III. — MUSCLES LISSES
A. Composition histologique. — Les m,uscles lisses sont constitués par des éléments qui tantôt présentent la forme d'une cellule fusiforme (éléments contractiles de la tunique moyenne des artères), tantôt celle d'une fibre qui ne paraît être autre chose que la cellule précédente dont les dimensions longitudinales sont devenues très considérables par rapport aux dimensions transversales (muscles lisses du tube digestif, par exemple). Aussi donne-t-on aux éléments anatomiques du muscle lisse le nom de fibres-cellules.
Il est donc facile de concevoir que la longueur des fibres musculaires lisses, ou fibres-cellules, est très variable selon l'organe sur lequel ou les examine : cette longueur varie, en effet, de 4 centimètres à 7 dixième? de millimètres; leur largeur est très inégale pour un même élément, caria fibre-cellule se termine par deux extrémités effilées en pointe: sa partie médiane, la plus large, mesure de 3 à 20 millièmes de millimètre. Dans l'utérus, vers la fin de la grossesse, on trouve les fibres lisses les plus volumineuses.
Quoique ces fibres paraissent rubanées, il est facile de se convaincre, par l'inspection de leur coupe (sur du muscle lisse durci par l'acide chromique), que leur forme est celle d'un prisme. Pour les isoler les unes des autres, la dissociation simple, sans emploi de réactif, est le plus souvent impuissante ; mais on arrive à un isolement facile en faisant macérer pendant vingt-quatre heures un fragment de muscle lisse dans une solution d'acide azotique étendu de quatre fois son volume d eau, ou mieux encore dans un mélange à parties égales d'acide azotique et d'acide chlorhydrique (avec dilution d'eau à 1/5 ou 1/4).
On n'a pas démontré l'existence d'une membrane d'enveloppe autour des fibres musculaires lisses ; du reste, nous avons vu précédemment que les fibres striées du cœur étaient également dépourvues de myolemme. Cependant la couche superficielle de la substance des fibres lisses est plus ferme que les parties sous-jacentes, lesquelles sont formées dans toute la masse par une substance albuminoïde transparente et presque amorphe, si ce n'est dans la partie la j)lus large, où cette sul^stance paraît plus ou moins granuleuse. Au centre de cette
partie granuleuse, on aperçoit un noyau dont lu forme est tout à l'ait caractéristique des fibres musculaires lisses. Ce noyau, en effet, est allongé en forme de bâtonnet (tig.
35, B); sa largeur est; de 2 à 4 millièmes de millimétré, et sa longueur de 15 à 30 millièmes de millimétré, c'est-à-dire qu il est souvent dix fois plus longque large. Il est orienté de telle sorte que sa longueur correspond au grand axe de la fibre lisse ; aussi sa présence est-elle suffisante })our permettre de conclure à celle de la fibre musculaire lisse, ce qui arrive lorsque, par exemple, on examine, sans dissociation préalable, un lambeau de muscle lisse que l'on traite par l'acide acétique dilué; dans ce cas, en eftét, le tissu devient transparent (B, fig. 35) et il est difficile de distinguer les bords (les fibres musculaires, mais le noyau devient très évident, et sa direction même permet de reconnaître dans quel sens les fibres sont disposées. Par l'action continuée de l'acide acétique, ces noyaux prennent facilement une forme ondulée, mais leurs bords restent toujours très nets. Ces noyaux manquent, en général, de nucléole, mais on peut voir des noyaux nucléésdans les fibres de l'utérus (Ch. Robin). Les fibres musculaires lisses, ou fibres-cellules, paraissent se former par ime transformation très simple des cellules em])ryonnaires. Ces cellules, sans paroi j)ropre, s'allongent en «"effilant à leurs deux extrémités, en même temps que leur j)rotoplasma se transforme en substance musculaire et que leur noyau s'allonge en bâtonnet.
B. Propriétés et fonctionSi — La physiologie du muscle lisse,
Fjg. o5. — Muscles lisses delà vessie
* A, Avant IViclion de tout réactif; — B, après Taclion ilc l'acide acétique dilué; — «,a. u. fibres isolées: — 6, b^ fibres restées accolées les unes aux autres par leurs bords.
Muscles lisses (4-^
comparée à celle <lu muscle strié, est dominéo par ce fait que, dans le premier, le passage de l'état de repos à l'état actif se fait avec une lenteur relativement très grande; après l'application d'un excitant qui met en jeu la contractilité, il s'écoule un temps considéral)le avant que le nmscle se contracte, lui un mot, Vexcitaiion latente (V. p. 137) est de longue durée. La contraction,une fois établie, présente aussi une longue durée: l'analyse myographicpie , surtout par l'étude de la contraction induite, montre que la contraction du muscle lisse est une simple secousse; il n'y a donc pas à parler de tétanos physiologique pour les muscles lisses. La forme dite péristaltique est la forme la plus ordinaire de ces contractions, c'est-à-dire que, ainsi que l'ont fait observer avec soin Onimus et Legros, l'excitation, au lieu de rester localisée à la fibre excitée, se propage directement aux fibres voisines : ce fait peut tenir à la i)résence des plexus et ganglions intra-musculaires, qui jouent peut-être le rôle de petits centres réflexes propagateurs du mouvement vermiculaire.
Les propriétés rjénérales des muscles lisses sont de même ordre que celles des muscles striés ; ces muscles sont également élastiques et extensil)los : ainsi l'intestin, la vessie et même l'utérus se laissent dilater à un degré extrême ; mais l'excès de dilatation en produit facilement la paralysies et en facilite la déchirure.
La physiologie expérimentale n'a actuellement que peu de données i-elativement aux diverses propriétés des nmscles lisses^ telles que pouvoir électro-moteur^ nutrition, phénomènes chimiques, sens musculaire , etc.
La contractilité des muscles lisses présente d'abord à signaler ce fait capital, qu'elle n'est pas mise en jeu par la volonté; ce sont des muscles intolontaires, entrant normalement en jeu par le fait d'innervation réflexe. Quant aux excitants, que l'on peut faire agir directement sur le muscle ou par l'intermédiaire des nerfs, ils sont de même ordre que ceux du muscle strié, mais présentent, dans leur mode d'action, quelques particulai'ités que Jious signalerons rapidement.
D'après Legros et Oninms, tandis que pour les nuiscles striés l'excitation électrique des nei-fs moteurs du muscle produit plus d'effet que celle du muscle lui-même, il se présenterait une différence de sens inverse pour les muscles lisses. D'après ces mêmes physiologistes, lorsqu'on ftiit agir sur des muscles lisses les deux pôles d'un courant d'induction, en plaçant ces pôles à une certaine distance l'un de l'autre, au lieu de voir le nmscle se contracter dans toute son étendue (comme pour le muscle strié), on observe, par exemple, sur le tube intestinal, qu'il n'y a contraction que dans les
j^^g MUSCLES ET LEURS ANNEXES
points en contact avec les pôles électriques : cela tient peut-être à ce que la contraction se propage lentement dans la longueur de la libre lisse, ou ])ien a ce que l'un agit plutôt sur les plexus et les ganglions nerveux intra-niusculaires que sur 1(' nuisclc liii-nicnic. Un fait plus singulier encore, et auquel doit certainement être attribuée cette dernière interprétat'on. est celui signalé par Legros et Onimus relativement à l'action des courants continus : par l'application de ces courants sur les organes qui jouissent de mouvements péristaltiques (intestin), on observerait des effets différents selon le sens du courant : lorsque celui-ci suit la direction des contractions péristaltiques normales, il y avait relàcbement : avec le courant de sens contraire, il y aurait contraction.
La chaleur, le tVoid, c'est-à-dire un changement In-usque de température excite également la contraction des muscles en général ; mais si la variation de température est lente et^ ne s'éloigne pas Jjeaucoup de la chaleur normale, les muscles striés ne manifestent aucune réaction, tandis que les muscles lisses se contractent. C'est ainsi qu'il faut comprendre les dénominations de muscles thermosystaltiqucs appliquées aux fibres lisses, et de muscles athermosijstalfiqiies appliquées aux fibres striées: c'est ainsi que les fibres lisses du dartos,et en général celles de la peau, se contractent par le contact d'un milieu froid, et notannnent par l'immersion dans l'eau froide; c'est ainsi que l'on voit les parois intestinales d'un animal sacrifié et ouvert, présenter dos mouvements péristaltiques très accentués soit par le contact de l'air froid, soit par celui de l'eau chaude. Il suffit d'eau à 20 degrés sur un animal mort depuis quelques instants et déjcà refi'oidi. La lumière elle-même est un excitant des muscles, mais seulement des muscles lisses (expériences de Brown-Séquard sur des yeux de grenoidlle et d'anguille).
Gomme excitants directs des fibres musculaires lisses, excitants qui agiraient sur ces fibres à l'exclusion des fibres striées, on a cité divers agents, dont l'action est encore très contestable à ce point de vue, car elle paraît se produire plutôt par l'intermédiaire du système nerveux. Nous citerons l'acide carbonique, d'après Brown-Séquard ; le seigle ergoté, d'après Holmes ^ : la quinine, l'atropine, d'après divers expérimentateurs; mais Vulpian a montré combien étaient peu précises nos notions théoriques sur le mole d'action de ces diverses substances.
Nous manquons de données précises sur le travail musc al aire, sur la fatigue musculaire des muscles lisses. Mais leur entrée en
1 lîol'.n.es, Éludes expèrime.itale& sur le twde d'action de l'ergot de seigle, thèse de doctorat. Paivs, 1870.
CKLLULKS CONTRA CTILKs \\Ç)
,i(/ictitc' cadavérique a \'w\y eoiiiuie pour los muscles striés: ou l'observe sur les muscles delà p mu, sur les petits faisceaux amiexés aux follicules pileux et elle sj traduit i)ar le jjhéuomène de chair de poule post mortcn. Sur les suppliciés. Ch. Robiu a observé que rétilt de chair de poule se produit par riiiidité des nmseles de la peau, de trois à sept heure- après la mort.