‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 25 sur 219 · ENCÉPHALE — SENSATIONS Q · texte numérisé non relu

ENCÉPHALE — SENSATIONS Q

le malaise général que fait éprouver un commencement d'asphyxie. On a cherché à exprhiier cette différence en appliquant à cette dernière forme de sensation le nom de sentiment et réservant à la première celui de sensation proprement dite. Mais une même influence peut faire naître à la fois ime sensation générale localisée, et une sensation vague ou sentiment. C'est ainsi que la faim se manifeste par une sensation que nous localisons en général dans le creux epigastrique (estomac), et par un sentiment vague et indéfini qu'on éprouve dans tout l'organisme et qui s'étend jusqu'aux extrémités sous forme de fatigue. 11 en est de même de la soif, qui se traduit par ime sensation gutturale, et un sentiment général de langueur.

Les sensations localisées se produisent d'ordinaire sous l'intluence d'une action extérieure portée sur mie partie déterminée de nos surfaces, et parviennent aux centres nerveux par des nerfs toujours également déterminés. Mais si une cause vient agir sur ces nerfs en un point quelconque de leur trajet, nous percevons la sensation qui en résulte comme se produisant vers le point de la surface d'où viennent les nerfs en question. Si l'on comprime brusquement le nerf cubital vers la partie postéro-interne du coude (gouttière épitrochléo-olécrânienne), c'est vers l'extrémité cutanée de ce nerf, c'est-à-dire vers la partie interne de la main (et surtout vers le petit doigt) que nous localisons l'impression douloureuse ainsi produite. Ce phénomène constitue ce qu'on nomme V excentricité des sensations. Quel que soit le point où le nerf est atteint, la sensation est toujours excentrique : même quand le centre nerveux est atteint, c'est à l'extrémité périphéri:{ue du nerf sensitif en rapport avec ce centre que nous localisons la sensation. Les malades frappés d'apoplexie cérébrale se plaignent de douleurs périphériques dont la cause est entièrement centrale.

Ces considérations nous donnent la clef du mécanisme par lequel se produisent les hallucinations, dont la cause réside dans l'encéphale et qui donnent lieu à des sensations que le malade rapporte à la périphérie.

C'est ainsi que s'expliquent également les sensations associées : une sensation extérieure parvenant à un centre nerveux peut y produire une excitation assez forte pour s'irradier vers des centres voisins ; ceux-ci nous donneront alors des sensations identiques à celles que nous éprouverions s'ils avaient été mis enjeu par les nerfs qui les font communiquer avec la périphérie. Ainsi, un corps introduit dans l'oreille (conduit auditif externe) peut produire comme sensation associée un sentiment de chatouillement dans l'arrièregorge, par suite la toux et même le vomissement. Ces associations

se font dans ce cas, grâce au voisinage du noyau gris central du trijumeau et du noyau du glosso-pharyngien et du pneumogastrique, d'où irradiation des excitations perçues par le premier jusque sur les seconds. (V. les fig. 19 et 21, p. 74 et 79.) Assez rares à l'état uorma], ces sensations associées ou sensations sympathiques, sont très communes dans l'état de maladie : tels sont le point de côté, la névralgie brachiale, dans la pleurésie; la douleur de l'épaule droite, dans les maladies du foie : les sensations de démangeaison qu'éprouvent au bout du nez les enfants dont l'intestin est tourmenté par des parasites; les névralgies si diverses qui accompagnent souvent les maux d'estomac, etc.

Mémoire et volonté . — Enfin les sensations présentent encore ce fait particulier qu'elles peuvent être emmagasinées dans les organes cérébraux : les impressions s'y fixent, pour reparaître plus tard ; ainsi se produisent les phénomènes désignés sous le nom de m,ém,oire. Les sensations, ainsi conservées comme à l'état latent, reparaissent alors, par un mécanisme analogue à celui des sensations associées, et la recklscence d'une sensation particulière peut amener celle d'une foule d'autres voisines ou analogues : une idée en appelle une autre; c'est ce qu'on appelle Vassociation des idées.

Tous ces phénomènes (perception avec mémoire, idées, volonté) sont aujourd'hui parfaitement localisés dans la couche grise corticale des circonvolutions cérébrales : cette partie des hémisphères cérébraux est, en un mot, le siège des facultés intellectuelles et instinctives. En effet, Flourens a montré qu'un animal privé de ses lobes cérébraux prend l'air assoupi, n*a plus de volonté par lui-même, ne se livre à aucun mouvement spontané; mais quand on le frappe, quand on le pique, il affecte encore les allures d'un animal qui se réveille. Si c'est un oiseau, il ne vole que quand on le jette en l'air: si c'est une grenouille, elle ne saute que quand on la touche. Flourens semblait en conclure que l'animal n'avait plus de sensation. 11 est bien plus légitime de dire que les actions que nous venons d'indiquer ne peuvent s'opérer sans être provoquées par des sensations; seulement elles ne sont pas raisonnées; l'animal s'échappe sans but; il n'a plus de mémoire et va se choquer à plusieurs reprises contre le même obstacle. On peut donc dire que les lobes cérébraux, sont le réceptacle principal où les sensations se transforment en perceptions capables de laisser des traces et des souvenirs durables ; qu'ils servent, en un mot, de siège à la mémoire, propriété au moyen de laquelle ils fournissent à l'animal les matériaux de ses jugements : ils sont le siège de l'intelligence, et de la plupart des instincts chez les animaux.

La fonction des lobes cérébraux, comme organes de l'intelligence,

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