ENCÉPHALE - INSTINCT ET INTELLIGENCE
se trouve établie non seulement par la physiologie et la pathologie, mais encore par ranatoniie comparée, c'est-à-dire par les rapports évidents entre le degré d'intelligence et le degré de développement des hémisphères. L'encéphale de l'homme blanc pèse en moyenne 1.300 grammes; dans ce chiifre, le cerveau proprement dit représente environ 1.200 grammes. L'encéphale du cheval pèse environ 650 grammes; celui du bœuf 500 grammes. Toutes les fois que, chez un homme blanc, le cerve.iu pèse moins de 1.000 grammes, le sujet peut être classé parmi les idiots.
Dans l'anomalie remarquable connue sous le nom de Ynicrocêphalie et caractérisée par un arrêt de développement des lobes cérébraux (on en a trouvé dont le cerveau ne pesait que 300 grammes), l'observation a établi que cet état coïncide toujours avec un avortement plus ou moins complet des facultés intellectuelles. Par contre, la plupart des hommes d'une intelligence supérieure ont eu un gros cerveau. Celui de Guvier pesait 1.830 grammes.
Le phénomène central de la volonté nous échappe, du reste, à moins qu'il ne rentre dans la série des associations d'idées^. Mais nous savons du moins que les lésions du cerveau détruisent les manifestations dites volontaires, paralysent les mouvements volontaires d'une manière croisée : les mouvements du côté droit du corps sont abolis par une lésion siégeant dans Vliém,isplière gauche^ et vice versa. Les nerfs centrifuges conducteurs de la volonté s'eutre-croisent donc en s'éloignant du cerveau. Mais il lie faut pas localiser cet entre-croisement uniquement à l'extrémité inférieure des pyramides : il se fait sur une région plus vaste, depuis ce point jusqu'à la partie la plus antérieure de la protubérance. Une lésion qui siégera en un point de cette étendue pourra donc atteindre à la fois des fibres déjà entre-croisées et des fibres qui ne le sont point encore, et produire ainsi ces curieuses paralysies alternes^ qui siègent du côté droit pour la face, par exemple, et du côté gauche
1 « Cette hypothèse ferait disparaître la diftioulté de chercher dans Vargane central le commencement et la rîn d'une série de dégagements non rythmiques et non continus (c'est-à-dire spontanés et sans cause physique). Ijans ce cas, les phénomènes matériels qui se passent dans l'organe central ne se distingueraient des simples phénomènes rèliexts que par une extension plus grande, soit dans le temps, soit dans l'espace, localisée dans de nombreux organes dont l'excitatiou est unie à la manifestation d'idées... Or, comme on peut admettre que toutes les idées forment des séries non interrompues (des chaînes de pensées) dont le point de départ se rattache à une eicitaiion nerveuse (sensation) et dont le point terminal est à son tour une idée unie à une excitation nerveuse (volonté ?)... on n'aurait donc à chercher l'origine de toute excitation nerveuse volontaire que dans l'excitation d'un organe terminal nerveux périphérique. » (Herraann, Physiologie^ trad. française, p. 437.)
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pour le reste du corps. Dans la moelle, les conducteurs de la volonté se trouvent dans les cordons antérieurs et dans les latéraux. (V. Physiologie de la moelle, p. 57 et 59).
Nous trouvons pour les phénomènes volontaires et pour les phénomènes de motilité en général des associations analogues à celles que nous avons trouvées pour la sensibihté. Un centre entrant vivement en action peut le faire de telle sorte que son activité s'irradie jusque sur des centres voisins. C'est là le mécanisme de tous les tics et de bien des mouvements involontairement associés. C'est ainsi que pendant un effort générai et intense, pour soulever un poids, par exemple, on contracte involontairement le muscle frontal: que, dans Téternuement, on ferme énergiquement les yeux, etc.
On peut dire qu'en général tous nos mouvements volontaires sont des mouvements associés, car nous ne pouvons contracter à part un muscle, mais bien un groupe de muscles; cette association est toute faite dans la moelle par certains groupements de globules et défibres, et le cerveau ne fait qu'exciter ce groupe de globules; cette association se retrouve dans les mouvements purement réflexes, comme les mouvements de défense que l'on observe expérimentalement sur les animaux décapités. [Fhysiol. de la moelle, p. 67.)
b) Fonctions spéciales de quelques centres cérébraux ou encéphaliques proprement dits.
Nous avons déjà rapidement esquissé le rôle des différents centres de substance grise qui se trouvent à la base de l'encéphale, en les rattachant à la physiologie de la moelle épinière ; nous avons vu qu'il existait, au point de vue physiologique, une transition ménagée entre les centres médullaires et les centres cérébraux proprement dits (V. Protubérance, p. 88). Si nous abordons l'étude de ces derniers, nous nous trouvons en général en face de données scientifiques très incertaines, et nullement en rapport avec l'impatience que les philosophes et les physiologistes ont montrée de tout temps à pénétrer les phénom.ènes intimes de \si perception , de \d. pensée et de lo. volonté; aussi n'entrerons-nous pas dans le détail des nombreuses hypothèses qui, jusqu'aux recherches expérimentales de l'école moderne, ont constitué la physiologie des organes encéphaliques. Jusqu'à C(3 derniers temps les philosophes (psychologues) et les physiologistes s'étaient refusés à chercher dans de justes limites un mutuel secours dans leurs études respectives ; on reconnaît aujourd'hui qu'on no peut étudier judicieusement l'homme en le dichotomisant, en l'étudiant, par exemple, simplement dans l'esprit^
ENCÉPHALK — COUCHES OPTIQUES 95
sans tenir compte de la matière. De nombreux efforts ont été faits pour amener une utile fusion entre la psychologie et la physiologie.
Couches optiques. — La physiologie des couches optiques . est encore aujourd'hui entourée d'obscurité, malgré les travaux nombreux dont ces gros noyaux encéphaliques ont été l'objet. Nous ne nous arrêterons pas sur l'étude des mouvements de manège ou de rotation que leurs lésions peuvent amener, parce que ces troubles du mouvement peuvent être dus à ce que la lésion a atteint en même temps les pédoncules cérébraux sous-jacents, ou les pédoncules cérébelleux qui pénètrent dans les couches optiques. Nous ne nous arrêterons pas non plus à discuter l'opinion de Serres qui plaçait dans les couches optiques les centres des mouvements des membres antérieurs, et dans les corps striés ceux des mouvements des membres postérieurs ; ni les faits expérimentaux ni les faits cliniques n'ont confirmé cette manière de voir.
Aujourd'hui deux opinions principales, et qui ne sont pas saas rapport l'une avec l'autre, méritent principalement d'être indiquées ici relativement aux fonctions des couches optiques: c'est l'opinion de Luys, en France, celle de Meynert, en Allemagne.
D'après Luys, la couche optique est formée par quatre noyaux gris placés superficiellement et qui, d'après leur situation et leurs rapports anatomiqurs, sont classés par cet auteur en: 1° Noyau antérieur; du volume d'un gros pois, ce noyau reçoit les fibres blanches qui composent le tsenia semi-circulaire et qui, par leur extrémité inférieure, plongei-aient dans un ganglion olfactif placé dans le point où la racine blanche externe de l'olfactif pénètre dans la substance cérébrale (derrière l'origine de la scissure de Sylvius) : ce noyau antérieui' serait donc, dit Luys, en rapport ave j la réception et l'élaboration des impressions olfactives. Noyau 'moyen ; plus volumineux que le précédent et placé immédiatement derrière lui, ce noyau serait en comiexion avec les corps genouillés, c'està-dire avec les nerfs optiques, et il serait un lieu d'élaboration des sensations visuelles, qui de là seraient transmises dans les circonvolutions des régions antérieures et externes du cerveau (?). 30 Noyau médian ; placé profondément dans l'épaisseur des couches optiques, ce centre recevrait la plupart des fibres centripètes médullaires, et, par suite, les impressions de la sensibilité générale. 4^ Noyau postérieur ; placé en arrière et un peu audessus du précédent, ce centre serait spécialement destiné à recevoir les impressions acoustiques. La couche optique, avec ses centres distincts pour chaque espèce de sensibilité, serait donc un lieu de réception des impressions sensitives: « Les impressions sensorielles, dit Luys, soit qu'elles émanent des plexus de la périphérie senso-
rielle, soit qu'elles soient irradiées des différents appareils de la vie végétative, traversent la série de ganglions qui se trouvent sur le trajet des ditïerents nerfs sensitifs et y subissent des modifications successives. Après avoir été ainsi successivement perfectionnées et épurées, ces impressions viennent toutes se concentrer dans les cellules ganglionnaires des difierents centres de la couche optique. Ces noyaux absorbent ces impressions, les travaillent en quelque sorte, en leur faisant subir une action métabolique qui, en leur donnant une forme nouvelle, les rend plus perfectionnées et plus assimilables pour les éléments de la substance corticale où elles vont se répartir. »
Il faut remarquer que la théorie de Luys sur les fonctions des couches optiques est principalement déduite de connexions anatomiques dont la plupart sont encore très hypothétiques, dont quelques-unes sont tout autres que celles conçues par l'auteur. A moins qu'on ne tienne à se payer de mots, on ne voit pas, du reste, ce que peut entendre l'auteur par ces termes d'impressions perfectionnées et épurées, par cette sorte de conception d'une digestion des impressions. Il faut no^er, d'autre part, que les faits pathologiques invoqués à l'ajipui de cette théorie sont difticiles à interpréter, parce que les lésions des couches optiques atteignent, soit directement, soit indirectement, les faisceaux blancs (capsule opto-striée) situés en dehors d'elles, et qu'il paraît bien démontré aujourdhui que ces faisceaux blancs sont des conducteurs des impressions sensitives. Nous en dirons autant des lésions expérimentales produites par E. Fournie -sur des animaux, en pratiquant des injections interstitielles selon le procédé général déjà indiqué par Beaunis ^ : eu injectant, après perforation du crâne, dans la substance cérébrale, quelques gouttes d'une solution caustique de chlorure de zinc colorée en bleu avec de l'aniline, ou une solution concentrée de soude caustique colorée avec du carmin, on produit sur des chiens des troubles divers qui ont été soigneusement notés ; puis, l'animal ayant été sacrifié et autopsié, les résultais de l'observation des symptômes ont été disposés sous forme de tableau en regard des lésions reconnues à l'autopsie. De trente-six expériences de ce genre, Fournie conclut que les couches optiques sont des centres de perception. Le sentiment, dit Fournie, a été aboli cinq fois sur sept lorsqu'il y a eu destruction totale d'une couche optique; le sens de l'odorat a été aboli par la lésion de la partie antérieure des couches optiques ; le sens de l'ouïe a été détruit avec la lésion du tiers postérieur de la couche oplique. Mais ces injections de substances caustiques sont passibles d'une objection capitale : non seulement le caustique détruit la partie dans laquelle il est déposé, mais il étend son action sur les parties voisines et jusqu'à une distance qu'il est impossible de préciser, de telle sorte que ces lésions prétendues localisées sont, au contraire, extrêmement
1 Beaunis, Z)''S injections interstitielles. (Bull, de V Académie de médecine, juillet ISôS, Gazelle médic, do Paris, i872.) ^
ENCEPHALE : COUCHES Ofl'lQUÈS ^
diffuses et qu'il est impossible d'en tirer des déductions rigoureuse». Gomme preuve de cette extension extrême de l'action du caustique, nous nous contenterons de citer les lignes suivantes empruntées au mémoire deFournier: « Dans les observations cliniques, on ne voit jamais la destruction d'une seule couche optique entraîner avec elle la perte du sentiment ; cette abolition ne se manifeste que lorsque les deux couches optiques sont complètement détruites. Nous ne pouvons attribuer cette dirt'érence qu'à la manière dont la lésion est produite dans les deux cas: les couches optiques sont unies l'une à l'autre par un prolongement transversal de leur propre substance, qui, chez le chien, est relativement très volumineux. Or, il n'est pas possible d'admettre que, dans ces conditions, l'injection caustique borne son action à un seul côté; soit que, par une sorte de rayonnement l'intiuence du caustique s'étende jusqu'au côté opposé, soit que la destruction des vaisseaux sanguins et des tissus d'un côté retentisse dans la partie homologue du côté opposé, il n'est ])as moins vrai que celte influence est réelle, car toutes les fois que nous avons détruit une couche optique, nous avons trouvé celle du côté opposé fortement injectée ou ramollie. »
Meynei't, d'après des considérations anatomiques, fait des couches optiques un centre réflexe des mouvements inconscients. D'après cet auteur et d'après Wundt, les couches optiques se comporteraient avec la surface sensible tactile comme les tubercules quadrijumeaux avec le nerf optique ; elles seraient les centres de relation des impressions tactiles et des mouvements de locomotion^.
Corps striés. — Tous les physiologistes ont toujours été d accord pour faire des corps striés les centres des mouvements des membi^es: les divergences se sont produites seulement quand on a voulu en faire les centres de certains mouvements particuliers; c'est ainsi que Serres en faisait les contres des mouvements des membres abdominaux ; c'est ainsi que Magendie admettait dans les corps striés un centre présidant aux mouvements de recul. Aujourd'hui on a renoncé à ces distinctions trop subtiles, en désaccord avec les résultats expérimentaux et cliniques, mais on a nettement établi que les corps striés donnent passage et peut-être naissance aux fibres qui commandent les mouvements volontaires. Chez l'homme, la lésion du corps strié droit s'accompagne toujours d'une paralysie du mouvement du côté gauche, et vice versa. Les recherches expérimentales amènent à la même conclusion, pour le noyau coudé (extra-ventriculaire) comme pour le noyau lenticulaire (intra-ventriculaire). Nothnagel a observé, chez les lapins, qu'a^ près la destruction des noyaux lenticulaires, l'animal est privé du mouvement volontaire; il admet, en conséquence, que ces noyaux
1. V. Huguenin, Anotomie des centres nerveux, trad. franc. Paris, 1S79, p. 183 et suiv.
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constituent un carrefour où passent les nerfs des impulsions psychomotrices. Les résultats sont les mêmes pour les noyaux caudés. D'après Ferrier, l'application des électrodes sur ces noyaux détermine chez le chien un pleurothotonos très énergique. Carville et Duret ont pratiqué avec succès l'extirpation complète du noyau et ont produit une paralysie du mouvement, une hémiplégie dans le côté opposé.
Substance des liétnisphères proprement dits. — Les recherches expérimentales et les observations cliniques tendent aujourd'hui à établir, dans la substance blanche et dans la substance grise corticale des hémisphères, des localisations spéciales de conducteurs sensitifs ou moteurs (volontaires) pour la première substance, de centres moteurs ou de facultés intellectuelles pour la seconde. Ce sont ces recherches, dont le nombre a été si considérable dans ces dernières années, que nous allons rapidement exposer, en en discutant les résultats.
Localisations dans la substance blanche (capsule interne). — Rappelons d'abord que l'épanouissement du pédoncule cérébral dans le centre de riiémisphére forme une cloison, dite capsule interne, qui est placée entre le noyau lenticulaire, d'une part, et, d'autre part, le noyau caudé {strie proprement dit) ^ et la couche optique, de telle sorte qu'on peut distinguer à cette capsule une partie antérieure ou lenticulo-striée, et une partie postérieure ou lenticule-optique.
Les expériences de vivisections aussi bien que les faits cliniques montrent que la région postérieure (lenticulo-optique) renferme des conducteurs centripètes ou sensitifs. Dans la découverte de ce fait de localisation, c'est la clinique et l'anatomie pathologique qui ont ouvert la voie : Turck (de Vienne) a été le premier à constater dans quatre autopsies que Tanesthésie de toute une moitié du corps avait été produite par une lésion de la partie postérieure de la capsule interne du côté opposé. Ensuite sont venues les observations et les nécropsies coufirmatives de Jackson, de Charcot, de Vulpian ; puis les thèses de Virenque 2 et de Veyssière 3, qui ont analysé et présenté le tableau des cas les plus précis d'hémianesthésie par lésion cérébrale (en dehors de l'hémianesthésie des hystériques) et ont contirmé par des recherches expérimentales les données fournies par la clinique. Enfin, A.-F. Raymond a publié sur ce sujet (thèse, 187G) le travail le plus complet. De ces différentes recherches il résulte aujourd'hui que labolilion de la sensibilité de toute une moitié du corps, abolition persistante, présentant les mêmes caractères pendant toute sa durée, a pour origine des lésions diverses portant soit sur la partie externe et supérieure de la couche
iV., pour cette nomenclature, Huguenin, op. cit. (notamment p. 362).
2 Virenque, Dr? l'hémianesthésie, thèse de doctorat. Paris, 18T4, n° 93.
3 Veyssière, Recherches cliniques et expérimentales sur Vhémianesthèsie dé cause cérébrale, tliëse de doctorat. Paris, 1874, n° 379.