‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 158 sur 219 · RIG1NE.S DKS GLANDES SEXUELLES · texte numérisé non relu

RIG1NE.S DKS GLANDES SEXUELLES

miére forme de glande sexuelle indifférente se transforme en ^testicule ou en ovaire.

Si la friande sexuelle doit évoluer selon le type testicule, on observe tout d'abord une rapide atrophie de Tépithélium germinatif correspondant, et la disparition des ovules primordiaux qu'il contenait. Quand l'épilhélium irerminatif est en pleine voie d'atrophie, on observe, dans

e.VEKMOKCKEN s

FiG. 159.

Corps de Voltf d'un embryon de poulet au cinquième jour, de l'incubation*.

l'épaississement sous-jacent de tissu conjonctif embryonnaire, la formation de tubes sur l'origine desquels on n'est pas encore parfaitement fjsé, mais que tous les auteurs s'accordent à considérer comme les futurs tubes séminiféres du testicule. Ces tubes se mettent, eu effet, en connexion avec les canaux de la partie sexuelle du corps de ^\'olflf, partie qui représente dés lors l'épididyme (V. ci-aprés, p. 616, la fig. 173,

^ * A, aorte. — nx s, i, ;>!, mésentère (rintestin n'est pas compris dans la figure). — p a, jarci abdominale latérale. — G. ramification vasculaire venue de Taorte et allant former un ff?oméri(Ze du corps de Wo'.ff (ou rein primitif). — \V, coupe du canal de Wolff. — te, te, te, coupes diverses des ramifications (canaux secondaire du corps de W'olff. — G,W, un de ces canaux en rapport avec un glomérule. — 1, stroma de la glande génitale. — (', épithélium delà glande génitale (épithélium germinatif très épaissi et montrant déjà des ovules primordiaux)-" — M. involution de répithélium germinatif donnant naissance au cannl de MùHer.

576 APPAREIL GEXITO-URINAIRE

côte A, en 1) ; la partie urinaire du corps de Wolff s'atrophie, et ne laisse comme trace que le corps innominé de O'waAàë?^. paradidynie de AValdeyer (fig. 173, côté A, en 2 et eu x). Pour Lauth, Follin i et Robin 2, le vas ahervans de Haller (a-, fig. 173) n'est, lui aussi, autre chose qu'un débris du corps de AVolff ; le canal de Wolff devient canal déférent; quant au canal de Millier, il s'atrophie, et ses deux extrémités seules subsistent, sous forme d'organes rudimentaires, incompréhensibles sans le secours des données embryologiques; son extrémité supérieure forme l'hydatide de Morgagni (A,iig. 173, p. 616). petite vésicule kystique placée au-dessus de la lète de l'épididyme ; son extrémité inférieure forme, en se réunissant à celle du côté opposé, l'utricule {)rostatiqi:e qui s'ouvre au sommet du veruinoyitanutn (iig. 165, p. 594).

Si, au contraire, la glande sexuelle })rimitive doit évoluer selon • le type femelle, l'épithélinm germinatif qui la recouvre prend un dévelo})})ement de plus en plus considérable, et les ovules j)rimordiaux s'y montrent plus abondants. Cette hypertrojjhie de l'épithélium germinatif se traduit notamment par la production de jjoussées épithéliales qui se font dans la })rofondeur et jiénétrent dans le tissu embryonnaire sousjacent (fig. 172).

Ces })oussée> ou bourgeons pleins se composent de masses épithéliales plus ou moins volumineuses, au milieu desquelles on aperçoit des ovules : nous reviendrons plus loin sur leur description (V, Ovaire^ ci-après, p. 615), ainsi que sur les restes du corps de \Volff chez la femme.

Nous avons parlé du canal de "Wolff et du canal de Millier: pour en compléter l'élude, il nous suffira d'ajouter que ces canaux viennent s'ouvrir dans la partie postérieure du tube digestif, au niveau du point où ce tube donne naissance à un bourgeon creux destiné à former la vésicule allantoïde (fig. 160, 1 eu B, et 2 en S-U, sinus uro-génital. i En même temps, la partie tout inférieure du canal de "Wolff donne naissance à im bourgeon creux qui se développe en montant derrière lui et va former la glande rénale (fig. 160, 2 en 3.)

Si donc on considère surtout les connexions de ces différentes parties avec le tube intestinal, on peut décrire de la manière suivante les dispositions de ce tube à cette époque. Il présente à sou extrémité inférieure (fig. 160) un bourgeon (B) ; et l'éjjeron E, qui sépare le tube primitif du bourgeon récent, s'accentuant de plus en plus, on trouve bientôt à ce niveau deux cavités : i° l'ancienne cavité du tube digestif, qui formera le rectum, 2° en avant, une cavité irro-génitale ou sinus uro- (jénital, qui est en connexion avec les tubes sus-indiqués de l'appareil génito-urinaire. loLe premierde ces tubes(fig. 160, 2eu 1) présente lui-mêmedes végé»

1 E. Follin, Recherches sur les corps de Volff; thèse de doctorat, Pàtiâ

2 G. Robin, Mémoire sur les rnodi/(Coticns de la muqueuse utérine penda.iU et après la grossesse {Mémoiresde VAcadémie de méd., 1S61). A la fin de ce travail se trouve une importante étude sur le tissu de l'ovaire.

ORIlrlNl-: DES GLANDES (VEMTALES

talions latérales qui eu fout un organe penniformc. C'est le corps de Wol/f, qui parait Jouer un vùle important dans la vie fœtale, car il se dévelo])|>e beaucoup et occupe 1 1 plus grande partie de la cavité abdominale. A cette époque, il renferme des éléments analogues anx glomérules de Malpighi du rein, et il paraît remplir les fonctions que remplira plus tard cet organe; aussi lui a-t-on donné le nom de rein pri- ■mordial (Jacobson, Rathke). Mais vers la lin de la première moitié de la vie fœtale , ces organes s'atrophient et disparaissent presque totalement chez le fœtus femelle, tandis qu'ils contribuent à former, nous l'avons dit ci-dessus (p. ïhô), une partie des organes génitaux mâles.

2o Le second tube ne présente pas de végétations secondaires. C'est le simple tube connu sous le nom à'organc de MOUer (lis-, 160-2, en 2). Cet organe est essentiellement appelé à constituer les parties les plus imjiortautes des organes génitaux de lu femme: les trompes et l'utérus; chez riiomme, il ne forme que des organes relativement inutiles, vestiges de l'état embryonnaire , comme Vutricule prostatique et un petit appendice de répididyme {Vliydatide pëdiculée de Morgagny).

3° Le troisième tube ou caecum (lig. 1(30-3) présente un grand nombre de végétations secondaires, mais qui se font à l'extrémité du canal, et en irradiant. Ces bourgeons secondaires prennent eux-mêmes la forme canaliculée, se juxtaposent, s'entremêlent et vont finalement aboutir à un petit peloton vasculaire contre lequel vient pour ainsi dire buter leur extrémité en Ccecum ; dés lors ils ne se développent plus. Ils embrassent, chacun par son extrémité caecale, un peloton vasculaire, qui refoule le cul-de-sac dans l'intérieur du tube de façon à se loger dans une capsule terminale (V. fig, 162, p. 580). Telle est la formation des tubes v/rinifères et des glomériiles de Malpighi^ du rein, en un mot.

Enfin, outre ces trois tubes de chaque côté, le sinus uro-gériital se développe par son extrémité antérieure ^ et va constituer le canal allaa-

Fig. 160. — Schéma de la formation des organes génitonrinaires''.

1. V. MathiasDuval, Recherches sur l'origine de fallantoide. Paris, 1877

* 1) 1. I, tube intestinal avec le bourgeon B, qui commence à s'isoler par l'éperon E.

•2) L'éperon s'est très accentué ; le bourgeon B, s'est très développé et a donné au loin l'allantoide A (dont on ne voit que le commenosraent, le pédicule), et successivement, en allant de l'allantoide vers le tube intestinal, l'ouraque 0, la vessie V, le sinus uro-génital SU, qui lui-momeest en connexion avec trois bourgeons: 1, pour les corps de Wolff, 2, pour l*organede MûUer, 3, pour le rein.

KlJss et Du VAL, Physiol,

[^78 APPAREIL GKNITO-URINAIKE

toïdien (ouraque) et la \:ésicv.le allant ûïdienne (fig. 160, 0, A), dont MOUS étudierons plus tard les fonctions à propos du placenta; contentons-nous d'indiquer pour le mome:it que i"allantoïde et son canal, Touraque, disparaissent chez Tadulle, et qu il ne reste plus que la j ariie lout intérieure du canal, laquelle se développe enonnéraent so-.s 1 1 Ibrrae de réservoir et constitue la vefsie.

Ce rapide coup d"œil sur Torigine des appaerils génitaux et urinr.ires nous fait voir entre eux une grande parenté, et par conséquent nous devons nous attendre à de grandes analogies eutre leurs epi- Ilieliuii:>.

Nous allons étudier successivement \'appo.reil ^iriaaire,\'appareil {lénital de Vhoùimc^ l'appareil génital de la femme. Pour ces deux derniers nous aurons à revenir sur les conditions embryologiques, rapi'lemeut esquissées déjà, et qui seule > nous permeitront d'établir l'homoloirie des oraanes des deux sexes.

A. Sécrétion de V urine.

Les canaui-: ou tuhes qm composent le parenchyme lénal rappellent, par leur aspect, les glandes sudoripares. Ce sont des tubes a directiourectiligne dans la partie médullaire du rein (tubrs de Bellini. fig. IGl), puis repliés et contournés sur eux-mêmes (lubts de Ferreinj^ àsiws, \di substance corticale^. Là chacun d'eux se termine par une dilatation ampullaire dans laquelle fait hernie un

1 Les conuesiûDS des lubes ûroils, des tuLes contournés et de» gloménilcs du rein, démontrées surtout par Sclmmlansky. Bowman et Isaacs, renconlicront des adversaires en Miiller et Hetle. Ce dernier surtoi'.t s'attaclia a décrire des anses dans les tubes ur'r.ifères, qu'il considéra comme se terminant par des culs-de-sac ou des réseaux. 11 y a, en effet, dans le rein des tubes en anse fort remarquables, mais l'étude de ces tubes, dits luhes de HerUe, reprise par Kbiliker, Za-warickin et surtout S^hweigger-Seid^l, a démontré qu'ils ne formaient pas un système à part, comme le croyait primitivement Henle. Par la dissociation du rein dans les acides, Schweigger- Seidel a le premier démontré que les tubes de Henle ont les connexions les plus intimes avec les tubes classiques droits et contournés du rein, et que ce ne sont nullement des vaisseaux sanguins, comme ont essayé de le démontrer Chrzonozwky et Sucquet. Les canaux à an%e de Henle (en allant du ■fflomérule vers la substance médullaire du rein, en suivant en un root le trajet inème de Tunne) sont la suite des lubes de Ferrein, qui, à un moment donné, ^^aynincissent considérablement, deviennent rectilignes et descendent dans la substance médullaire des pyramides (à côté des tubes de Bellini), puis se recourbent en se dilatant de nouveau pour remonter dans la substance corticale; là ces canaux %' infléchissent de nouveau, puis se continuent tiaalement avec le commencement du vrai tube de Bellini. En un mot, les tubes de Henle forment des anses, en forme de siphons renversés, entre le tube de Ferrein et le tube de Bellini. On n'a, au point de vue physiolo-

APPARjaL UUINAIUl-;

peloton sang-uin ('^/ome'Vtt/^ de Malpicfhi)^ toriné par la capillarisation d'une artériole (vaisseau afjcrent) (fig-, 162, a). Ces capillaires pelotonnés >e réunissent en un petit trnnc efférent qui sort duglomérulepar le même i)oiut ou par un point voisin de celui par où est entré latierent (fig. 162, pN). Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que le vaisseau ertérent ne va i)as de suite se réunir à ses congénères pour constituer la veine i cnale. Presque immédiatement après sa sortie du glomérulc.

il se divise de nouveau, se capillarisc et forme dans le parenchyme rénal un réseau capillaire (RC, fig. 162 ) dont les mailles s'entrelacent avec les canaux wvnifères. Ce tronc eficrent (y.'V) ne mérite donc pas le nom de veine : c'est un système à part qu'on peut à la rigueur considérer comme une veine porte rénale^ puisqu'il est inter-

FiG. IGi

Tubes rlroits du rein*.

gique, aucune notion sur le rôle de ces anses, non plus que sur la signitication de leur rélrér-issement dans leur branche descendante et de leur dilatation dans leur branche asicendante. Signalons enfin un dernier détail, à signitication tout aussi problématique, c'est que leur épithélium est clair et transparent dans la branche étroite et descendante, foncé, trouble et granuleux, dans la partie large et ascendante. (V. Gh.-Fr. Gross, Essai sur la structure microcospique du rein. Thèse de Strasbourg, -1868, n" 95).

* Origine et dichotomie des canalicules urinifères de la substance médullaire du rein humain (Uibes deBellini).— (D'après Schumlansky.)

médiaire entre deux systèmes capillaires, celui des glomérules et celui du parenchyme rénal; c'est à ces derniers capillaires que succèdent les vraies origines de la veine rénale (fig. 162, V).

Cette disposition du système vasculaire dans le rein forme la base de toutes les théories modernes sur la sécrétio)i urinaire.

Si, en effet, nous nous rappelons que les différences de pression existant dans les diverses parties du système circulatoire tiennent

KiG.162. — Sctiéina du rein et Fig. 16:?. — Schéma de deux systèmes de ca-

de sa circulation *,

pillairesdu rein (veine porte rénale)'

non à la forme de ces parties (troncs, petits vaisseaux, ou capillaires), mais à leur distance des deux points extrêmes (ventricule gauche et oreillette droite) d'origine et de terminaison de l'appareil vasculaire, il nous sera facile de voir que. dans les deux systèmes de capillaires rénaux, les pressions ne seront nullement ce

* 11), tube droit ou de Deliini ; — T/', tube contourne oti de Firreiu ; ~ G, Gloincru!o avec son peloton vasculaire ; — </, artéviolo afférente aux capillaires du glomérulc : — ])W . vaisseau efférent qui se capillarise de nouveau au milieu des tubes rénaux (en RC; avant d'aboutir dans le véritable vaisseau veineux (V).

** La superposition des ligures montre que les pressions ne sont pas les mêmes dans les capillaires de la circulation générale, et dans chacun des systèmes capillaires du rein (au niveau du giomérule et dans les interstices des tubes).

i) Circulation générale : — V, ventricule ; — O, oreillette ; — c, artère ; — 'V, veines : — G, Capillaires (pression = 12).

2), circulation rénale ; — V, ventricule; — 0, oreillette ; — (!, artère rénale et vaisseaux afférents du giomérule : — c', c', capillaires du giomérule (pression = 18) ; — SP, vaisseaux efférents du giomérule (représentant le tronc d'une veine porte, le vaisseau j)V; (le la figure 162; —c, c, capillaires résultant de la dichotomie de ce tronc efférent au mileu de tubes rénaux (pression = 6) ; — v, veine rénale proprement dite, succédant à ce second système de capillaires.

SECRETION DE L'URINE 581

qu'est la pression normale dans les capillaires ordinaires (des membres, par exemple). En effet (fig-. 163), tandis que dans ces derniers, par suite de leur position moyenne (V. (Jirrulation. p. 217) entre l'origine du cône artériel et la terminaison du cône veineux, la pression est elle-même moyeime entre les deux pressions extrêmes correspondantes, c'est-à-dire est représentée par 12/100 (celle de l'origine de l'aorte = 25/100. et celle de la terminaison de la veine cave = 0 ou l/lOO) : dans le système rénal, au contraire, ce nombre 12 100 représente non la pression de l'un ou do l'autre des deux ordres de capillaires, mais bien la pression du tronc etterent glomérulaire (du vaisseau /jV de la fig. 162), puisque, comme le montre le schéma (fig. 163), c'est précisément ce tronc efférent (SP) qui est placé au milieu de la distance entre le ventricule gauche (V) et l'oreillette droite (0).

Quant à la pression dans les capillaires rénaux, un caleid semblable nous montre que dans ceux du glomérule, c'est-à-dire dans ceux qui sont placés entre le système artériel proprement dit et et le vaisseau eôerent (SP, fig. 163;, la pression doit être movenne entre 25 100 et 12100, c'est-à-dire de 18 100 (en G'C, fig. "l63). Dans ceux qui succèdent au vaisseau efférent. serpentent au milieu des tubes uriuifères pour donner naissance à la veine proprement dite (fig. 162, RG, et fig. 163, GG), la pression doit être moyenne entre 12 100 et 1 100. c'est-à-dire és-ale à 6 100. (V. Circulation, p. 217).

D'une manière plus générale, on peut donc dire que le sang des capillaires du glomérule est soumis à une pression plus considérable, celui des capillaires interstitiels ou pare richyrnateu:c à une 'pression '■moins considérable que le sang des capillaires ordinaires.

L'intensité de la pression dans le premier système a attii'é l'attention de tous les physiologistes et tous admettent qu'à ce niveau doit se produire une fltration toute mécanique, qui sera la source de la première phase de la sécrétion urinaire : mais on n'est pas d'accord sur la nature du liquide filtré. Pour les uns (Bowman), ce n'est que de l'eau: pour les autres (Ludwig), c'est de l'urine complète, mais trop diluée, et n'ayant qu'à perdre une pai'tie de son eau pour devenir l'urine telle qu'elle est versée dans la vessie i.

Si nous appliquons ici les connaissances que nous fournit la physiologie des capillaires des autres parties du corps, en nous rappelant que les capillaires du glomérule présentent la même structure que ceux de toute autre région, nous devons conclure qu'ici

1 V. C). Bernard. Leçons sur les liquides de l'organisme, t. I, leçon vi,

doit se produire normalement, vu l'excès normal et permanent de pression, ce qui se produit anormalement dans toute autre région, lorsque la pression sanguine est exagérée. Or, lorsqu'une ligature comprime les veines du bras, lorsqu'une cause pathologique quelconque arrête la circulation veineuse abdominale, en un mot toutes les fois que la pression augmente dans des capillaires, ceux-ci laissent filtrer à travei's leurs parois la partie liquide du sang, le sérum avec tous ses principes constitutifs, eau. albumine, etc. Nous sommes donc autorisés à penser qu'il en est de même normalement au niveau du glomérule, et que celui-ci laisse passer dans le tube urinifère, non do l'eau pure, mais le sérum du sang sans distint.'tion de ses éléments.

Cette manière de voLi' est pleinement confirmée })ar \me expérience toute faite que nous présente la pathologie. Lorsqu'un tube \irinifère se trouve oblitéré sur un point de son trajet, sa partie initiale continue a recevoir le produit de la filtration glomérulaire qui s'accumule dans cette portion oblitérée, la dilate et finit par former un kvste plus ou moins volumineux. Or. en analysant le contenu de kystes semblables, on trouve un liquide identique au sérum sanguin. Enfin des expériences récentes de Posner et Ribbert parlent dans le même sens : après l'injection d'albumine dans le sang chez le lapin, l'albumine n'est éliminée que par les ûlomérules, et on la retrouve dans les corpuscules de Malpighi sur les reins durcis par l'alcool : c'est fi onr bien du sérum qui filtre au niveau du glomèruJe.

Tel est le premier phénomène de la sécrétion de l'urine : filtration du sérum sanguin.

Yovons maintenant comment le })roduit de la filtration glonié'rulaire se transforme en urine : il est évident que cette transformation va se faire dans le trajet sinueux des tubes urinifères que parcourt le liquide filtré pour se rendre de son point d'origine vers le bassinet.

Les auteurs qui ne voient dans le point filtré que de l'eau pure ne peuvent concevoir l'achèvement de l'urine que par une sécrétion des parois des canaliculcs urinifères, sécrétion qui vient ajouter à l'eau les matières que l'urine doit contenir. Ceux qui, comme Ludwic et V. WittichS voient, dans le produit filtré, de l'urine trop diluée, conçoivent, au contraire, l'achèvement de celle-ci par une simple résorption aqueuse effectuée par les parois des tubes urinifères, et amenant l'urine au degré de concentration voulu.

i V. Wittich. Virchow's Arc)iiv fï'.r palhologische Anatotnie, BandX. — Donders, Pliyaiologie de^ Mensçhen. Leipzig, lf^59, Band I.

SKCRKTION DE I/lIRINK 5^3

Comme nous croyons avoir dômontrc que lo produit de la filtiation glomérulaire est du sérum sanguin, comme, d'autre part, l'éludo comparée de la composition du sérum et de l'urine montre que d'u nemanière générale \q premier liquide rte diffère du second que par de VaJbumine en plus ^ nous sommes amenés à concevoir IVrcZ/t'u^ment de Vurine par la résorption de cette albumine^ résorption qui se fera nécessairement dans le long circuit des tube uriniforcs.

Cette inaniére de concevoir la seconde phase du travail leiial vit siilte nécessairement de l'idée que nous nous sommes fai'e de la p;eniiére partie de ce travail; nous n'avons pas de moyen de vérification directe; mais nous pouvons <'xaminer si ce que nous connaissons de In structure du rein est favorable à cette manière de voir.

D'abord la longueur, la forme si diversement contournée des tidies uriniféres, forme qui rappelle si bien les circonvolutions intestinales, porte naturellement à y voir un appareil de résorption, où le cours du liquide est ralenti pour que Tabsorption soit favorisée par nu contact prolongé avec les parois. D'autre part, l'épitliélium qui tapisse ces tubes est, dans la plus grande partie de leur trajet, clair et transparent, et non granuleux comme les épilbéliums des culs-de-sac sécréteurs de glandes i. Tandis que ces derniers révèlent leur fonction^ nement par de nombreux débris cellulaires que l'on trouve dans le liquide sécrété (puisque, d'une façon générale, toute sécrétion de ce genre est le résultat dune fonte épithéliale desquamative), au contraire l'épitliélium des tubes uriniféres ne montre que peu ou pas de ces débris, et l'urine est un des liquides les plus pauvres en formes ou éléments globulaires. Cet épithélium paraît donc plutôt destiné à présider à une absorption^ et sans doute y préside-!-il d'une manière active en enlevant au sérum précisément le principe si nécessaire à l'organisme, et dont le sang ne peut être privé sans danger, l'albumine. Que cet épithélium soit malade, il ne fonctionnera plus, et alors l'ai bumine ne sera plus résorbée, elle paraîtra dans les urines : c'est ce qui arrive dans la maladie de Bright, qui porte précisément sur l'épithélium rénal. Les auteurs qui font jouer à cet épithélium un rôle de sécrétion, par lequel la paroi du tube ajouterait à l'eau filtrée les principes constituants de l'urine, se voient en face d'une singulière contradiction, quand ils veulent expliquer la pathogénie de l'albuminurie, car il résulterait de leur manière de voir que quand cet épithélium est malade, il sécréterait non seulement les matériaux solides qui d'ordinaire entrent dans la constitution de l'urine, mais encore un nouvel élément, l'albumine. Ainsi, exemple unique dans l'économie, cet épithélium, à l'état pathologique, fonctionnerait plus activement qu'à l'état normal, tout en livrant tous les éléments qu'il livre à l'état norninl -.

1 V. la remarque de la page 578.

2 Les considérations de Pathologie qui se rattachent à la théorie de In sécrétion urinaire telle que nous venons de l'exposer, ont été développées, surtout au point de vue de l'alhuminerie, dans la thèse de G. Fayet, E!<:sai

Nous savons qu'en général l'absorption est favorisée par une faible pression dans les vais.-eaux sanguins qui doivent recevoir le produit de cette absorption (Y. p. 324). Or, nous avons vu que dans les capillaires voisins des tubes uriniféres la pression est moindre que dans les capillaires ordinaires. Le réseaxi sanguin interstitiel est donc adnriirablement disposé pour recevoir l'albumine résorbée par l'épithélium, de même que les capillaires glomérulaires le >ont pour laisser Jiltrer le sérum, et en somme c'est l'étude du système circulatoire, de ce que nous pouvons appeler la veine porte rénale^ qui nous donne la clef du double phénomène de filtration et de résorption qui constitue les deux phases essentielles de la sécrétion urinaire. La physiologie comparée montre ce double phénomène d'une manière encore plus évidente. Ainsi chez les ophidiens, dont les urines sont concrètes, on les voit d'abord liquides au commencement des tubes uriniféres, puis s'épaississant peu à peu daus leur trajet jusqu'à acquérir leur consistance si caractéristique.

Ainsi, en résumé, la sécrétion de l'urine se compose de deux phases bien distinctes : un phéno^nène de filtration pure au niveau dugJornèrule^ filtration qui donne passage au sérum du sang, c'està-dire à de l'urine, plus de l'albumine : 2» à ce phénomène purement mécanique succède un travail vital de la part des éléments globulaires de Vépithéliurn des tubes uriniféres: ces éléments résorbent l'albumine, et cette absorption est aidée par les conditions de faible pression du sang dans les capillaires interstitiels.

Cet épithélium des tubes uriniféres ne fait donc qu'absorber, il ne sécrète pas ; on a longtemps cru qu'il formait de l'urée : mais il est prouvé aujourd'hui que toute l'urée que l'on ti'ouve dans les urines était primitivement contenue dans le sang. Les physiologistes ont été longtemps partagés à ce sujet: la question se réduisait à une question de dosage: il s'agissait de démontrer que l'urée préexiste dans le sang et ne se forme pas dans le rein, c'est-à-dire que le sang de la veine rénale possède normalement moins d'urée que celui de l'artère, et que la ligature des uretères ou l'ablation des reins produisent le même effet. En France, Prévost et Dumas, Ségalas et Vauquelin ^ . Claude Bernard et Barresvvil , Picard ^ (thèse de Strasbourg. 1853) étaient arrivés à ces conclusions; mais, en Allemagne, on contestait le résultat de leurs recherches en attaquant leurs divers procédés de dosage de l'urée : Oppler, Péris, Hermann, Hoppe-Sevler et Zaleskv prétendaient que l'urée se forme en grande

sur la pathogéiiie de ralbuminerie. Montpellier, 1872. — V. aussi J.-B. Olinlier. Esquisse de la j)hysiologie de la fonction uriaoire, thèse de Paris, 1873. n<'S4.

i Journal de pliysiologie de Magendie, t. II, p. 354.

- J. l'icard. De fa Présence de V urine dons le sang et de sa diffusion dans l'organisme. Strasbourg,

sp:crétion ue l'URINe 585

partie dans le tissu rénal, comme la ptyaliue se forme dans les glandes salivaires; une macération du rein aurait donné naissance à de l'urée, comme une macération de la parotide donne lieu à de la diastase animale. Enfin Zalesky prétendait que l'ablation des reins (néplirotomie) et la li,L?ature de l'uretère produisaient des accidents difiérents ; que dans la ligature de l'uretère, l'urée se trouvait en bien plus grande abondance dans le sang, et amenait plus rapidement les accidents urémi(|ues.

La question n'a pu être tranchée que par l'emploi d'uu procédé de dosage d'une exactitude incontestable ; c'est le procédé qu'a employé Gréhant; il s'est servi du réactif de Millon ou nitrate nitreux de mercure, qui décompose l'urée en volumes égaux d'acide carbonique et d'azote, et il a donné à ce procédé de dosage son caractère de rigueur et d'exactitude en s'attachant à recueillir tout l'acide carbonique et tout l'azote provenant de cette réaction, de sorte que, dans chaque analyse, l'égalité des volumes trouvés d'acide carbonique et d'azote lui a donné la certitude que l'urée seule avait été décomposée. 11 a ainsi démontré que l'accumulation de l'urée dans le sang, après la néphrotomie, se fait d'une manière continue, et que dans ce cas, connue dans la ligature de l'uretère, le poids d'urée qui s'accumule dans le sang est égal à celui que les reins auraient excrété ; qu'après la ligature des uretères, le sang qui sort du rein contient exactement la même quantité d'urée que celui qui entré dans cet organe; qu'à l'état normal, le sang de la veine rénale contient moins d'urée que celui de l'artère, et que ce déficit corres- })ond précisément à la quantité d'urée qui est rejetée pendant ce temps par les urines ^ On est donc en droit de conclure aujourd'hui d'une manière incontestable que le rein n'est, relativement à l'urée, qu'un filtre où ce produit s'élimine, après s'être formé dans toute l'économie ; si la macération du rein a donné à Hermann une certaine quantité d'urée, c'est que le filtre rénal peut être imprégné de cette substance et en abandonner par le lavage.

Nous voyons donc, d'une manière générale, que le rein ne saurait être assimilé complètement a un filtre : le premier acte, celui qui se passe au niveau du giomérule, est un acte de pure filtration ; mais l'acte de résorption se fait avec un certain choix (albumine). Ces actes constituent par leur ensemble le phénomène de la sécrétion rénale, et on ne saurait dire, à ce point de vue, que le produit de la sécrétion rénale soit un produit de filtration pure et simple. C'est ce que prouve la composition de l'urine.

1 V. Gréhant, Cours de l'école pratique de la Faculté de médecine de Paris. {Revue des cours scientifiques, novembre, 1871),

B. Cumposition de Vurine.

L'urine est sécrétée dans les vingt-quati'O heures eu quantités variables, qui oscillent à l'état normal entre 1.200 et 1.500 grammes. Cette urine est une solution acide de divers principes dans l'eau : les principes dissous varient fort peu en quantité; toutes les variations sont dues à la proportion d'eau: en un mot, les urines sont à l'état normal plus ou moins abondantes, parce qu'elles sont plus ou moins dilue ns.

La densité de l'urine est de 1.015 à 1.030 (la densité de l'eau distillée, prise pour unité, étant représentée par 1.000) ; sa couleur normale est jaune ambrée ou rougeâtre ; son odeur spéciale, dite urineuse, est due à des acides volatils (phénique, taurilique, damalurique); sa saveur est amère et légèrement salée. Sa réaction est acide, et est due à la présence de l'acide urique et du phosphate acide de soude ; un temps variable après son émission, elle tend à devenir alcaline, par décomposition de l'urée qui doime naissance à de l'ammonique.

La quantité d'eau contenue dans l'urine varie d'après l'état de la circulation et l'état du sang; la sécrétion urinaire se composant de deux actes, dont l'un est une filtration par pression, plus la tension artérielle sera grande, plus il y aura d'urine, c'est-à-dire d'eau éliminée ; en un sens inverse, toutes les fois que la tension artérielle est faible, les urines sont rares. Les méuocius savent parfaitement qu'il ne faut pas compter sur les diurétiques avec les malades dont le pouls est très mou et très faible, et qu'alors le meilleur diurétique sera le médicament capable de relever la force du cœur et la circulation. Sous ce rapport, la sécrétion urinaire est très importante ; elle constitue une espèce de soupape de sûreté par laquelle le sang se débarrasse de son excès d'eau. Après les repas, il v a une sorte de pléthore générale, une augmentation dai;s la tension du sang, et, par suite, filtration d'une unuc abondante Ct très diluée (urina pofus et cibi). Le matin, au eoiilraire, l'urine, sécrétée pendant le repos de la nuit, est plus concentrée et plus rare, parce qu'aucune cause n'est venue augmenter ni la quantité du liquide S'anguin, ni sa pression. Le rein est donc la prinei[)ale surface où se dégage l'excès d'eau de l'organisme, et cela par un effet purement mécanique, en vertu même de l'existence de cet excès. Le poumon élimine aussi un peu d'eau, mais en très faible quantité; la sueur est aussi une voie de départ pour l'eau, mais voie très capricieuse et nullement mécanique (V. p. 477); la sécrétion de la sueur est une \ l'aie si'crétion, elle se fait par fonte épithéliale sous l'inlluence du svstème nerveux, et n'obéit nullement à l'état de tension du système circulatoire; c'est souvent au moment où le pouls est le plus

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