ENCÉPHALE - LOCALISATIONS CPJREBRALES QQ
optique, soi t sur la partie postérieure du noyau lenticulaire, mais dépassant toujours la limite exacte de ces masses grises pour atteindre dans une certaine étendue la capsule interne ou la base de la couronne rayonnante de Reil; que, de plus, une lésion siégeant uniquement dans la substance blanche de la capsule (A. -F. Raymond) produit cette même anesthésie. Par des vivisections sur les animaux, Veyssiére a confirmé ces résultats de l'observation clinique. En se servant d'un trocart capillaire muni d'un petit ressort qui redressait sa pointe lorsqu'il était enfoncé à une profondeur déterminée, il est parvenu à couper circulairement la pai'tie postérieure de la capsule, et il a toujours produit ainsi, lorsque la section de cette partie de la couronne de Reil se trouvait complète, une anesthésie absolue dans la moitié opposée du corps.
La région antérieure de la capsule interne (la région lenticulostriée) renferme au contraire les conducteurs centrifuges, les conducteurs des mouvements volontaires. L'hémiplégie motrice, sans accompagnement de troubles de la sensibilité, est le résultat des lésions qui atteignent soit les parties antérieures des noyaux intra ou extra-ventriculaires du corps strié, en intéressant la capsule blanche qui les sépare, soit cette capsule seule : l'hémiplégie est d'autant plus prononcée que la capsule est complètement atteinte, et, dit Charcot, les lésions de cette capsule donnent lieu à une hémiplégie motrice non seulement très prononcée, mais encore de longue durée et souvent même incurable.
Localisations dayis la substance grise corticale. — Le système de Gall fut une tentative célèbre de localisation cérébrale, tentative entièrement hypothétique, sins bases anatomiques ni physiologiques sérieuses. Ce système devait être abandonné de bous les esprits sérieux, et on s'étonne aujourd'hui du succès immense qu'il obtint pendant longtemps. L'insuccès de la phrénologiede Gall s'exphque facilement, car, en réalité, Gall est parti de la crânioscopie, sa première hypothèse étant que certaines dispositions intellectuelles répondraient à certains renflements extérieurs de la tête.
La chute du système de Gall a jeté longtemps un profond discrédit sur le principe des localisations cérébrales ; cette réaction fut trop absolue. Broca fut un des premiers à revenir à des idées plus justes, faisant remarquer qu'un principe n'est pas démontré faux par cela seul qu'il a pu recevoir de fausses applications. L'anatomie humaine et l'anatomie comparée prouvent que les circonvolutions fondamentales des hémisphères sont, jusqu'à un certain point, des organes distincts ; d'autre part, l'analyse psychologique montre que les facultés cérébrales ne sont pas absolument solidaires les unes des autres, et la pathologie cérébrale nous fait assister à l'abolition de teUe faculté isolée. Il paraît donc probable que là où il y a à la fois des organes multiples et des fonctions multiples, chaque organe pourrait bien avoir des attributions particulières, distinctes de celles des autres organes.
Aujourd'hui ce principe a reçu sa démonstration par les recherches anatomo-pathologiques, d'une part, et jusqu'à un certain point parles expériences de vivisections. Les premières ont établi d'une manière détinitive et incontestable le"* siège de la faculté du langage; les
secondes ten.lent à étiblir certaines localisations des mouvements volontaires, sans que cependant ici la démonstration soit encore aussi parfaite que pour la faculté précédente.
lo Broca étudiant les cerveaux des individus qui avaient présenté pendant leur vie le symptôme de Vaphëinie ou aphasie, c'est-à-dire l'abolition ou l'altération de la faculté du langag-e articulé, sans paralysie des muscles de l'articulation, est arrivé à cette conclusion, que l'exercice de la faculté du lanûa^je articulé est subordonné à rintés^rité d'une partie très circonscrite des hémisphères céi-ébraux et plus spécialement de l'hémisphère gauche. Cette partie est située sur le bord supérieur delà scissure deSylvius, vis-à-vis de l'insula de Reil, c'est-à-dire dans la moitié ou même seulement le tiers postérieur de la troisième circonvolution frontale (en 1. tig. 2ù). En effet, c'est cette partie qu'on a trouvé lésée dans l'immense majorité des cas d'aphasie, c'est-à-dire des troubles, variés dans leurs formes, mais pouvant toujours se résumer en cette formule : perte totale ou partielle de la mémoire des mots (la parole n'est pas seule altérée parfois : les aphasiques ne peuvent pas plus écrire que parler, et cependant ils comprennent ce qu'on leur dit ou leur fait lire). Cette localisation dans la troisième circonvolution frontale gauche est assez précise pour être utilisée en chirurgie ; par exemple, un homme étant devenu aphasique à la suite d'une chute violente sur la tête, on a appliqué sur la région temporale gauche une couronne de trépan, et, par le trou ainsi pi'atiqué au crâne, retiré un fragment d'os qui comprimait pré nsément cette région de la circonvolution : le symptôme aphasie a aussitôt disparu.
Mais on a dû se demander pourquoi la faculté du langage articulé est plus particulièrement en rapport avec la troisième circonvolution frontale du côté gauche: cette question devient surtout importante aujourd'hui que les diverses études entreprises sur les prétendus territoires moteurs de lécorce tendent à nous montrer ces territoires comme parlaitement symé:riques d'un côté à l'autre. Dès 18'33 (Société anatomique, juillet 1863). Broca présentait de ce fait Tinterprétaliou qui est actuellement adoptée: les circonvolutions frontales de droite et celles de gauche ont, disait-il, comme toutes les parties symétriques des organes pairs, les mêmes propriétés essentielles: mais le laiiirage articulé étant en quelque sorte une fonction artificielle et conventionnelle, qui ne s'acquiert que par une éducation spéciale et par une longue habitude, on conçoit que l'enfant puisse contracter l'habitude de diriger de préférence avec l'un au l'autre des deux côtés la gvmaastique toute spéciale de l'articulation. C'est ainsi que la plupart des actes qui exigent le plus de force ou d'adresse sont exécutés de préférence avec la main droite, et dirigés, par conséquent, par l'hémisphère gauche du cerveau ; mais de même qu'il y a quelques ;^auchers qui dirigent ces mêmes actes avec l'hémispiiere droit, de même il y a quelques individus qui dirigent de préférence le langage articulé avec la troisième circonvolution frontale droite. Ces hypothèses si ingénieuses de Broca ont été depuis contirmées par des observations qui parlent toutes dans le même ^sens, c'est-à-dire, d'une part, par les observations
ENCEPHALE — LOCALISATIONS CEREBRALES
oti on n vn des irnuchers deveiius aphasiques après une lésion du territoire du côté droit (qui pour eux est I hémisphère actif), et, d'autre part, parles o])servatioiisde liaiichers noa aphasiques. mnl.i;ré une lésio:i de la troisième circonvolution frontale cauche (V. thèse de Lépine.p. 25). Enfin, lorsqu'un individu qui a appris à parler avec l'hémisphère gauche est privé, par suite d'une lésion pathologique ou traumafique. de l'action de la troisième circonvolution frontale q-auche, il cesse de p.irler parce que la circonvolution du côté droit est incapable de lui servir, mais il peut, au bout d'un temps plus ou moins lonjor, à la suite d'une éducation nouvelle, le plus souvent insuffisante, supf)léer en partie à l'aide de cette circonvolution droite, aux fotictions abolies du côté opposé. Ces observations rendent compte de tous les faits en apparence si contradictoires qu'a fournis l'étude de l'aphasie. (Broca, Société d'anthropolopie, 18^5).
2° Des localisations cérébrales pourraient être également dé'erminées et circonscrites par des excitations expérimentales portées sur certaines parties de l'écorce cérébrale, telle est du moins l'opinion professée aujourd'hui par quelques physiologistes. Cette question est encore à l'é'ude; elle vient à rencontre de ce qu'on admettait généralement jusqu'à ce jour, à savoir que la substance grise, à l'inverse de la substance blanche, n'est pas directement excitable; mais ce principe ne saurait être posé d'une manière absolue ; il n'y a pas en physiologie de principe semblable qui puisse être considéré comme de nature à faire dire non avenus des résultats bien établis par l'expérience. Malheureusement, les expériences d'excitation directe de l'écorce cérébrale ne sont pas à l'abri des objections. En présence des résultats contradictoires obtenus par divers expérimentateurs, nous devons procéder à un exposé méthodique des expériences produites et des explications mises en avant, en discutant les objections faites à la théorie des localisations corticales; nous arriverons ainsi à une conclusion qui, sans nier les localisations, attribuera les phénomènes observés bien plus à l'excitation ou à la lésion de la substance blanche qu'à celle de la substance grise corticale.
Les recherches actuelles sur l'excitation expérimentale de certaines circonscriptions corticales des hémisphères ont eu pour point de départ les expériences de Fritsch et Hitzig. Ces auteurs, mettant à nu une certaine étendue des hémisphères d'un chien, cherchèrent s'ils ne pourraient pas obtenir des mouvements par l'excitation électrique de l'écorce cérébrale. Dans ces circonstances, ils obtinrent, en effet, des mouvements des membres et de la face. Ferrier institua à Londres des expériences semblables et observa les 'mêmes phénomènes^. Les résultats les plus saillants de ces recherches sont les suivants : les parties antérieures des hémisphères sont les seules parties dont l'excitation électrique produise des mouvements du corps; dans certaines parties des circonvolutions de cette région antérieure se trouvent des lieux bien circonscrits et tels que l'excitation portée à ce niveau produit
1 ' Ferrier, les Fonctions di{ cerveau^ trad. par H, C- de Yarigny, Paris, 1878,
des mouvements isolés des paupières, du globe de Tœil, de la bouche de la langue, du mem'ore antérieur, du pied, de la queue, etc. ; l'action des hémisphères est en général croisée. Il n'entre pas dans notre plan d'indiquer ici, avec plus de détails, les régions cérébrales dont, chez le chien, l'excitation produit les résultats particuliers sus-indiqués, car le cerveau du chien est trop différent de celui de Ihomme pour qu'on puisse conclure de la topographie de l'un à celle de l'autre. Mais Hitzig. en 1874, a continué ses expériences en opérant cette fois sur un sinçre, dont le cerveau présente, au point de vue de ses principales divisions en lobes et lobules, une analogie assez considérables avec celui de l'homme pour qu'il soit possible de tracer, d'après les' résultats obtenus sur l'un, la topographie probable des régions qu'occuperaient
FiG. 2Ô. — Schéma probable des centres moteurs volontaires chez
l'homme*.
chez l'autre les points supposés homologues quant à leurs fonctions motrices. La fimire 26 nous montre cette situation probable des centres moteurs chez l'homme. On voit que tous ces centres seraient situés au niveau ou dans le voisinage inmaédiat des deux circonvolutions ascendantes qui limitent le sillon de Rolaudo. Tout en haut de la circonvolution pariétale ascendante serait le centre des mouvements du membre inférieur (3, fig. 26): en avant de celui-ci et à cheval sur le sillon de Rolando, le.centre des membres supérieurs (2) ; à la partie postérieure de la première circonvolution frontale ascendante, le centre des mouvements de la tête et du cou (4) ; un peu plus bas, le centre pour le
* F, Lobe frontal ; — P. lobe pariétal ; — 0, lobe occipital : — T, lobe temporal (ou sphénoTdal) ; — 1, centre du langage articulé (siège des lésions dans l'aphasie) ; — 2, centre des mouvements du membre supérieur; — 3, centre pour le membre inférieur; — 4, centre pour les mouvements de la té;e et du cou; -^ 5, centre pour les mouvements des lèvres; — • Q, ceijtre pour les njouvements des yeux,
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mouvement de? lèvres (5); enfin tout à fait en bas (en 1), le centre des mouvements de la langue (c'est le lieu où siège la faculté du langage ; partie postérieure de la troisième circonvolution frontale).
On sait qu'il est de règle, en physiologie expérimentale, pour étudier les fonctions d'une partie, d'observer non seulement les résultats de son excitation, mais encore ceux de sa destruction. Carville et Duret ont entrepris, pour les centres désignés par Fritsch, Hitzig et Ferrier, ce second ordre de recherches : ils ont enlevé, à l'aide d'une curette, la substance grise dans les lieux désignés (chez le chien ou le chat) comme centres, et, à la suite de ces abla'ions, ils ont observé des paralysies limitées à des groupes de muscles particuliers i.
Nous avons vu que les expériences sur le singe permettaient jusqu'à un certain point de déterminer la situaton probable chez l'homme des centres appelés moteurs (psycho-moteurs) par Fritsch, Hitzig et Ferrier. C'est ainsi que les pathologistes ont été amenés à rechercher si, dans les cas de convulsions partielles avec lésions localisées des hémisphères, il n'y aurait pas concordance entre le siège de ces lésions et le lieu indiqué par les expériences précédentes comme centre moteur correspondant aux mouvements observés. Charcot i, qui a poussé activement les recherches dans cette voie, a reconnu que dans ces cas les lésions siégeaient toujours dans les parties antérieures du cerveau ; que les convulsions débutant par le membre supérieur se rapportaient à des lésions de l'extrémité supérieure et postérieure de la première circonvolution frontale, au voisinage de la frontale ascendante ; que dans plusieurs cas d'épilepsie partielle débutant par la face, la lésion cérébrale occupait la partie moyenne de la circonvolution frontale ascendante ; qu'en un mot, la pathologie, sans autoriser encore des localisations précises et détaillées, permet de cantonner dans le voisinage du sillon de Rolando les circonscriptions corticales dont les lésions produisent les convulsions partielles ou générales du corps et des membres.
Tels sont les faits cliniques et expérimentaux invoqués en faveur de localisations autres que celle, aujourd'hui si bien établie, de la faculté du langage articulé (Broca). Mais il s'en faut de beaucoup que tous les physiologistes et tous les cliniciens considèrent ces faits comme démonstratifs; nous allons donc passer rapidement en revue les objections faites à la théorie des localisations.
Brown-Séquard est un de ceux qui se sont montrés les plus hostiles à cette théorie. Il s'est principalement appliqué à opposer aux faits cliniques sus-énoncés des faits cliniques qui parlent en sens inverse. Dans une série de communie tions à la Société de biologie (1876), il a
1 CarviJle et Duret, Critique exférimentale des travaux de Fritsch. Hitzig et Ferrier (Société de biologie, décembre 1873 et janvier 1874). — Sur les fonctions des hémisphères cérébraux. {Archives de physiologie,ma.ijuillet, 1875.^
2 Charcot, Leçons sur les localisations dans les roahidies du cerveau, Paris, 1870.
développé, avec de iioml^reux exemples à l'appui, cette thèse que, quand il s'agit d'une lésion du cerveau, il n\v a pas de symptôme qui ne puisse être observé, en quelque endroit du cerveau qn-i siéire la lésion; que les lésions les plus considérables peuvent ne donner lieu qu'à des phénomènes à peine appréciables. Brown-Séqiiard a communiqué, en effet, l'olîse-.'vation d'un cas où il avait trouvé à l'autopsie tout un lobe cé"ébral entièrement détruit, et n'avait cependant pas constaté pendant la vie d'autres manifestations qu'une amuurose et quelques douleurs de tête. Toutes les fonctions dépendant du cerveau pourraient donc persister, dit Brown-Séquard, malgré la destruction complète d'un lobe cérébral entier ; il serait donc impossible d'admettre des centres parfaitement localisés, c'est-à-dire répartis dans une portion bien limitée de l'encéphale.
Les objections de Brown-Séquard visent surtout les faits cliniques; les faits expérimentaux ne sont pas moins susceptibles de diverses interprétations. C'est l'excitation électrique qui donne des résultats dans les expériences instituées selon le procédé de Fritsch. Hitzig et Ferrier. Or, on sait combien il est difficile de limiter l'action des courants électriques aux parties sur lesquelles sont appliqués les électrodes : ne peut-il pas se faire que dans ces expériences, par le fait de courants dérivés, l'excitation électrique n'exerce pas réellement son action sur la substance grise cérébrale, mais aille, à travers cette substance o-rise, exciter les fibres blanches sous-jacentes ? 11 nous paraît certain qu'en réalité les choses se passent ainsi. En effet, si l'on détruit par le fer rouge une partie de l'écorce grise désignée comme centre de certains mouvements, on obtient ces mêmes mouvements en appliquant les électrodes sur l'escarre ainsi produite, c'est-à-dire en excitant les fibres blanches sous-jacentes. Cette expérience démontre que l'intéo-rité de la substance grise corticale n'est pas la condition nécessaire de la production expérimentale des mouvements localisés ; elle permet de croire que, dans les expériences par excitation électrique, ce sont les fibres blanches sous-jacentes aux prétendus centres corticaux qui sont excitées, mais elle ne renverse pas la doctrine des localisations motrices ; à la formule d'abord adoptée elle substitue celleci : au-dessous de certaines parties de l'écorce cérébrale se trouvent des faisc3aux blancs assez nettement circonscrits, dont l'excitation provoque des mouvements localisés dans telle partie d corps, dans tel groupe de muscles.
Ramenée à cette formule, la théorie des localisations nous paraît parfaitement établie. Mais du moment qu'on admet des faisceaux blancs sous-jacents à la substance grise et formant les conducteurs spéciaux de certains mouvements, on peut se croire autorisé à considérer comme oridne, comme centre de ces faisceaux, la partie de substance grise immédiatement superposée. Cette induction, qui ramène aux localisations corticales, n'est pas légitime, ainsi que le démontre létude des effets immédiats et ultérieurs produits par l'ablation d'un çle ces prétendus centres corticaux moteurs. En efïet, si, après avoir déterminé, au moven de l'électricité, chez un chien, le centre çles naou-:
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veinenls de la patte antérieure, ce centre cortical est enlevé avec une curette, on observe une paralysie des mouvements volontaires dans les muscles dont la contiactiou était précédemment |)roduite par l'excitation élecfri(|U<' appliquée sur la région en question; mais cette paralysie {guérit au bout de peu de jours. En présence de ce fait, nous ne voyons que deux interprétations possibles : ou bien la lésion produite p ir l'ablation de la substance grise a compris momentanément le fonctionnemenl du faisceau blanc sous-jacent, qui est un conducteur dans lequel se localisent spécialement certains actes moteurs; ou bien l'ablation de la substance grise a réellement détruit un centre cortical moteur, dont la fonction a été sui)pléée par le fonctionnement plus é lerij'ique du centre correspondant dans l'hémisphère opposé; il y a fU suppléance. Or, cette dernière interprétation n'est pas admissible, en présence des résultats suivants : si, après guérison de la paralysie produite par l'ablation d'un centre cortical du côté droit, on enlève le centre cortical homologue du côté gauche, la paralysie se produit de nouveau, mais elle guérit aussi dans un temps relativement court ; si alors les mouvements reparaissent malgré l'ablation bilatérale de leurs prétendus centres corticaux, il n'y a plus lieu d'admettre l'existence réelle de ces centres.
Nous arrivons donc, en définitive, à ne pas trouver dans les faits expérimentaux et cliniques des preuves suffisantes de localisations motrices dans la substance grise corticale ; ce résultat n'est nullement e:i contradiction avec le fait qu'une localisation corticale très précise, celle de la faculté du langage, est aujourd'hui parfaitement établie et admise par tous; dans le cas du langage, il s'agit de la localisation ({'\xï\e faculté intellectuelle complexe, d'un centre coordinateur ; dans les cas de localisations motrices corticales, il s'agirait purement et simplement de centres moteurs. Or, les mouvements du membre antérieur ou postérieur, ceux de la face, des yeux, ont pour origine des phénomènes psychiques complexes, ayant eux-mêmes leur point de départ dans les impressions apportées par les divers organes des sens ; les sources de ces mouvements doivent donc être multiples. On comprend bien que leurs conducteurs, provenant de parties corticales multiples, se groupent en faisceaux particuliers, pour venir ensuite prendre part à la constitution de la capsule interne, lieu de passage de tous les conducteurs des mouvements volontaires ; mais on ne voit pas a priori la nécessité de centres moteurs corticaux distincts.
c) Sommeil^ rêces
Sommeil. — L'observation démontre que, pour tous les organes, tout é:at d'activité prolongée amène un épuisement qui doit être réparé par un temps de repos fonctionnel. Pour les organes qui, comme le cœur, paraissent incessament en fonction, il n'est pas difficile de voir que cette fonction même n'est qu'une succession rapide d'alternatives de relâchement et de contraction, c'est-à-dire de repos et d'activité. La loi est donc observée aussi bien p;ir les organes de la vie'de nutrition,
que par ceux delà vie de relation ; mais pour ces derniers, le repos se produit d'une manière plus prolongée, et selon une forme qui résulte de la cessation et de la diminution d'activité à la ibis dans les organes périphériques sensififs ou moteurs et dans les organes centraux. Comme dans l'état d'activité, les fonctions de relation résultent de Tassociation nécessaire des organes des sens, du cerveau qui apprécie les impressions et veut les mouvements, et enfin des muscles qui exécutent ces mouvements, de même dans l'état de repos de ces fonctions, ce sont à la fois les orgaiies des sens, le cerveau et les muscles qui entrent en inactivité. On donne le nom de sommeil à cette cessation réparatrice, totale ou partielle, des fonctions de relation. Le sommeil est donc caractérisé d'abord par une suspension des impressions extérieures; puis par un arrêt dans l'élaboration cérébrale, et enrin par une cessation des réactions motrices encéphaliques connues sous le nom de mouvements volontaires. Hàtons-nous cependant d'ajouter, que si les organes des sens, les nerfs sensitifs, le cerveau, les nerfs moteurs et les mucles dorment, ils sont encore, les uns comme les autres, parfaitement excitables : mais leur excitabilité partiellement mise en jeu par telle circonstance particulière, ne sollicitera pas, dans l'ensemble de l'appareil de relation, les réactions coordonnées et régulières qui sont caractéristiques de l'état de veille. Une impression périphérique provoquera de simples phénomènes réflexes médullaires, mais non des actes cérébraux voulus, ou bien réveillera dans le cerveau des élaborations sensorielles incohérentes, mal associées et non des mouvements volontaires ; le cerveau lui-même pourra être le siège du retour spontané d'images antérieurement perçues et qui réapparaissent d'une manière désordonnée. Ce qui est donc essentiellement aboli pendant le sommeil, c'est la fonction régulière qui lie les impressions extérieures avec le travail cérébral et celui-ci avec les réactions volontaires, c'est la coordination normale des fonctions de relation. A cet état de suspension des actes de la vie de relation correspond le plus souvent une activité plus grande dans les organes de la vie de nutrition, ou, pour mieux dire, une plus grande intensité dans les actes de nutrition en général, en comprenant plus spécialement sous cette désignation les phénomènes d'assimilation. Aussi la durée de temps consacré au sommeil, dans les diverses périodes de la vie, est-elle en raison directe du besoin d'assimilation, de réparation, de croissance de l'individu : le nourrisson ne lait guère que dormir et manger ; Penfant passe plus de la moitié de sa vie à dormir ; le convalescent de même ; l'adulte ne consacre guère plus du tiers de son temj)S au sommeil.
Le sommeil, succédant à une grande fatigue intellectuelle ou musculaire, peut s'établir brusquement, d'emblée ; mais d'ordinaire il envahit successivement les diverses parties de l'appareil de relation: après les bâillements, la diminution de l'attention et des mouvements spontanés, survient, dans un ordre assez régulier, l'inertie de certains muscles : d'abord ceux de la nuque, d'où ces oscillations de la tête que son poids entraîne en avant vers la poitrine; puis ceux des membres, et enfin le muscle releveur de la paupière. Dès lors les sensations
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visuelles sont supprimées; celles de l'ouïe subsistent encore un temps, mais artaiblies, comme lointaines; puis avec elles disparait la conscience du moi et le sommeil est établi. Quand le sommeil est complètement et profondément établi, le sujet est comparable à Tanimal auquel le physiologiste vient d'enlever les hémisphères cérébraux ; chez l'un comme chez l'autre, tout mouvement volontaire a disparu ; mais aussi les mouvements réflexes, à centres médullaires, subsistent et sont même devenus plus faciles ; on sait que chez Thomme, où à l'état de veille les centres cérébraux commandent complètement aux centres médullaires, ce n'est guère qu"en surprenant un sujet dans le sommeil qu'on peut constater des mouvements purement réflexes, et, par exemple, amener, en chatouillant la peau de la plante du pied, le retrait du membre inférieur par flexion de la jambe sur la cuisse et flexion de la cuisse sur le bassin, mouvement identique à celui de la grenouile décapitée sur la patte de laquelle on dépose une goutte d'eau acidulée. Et si, sur la grenouille décapitée, une irritation un peu plus forte (acide moins dilue) produit une réaction réflexe plus générale, un mouvement de fuite coordonné (par les centres médullobulbaires) de même chez l'homme endormi, une cause de gêne quelconque (attitude douloureuse pour un membre, piqûres d'insectes, etc.) amené des mouvements de déplacement complet, des changements d'attitude dans le lit, mouvements bien connus, incessamment renouvelés parfois pendant toute la durée du sommeil et qui sont de l'ordre des phénomènes purement réflexes.
Les anciens croyaient que l'état de sommeil serait la conséquence* d'une compression opérée sur le cerveau par l'accumulation dans le crâne d'une grande quantité de sang ; le fait que l'homme prend, pour dormir, ime position voisine de l'horizontale, et dims laquelle la tète devient relativement déclive, semblait avoir été l'origine de cette théorie et, en efl"et, les anciens supposaient que dans le sommeil la pression du sang sur le cerveau s'exerçait surtout à la partie postérieure de la tète, au point où les vaisseaux veineux de la dure-mere viennent aboutir dans le confluent central dit torcular ou pressoir cV Hérophiie ; l'expression de vis ou pressoir d' Hérophile était, du reste, une figure qui n'exprimait pas auti-e chose que cette idée d un point central décompression en rapport avec l'éttdjlissemeut de l'état de sommeil. En 1860, un médecin anglais, Durham, vint contredire expérimentalement cette vieille théorie et montrer que le sommeil est caractérisé, au contraire, par un état d'anémie. A cet etfet, il pratiquait une couronne de trépan chez des chiens et examinait directement, par cette fenêtre crânienne, l'état de la circulation cérébrale pendant le sommeil naturel et pendant l'action des anesthésiques ; il vit, quand l'animal s'endormait, le cerveau devenir pâle, exsangue, en même temps qu'il diminuait de volume et s'aftaissait notablement au-dessous de la plaie osseuse ; enfin il constata que les petits vaisseaux se vidaient de sang et devenaient incolores, au point d'être bientôt invisibles. Par contre, des que l'animal se réveillait, le cerveau reprenait son voluine ordinaire, sa coloration rouge accoutimiée. Ces expériences et d'autres analogues, reprises par
divers auteurs, et notamment par Cl. Bernard (Leçons stir les ane>:thés irj u :s) on\ démontré d'une manière absolue que, dans le sommeil, les vaisseau^: do ren'^éphale renferment moins de sang; la masse cérébrale est connne revenue sur ellc-niènie ; à ce retrait doit correspondre, d'après ce que l'on sait des fonctions du liquide céphalo-rachidien, un afflux dans le crâne du liquide sous-arachnoïdien venant du canal rachidien ; il y a donc dms le sommeil anémie dans la boîte crânienne et sans dou'e hypérémie ou tout au moins stase veineuse dans le canal vertébral.
Rêves. — Le sommeil peut être complet, absolu, et alors toutes les parties des hémisphères sont en état de repos ; mais le plus souvent, quelques régions du cerveau veillent partiellement au milieu du sommeil irénéral, et il en résulte les rêves.
De même qu'à l'é'at de veille, des souvenirs, des images naissent spontanément, une idée surgit tout à coup sans lieu apparent avec l'occupation ou le genre de pensées présentes, de même pendant le sommeil, si l'état de repos n'a pas envahi tout le territoire cérébral, des images prennent naissance dans des parties encore à l'état de veille. Ces images peuvent sans doute surgir d'une manière en apparence spontanée, mais bien souvent on peut en rattacher l'origine à une impression des organes des sens, car.il s'en faut de beaucoup que les nerfs spéciaux aient alors perdu toute excitabilité. Les impressions ainsi produites ne sont plus, comme à l'état de veille, précises et en rapport avec lintensité de l'excitant; une excitation énergique pourra, en effet, ne produire aucun effet, tandis que, par contre, une excitation fciible réveillera dans certains centres des images terribles, et, par le fait d.e la contiguïté des centres et de l'irradiation de l'un à l'autre, fera naître toute une série de représentations étranges et plus ou moins incohérentes: on approche une bougie des p.uipières d'un sujet endormi, et celui-ci rêve d'incendie, ou d'éclairs, de tonnerre, d'orage ; on débouche prés de ses narines un flacon de parfums, et à son réveil il raconte avoir rêvé soit d'asphyxie, d empoisonnement, d'odeur méphitique, ou bien inversement d'odeur délicieuse, d'encens, de parfums et de scènes orientales. L'essentiel est de remarquer que les images, ainsi liées eu Un tableau qui se déroule, sont toujours associées d'une manière incohérente, s'interrompnnt aussi brusquement qu'elles prennent naissance, et toujours incomplètes, quelque nombreuses et complexes qu'elles soient ; elles sont au travail normal de la pensée ce que sont des convulsions musculaires partielles aux mouvements normaux de la locomotion. Mais, comme certaines formes de convulsions musculaires peuvent associer un grand nombre de contractions diverses et produira pour ainsi dire un certain ordre dans le desordre même, de même les associations cérébrales automatiques du rêve vont assez loin pour reproduire l'image, toujours incomplète, de la pensée normale.
Un travail cérébral aussi incomplet et aussi désordonné ne peut laisser que peu de traces dans les organes même où il s'est produit ; aussi les souvenir même des rêves est-il très fugace. Au réveil, on voit encore avec précision toutes les scènes incohérentes auxquelles on vient d'à*
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sisler, et ou croit pouvoir eu couserver le souvouir : puis, quelques heures après, si la peusée est reportée vers les scènes de la unit, ou est tout étouué d'eu retrouver à peine la trace ; c'est souvent tout au plus si l'on se souvient de l'objet, de la nature prédominante du rêve ; on sait bien encore qu'on a rêvé de telle chose, de telle personne, mais on ne saurait plus dire comment choses et personnes ont été mêlées ensemble.