URINE
1,2000 de son poids. ^Cette solubilité est trop laiLle pour expliquer couiment l'acide urique de l'uriue est dissous ; il est, il est vrai, à l'état d'urates, mais ceux-ci étant presque aussi insolubles que lui (1/1500), on admet que l'acide urique ou les urates sont dissous à la faveur du phosphate acide de soude ou bien à la faveur de la matière colorante. Il est de fait que l'urine évacuée et abandonnée à elle-même subit une espèce de fermentation lactique, à laquelle semblent prendre une grande part les matières colorantes, qui se détruisent; et dès lors l'acide urique se précipite. Chez un grand nombre d'animaux, chez les herbivores, l'acide urique est l'cmplacé par un acide analogue, Vacide hipparlque^ qui se compose d'acide benzoïque et de glycocolle ; et en etfet, l'homme peut amener la présence de cet acide hippurique dans ses urines, en at'Sorbant de l'acide benzoïque ; la glycocolle ou sucre de gélatine est alors fourni par les métamorphoses des tissus connectifs.
Il ne reste donc plus que 20 grammes d'urine anhydre dont nous ayons à indiquer la composition : ces 20 grammes sont représentés par des sels, dont 8 à 10 de chlorure de sodium et 12 de sels divers (sulfates, phosphates, lactates, etc.). Ces sels sont la plupart à base de soude ; il y a aussi quelques sels de chaux, tenus en dissolution à la taveur d'un excès d'acide. Aussi les urines alcalines, celles des herbivores, par exemple, sont-elles très troubles, et l'urine du cheval a servi de type pour désigner les urines pathologiquement alcalines et très troubles, d'où le nom d\irines jumenteiises. Les phos pliâtes sont notamment des sels terreux, et par vingt-quatre heures il y a 1 ou 2 grammes de phosphates de chaux ou de magnésie. Un fait intéressant, c'est que l'alimentation n'est pas sans influence sur la présence des phosphates et des sulfates : nous ingérons en général peu de phosphastes et de sulfates, mais dans nos aliments il se trouve une certaine quantité de soufre et de phosphore contenus dans les matières organiques, albumine, protéine, gluten, etc. Quand les matières pi'otéiques sont comburées et se transformen. en urée, elles laissent le soufre et le phosphore s'oxyder et produire des acides sulfurique et phosphorique. Gela nous explique pourquoi les phosphates et les sulfates varient de quantité dans l'urine en même temps et d'après les mêmes lois que l'urée. Nous savons déjà qu'une certaine quantité de soufre (près de 4 grammes par vingt-quatre heures) se retrouve dans la bile sous la forme d'acide tauro-cholique.
Les urines de l'homme et de tous les carnivores sont acides : cette acidité est due, d'après les uns (Rabuteau), au phosphate acide de soude ; d'après les autres (Byasson), à un phosphate urico-sodiç[ue, L'acide hippuri(jue contribue aussi à donner à l'urine son acidjtç
Les herbivores ont l'urine alcaline ; mais dans l'état d'abstinence, réduits à brûler leur propre substance, c'est-à-diro devenus carnivores, ils produisent également une urine acide. Inversement l'urine de l'homme peut devenir alcaline sous l'influence d'une alimentation exclusivement herbacée, ou après l'ingestion de substances médicamenteuses possédant une réaction alcaline.
On ne sait rien de bien précis sur l'influence du système nerveux sur la sécrétion de l'urine : il est probable, d'api'ès ce qui précède, que cette influence se réduit à une action vaso-motrice modifiant et l'afflux et la pression du sang dans le? capillaires dugiomérule et de la masse rénale. Et en effet, nous avons vu précédemment (p. 87) que les lésions du plancher du quatrième ventricule, où paraissent être disposés divers centres vaso-moteurs, agissent sur la sécrétion de l'urine. Les conducteurs qui vont de ces centres vers le rein sont représentés par des filets du sympathique, comme il était facile de le prévoir et comme l'ont prouvé les expériences de Yulpian. expériences qui ont porté sur les nerfs splanchniqurs. Dés qu'on coupe l'un des nerfs splanchniques, le rein correspondant s'injecte, devient rose, augmente de volume ; la veine se distend et le sang y paraît artériel: l'urine, sécrétée en bead- COU}) plus grande abondance, est alors albumimnise L
G. Excrétion de l'urine.
La pression qui a fait filtrer l'urine, continue à la faire marcher dans les tubes urinifères, et c'est cette espèce de vis a tergo qui amène le liquide jusqu'au sommet desjjapilles rénales^ d'où il suinte par un grand nombre de petites fossettes (lacunes papillairesj dans les calices et le bassinet : c'est toujours cette même force (vis a tergo) qui lui fait parcourir le trajet des uretères jusqu'à la vessie, car il n'est pas probable que d'ordinaire la contraction des parois musculaires de ces canaux entre en jeu pour faire progresser l'urine par ondées ; en effet, dans les cas d'exstrophie de la vessie, les uretères venant s'ouvrir au-dëvant de la partie inférieure de Fabdomen pour ainsi dire à ciel ouvert, on voit l'urine suinter goutte à goutte par ces orifices au furet à mesure de sa production, et nullement s'écouler par jets saccadés comme ceux que produirait une contraction 2. Cependant il est probable que la contraction des uretères doit jouer un rôle important dans certaines circonstances. Les uretères s'ouvrent dans la vessie en traversant très obliquement les parois de ce réservoir ; il en résulte que lorsque la vessie est très distendue, la pression exercée sur ces orifices est très considé-
1 Vulpian, Société de biologie, mai -1873.
2 Jamain, de l'Exstrophie de la vessie (thèse de Paris, 1845). Alph. Herrffott. de VErcstrQphie dans le sexe /ewnu'n (thèse de Nancy, iS74).
]:xcri:tion dp: l'urink — vessie
rable, et la résistance à l'arrivée d'une nouvelle quantité de liquide doit être ^'■lande. C'est dans ces cas que la contractilité des uretères doit être mise à contiibution, afin d'y faire progresser l'urine jïarune espèce de mouvement péristaltique qui lui donne assez de lorre pour vaincre la résistance qu'élit' trouve à son passage à travers les parois vésicales.
La vessie est un réservoir résultant de la dilatation de la partie inférieure de Voitraque ou pédicule allantoïdien du fœtus : cette cavité est ta})issée d'un cpit/iélinai et formée de couches muscKfaire s plus ou moins régulières.
Uépithélivni vésical est pavimenteux et stratifié, mais ses ciments cellulaires superficiels sont remarquables jjcir l'irrégularilc et la bizarrerie de leurs formes (fig. 164) : on trouva là toutes les formes si variables dont l'assemblage avait été regardé autrefois c-omme cae'actéristique des tumeurs malignes, du cancer eu un mot. Au point de vue physiologique, cet épithélium est remarquable par son imperméabilité ; il s'oppose absolument aux passa- Fig. 164. — ÈpUhélium de la vessie' ges : ainsi on a pu maintenir longtemps dans une vessie parfaitement saine une solution de belladone sans constater d'empoisonnement par l'atropine : de même avec des solutions opiacées. Mais si l'épithélium est altéré, il y a aussitôt absorption, et, par exemple, de l'eau alcoolisée, iHJectée dans ime vessie atteinte de catarrhe, a domié lie:i rapi:îen.eut aux accidents de l'ivresse. Cet épithélium conserve encore sa vitalité et. par suite, son imperméabilité quelques heures après la mort : si on injecte, par une sonde, du ferro-cyanure dans la vessie d'un animal, qu'on le mette à mort, qu'on découvre la vessie, et qu'on dépose un sel ferrique sur la face externe de ce réservoir, on ne verra pas se former de bleu de Prusse, preuve que les deux sels sont séparés par une barrière infranchissable,
* ff. cellule vùlurûlneuse dé- jïqueté'^ sur ses bords : des celluless plus petites en forn;e de coin et de fuseau i>ait attajù.ei à ce bord; — 0. cellules analogues; la plus voluniineuse a deux noyaux: — c, cellule plus volumineuse encore. irré?ulièrement quadrilatèrp. avec quatre noyauï : — d, cellule avec deux noyaux et des fossettes (échancrures) vues de face, répondant aux dépressions du bord, (Virchow, Pathologie ceUuJai-'-e et Archiv fvr jiathologischr Anatomie. Band lU, tahl. l, ùg. S.)
répithélium^. Mais si, avec un fil de fer introduit dans la vessie par le canal de l'urètre, on gratte ou détruit un peu la surface épithéliale, aussitôt ou voit se former une tache bleue en ce point. Cette opposition au passage résulte donc uniquement de la présence derépithéliura, et il ne suffit pas. pour expliquer la non-absorption, d'invoquer l'absence d'origines lymphatiques dans la muqueuse vésicale, d'autant plus que nous avons vu que dans les phénomènes d'absorption les vaisseaux sanguine sont pour le moins aussi importants que les lymphatiques 2.
Les rnuscles des parois vésicales sont lisses, et, par suite, à contiactions lentes et paresseuses; mais ils sont aussi très élastiques, aussi la vessie est-elle très dilatable, et l'urine peut-elle s'y accumuler en quantité considérable. Quand cette distension du réservoir est poussée à l'extrême, elle devient une cause d'irritation pour la fibre musculaire, qui alors se contracte, et la vessie tend à expulser son contenu. Nous allons voir dans un instant que c est cette réaction delà vessie contre son contenu qui amène le besoin d'uriner. Lorsque la vessie est enflammée, ses parois musculaires sont moins élastiques (V. PysioJofiie du muscle), et elles réagissent plus vite sur le contenu du réservoir ; de là les fréquents besoins d'uriner dans ces circonstances.
\Ine question importante et d'ordinaire mal détiihe est celle de savoir comment l'urine, à l'état de i-epos de la vessie, est retenue dans ce ré-
i Les recherches de MM. Gazeneuve et Livon viennent entièrement conrirmer les résultats, aujourd'hui classiques, publiés par Kiiss et Susini. Dans ces nouvelles études, les expérimentateurs ont surtout cherché si l'urée traverse l'épithélium vésical, et ils ont à cet effet étudié la dialyse sur des vessies pleines d'urine, extirpées à des chiens et plongées aussitôt dans l'eau distillée. Dans plus de vingt expériences ils ont reconnu que la dialyse ne commençait que quatre heures après la mort de l'animal; le raclage de la muqueuse avec le bec mousse d'une sonde amène la dialyse de l'urée à travers une vessie qui vient d'être extraite, ce qui permet bien d'afrîrmer que l'imperméabilité vésicale est due à la fonction physiologique propre de l'épithélium. L'élévation ou l'abaissement de la température ferait perdre à l'épithélium ses propriétés. Chez l'animal en pleine digestion, cette fonction épithéliale est très accusée; mais dans l'état d'inanition, la fonction de l'épithélium est peu persistante après la mort. Enfin, certaines lésions des reins ou de la moelle épinière porteraient atteinte aux propriétés physiologiquesde l'épithélium. Xouvfîles recherches sur l" physiologie de Vépithé~ lium vésical. Note de Cazent^'uve et Livon {Comptes rendus Acad. des sriences, 16 sept. 1878).
2 V. J.-J.-C. Susini. De V imperméabilité de Vépithélium vésical. Thèse de Strasbourg. 1867, n" 30. — Dans l'urètre, au contraire, l'épithélium, beaucoup moins résistant, et de nature différente (cellules cylindriques et pavim-nteu5es!, pernjet parfaitement l'absorption. (V. Allins-., tjjèse 4e Paris. 1571.) - -