VOYELLES ET CONSONNES
par le j)assage tle l'air dans les cavilés pharyngie.uie et buccale, qui se disposent d'une manière particulière, et par sui'.e résonnent diftéremment pour la production de chaque voyelle. Quand on prononce u:ie voyelle à voix basse, la i^^lotte n'y p:-en l aucune purf, et le son de la voyelle se produit uniquement [)ar le passage de l'air dans les cavités sus-glottiques disposées en ce moment pour l'émission de la voyelle en question ; lorsqu'on prononce cette voyelle à haute voix, les cavités sus-glotliques, disposées comme précédemment, ont i^our effet de renforcer, dans le son glottique, les harmoniques qui correspondent précisément au son de la voyelle que l'on veut émettre. En ilautres termes, les cavités buccale et pharyngienne se comportent comme des resonnateurs, qui peuvent être diversement accordés i.
Nous ne pouvons nous étendre davantage sur cette analyse, qui es du ressort de la physique pure ; ajoutons seulement que l'on a pu parfaitement déterminer laformeque prennent ces cavités pour l'émission de telle ou telle voyelle, et que lorsque ces cavités sont ainsi disposées, si l'on fait passer le vent d'une soufflerie devant la bouche, on entend alors, même en retenant sa respiration, se produire des sons qui ressemblent parfaitement aux voyelles que l'on prononcerait à voix basse. D'une manière générale, on peut dire que le « diamètre longitudinal de la cavité pharyago-buccale est raccourci et son diamètre transversal agrandi successivement pour les voyelles a, <?, i ; pour les voyelles o et u, au coiitraire, le diamètre longitudinal s'allonge et le diamètre transversal diminue. Les mouvements des diverses parties dé la cavité se conforment à cette disposition générale. Les lèvres exécutent un mouvement horizont;al de plus en plus prononcé en arrière pour les trois premières voyelles, tandis que pour les deux dernières le mouvement en avant sera de plus en plus marqué. Pour Vo et Vu, il v a retrait de la langue, tandis que pour \'é et l'i, la langue est plus "ou moins jetée en avant. Les mouvements des joues, du voile du palais, de la luette et des piliers s'accordent à réaliser la disposition e-énérale, etc.» (Mandl, op. cit.)
Les consonnes, qui sont, après les voyelles, le second élément dn la voix articulée, ne sont pas des sons comme les voyelles ; ce sont des bruits, c'est-à-dire des vibrations irrégulières et trop confusément mélangées pour être perçues séparément (V. Audition); ce sont des bruits qui ne peuvent se foire entendre distinctement par eux-mêmes mais qui se différencient par la manière dont ils laissent commencer ou finir l'émission d'une voyelle. Les consonnes ne peuvent donc pas être prononcées sans l'association d'une voyelle. De là leur nom (cum sonare). Au moment de rémission d'una voyelle, les cavjtés buccale et pharygienne se disposent de manière à présenter à l'air, qui va produire la voyelle, certains obstacles qu'il ébranle, d'où le bruit plus ou moins éclatant des consonnes.
Selon que cet obstable siège au niveau des lèvres, de la langue ou du voile du palais et du pharynx, on a des consonnes labiales, lin-
1 Mandl, Hygiène de la voix parlée ou chantée. Paris, 1879.
guales ou gutturales: et selon que l'obstacle est vaincu par une espèce d'explosion, par un frottement vibratoire ou par un tremblement, on a des labiales explosives (b, p). résonnantes (f, v, ^n), temblotantes (r). des linguales explosives (t, d), résonnantes (s, n, 0» tremblotantes (r lingual): des gutturales explosices (k, g), résonnantes (j et eh, surtout chez les Allemands), tremblotantes (r guttural). La lausne française ne possède pas de véritables consonnes gutturales, c'est-à-dire se produisant dans le pharvnx; mais certaines lan-Ties, et surtout l'arabe, en possèdent de frés accentuées, par exemple pour le bruit que nous désignons par h, qui paraît alors se produire par un obstacle siégeant frés pr:'fondément, au niveau même •Je la glotte. C'est ea cherciiaut à pénétrer le mécanisme de la production des craies gvAturales de la langue arabe que Czennak découvrit le laryngoscope, aujoitrd'hui si généralement employé pour l'exploration du larynx.
Les consonnes labiales, et surtout les labiales explosives (b, p. m), sont les plus facile à prononcer, vu la simplicité des mouvements qu'elles exigent. Ce sont les premières prononcées par l'enfant (papa, marna, etc.). celles que l'on arr've le plus facilement à faire répeter à certains animaux et que l'on ti"0uve naturellement produites dans le bêlement (L. Mandl i.
D'aufre paît, certaines mêmes consonnes peuvent être produites par des mécanismes aualogues, mais siégeant dans des parties différentes : ainsi on peut distinguer quatre r produits, soit par la vibration des lèvres tcomme dans opprobre), soit pai- celle du bout de la langue (r normal), soit par celle du voile du palais (r du grassayement), «oit enfin par l'oriâce supérieur du larynx.
L'ensemble de ces phénomènes, par lesquels un son est émis par la irlotte, modifié par les cavités pharyngienne et buccale de manière à représenter une voyelle, et associé à certains bruits qui se produisent Hons ces mêmes cavités et forment les consonnes, cet ensemble constitue la voix articulée^et par la combinaison intelligente des voyelles et des consonnes en syllabes, et des syllabes en mots, constitue l;i parole. Dans la parole parlée, les syllabes sont produites avec des variations peu marquées de hauteur: dans la parole chantée, au contraire, les syllabes, et surtout les voyelles, leur élément essentiel, sont produites successivement avec des variations de hauteur considérables et harmonieusement réglées.
Innertation de l'appareil laryngien. — L'appareil phonateur du larynx est placé sous la dépendance du nerf laryngé inférieur; fjui semble venir du pneumogastrique, mais représente en réalitéla suite de fibres que ce grand tronc nerveux emprunte à l'accessoire de Willis, ou spinal (branche interne du spinal). Aussi la section du spinal abolit-elle complètement la voix. On pourrait donc le nommer le nerf vocal. Chose remarquable, les autres rameaux du spinal (branche externe) se rendent à deux nmscles
INNERVATION DU LARYNX .'t37
superficiels et bien connus, le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze, muscles qui tous Jeux jouent un grand rôle dans l'expression par signes, dans ce qu'on pourrait appeler le langage du cou et des épaules (lever les épaules, faire de la tête un signe négatif, etc.). Le nerf spinal semble donc être le nerf de la mimique et de la pho/wfioii.
Tout en servant à la mimique, la branche externe du spinal prend encore une part active mais indirecte à la phonation. C'est elle qui innerve les muscles sterno-mastoïdien et trapèze lorsque, pendant l'expiration sonore, ces muscles se contractent pour empêcher la cage thoracique de s'afiaisspr subitement, et pour ménager ainsi le soufflet à air. Ce fonctionnement est facile à constater chez les chanteurs, où il constitue ce que Mandla appelé la lutte vocale. En effet, dans ce moment le spinal lutte contre l'expiration, et Cl. Bernard, qui par de nombreuses yivisectious a démontre ce même rôle du spinal chez les animaux pendant l'émission d'un cri prolongé, a montré par là qu'au point de vue physiologique le nerf spinal est. non pas V accessoire, mais bien V antagoniste du pneumogastrique, puisque, au niveau de la glotte (branche interne), comme au niveau des parois thoraciques (branche externe), il produit des mouvements opposés à ceux de la respiration.
Il est démontré aujourd'hui que le centre nerveux de la phonation a son siège dans la moelle allongée. En effet, ce centre ne se trouve pas dans le cerveau, car- on a vu des anencéphales qui criaient sous l'influence d'excitations extérieures ou de douleurs internes. Quant au centre du langage articulé, ou plutôt quant au centre de Idiraérnoire des mot$^,\\ paraît résider dans le cerveau, dans la troisième circonvolution frontale gauche (V. p. 100 et la fig. 36, p. 102). Les deux centres sont en tous cas indépendants l'un de l'autre, car le cri peut être très facile et l'articulation très cUfficile. Aussi faut-il distinguer V amnésie, ou perte de la mémoire des mots, de V aphasie laryngienne ou perte de la faculté de les prononcer. Dans Yaphasie laryngienne, le malade peut encore écrire ses pensées : dans V amnésie, Une peut plus s'exprimer qu'en dessinant les objets qu'il désire. (V. ci-dessus p. 100).
Disons enfin que le fonctionnement de l'appareil phonateur, au point de vue du langage, est dans une relation étroite avec celui de l'audition; la parole ne pouvant venir qu'après l'audition, l'enfant n'apprend à parler que par la reproduction des sons qu'il enteud journellement. Celui qui n'a pas entendu, ne peut parler : bien plus,
1 V. Aug. Voisin, art. Amnésie, in Nouveau Jjict. du méd. et chirur. prat., t. II, p. 53.
ainsi que l'a démontré Bonnafond, tout individu ayant entendu et parlé jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans, même de cinq, et qui accidentellement viendra à perdre complètement l'ouïe, perdra peu à peu l'usage de la parole à tel point que, quelques années après, il sera à peine susceptible d'articuler quelques sons. On peut dor.c dire que le sourd-muet de naissance n'est muet que parce qu'il est sourd * .
RÉSUMÉ. — hit larynx esl rorijaiie de la phonation, qui se produit au niveau des cordes vocales inférieures (véritables coides vocales). Ce sont les bords de la glotte qui vil reut, et les muscles qui modifient l'ouverture de la glotte et en tendent les bords (cordes vocales), modifiant ainsi Vacuité des sons. De tous ces muscles, le plus important à considérer est le thyro- aryténoïdien .
La glotte ne ] roduit qu'un son inarticul'\ doué d'une hauteur^ d'un timbre et d'une intensité variables.
'U articulation des sons est due : 1'^ au mode selon lequel quelquesuns des harmoniques du son glottique sont renforcés par les cavités phai-yngienne, nasale, buccale (production des voyelles); 2" aux bruits qui se produisent au moment ou à la fin de l'émission dans la cavité buccale {consonnes labiales, linguales, gutturales, etc.)
Le nerf récurrent (branche interne du spinal annexée au pneumogastrique) est le nerf de la phonation; il innerve les muscles du larynx.
1 V. J. P. Bonnafont, Traité théorique et pratique des miladies de l'oreille. 2' édition, Paris, 1873, p. 609.
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