‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 29 sur 219 · V. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN · texte numérisé non relu

V. — LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN

Situation et distribution du liquide céphalo-rachidien. — Dans la cavité séreuse de Tarachnoïde (entre le feuillet pariétal et le feuillet viscéral, dont nous n'avons pas à rappeler ici les disjonctions anatomiques), on ne trouve pas de liquide sur le cadavre. Sur l'animal vivant, d'après les recherches de Hitziy sur le chien, on trouverait dans cet espace une certaine quantité de sérosité. Mais le véritable liquide céphalo-rachidien, dans lequel est plongée la niasse cérébrospinale, est logé plus profondément, au contact immédiat de la piemère, c'est-à-dire dans l'espace libre entre jla pie-mére et le feuillet viscéral de l'arachnoïde, ainsi que l'a démontré Magendie établissant la disposition sous-arachnoïdienne de ce liquide. De plus, ce liquide est ré})andu jusque dans les ventricules cérébraux, et la continuité de la nappe péri-cérébrale et intra-cérébrale est facile à comprendre, puisque l'espace sous-arachnoïdien, au niveau du point où l'arachnoïde passe du cervelet sur le bulbe, communique avec le quatrième ventricule, et que celui-ci communique par l'aqueduc de Sylvius avec le ventricule moyen, qui lui-même, par les trous de Monro, se continue avec les ventricules latéraux. La quantité de ce liquide, chez l'homme, a été diversement appréciée (de 50 à 150 grammes), et l'on observe, du reste, chez les animaux, que sa sécrétion se produit assez rapidement pour que le liquide soustrait se troiive bientôt remplacé par une nouvelle exhalation. Il est alcalin et présente les caractères généraux des sérosités; sa composition chimique offre ce fait remarquable que l'albumine y est si peu abondante qu'il ne se trouble ni par l'aôtion de la chaleur ni par celle des acides. Cl. Bernard a montré que ce liquide renferme du sucre (glycose) à peu prés en même proportion que le sang. Tenant compte de ces conditions, de sa plus grande quantité pendant la digestion, de sa diminution pendant l'abstinence, on est conduit à le regarder comme le résultat d'une simple exhalation. Et en effet, on ne peut trouver de glande qui ait pour fonction de le sécréter: il est exhalé par la pie-mère pour remplir le vide circa-médullaire.

Usages du liquide céphalo-raclùdioi . — Quant aux usages du liquide céphalo-rachidien, c*est là une question qui a soulevé hien des diseussions, depuis Magendie, Pelletan et Bourgougnon, jusqu'à Longet et les physiologistes contemporains. Analysant les conditions des expériences en apparence contradictoires de ses devanciers^

LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN lH

Richct a nettement cxplic^ué couniiont il fallait -comprendre le rôle (lu liquide céphalo-rachidien, et a confirmé sa théorie par de nouvollesox[)érioucos plus rigoureusement instituées. De ces recherches, il résulte que ce liquide mot l'encéphale à l'abri des compressions qui tendent à se produire par le fait de l'afflux intermittent du sani^ dans le crâne. En eifet, dit Richet, à chaque contraction vcntriculairc, le sang pénètre si brusquement dans le crâne, que, ne pouvant trouver i)ar les veines un écoulement immédiat proportionnel, il soulève la masse encéphalique et la repousse contre les parois de la boîte crânienne. Ce n'est j)as tout : le sang veineux lui-même, au lieu de s'écouler d'une manière continue, éprouve des temps d'arrêt, quelquefois même reflue en sens inverse, en sorte qu'à certains moments la cavité crânienne, d'un côté recevant sans cesse, et, d'autre part, ne pouvant écouler, doit nécessairement éprouver un trop-plein dont les conséquences eussent pu se faire sentir d'une manière fâcheuse, si une disposition spéciale n'eût réalisé les conditions nécessaires au rétablissement de l'équilibre, c'est-à-dire au maintien d'une pression normale. L'appareil qui présente cette disposition, c'est le canal vertébral et le liquide céphalo-rachidien ou sous-araclmoïdion. Le canal vertébral présente, en effet, dit Richet, toutes les sonditions d'un tuyau d'échappement ou de dégagement. Situé à la partie la plus déclive et postérieure de la cavité crânienne, avec laquelle il communique par une large ouverture en forme d'entonnoir, il s'étend de l'occipital à la pointe du sacrum. Dans toute sa longueur, il est constitué par des parois en partie osseuses et en partie membraneuses, par conséquent susceptibles d'une certaine extensibilité ; et, de plus, entre la duremère, très lâche, et les parois osseuses, existent des plexus multipliés et une graisse semi-fluide qui peut, de même que le sang, au besoin, refluer au dehors de la cavité rachidienne. Le liquide sousarachnoïdien, de son côté, est commun aux deux cavités encéphalique et rachidienne, et peut facilement se porter de l'une à l'autre i)ar l'intermédiaire du trou occipital. Si donc on supj^ose que la pression augmente dans la cavité crânienne au delà des limites compatibles avec le peu de compressibilité des parties contenues, le liquide cé))halo-rachidien fuit devant cette pression et s'échappe dans le canal rachidien, dont les parois sont moins inexteni^ibles, et dans lequel il remplace le sang veineux qu'il expulse* La pression vientelle à cesser dans le crâne et la tendance au vide commence-t-eUe à s'y manifester^ le liquide vient y reprendre sa place, favorisé dans ce mouvement de reflux par l'élasticité en retour de toutes les parties qu'il a déplacées.

Mais si les parois crâniennes, au lieu d'être partout rigides, offrent

par places des parois élastiques, le liquide céphalo-rachidien, ou directement le cerveau lui-même soulèvera ces parois à chaque mouvement d'expansion de la masse encéphalique sous Tinfluence de l'afflux sangui::. C'est ainsi qu'en exarainmt la tète d'un enfant nouveau-né (fontanelles), ou celle d'un adulte dont les parois crâniennes, ayant subi une déperdition de substance, laissent la dure-mére à découvert, on voit les membranes qui remplacent les parois osseuses être agitées d'un double soulèvement: l'un, plus faible, isochrone aux pulsations artérielles: l'autre, plus marqué, correspondant à l'expiration (arrêt de la circulation veineuse). Ces soulèvements ou oscillations peuvent être soumis à une analyse exacte, ainsi que le montrent les expériences de Salathé sur l'étude graphique des mouvements du cerveau *. Ces expériences, pratiquées à l'aide d'un tube communiquant, d'une part, avec la cavité crânienne, et, d'autre part, avec un tambour à levier, ont permis ds suivre, chez les animaux, les moindres oscillations du liquide céphalorachidien, et de constater que ces oscillations, faibles avec une respiration calme, deviennent très prononcées dans les efforts, les cris. L'auteur a pu inscrire également des mouvements du cerveau chez l'homme, sur un malade qui, à la suite d'une fracture du frontal, n'avait à ce niveau le cerveau protège que par des parties [molles. Enfin, François Franck étudiant les mouvements du cerveau chez une jeune femme qui, à la suite d'une large névrose du pariétal droit, présentait une dénudation de la dure-mére recouverte par des bourgeons charnus, a reconnu l'existence de trois ot^dres de mouvements du cerveau: loles pulsations, correspondant aux battements artériels; 2° les oscillations, mouvements plus étendus que produisent une inspiration et une expiration successives ; 3o les ondulations, mouvements de variations lentes qu'on suppose subordonnées aux contractions rylhmiques des vaisseaux (ou, pour mieux dire, à des changements rythmiques dans la tonicité des petits vaisseaux).

A cette question des ondulations lentes, considérées comme le fait de l'indépendance relative des circulations locales, se rattache naturellement l'étude de l'influence du sommeil et de l'activité des centres nerveux. Pour ce qui est du sommeil, nous avons déjà dit, p. 108 que le liquide céphalo-rachidien afflue dans le crâne, en même que le cerveau est anémié. Quant à Tactivi'.é cérébrale, comme l'a montré Mosso, elle se traduit par une ascension de la courbe de p-ession, c'est-à-dire qu'alors les hémisphères cérébraux deviennent comme turgescents ; il y a hypérémie de la substance cérébrale pendant son état d'activité.

1 A. Salathé, Recherches sur les mouvements du cerveau et sur te mèca' nisnie de la circulation des centres nerveux, thèse de doctorat, Paris, 1877. — Français-Franck, Recherches critiques et expérimentales fur les mouvements aUeraatifs d'expansion et de resserrement du cerveau dans leurs rapports avec la cir:ulal'0.i et la respiration. [Journ. de VAnit. et de la Physiol. Mai 1S77.)

GRAND SYMPATHIQUE \ [r^

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