LOCOMOTIONS
tendons pennettent de se rendre compte immédiatement des différentes formes de travail et de mouvements que l'honmie peut exécuter. Les plus intéressants de ces mouvements sont ceux de la locomoion et surtout ceux de la vnavche. Les frères Weber ont consaci'éde longues études à l'analyse de la marche et en ont donne une théorie qui a été lon.stemps classique, mais que de nouvelles recherches ont renversée en grande partie. Cette théorie était remarqual)le en ce qu'elle supposait que, daus le j)as ordinaire, chacune des deux jambes est alternativement poussée en avant pur un mouvement d oscillation identique à i-ejui d'un pendule.
Supposons un homme pris au milieu de sa marche; il vient d'achever un pas, il repose sur les deux jambes: la gauche, })ar exemple, en avant, la droite en arriére. Pour continuer la marche, pour former un nouveau pas, voici ce qui se produit, d'après la théorie des ^\'eber : La jambe gauche, que nous appellerons ya>n.&e active, e?,i posée perpendiculairement sur le sol, et forme le côté droit d'un triangle rectangle dont l'hypoténuse est formée par la jambe droite étendue eu arriére ; nous allons voir que cette jambe droite peut être dite \sl jambe passive (W'eber). La jambe gauche ou active, d'abord légèrement fléchie, s'étend alors et pousse en avant et en haut le bassin ; à cet etïet, le talon de la jambe gauche se détache du sol, par le mécanisme que nous avons expliqué à propos des leviers du deuxième genre, et le membre n'appuie plus que sur l'extrémité du métatarse. Pendant ce mouvement, la jambe droite ou passive, forcée de suivre le mouvement de projection en avant du bassin, se détacherait passivement du sol. et ferait autour de son point de suspension au bassin un mouvement de pendule en avant, par lequel le pied droit est porté aussi loin devant le pied actif (gauche) qu'il était précédemment loin en arriére de lui: il est alors placé sur le sol et, le mouvement de projection du bassin en avant par la jambe active (gauche) se continuant et s'achevant, le pied droit se^trouve finalement placé perpendiculairement sur le sol, comme l'était la jambe gauche au commencement du pas. Le pas considéré est fini, et dans le nouveau pas qui va se produire, les choses se passeront de même que précédemment, seulement les rôles seront inverses; la jambe droite va devenir active, la jambe gauche passive.
En somme, daus la marche, qui peut être considérée comme une série de chutes en avants arrêtées par l'appui d'un pied jusque-là resté en arriére, le pas pourrait être représenté par un triangle rectangle qui se déplace, en même temps que ses côtes se meuvent de telle manière que celui qui représentait le côté droit au commencement du pas (jambe gauche dans l'exemple choisi) passe à une position oblique d'hypoténuse et x)ice versa. La jambe qui de côté droit passe à la position d'hypoténuse serait tout le temps active, celle qui passe de la position d'hypoténuse à la position de côté droit serait tout le temps passive; elle oscillerait à la m>anière d'un pendule.
Pour osciller sans rencontrer le sol, la jambe passive doit se rac-
courcir légèrement ; c'est ce qui a lieu, en effet, et, d'après la théorie précédente, il serait inutile d'invoquer pour cela l'action des muscles de ce membre ; en effet, le membre inférieur oscillant représenterait un pendule double (cuisse d'une part et totalité du membre de l'autre). Or, on sait que les lois des oscillation des pendules sont telles, que tout pendule composé de deux parties réunies par une charnière fléchit légèrement dans la cbirniere au moment de l'oscillation.
Cependant, déjà dans ces dernières aimées, quelques physiologistes se refusaient à admettre que la jambe dite passive lut complètement passive; et ils la considéraient comme présentant un léger degré de contraction des fléchissseurs, précisément pour effectuer cette légère flexion nécessaire à l'exécution de l'oscillation. D'après les arguments tirés de l'observiition pathologique, Duchenne (de Boulogne) considérait déjà les mouvements oscillatoires de cette jambe comme impossibles sans l'intervention de la contraction des fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, et des fléchisseurs du pied sur la jambe i. La question était diffijile à résoudre, car quelques auteurs faisaient encore intervenir ici la question de la prédominance des fléchisseurs sur les extenseurs, question sui- laquelle nous nous sommes déjà expliqués (^'. plus haut, p. 123).
Eatln une étude expérimentale, basée sur l'emploi de la méthode graphique, a j-eraiis à M. Carlet de résoudre les questions les plus difticiles de la théorie de la marche, et de venir, dans un travail complet -, contiî-nier quelques-uns des points de la théorie des ^^'eber, en infirmer le plus grand nombre, et eutiu élucider certains points qui n'avaient même pas fixé l'attention des précédents expérimentateuis. M. Carlet a montré ainsi que le membre qui oscille, loin de se mouvoir comme un pendule inerte, est si bien soumis à l'action musculaire, que l'on voit le droit intérieur de la cuisse se contracter au tlébut de la période d'oscillation: puis entrent enjeu les muscles de la région postérieure, et cela jusqu'à la période d'oscillation. Mais cet expérimentateur s'est surtout attaché à analyser les mouvements d'oscillation de diverses parties du tronc, et du tronc dans son ensemble : ainsi, loin de se mouvoir en ligue droite, le grand Iroohanter décrit dans l'espace une courbe, en oscillant à la fois dans le plan ve.tical et dans le plan horizontal. D'autre part, 1' nclinaison du tronc n'est pas. comme l'admettaient les Weber, proportionnelle à la vitesse de la marche, et const iUle }ourune vitesse donnée. L'inclinaison d'.i tronc dans le plan veitical varie brusquement aux environs du minimum, et lentement aux environs de son maximum ; les muscles du tronc ne sont pas étrangers à la production de cette inclinaison. Réunissant tous ces résultats de l'expérience en une théorie de la marche, l'auteur, en décrivant avec soin toute la série des phénomènes qui constitumt le pas. distingue le temps
1 Ducheaue (de Boulognej, Physiologie des moutenienls. Paris, 18ÔT,
2 G. Carlet, Essai expérimmlal sur la locomotioa. (Annales des s:. nat.. 1S72.)