‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 30 sur 219 · VI. — SYSTKME DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

VI. — SYSTKME DU GRAND SYMPATHIQUE

Le grand sympathique se compose d'mie série de f/axf/lions disposés le long de la colonne vertébrale, un de chaque côté pour chaque vertèbre (excepté à la ré;:ion cervicale, où il y a fusion en trois gros ganglions) : les ganglions d"un même côté sont réunis entre eux i)ar des commissures, d"où résultent des cordons en chapelets.

De plus ces amas globulaires envoient des commissures, d'une part, vers la moelle épinière (rami communicantes) ; d'autre part, vers les viscères et vers tous les organes en général (nerfs du grand si/mpathiquc) . A une certaine distance de la chaine du grand sympathique, sur le trajet de ces commissures allant soit à la moelle, soit aux viscères, se trouvent de nouvelles masses ganglionnaires; ce sont de nombreux amas globulaires échelonnés sur les nerfs du grand sympathique ; le plus remarqualjle de ces amas est le ganglion scmi-hinaire q\io Bichat appelait le cerveau abdominal; enfin, encore plus loin, sur le trajet des nerfs viscéraux, au moment où ils se distribuent dans les viscères, on trouve une nouvelle série de ganglions disséminés dans l'épaisseur des parois des organes, et d'ordinaire de dimensions microscopiques: tels sont ceux que l'on trouve dans l'épaisseur des parois intestinales, dans la charpente musculaire du cœur, sur les br.)ncbes, etc. (ganglions viscéraux ou j)arenchym,ateux).

Le système nerveux grand sympathique ainsi constitué représente-t-il un système nerveux indépendant du système céphalorachidien ? C'est ce qu'on a cru longtemps ; c'est ce que pensait Bichat. On en faisait alors le siège de toute une série de phénomènes nerveux jjIus ou moins mystérieux, que l'on décorait du nom de sympatJiirs, et dans lesquels nous ne voyons aujourd'hui que des réflexes. On a reconnu en même temps que le grand sympathique n'est nullement un système à part: il partage les propriétés et les fonctions du système médullaire, et s'associe à lui.

En effet, ses filets nerveux sont excitables par les mêmes agents que les nerfs rachidiens, par l'électricité, par les agents chimiques ; mais l'excitant physiologique que nous avons désigné précédemment sous le nom de volonté n'a pas d'action sur ce système : aussi les mouvements qui se produisent dans le domaine du grand sympathique sont tous involontaires. D'autre part, ces mouvements, lorsqu'ils sont produits par l'excitation artificielle du nerf, mettent un certain temps à se produire ; ils apparaissent lentement et cessent

lentement. Cette noiivelle ditférence tient autant à la nature des fibres nerveuses sympathiques, qui sont surtout des fibres de Remak (V. p. 24 et 26), qu'a la nature des muscles auxquels elles se distribuent (V. plus loin, Muscles lisses). L'excitation des fibres du iz^rand syniijathique donne aussi naissance à des phénomènes de sensibilité, mais il faut porter sur eux une irritation intense et longtemps soutenue : dans les états pathologiques, le grand sympathique est beaucoup plus excitable et devient le siège, le conducteur d'un grand nonilire de sensations douloureuses.

Le grand sympathique possède donc des fibres nerveuses qui fûnctionuent par une conduction centripète et d'autres qui fonctionnent par une conduction centrifuge. 11 peut ainsi prendre parc à des réflexes; et, en effet, dans la classification des réflexes que nous avons donnée (p. 65). nous avons vu que ces phénomènes pouvaient trouver l'une de leurs voies (la centrifuge ou la centripète), ou même tous les deux à la fois, dans les nerfs du sympathique. Les réflexes auxquels nous faisions allusion alors avaient, du reste, leurs centres dans le système médullaire. ]SIais ici se présente, sous une nouvelle forme, la question de l'indépendance du gi^and sympathique. Les réflexes qui ont ce nerf pour voie de conduction peuvont-ils avoir pour centre uniquement des ganglions sympathiques, (^e façon à ne rien emprunter (ni comme conducteur, ni comme centre) au système céphalo-rachidien ? On a cru longtemps à cette indépendance complète, et c'est dans cette pensée que Bichat donnait aux ganglions semi-lunaires le nom de cerveau abdominal. On faisait donc présider le grand sympathique, comme centre, aux fonctions des viscères en général, et plus particulièrement aux fonctions de nutrition.

Les expériences de Cl. Bernard ont montré que le ganglion sousmaxillaii e peut servir de centre à la sécrétion salivaire. A part ce rôle du ganglion sous-maxillaire, les expériences les plus attentives n'ont pu démontrer des fonctions centrales dans aucun des autres ganglions placés sur le trajet des rameaux du grand sympathique. 11 n'en serait pas de même des petits ganglions placés sur les rameaux terminaux de ces nerfs, dans l'épaisseur même des viscères; ces derniers ganglions serviraient de centres aux mouvements partiels des muscles viscéraux, et régleraient, par exemple, les contractions pcristaltiques des parois intestinales. Les autres ganglions (ganglion de Wrisberg. ganglions semi-lunaires, ganglions du plexus hvpogastrique. etc.) pourraient tout au plus être considérés comme des centres provisoires, des lieux de relais oii s'accumulerait l'action nerveuse venue de plus haut. Nous aurons à revenir sur ces interprétations encore bien obscures en étudiant les vaso-moteurs.

Il est donc reconnu aujourd'hui que la plupart des phénomènes nerveux des fonctions viscérales ont pour centre la .moelle épinière, et que, même pour ses fonctions vaso-motrices (V. Circulation), le grand sympathique n'a qu'une force d'emprunt provenant de la partie supérieure de l'axe nerveux rachidion: il en est de même pour son influence sur le cœur, et pour la plupart des réflexes viscéraux, dont le centre se trouve dans la moelle, de telle sorte que l'expression même de système grand sym,pathique ne signifie plus rien aujourd'hui. Du reste, le nerf pneumo-gastrique présente, sous bien des rap}>orts physiologiques, de même que pour plus d'un point de sa constitution anatomique, les plus grandes analogies avec les rameaux dits sympathiques. Aussi, de même que nous avons remis à l'étude des différentes fonctions auxquelles ils sont annexés l'analyse du rôle des divers rameaux du pneumo-gastrique (allant au cœur, au poumon, au tube digestif), de même il n'y a pas lieu d'entrer ici dans le détail des fonctions d'innervation du grand sympathique. Eu étudiant l'œil et l'innervation de l'iris, nous examinerons le rôle oculo-pupillaire de ce nerf ; en étudiant l'innervation du cœur, nous nous exphquerons sur le rôle de ses filets cardiaques : enfin, eu étudiant la circulation et l'innervation des parois vasculaires, nous aurons à nous étendre longuement sur les nerfs vaso-moteurs, à l'étude desquels nous l'attacherons celle non moins complexe des nerfs dits sécrétoires, tro})hiques et calorifique.^.

RÉSUMÉ. — Les éléments nerveux sont des cellules (en général multipolaires) et des fibres ou tubes nerveux; les fibres dites de Remak sont bien des éléments nerveux. La partie essentielle du tube nerveux est le cylinder axis, qui représente un véritable prolongement de la cellule nerveuse (prolongement axile).

Ces éléments nerveux se nourrissent en consommant plus d'albuminoïdes que d'hydrocarbures ; de plus l'état d'activité d'un nerf, comme d'un centre nerveux, est accompagné de production de chaleur.

Les tubes nerveux servent comme conducteurs de l'agent nerveux, lequel ne saurait être identifié à l'électricité, mais est constitué par une vibration moléculaire qui se propage avec une vitesse seulement de 28 à 30 mètres par seconde.

Cette conduction est indifférente (expérience de P. Bert, avec la queue de rat greffée par son extrémité périphérique); mais, vu les connexions normales des nerfs, cette conduction se manifeste pour certains nerfs exclusivement de la périphérie au centre (nerfs sensitifs), et pour certains autres nerfs exclusivement du centre à la périphérie (nerfs moteurs). Dans ces conditions, les tubes nerveux associés aux cellules forment la chaîne dans laquelle se produisent les actes réflexes, qui sont la forme élémentaire de tout fonctionnement du système nerveux.

De tous les excitants des nerfs, l'électricité est le plus énergique. Celte excitabilité du nerf est modifiée par diverses circonstances et

par divers poisons, dont les uns (curare) agissent uniquement sur les nerfs moteurs (ou plutôt sur leurs organes terminaux périphériques), tandis que les autres agissent plus spécialement sur les nerfs sensitifs (ou sur les centres nerveux correspondants).

La moelle est le principal centre des phénomènes réflexes considérés comme mouvements succédant à une impression non sentie.

Les nerfs olfactif, optique, acoustique sont des nerfs d'une sensibilité spéciale, c'est-à-dire qui, par quelque mode qu'ils soient excités, ne donnent que des sensations d'olfaction, de vue, d'ouïe.

Les nerfs moteur oculaire commun, pathétique, moteur oculaire externe, sont des nerfs exclusivement moteurs pour les muscles de l'œil. Le trijumeau est moteur et sensitif : i" moteur par sa petite racine (nerf masticateur) pour tous les muscles de la mâchoire, mais non pour le buccinateur. Il innerve encore le mylo -hyoïdien et le ventre antérieur du digastrique (muscles abaisseurs de la mâchoire) ; 2» sensitif ; a) sensibilité p-énérale de toute la face: h) sensibilité spéciale (gustative) par le nerf lingual.

Le facial est essentiellement moteur (tous les muscles de la face, y compris le buccinateur) ; c'est le nerf de l'expression. Il donne encore des rameaux aux muscles de l'oreille moyenne et des filets sécrétoires (corde du tympan) aux glandes salivaires (nerfs vaso-moteurs).

Le glosso-pharyngien est un nerf mixte : lo moteur pour le pharynx; 2° sensitif: a) sensibilité générale de l'isthme du gosier; h) sensibilité spéciale (gustative) de la base delà langue.

Le pneumogastrique est un nerf mixte trisplanchnique pour : 1° l'appareil respiratoire (sensibilité et mouvements du larynx, trachée et ses sécrétions, poumon); 2° le cœur (rôle modérateur emprunté au spinal) ; 3° l'appareil digestif.

Le nerf spinal est uniquement moteur : son rameau interne est destiné au cœur (modérateur) et au larynx (par le nerf récurrent du pneumogastrique) ; son rameau externe innerve le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze.

Le nerf grand hypoglosse est essentiellement le nerf moteur de la langue.

Les nerfs rachidiens sont mixtes dans tout leur trajet, excepté au niveau de leurs racines; les racines postérieures sont sensitives, les antérieures motrices (sensibilité récurrente très importante, car la récurrence de fibres sensitives à la périphérie des nerfs explique des faits clinique longtemps mal interprétés). Le ganglion des racines postérieures est le centre trophique de ces racines.

La moelle: I. par ses cordons blancs et par sa substance grise, joue le rôle de conducteur :

a) Les cordons postérieurs représentent surtout des commissures médullaires longitudinales ; mais il est proba]>le qu'ils renferment de plus des conducteurs spéciaux pour la sensibilité tactile.

h) Les cordons latéraux (antéro-latéraux) sont composés: !*> de fibres centripètes ou conductrices de la sensibilité (partie postérieure et interne des cordons latéraux proprement dits); 2» de fibres centri-

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fuges motrices volontaires, les unes entre-croisées déjà an niveau du collet du bulbe (cordons latéraux), les autres ne sul)issant leur déçussation que dans leur trajet médullaire (cordons antérieurs) ; 3" le reste des cordons antéro-latéraux est formé de fibres commissurales médul. laires longitudinales.

c) Les cordons pris centraux sont les jirincipaux conducteurs de la sensibilité; ils sont le siège d'une conduction indifférenle, c'est-à-dire qui ne j)ermet de concevoir ni l'existence de conducteurs spéciaux pour chaque variété de sensation, ni un trajet régulièrement et complètement croisé pour chacun de ces conducteurs.

II. Pa." sa substance grise, la moelle est le centre des actes réflexes dont les associations s'expliquent facilement par les rapports de voisinage des noyaux des nerfs (notamment les noyaux des nerfs bulbaires).

Les acies réflexes sont les actes nerveux les mieux connus; ils se produisent selon des lois désignées sous les noms de lois de Vunité' ralitéf de la symétrie, de l'intensité, de Virradiation, et de la généralisation. De plus, par exemple sur une grenouille décapitée, ces mouvements réflexes présentent une certaine association, une adaptation à certains actes (actes de défense).

La protubérance paraît être le siège de ce qu'on nomme le« sensa^ tiens brutes.

La couche corticale des hémisphères (substance grise des circonvolutions) est le siège des perceptions avec mémoire, c'est-à-dire des idées, de Vintelligence et de l'instinct. Il n'est pas encore possible d'y localiser chaque faculté; une seule localisation de ce genre est aujourd'hui démontrée, c'est celle du langage, dans la troisième circonvolution frontale gauche.

Les corps striés sont des centres excito-moteurs.

Il en est peut-être de même des couches optiques.

Les tubercules quadrijumaux sont le centre des nerfs optiques : ils président aux mouvements de l'iris.

On a fait du cervelet le centre génital et le centre coordonnateur des mouvements de locomotion.

Le liquide céphalo-rachidien, répandu dans les espaces sousarachnoïdiens, ne renferme presque pas d'albumine (pas coagulable par la chaleur) ; ce liquide a pour usage de mettre l'axe encéphalomédullaire à l'abri des compressions produites par l'afflux intermittent du sang dans le crâne (contraction cardiaque, et intermittence de la circulation veineuse sous Tinfluence respiratoire).

Le sommeil est un état de repos des fonctions de relation, caractérisé surtout par l'arrêt total ou partiel des fonctions des centres cérébraux; il y a alors anémie de l'encéphale. L'entrée en action de divers centres cérébraux, le plus souvent sous l'influence d'excitations extérieures, produit les rêves.

Pour les fondions du grand sympathique, voyez: Innervation des vaisseaux (nerfs vaso-moteurs), du cœur, des glandes et des viscèi'es en général (ch ip. Digestion et Circulation),

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