharynx. Paris, 1S72.)

donc le tissu musculaire, le muscle thyro-arytéuoïdien. Or. le tissu musculaire est très susceptible de tension. Quoi de plus tendu, de

plus énergiquement élastique, de

plus vihratile qu'un muscle à l'état de contraction? Il est donc évident que c'est le nmscle thyro-aryténoïdien qui, au point de vue physiologique, doit constituer la vraie corde vocale, le véritable et seul élément vibratile parmi les tissus qui composent les lèvres do la glotte. Pour vibrer, cette corde vocale est tendue; mais elle n'est point tendue par l'effet de puissances étrangères; elle se tend par elle-même; en un mot, le muscle se contracte^. La glotte forme donc, en définitive, une ancliB vibrante, non par tension, mais par contraction. C'est là.

comme source de son, un appai-eil unique dans son genre, un appareil qu'on ne peut artificiellement imiter, puisqu'on ne peut faire du muscle : les lèvres (muscle orbiculaire de l'orifice buccal) fonctionnent d'une manière analogue dans les cas cités précédemment-.

Reste alors à se demander à quoi sert la corde vocale élastique. Nous comprendrons facilement son rôle si nous nous figurons ce qui serait advenu si l'appareil phonateur ne s'était composé que d'un muscle recouvert seulement d'une muqueuse ; à chaque contraction

— Coupe veiticale du ]arvnx *.

d « C'est la contraotiou du thyro-aiyléaoidien interne qui fait que le repli inférieur (lèvres de la glotte), mou et lâche pendant la respiration, se transforme pendant rémission de la voix en véritable anche, dont la rigidité est proportionnelle à la tonalité. On pourrait donc dire que ce muscle est le muscle d'accommodation de la voix. » (L. Mandl, 1S72.)

2 V. la remarque p. -429.

* Cette figure montre Lien que les lèvres do la glotte sont lormées essentiellement par du tissu musculaire; — 1. cartilage thyroïde; — 2. rariilage cricoïde;— 3, premier anneau de la trachée ; — 4, épigloUe : — 5, son bourrelet médian : — 6. cordes vocales supérieures ; — 7, cordes vocales inférieures : —8, ventricules de Morgagni; — 9, muscle Ihyio-aryténoî'lien (la vraie corde vocale au point de vue physiologique) ; — 10, muscle crico-aryténoldien latéral. (Beaunis tt Bouchard, Aixatomie descriptive.) \

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