ADAPTATION
vaguement dessiné : c'est qu'en ce moment l'un des deux doigts se peint régulièrement sur la rétine, et les divers pomts de l'autre n'y produisent que des cercles de diffusion. Le fait est encore bien mieux démontré par une expérience célèbre due à Scheiuer : elle consiste à placer devant l'œil une car te percée de deux petits trous rapprochés l'un de l'autre (Mm. Xn. fig. 147) et à regarder deux points
FiG. 147. — Expérience de Scheiner*.
lumineux (deux têtes d'épingle, par exemple) placés l'un devant l'autre à une certaine distance (comme les deux doigts dans l'expérience précédente) : si Von fixe attentivement l'un de ces points. on voit Vaidre double. Voici la raison de ce fait. Si par les deux ouvertures Mm et Nn (fig. 147) on fixe le point lumineux a, il se passe dans l'œil un phénomène d'adaptation, à la suite duquel le cône oculaire est tel que son sommet tombe sur la rétine; donc les sommets des deux cônes partiels passant par les deux ouvertures se confondent en un seul (en a'), puisque ces deux cônes font partie du cône total qui se produirait si l'on examinait le point lumineux avec l'œil découvert; mais cette disposition est uniquement relative au point «, et quant au point b, son cône objectif étant plus long, il a un cône oculaire plus court, dont le sommet sera en avant de la rétine, et qui n'ira frapper cette membrane qu'en divergeant, après avoir opéré l'intersection de ses rayons : si donc, comme dans l'expérience, on divise le cône en deux, en regardant par deux trous^ l'objet qui n'est pas fixé, l'objet b viendra se peindre par deux cônes distincts (et sera vu double) puisque la rétine ne les rencontre pas au niveau de leur sommet commun (b'). mais plus en arrière, lors-
* AB, diaphragme avec deux ouvertures (Mm et Nn).
a, Point pour lequel l'œil est adapté, et dont l'image vient se faire en a' (sur la rétine),
&, Point pour lequel l'œil n'est pas adapté; les rayons luminenx qui en partent, après
s'être rencontrés en b' (en avant de la rétine), divergent de nouveau et rencontrent la
rétine en b", b", de sorte que le point b est vu double.
Kuss et Du VAL, Physiol,
ORGANES DES SENS — ŒlL
qu'ils se sont de nouveau séparés {h\ b"). Il est donc évident que l'œil était adapté pour voir a et non pourvoir b; Tinverss arriverait si l'on fixait attentivement b; ce serait alors a qui paraîtrait double.
Ces faits suffisent pour prouver que nous avons la faculté d'adapter notre vue aux différentes distances. L'expérience de tous les joui s nous montre, du reste, que nous pouvons distinguer des objets placés pour ainsi dire à une distance infinie, tandis que nous apercevons de la façon la plus nette les objets placés à 0'",25. C'est, en effet, à cette distance que nous recevons la plus grande quantité de lumière, et en général la faculté d'adaptation oscille entre l'infini et 0™,25, Sous ce rapport, il y a cependant de grandes difféiences individuelles : les limites que nous venons d'indiquer sont celles des yeux normaux, dits etnmêtropes. Mais certaines personnes ont le globe
oculaire constitué de telle manière que , quelle que soit la longueur du cône objectif, le cône oculaire n'est jamais assez court pour que son sommet tombe sur la rétine *, même quand l'objet lumineux est à l'infini, son image vient se faire plus loin que la rétine : ces personnes sont dites hy~ permétrojjes, c'est-àdire qu'il faudrait que l'objet fût au delà de l'infini pour que le sommet du cône oculaire pût tomber sur leur rétine (fig. 148, 1) : ces yeux sont nommés hépermétropes^ et ce défaut de convergence (de brièveté relative du cône oculaire) constitue Vhypermétropie. D'autres personnes,
FiG. lis. — Œil hypermétrope et œil myope'
* 1. Œil hypermétrope. Les raj-ons lumineux, venus même de rinfini (parallèles), donnent un cône oculaire dont le sommet tombe en arrière de la rétine (en«), soit^que cf cône soit trop lono: (défaut de pouvoir convergent dans les milieux de rœil), soit que la rétine soit trop en avant (œil trop court).
2. Œil myope. Les rayons lumineux, venus dî rinfini (parallèles), donnent un cône oculaire dont le sommet tombe en avant de li rétine (en h), soit que ce cône soit trop court (excès de pouvoir convergent des milieux), soit que la rétine se trouve placée trop en arrière (œil trop long ; les travaux de Donders rattachent la myopie à cette dernière cause, que la figure fait bien saisir: globe oculaire très allongé d'arrière en avant).
MYOPIE ET HYPERMÉTROPIE
au contraire, ont le globe oculaire tel que le cône oculaire est toujours trop court, son sommet se faisant toujours en avant de la rétine, et il leur faut rapprocher beaucoup les objets, regarder de très près pour que, ce cône s'allongeant, son sommet vienne tomber sur la membrane sensible : c'est là le cas des myopes (fig. 148, 2) et cette trop grande brièveté du cône occulaire constitue la Y)%yopie^.
On voit que Y hyj)er)nrtroinc ai la myopie sont deux états opposés, dans le premier desquels l'œil, à Tétat de repos, sans aucun effort d'adaptation, ne peut voir que des objets très éloignés, plus éloignés que l'infini, tandis que, ilans le second, il ne peut, dans les mêmes circonstances, voir que des objets très rapprochés. Un autre état de l'œil, qu'on confond souvent avec V hyper méti^opie^ c'est, la presbytie; ce trouble dans les fonctions des milieux oculaires consiste en ce que la faculté de l'adaptation est diminuée et ne peut plus se pi'oduire pour les objets rapprochés : c'est ce qui arrive normalement avec les progrès de l'âge. Ainsi l'hypermétrope a fatalement un cône oculaire toujours trop long, le myope un cône toujours tro^j court; mais l'un et l'autre peuvent modifier ce cône par l'adaptation et notamment le raccourcir, comme nous le verrons. Le presbyte, au contraire, ne peut presque plus modifier ce cône pour la vision des objets rapprochés ; on voit donc que si un œil normal peut devenir presbyte^ il en est de même d'un œil hypermétrope ou myope, et que la myopie et la presbytie peuvent se rouver combinées.
Mais l'art a trouvé, pour remédier à ces vices de la vue, des moyens empruntés à l'optique : il s'agit de modifier les cônes oculaires trop longs ou trop courts, et pour cela on place devant l'œil un verre concave ou convexe. Les plus simple notions de physique nous permettent de comprendre qu'un verre concave ou divergent allongera le cône oculaire, puisqu'il diminuera le pouvoir convergent de l'œil : les myopes feront donc usage de verres conccaes. Au contraire, un verre convexe ou convergent raccourcira le cône oculaire, puisqu'il augmentera le pouvoir convergent de l'œil; ce sera d'un rerre convexe que feront usages les hypermétropes pour raccourcir le cône oculaire, de même que les presbytes, lorsqu'ils veulent voir de près, et qu'alors leur adajjtation est devenue impuissante à produire cet effet.
L'étude des variétés dans le pouvoir convergent de l'œil et du mode artificiel par lequel on y remédie, va nous permettre de comprendre
1 V., dans le Nouveau Dict. de méd. et de chir. prat., les articles de Liebreich et de Javal : Accommodation, Emmétropie, Diplopie, Asthk- NOPIK, etc).
544 ORGANES DES ï>ENS — ŒIL
commeutpeut se l'aire l'adaptation à l'état normal. En eiiet, l'emploi des verres dont nous venons de parler est une sorte d'adaptation artificielle, surtout chez le presbyte. Il est donc probable que, dans l'adaptation physiologique, il se passe dans Tceil quelque chose d'analogue, c'est-à-dire que le pouvoir convergent de cet organe est modifié.
Cependant on a cru longtemps que le mécanisme de l'adaptation pourrait consister en un changement de forme de l'œil, de manière a modifier, non le cône oculaire, mais la position de la rétine, qui viendrait alors se placer vers le sommet de ce cône ; par exemple, l'œil se raccourcirait sous l'influence des muscles droits quand il fixe des objets éloignés, et s'allongerait sous l'influence des obliques quand il fixe des objets rapprochés. Mais cette fonction des muscles moteurs de l'œil est tout à fait hypothétique et, qui plus est, contraire à leur disposition anatomique et à toutes les expériences de physiologie.
On a aussi parlé de changements de })lace du cristallin, qui agirait alors comme une lentille que l'on éloigne ou que l'on ra})proche comme dans un microscope que l'on met au pomt; mais la possibilité de ces déplacements du cristalHn est également contraire aux notions anatomiques, et, du reste, l'expérience directe montre qu'il . n'eut est rien.
Ucxpérience directe rnontre que Vadaptatioiif comme le faisaient prévoii^ nos études sur l'adaptation artificielle, consiste dans un / changement de courbure et. par suite, dans
l"iG. i-tv. — imaf^es "'^ changement de force convergente d'un données par les sur- seul des milieux de Voeil, du cristallin. L'exlaces des milieux périence est basée sur l'étude des images fouroculaires fonction- • i t c xy l- l mes par les diverses surfaces fonctionnant nant comme mi- i , . -. ». -i ■ -i j» i roirs ( ima"-es de comme des miroirs. En effet, il est facile d ob-
Purkinje)* server que la surface de la cornée donne lieu
à une image, et qu'il en est de même de la face antérieure et de la face postérieure du cristallin, de telle sorte qu'en plaçant une lumière devant un œil (fig. 149) o-: peut observer dans cet œil trois image de la flamme : deux droites {a et b) dues à la cornée (a) et à la face antérieure du cristallin (miroirs convexes); et une renversée (c) due à la face postérieui-e du cristallin (miroir concave). En commandant à une personne,
* a, imago droite produite par la cornée/ — b, image droite produite par la face ailérieure du cristallin; — c, iraag<; renversée produite par la face postérieure du cristallin.
mècanismp: de l'adaptation 545
sur laquelle, on vérifie ce fait, de fixer des objets placés à des distances ditiereutes. ou verra que le seul changement qui s'opère dans les trois iniaires a lieu dans l'image fournie par la face antérieure du cristallin (l'image b). On en conclut que dans le phénomène de l'accommoilation, les changements qui surviennent dans l'œil n'ont lieu que sur la partie antérieure du cristallin, et les mensurations de l'image en question prouvent (d'après les lois des miroirs convexes) que quand on regarde un objet éloigné, cette convexité du cristallin diminue (puisque cette image augmente), que si, au contraire, ou regarde un objet rapproché, cette convexité augmente (puisque les dimensions de cette image diminuent).
Ainsi l'adaptation se fait par mie modification du cristallin. Quant aux puissances qui peuvent ainsi changer la forme de cette lentille, nous les étudierons avec les membranes accessoires destinées à maintenir et à modifier le fonctionnement des parties essentielles de l'œil, et notamment avec la choroïde et l'iris (muscle ciliaire).
D. Imperfection de Vapparei' de dAoptrique ocxlaire. — Considéré comme appareil physique. Tœil est loin d'être parfait : aussi peuton y constater les diverses imperfections qui se trouvent dans les appareils physiques analogues, et qui sont connues sous le nom d'aberration, Suit de spJiéricité, soit de re'frangibilité.
L'œil n'étant qu'un appareil dont la partie essentielle est une lentille, il arrive que celle-ci, quoique très perfectionnée, ne réunit pas exactement au même point les rayons qui, partant dune même source lumineuse, arrivent sur les bords ou sur le centre du. cristallin. Le foyer de la lentille n'est donc pas unique, et c'est ce qui constitue Vaberration de sphéricité. Nous verrons que (l'iris, comme les diaphragmes des instruments d'optique, remédie en partie à cet inconvénient.
L'aberration de réfrangibîlité consiste en une inégale réfraction des divers rayons colorés qui composent la lumière blanche, de sorte que l'œil décompose la lumière ordinaire des objets qui la lui projettent et nous les fait voir plus ou moins colorés : en un mot. l'oHl n'est pas un appareil achromatique parfait. Ce défaut ne nous est pas sensible d'ordinaire, par l'effet de l'habitude, mais plusieurs expériences le rendent évident. Nous n'en citerons qu'une : si on regarde le cheveu d'une lunette astronomique, en l'éclairant avec de la lumière rouge, on s'aperçoit que pour le voir avec un autre rayon du spectre (avec une autre couleurj j1 faut changer ia place de l'oculaire; donc l'œil adapté pour voir avec la lumière rouge ne Test plus exactement pour voir avec les autres rayons du spectre.
Entin, une certaine irrégularité dans la courbure des surfaces des milieux de l'œil constitue ce qu'on nomme l'astigmatisme (ou aberratio monochromatiqi'e). L'astigmatisme est une irrégularité de la réfraction de l'œil si fréquente qu'on peut regarder ses faibles degrés comme existant chez la majorité des individus: mais d'ordinaire son
existence ne trouble pas la vision au point d'attirer l'attention du sujet. h' astigmatisme consiste en ce que la courbure des surfaces de séparation des milieux de l'œil (et surtout la courbure de la surface antérieure de la cornée) varie plus ou moins sensiblement d'un méridien à l'autre. Supposons par la pensée une cornée parfaitement normale, séparée en deux moitiés suivant son axe vertical, les fragments conservant leur position primitive, la surface de section présentera une courbure d'un rayon déterminé ; supposons cette même cornée divisée suivant son axe transversal : alors la surface de section présentera une courbure identique (œil normal, non astigmatique), c'est-à-dire que ces deux sections appartiendront à une même circonférence du même rayon. Au contraire, dans un œil astigmatique (et pi'esque tous les yeux le sont), le rayon de l'une sera }}lus court que le rayon de l'autre ; en un mot, les deux courbures seront inégales. Il est aisé de comprendre que cet écart, s'il vient à être suffisamment prononcé, troublera la marcbe des rayons lumineux au moment où ils pénètrent dans l'œil. En effet, si nous admettons que l'une des circonférences a un rayoi: notablement plus court que l'autre, nous concluons implicitement que l'œil est myope dans le premier sens, tandis qu'il peut l'être beaucoup moins, pas du tout, et qu'il peut même être hypermétrope dans l'autre sens. Il est facile de comprendre qu'il suffit, pour remédier à ce délaut dans la réfraction de l'œil, de faire traverser aux rayons lumineux une lentille taillée de manière à rétablir l'équilibre entre les méridiens inégaux, de sorte que les rayons lumineux, après avoir subi l'action de cette lentille et celle du milieu cornéen, adoptent une direction semblable à celle que présentent les rayons qui auraient traversé une cornée normale. Un se sert pour cela de verres empruntés non plus à des surfaces sphériques, .mais à des surfaces cylindriques, et on les dispose de manière que la convergence qu'ils produisent selon un seul plaa coïncide précisément au plan du méridien suivant lequel la surface cornéenne de l'œil est moins convexe: c'est ainsi que se trouve corrigé ce défaut dans la convexité.