‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 142 sur 219 · DU SENS DI-: I/AUDITIOX · texte numérisé non relu

DU SENS DI-: I/AUDITIOX

L'innervation de ces deux muscles de l'oreille moyenne est une question intéressante. Pour le muscle de Tétrier, il n'est pas douteux que le nerf facial soit sa source d'innervation, et l'anatomie suffit à le démontrer sans expériences de vivisections ou autres. Mais il n'en est ]dus de même pour le nmscle du marteau. L'anatomie nous monire l)ien que ce muscle est innervé par un filet venu du ganglion optique; mais ce ganglion a deux racines motrices, l'une proveuant du facial (nerf petit pétreux) et l'autre provenant du masticateur. Longet n'hésite pas à faire du nerf qui va au muscle du marteau la suite du pelit jxHreux, de sorte que le facial innerverait tous les muscles de la caisse et mériterait le nom de motcv.v tympanique. Quelques faits pathologiques sembleraient parler en faveur de cette manière de voir. Ainsi la faculté anormale de percevoir les sons graves se rencontre jjarticuliéremeut dans les cas de paralysie du facial; c'est ce phénomène que Landouzy a décrit autrefois sous le nom d'exaltation de l'ouïe, et qui doit tenir à un défaut de tension de la membrane tympanique, c'est-àdire à la paralysie du muscle du marteau. Mais, d'autre })art, les recherches de la plupart des physiologistes allemands tendent à démontrer que le nerf masticateur serait la source d'innervation de ce muscle. C'est ce que nous montrent les expériences de Politzer et de Fich, expériences dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici i. Fich a montré que toute contraction un peu énergique des muscles masticateurs s'accompagne d'une contraction du muscle interne du marteau, tenseur du tympan, qui recevrait donc, comme les muscles masticateurs, son innervation de la racine motrice du trijumeau. Cette manière de voir serait confirmée par les recherches de Vulpian (Acad. des sciences, 28 avril 1879), qui a constaté que, dans les cas de section intracrànienne du facial, les rameaux nerveux du muscle interne du marteau n'étaient pas dégénérés, tandis qu'ils élaien! altérés toutes les fois que la racine motrice du trijumeau avait été couj ee.

A la membrane du tynipau fait suite la chaîne des osselets, qui la met eu rapport avec la membrane de la fenêtre ovale (base de l'étrier). Chez les animaux inférieurs, cette chaîne est simplement représeutée par une tif/e droite et rigide (tels sont certains batraciens anoures, les pipa, par exemple) ; chez les grenouilles, elle a la forme d'une ligne brisée, d'un osselet unique long et recourbé, nommé columelle ; enfin chez l'homme elle est formée par la réunion de quatre petits os (marteau, enclume, os lenticulaire et étrier) articulés, mais que, pour la transmission du son, on peut considérer comme ankylosés, car il est démontré que ces articulations no servent pas directement à la transmission des sons.

La chaîne des osselets, par laquelle se fait essentiellement le passage des ondes sonores, traverse une caisse remplie d'air, la caisse

1 V. notre article OuiK. in Xouv, Dict, de médec. et de chirur. prat., t, XXV, 1S78.

du tympan, aplatie de dehors en dedans, et présentant, comme la membrane du tympan, un plan oblique relativement au conduit auditif externe. On admet que, outre la transmission par la chaîne osseuse, l'air de la caisse peut encore servir à transmettre les ondes à la fenêtre ronde ; cela est possible, mais peu probable, et en tout cas ce mode de transmission doit être fort secondaire, car la fenêtre ronde fuit pour ainsi dire les ondes sonores, se trouvant cachée au-dessous du promontoire {'^aXWie de la paroi interne de la caisse du tympan); de plus, cette fenêtre ronde, correspondant à une des ouvertures du limaçon, qui communique, d'autre part, avec lo vestibule, semble destinée à permettre un libre jeu aux ondes liquides qui parcourent cet appareil si compliqué. Enfin, le son étant mieux transmis par les solides que par les fluides, la chaîne des osselets doit remplir un rôle bien plus important que cet air, qui ne lui sert sans doute que d'appareil isolant.

Cependant la destruction de la membrane du tympan, ainsi que celle des osselets, à l'exception de l'étrier, n'abolit pas complètement l'ouïe ; elle ne fait que troubler plus ou moins les fonctions de ce sans. Mais la perte de l'étrier est beaucoup plus grave : elle entraînerait toujours la surdité, d'après Bonnafont. Ce fait s'explique facilement : l'étrier adhère par sa base à la fenêtre ovale, qu'il ferme complètement. Comme ses adhérences y sont très intimes^ il ne saurait être enlevé sans déchirer la membrane^ de la fenêtre ovale, et sans donner issue au liquide de l'oreille interne; ce n'est donc pas, à proprement parler, la perte de l'os qui occasionne la surdité, mais bien la fuite du liquide qui s'échappe par l'ouverture résultant de cette ablation (Bonnafont, op. cit.. p. 264).

A l'oreille moyenne se trouvent annexés deux organes : en arrière, les cellules mastoïdiennes, cavités irrégulières, espèces de sinus creusés dans l'apophyse mastoïde du temporal ; en avant, c'est la trompe d'Eustuche, qui va de la caisse du tympan à la partie nasale du pharynx.

On regarde généralement les cellules mastoïdiennes , pleines d'air, comme un appareil de résonnance ; mais cette hypothèse ne s'appuie que sur l'idée que l'air de la caisse vibre, et, par suite. renforce ses vibrations par celles de l'air des cellules mastoïdiennes. Or, nous venons de voir que les vibrations de l'air de la caisse sont tout à fait insignifiantes ; les maladies des cellules mastoïdiennes n'ont également fourni aucune indication sur le rôle de ces cavités. Nous accorderions volontiers la préférence à l'opinion qui ne voit dans les cavités mastoïdiennes que des espaces destinés à augmenter la cavité tympanjque, sans rôle spécial. Nous allons voir, en effet.

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dans un instant que le tympan est, à Tétat normal, fermé de tous côtés. Or, le tympan n'étant qu'une cavité fort petite, les changements trop brusques dans la tension de cette mince couche d'airappliquée à la face interne de la membrane tympanique auraient sans doute une influence fâcheuse sur cetle meml)rane, influence qui sera palliée par la ])résence d'une nouvelle cavité, ajoutant sa capacité à celle de la chambre tympanique proprement dite ; et en eflét, plus les animaux sont exposés à de brusques et considérables changements de pression atmosphérique, comme les oiseaux qui s'élèvent très haut dans les airs, plus leurs cellules mastoïdiennes sont développées et même en communication avec d'autres cavités osseuses surnuméraires.

La. trompe cfEustache, placée en avant de l'oreille moyenne, c'est-à-dire à l'opposé des cellules mastoïdiennes, est un long canal qui s'étend delà caisse du tympan au pharynx, et établit une communication entre ces deux cavités. On a fait sur les fonctions de ce canal un grand nombre d'hypothèses. On l'a considéré comme destiné à nous permettre d'entendre notre propre voix ; mais les os de la tête suffisent à cette propagation sonore, d'autant plus que la trompe est normalement fermée : lorsque, par une cause quelconque, elle se trouve ouverte d'une manière continue, on entend alors non seulement sa propre voix, mais tous les bruits qui se {)assent dans la partie supérieure du corps : souffles de la respiration, mouvements du voile du palais, de la langue, etc., et on a pu dans quelques cas remarquer que cette attention constamment fixée sur les phénomènes de l'organisme conduisait en définitive les malades à l'hypocondrie, comme tout état qui attire trop particulièrement notre attention sur le sentiment de notre existence organique intérieure.

La tronqje d'I'Aistache est donc fermée normalement par la juxtaposition de ses parois, et elle ne s'ouvre que quand un appareil nuisculaire particulier vient écarter ces parois l'une do l'autre, en agissant sur la paroi externe, membraneuse et mobile, qui est alors (^cartée de Vinterne, cartilagineuse et fixe. Ce rôle est rempli par le péristaplujlin cxtertie, muscle du voile du palais, et l'ouverture ainsi établie a pour eflèt de mettre l'air de la caise en com-^ munication avec celui des fosses nasales, c'est-à-dire avec l'air extérieur. Mais les muscles du voile du palais ne se contractent que pendant les mouvements de déglutition ; la déglutition ellemême ne peut se faire à vide et demande qu'au moins quelque gouttes de salive soient dégluties : nous en revenons donc à ce que nous avons déjà vu à propos de la salivation et de la déglutitiouj lorsque nous avons considéré la preniière de ces fonctions comme

intimement liée au fonctionnement normal de l'ouïe, et lorsque nous avons constaté que la sécrétion de la .^alive, presque inutile chez le^ carnivores au point de vue digestif, était en rapport avec les mouvements de déglutition intermittents, comparables au clignement des paupières, et destinés à produire l'ouverture de la trompe d'Eustacbe (V. p. 292). C'estpour cela que nous opérons de semblables mouvements de déglutition même en dormant, et surtout en faisant de hautes ascensions : c'est qu'en effet, outre les variations de l'air extérieur, nécessitant un rétablissement d'équililDre, l'air intérieur luimême peut varier de tension à la faveur d'échanges gazeux avec le sang, échanges parfois i-apides et considérables, comme nous en avons constaté dans l'estomac et dans le tube digestif en général. Nous avons, en étudiant la déglutition, tiré parti de ce fonctionnement particulier et intermittent de la trompe d'Eustache, pour démontrer combien est exacte l'occlusion de l'isthme naso-pharyngien, en constatant la dureté de l'ouïe (par raréfaction de l'air de la caisse) après une ou plusieurs déglutitions accomplies avec les narines fermées, et la nécessité d'une déglutition avec les narines ouvertes, pour rétablir l'audition dans son état normal (V. p. 295).

La caisse du tympan est traversée par un nerf (la corde du tympan) qui va aux glandes salivaires et a pour fonction d'en amener la sécrétion; aussi certains sons, sans doute par action sur la corde du tympan par fintermédiaire de la membrane contre laquelle est collé ce filet nerveux, certains sons, surtout les sons très aigus, peuvent-ils amener la sécrétion abondante de salive ; en tout cas. on ne peut s'empêcher de rapprocher ce fait anatomique (passage du nerf de la sécrétion salivair»' dans la cavité tympanique) de ce fait physiologique que nous venons d'étudier, c'est-à-dire du rapport essentiel de la sécrétion salivaire ef de la déglutition avec l'ouverture de la trompe d'Eustache, et, par suite, avec le maintien de la pression normale dans la cavité tympanique. Du reste, ces rapports entre l'oreille moyenne et le pharynx nous sont expliqués par l'embryologie ; chez le fœtus, ces parties sont confondues dans la première fente pharyngienne, et la trompe d'Eustache est le reste de cette communication fœtale (V. p. 289 la physiologie de la corde du tympan).

G. OreiUe interne.

Les vibrations arrivent au liquide'du labyrinthe soit par la colu- Ytielle (chaîne des osselets), et c'est là le cas normal, soit par les os de la tête, et particulièrement les parois des oreille externe et moyenne, comme cela se produit chez les personnes qui, ayant perdu la chaîne des osselets, ne sont cependant pas complètement sourdes. Même lorsque ces sujets paraissent complètement sourds, ils entendent parfaitement le son d'un <Hapason qu'on leur applique sur la tète.

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