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VITKSSE DK i.A CIKCrLATlON 215
tlotte lui poudulc que le courant dévie tl'autant plus qu'il est plus rapide ; ou peut, d'après le dej^ré de la déviation, calculer la vitesse du saug. On a reconnu par ces expériences que la vitesse du sang dans la carotide est de 0'". 33 par seconde, et de 0'". 44 dans l'aoïte (en moyenne de 0'" . 50 à l'origine de l'aorte) ; elle est donc dans ce dernier vaisseau 400 fois plus considérable que dans les capillaires. Des résultats semblables ont été obtenus ayecY liémodromomètre de Gbauveau et hémod i-ouior/ i-aphe de Lortet (tig. 08), qui sont construits sur le même principe que Tinstrumeut de Vierordt. D'après Budge, la vitesse du cours du sang, cbez le chien, est de 0™. 26 par -econde dans la carotide, et de 0,050 dans la méseutérique.
Ou peut encore se demander, considérant la circulation dans son
• usemble, quelle est la vitesse générale, après avoir vu la vitesse du sang en des points déterminés. En un mot, combien faut-il de temps h un globule sanguin pour aller du ventricule gauche à l'oreillette
• Iroite? En moyenne, chaque contraction du cœur lance dans l'aorte 180 grannnes de sang. Comme la masse totale du sang s'élève seulement à 5 kilogrammes, il en résulte qu'il faut 25 à 30 pulsations cardiaques pour que tout le sang passe par l'organe central, de sorte qu'il faut un peu plus de 30 secondes pour qu'un globule parti du cœur y soit revenu. Ce résultat donné par le calcul ne peut être que très général et très approximatif : ainsi le sang qui va au membre inférieur a un trajet bien plus long à parcourir que celui ({ui passe dans les artères et veines cardiaques ; le temps du voyage complet (aller et retour) d'un globule sanguin doit donc varier selon les régions où il est lancé ; mais en tout cas, la circulation générale doit être très rapide, l'expérience chrecte en donne la preuve. Déjà les phénomènes d'empoisonnement nous éclairent à ce sujet, cail'on sait qu'une goutte d'acide prussique, déposée sur la conjonctive, fait périr un animal en 8 ou 10 secondes, et que l'on trouve le poison diffusé dans tout l'organisme. Si le poison est déposé sur un point plus éloigné, sur une blessure du pied, par exemple, la mort est un peu moins prompte à se produire, parce que le sang met plus de temps à revenir par les saphènes que par les jugulaires. L'expérience classique consiste à injecter du cyanure jaune dans le bout central de la jugulaire et à recueillir le sang qui s'écoule par le bout périphérique. On voit alors qu'après 8 ou 15 secondes le poison revient déjà par ce bout, car dès lors le sang qu'on y recueille donne la réaction caractéristique du bleu de Prusse (avec un sel ferrique). Enfin dans des expériences récentes, Cl. Bernard a montré que toutes les fois qu'on empoisonne un animal par une injection sous-cutanée (de curare, par exemple), l'action toxique est précédée des trois phases suivantes : 1" pénétration du poison dans le sang
des capillaire? avec lesquels le contact est établi ; 2° transport par le sang de la substance absorbée : 3° exsudation de la substance et action sur les tissus (sur les nerfs, pour le curare)^. L'ensemble de ces trois actes dure au plus quatre minutes, dont sept secondes sont employées an transport par lequel la substance entraînée dans le torrent circulatoire fait le toui' complet des deux cercles de la grande et de la "petite circulation.
Dispositions particulières du système circulatoire dans quelques organes. — Telles sont les conditions générales de la circulation, de SCS pressions, de ses vitesses en ditierents points. Mais le système des cônes que nous avons considérés jusqu'ici n'est pas partout aussi simple, et l'on rencontre dans diverses portions do l'appareil circulatoire des dispositions et des conditions purement physiques et mécaniques qui modifient la rapidité du cours du sang. Parfois un système capillaire particulier se trouve placé sur un point du cône artériel ou du cône veineux qu'il interrompt. C'est ce que l'on observe dans les vaisseaux artériels du rein, au niveau des pelotons vasculaires qui constituent les yloraérules de Malpighi. Là cette disposition a pour eiiét, en ralentissant le cours du sang, d'augmenter la surface de transsudation. Lîn fait analogue se présente dans le système de la veine porte: le sang fourni par le tronc cœliaque et meseutérique aux oi'ganes de la digestion est i-amenéparuu grand nombre de veines dans un tronc commun, la veine porte. Mais celle-ci, au lieu d'aller se jeter immédiatement dans la veine cave, se ramifie d'abord dans le foie, à la manière d'une artère, eu formant les vaisseaux afférents du foie, les capillaires hépatiques, et enfin les vaisseaux eiïérents ou veines sus-hépatiques, qui vont se jeter dans la veine cave. Tout ce système peut être théoriquement représenté par un cône (fig. 69) partant du tronc aortique (a) et figurant les artères intestinales et leurs capillaires; à ce cône artériel succède un cône veineux représentant les origines et le tronc de la veine porte ; mais ce deuxième cône se continue avec un troisième disposé comme un cône artériel (où la circulation se fait du sonnnet vers la base; et figurant les ramifications de la veine porte dans le foie (ce). Par sa base (capillaires hépatiques), ce cône s'adosse à un quatrième cône représentant les veines sus-hépatiques. Ainsi, aans ce trajet, le sang parcourt un système de cônes double du système général et subit à chaque double base (chaque réseau capillaire c'g' et ce) les ralentissements que nous avons étutUés. Dans quelle que région que ces dispositions se produisent, on donne toujours le nom de vaisseau porte k toute partie de l'appareil circulatoii e dans lequel
i Claude Bernard, Physiologie opératoire, Paris, 1879.
VP:inES — SYSTÈMES l'ORTES
FiG. 69.
Schéma des doubles cônes d'un système porte *.
le sang marche des capillaires d'un organe vers les capillairos d'un auti'e organe.
De plus les systèmes capillaires, interposés aux séries de cônes de l'appareil de la veine porte intestinale, par exemple, ne supportent I)as les mémos pressions que les capillaires ordinaires.
Aucun de ces systèmes n'étant à égale distance du ventricule gauche et de l'oreillette droite, ne peut avoir une pression moyenne entre 1100 et 25/100 d'atmosphère. La pression sera plus faible dans les capillaires hépatiques (fig. 69, 2 c, c) puisqu'ils sont plus rapprochés de l'oreillette ; plus forte dans les capillaires intestinaux, puisqu'ils sont [)lus rapprochés du ventricule gauche (c', c') ; cette dernière condition est très peu favorable, comme nous le verrons, à la théorie de l'absorption intestinale par simple endosmose. Nous verrons aussi que les systèmes capillaires du rein donnent lieu à des considérations semblables.
B. Propriétés et fonctions des vaisseaux. — Les conditions générales de la circulation du sang, de ses pressions et de ses vitesses, conditions résultant uniquement de /a disposition mécanique des canaux sanguins, peuvent être modifiées et compliquées par les propriétés physiologiques des parois des vaisseaux, artères., capillaires., veines.
lo Artères. — L'anatomie nous enseigne que les artères se composent de trois tuniques (fig. 70) ; de ces trois membranes, celle qui intéresse le plus le physiologiste, c'est la tunique moyenne : elle contient deux éléments essentiels: du tissu élastique et du muscle (nmscle lisse, cellules contractiles). Le premier de ces éléments, le tissu élastique, domine presque seul au sommet du cône artériel, et 1 "aorte est presque uniquement formée de membranes jaunes élastiques; par contre, c'est l'élément musculaire qui est largement prédominant à la base du cône, c'est-à-dire dans les parois des
* La suporposition des doux schémas montre que les pressions ne sont pas les màmes dan; les capillaires d'un système porte c! dans ceux de la circulation générale.
1 Circulation gèncvule. — V, ventricule ; — O, oreillette; — «, artères; — i-, veines; — G, capillaires (pression — 12).
2, Un système porte. — V, ventricule ; —0, oreillette ; — a, artères : — c', C premier système de capillaires (pression = 18) : — SP, tronc porte ; — c, c, deuxième système de capillaires (pressions 6' ; — >\ veino.
K L S S et D u v A L , P h y s i o 1,
FiG. 70. — Artère avec ses trois tuniques disséquées.
petites artères qui précèdent les capillaires ; dans les parties intermédiaires, les tissus élastique et musculaire se partagent la composition de la tunique moyenne proportionnellement à la distance à laquelle le point, considéré se trouve de la base et du sonnnet du
cône, de sorte qu'une diagonale qui, sur un schéma, partage obliquement l'épaisseur des parois du cône artériel, représente parfaitement la richesse comparée des divers points des parois artérielles en tissus élastique et musculaire (fig. 71).
Les artères sont donc des canaux d'une grande élasticité, grâce à la présence du tissu musculaire et du tissu jaune. Ce seul énoncé nous indique que ces vaisseaux doivent avoir une forme naturelle à laquelle ils tendent à revenir sans ces-e, violentés qu'ils sont par la circulation. Aussi les artères ne sont-elles pas, comme on est porté à le croire, des cylindres creux , mais bien des rubans creux à parois aplaties et presque en contact.
En effet, une artère de moyen calibre contient à peu près parti s égales de tissu musculaire et de tissu élastique. Si le tissu musculaire était seul, comme il est disposé en couches circulaires, connue un sphincter, il ne laisserait, en réalisant sa forme naturelle de repos, pour toute ouverture centrale de l'artère, qu'un point ou une ligne axiale, indice du canal (fig. 72, A). Mais, d'autre jjart, le tissu élastique tend à maintenir l'artère largement béante, et lui donnerait l'aspect d'un large canal cylindrique, s'il existait seul (B). De cet antagonisme continuel entre l'élasticité du muscle et celle du tissu élastique, résulte, par une espèce de compromis, une forme intermédiaire entre ces deux formes extrêmes, la forme d'un ruban cylindrique aplati (G et mieux encore D), ayant pour lumière une fente transversale ^. Cette forme naturelle est .sans cesse violentée par la masse du sang que le ventricule lance à chaque systole dans l'arbre artériel : aussi les artères pleines de sang ont-elles un canal cylindrique ; mais on sait aussi qu'elles peuvent changer de forme selon la plus ou moins grande quantité de sang qui leur est envoyée. Quand une hémorragie considérable a lieu, elles réalisent l'3ur forme naturelle rubanée ; après la mort, elles la réalisent aussi,
1 V. Louis Oger, Coasidérations pliysiologiques sur la forme naturelle et la forme apparente de quelques organes, et eu pardculier sur la forme apparente des artères. Thèse de Strasbourg, 1870, n" 283.
ELASTICITE DES ARTERES
en expulsant tout leur contenu vers les capillaires et les veines; aussi les artères du cadavre sont-elles vides et rul^anèes. Il faut ajouter cependant qu ellc^s ne conservent cette forme sur le cadavre que tant que l'air n'a pas pénétré dans leur intérieur ; dès qu'on fait une ouverture à leur paroi, elles aspirent l'air et prennent
FiG. Ti. — Cône artériel; composition des parois artérielles*.
T2. — Forme naturelle des artères".
l'aspect de cylindres creux. Ce fait est facile à expliquer: après le dei-nier battement du cœur, les artères encore vivantes ont. en expulsant leur contenu vers les veines, réalisé leur forme naturelle de ruban creux aplati, forme due au conflit du tissu musculaire et du tissu élastique : mais bientôt le tissu musculaire perd ses propriétés : dès lors, au point de vue physiologique- l'artère n'est plus composée que du tissu élastique, et la forme naturelle de l'artère du cadavi-o est désormais celle d'un cylindre creux : toutefois la pression atmosphérique ne lui permet pas de se dilater et de réaliser cette forme, qu'elle ne peut prendre complètement que quand une incision laisse l'air s'introduire dans sa cavité.
Ainsi les artères sont pendant la vie dans un état de tension permanente; c'est ce qui constitue leur tonicité, tonicité comparable à celle que nous avons étudiée dans les sphincters, dans les nmscles en générale Grâce à cet état, grâce kV élasticité considérable qui
1 Ces considérations sur la forme naturelle et la forme apparente d'un organe, d'un tissu simple ou composé de plusieurs éléments, sont du plus haut intérêt en physiologie générale, et apportent parfois une clarté inattendue
' Proporlion dans laqueUc rêlémeiit élastique et rélérnent musculaire entrent dans la composition de la paroi du cône depuis le sommet (Al), jusqu'à la ba;e C. C) ; — 1, l él<ment musculaire : — 2, élément élastique.
** Éléments qui déterminent la forme naturelle des artères : A. aspect de la coupe d'une artère qui ne serait composée que de tissu musculaire : — B, coupe d'une artère qui n« serait cmposOe qu" de tissu élastique;^ C, D. coupe d'une artère, montrant sa forme réelle rnbauée, telle qu'elle résulte physiolosiquement de !a lutte des deux éléments, élastique et mus-Milaire.
en résulte. \e< artères ue servent pas simplement à eouduiro le sang ; elles transforment la circulation et changent le jet intermittent du cœur en un jet continu. Dan< les artères considérables et voisines du cœur, le jet est encore intermittent ; mais à mesure qu'on s'avauce dans l'arbre artériel, on le voit devenir continu. En etfét, déduisant du débit de l'artère carotide celui de l'origine de l'aorte, on a pu calculer que chaque ondée sanguine est d'environ 180 grammes de sang. Cette quantité est énorme et il doit en résulter une forte dilatation de l'aorte : ses })arois réagissent à leur tour sur le sang, le chassent vers le cône artériel, où. par une série de dilatations et de retours successifs de moins en moins sensibles, le cours saccadé du sang vers le sommet du cône devient à peu près récjulicrxevi^ la région des capillaires (base du cône).
L'élasticité artérielle, en changeant le mouvement intermittent du sang en un mouvement continu, soulage beaucoup les efforts du cœur, ou, en d'autres termes, rend plus efficaces ses contractions. En effet, Marey a démontré que pour un écoulement constant, produit sous une même pression, les quantités de liquide écoulé dans un temps donné sont les mêmes lorsque le liquide sort par un tube rigide ou pai' un tube élastique ; mais il n'eu est plus de même pour un écoulement intermittent : dans ce cas le débit pour une même pression est beaucoup plus considérable par un tube élastique que par un tube rigide Le cœur, à égalité de force dans ses contractions, produit donc une circulation l)eaucoup plus active en lançant son contenu dans des vaisseaux élastiques que dans des vaisseaux rigides. ¥ai d'autres termes» si les artères cessaient d'être élastiques,
a l'explication de certains phénomènes. Si par deux traits de scie portés en arrière sur toute la longueur des lames vertébrales, on sépare la série des apophyses épineuses et des lames d'avec la série des masses articulaires; si après cette séparation on juxtapose les deux moitiés verticales de la colonne pour comparer leurs longueurs, on constate que la moitié postérieure s'est raccourcie dune quantité très notable. Le raccourcissement correspond presque à la hauteur de trois vertèbres de taille moyenne. Evidemment les ligaments jaunes doivent seuls être accusés de ce raccourcissement : ces ligaments, sur une colonne vertébrale intacte, sont violentéspar l'écartement et la rigidité des lames sur lesquelles ils sont étendus: ils ne peuvent réaliser leur forme naturelle, à laquelle on ne les voit revenir que par la suppression de cette force antagoniste.
Nous verrons que la forme naturelle du poumon vivant diîl'ère de la forme naturelle du poumon sur le cadavre: que jamais dans l'organisme vivant et normal la première n'est réalisée: cette étude nous permettra de comprendre très simplement le mécanisme de l'expiration.
On doit entendre par forme naturelle, soit d'un tissu^ soit d'an organe, la forme qui - .sf propre à ce tissu ou à cet organe, indépendamment de toutes les in/luencf^s élrangèrfS plus ou moins constantes qui tendent à le violenter.
ELASTICITE l)E8 ARTÈRES 221
le cœur devrait augmenter réiiergie de ses contractions pour produire les mêmes ettets de circulation. C'est ce que l'on observe du reste dans Yathérome; dans cette affection, les artères s'incrustent de sels calcaires et deviennent rigides. Aussi voit-on le cœur s'hypertrophier j)()ur parvenir à produire, sans le secours de l'élasticité artérielle, le même travail que précédemment. L'élasticité artériell<', mise enjeu à chaque systole ventriculaire, emmagasine, puis restitue, lors de la diastole, une certaine quantité d(^ force qui, dans un tube rigide, est dépensée dans les frottements (V. plus loin: Dicrotisme).
Quant au tissu musculaire, par son abondance au niveau des petites artères, nous verrons qu'il a pour ])ut, sous l'influence dos nerfs (V. vaso-moteurs), de modifier les circulations locales par la contraction (anémie) ou la dilatation (hypérémie, rougeur) des petits vaisseaux.
Du pouls. — Il y a donc au sommet du cône artériel, à chaque systole du ventricule, luie augmentation brusque de pression, un choc, et par suite une onde très sensible, qui se sent encore dans les artères moyennes et disparaît vers les capillaires. C'est pourquoi, lorsqu'on applique la pulpe d'un doigt au niveau d'une artère superficielle et telle qu'elle puisse être légèrement comprinK-e contre un plan o.sseux [art. radiale à l'extrémité inférieure du radius : faciale au niveau du maxillaire inférieur : pédieuse au niveau de la partie antérieure du tarse) , on constate des changements rythmiques dans la consistance que présente cette artère: le doigt reçoit l'impi-ession de soulèvements, de battements régidiers, auxquels on a donné le nom de pulsation artérielle, de 'pouls artériel, ou simplement de poids. Ces manifestations de la pulsation artérielle résultent des changements qui surviennent dans la pression ou tension artérielle : ces changements sont produits par les mouvements du cœur, qui, à chaque systole ventriculaire, lance dans l'arbre artériel une masse de sang égale à environ 180 ou 200 grammes : et, en effet, le pouls artériel est sensiblement synchrone avec la contraction des ventricules, c'est-à-dire avec le c// oc précordial, signe extérieur de cette contraction. La sensation d(; choc, éprouvée par le doigt qui déprime une artère, tient au durcissement subit de celle-ci, lorsqu'une ondée sanguine, poussée paile ventricule dans le système artériel, vient augmenter subitement la tension du sang dans ce système. A ce moment, l'artère, qui est élastique, se laisse dilater par cette augmentation de pression : on peut dire'encore que la pulsation perçue par le doigt, le pouls, est la manifestation de là diastole artérielle.
Quelque simple et évident que paraisse le fait sus-indiqué, à savoir que le pouls correspond à la systole ventriculaire et qu'il est produit
par l'augmentation de pression clans les artères, la confusioa sur la nature même du phénomène pulsafcif serait trop facile si Ton n'avait soin de bien préciser les rapports exacts entre les trois facteurs que nous avons mentionnés: sensation de soulèvement ou de diastole perçue par le doigt; augmentai ion de la pression sanguine ou tension artérielle, et arrivée dans l'arbre artérielle du sang chassé par le ventricule. C'est cette nouvelle masse de sang qui, venant s'ajouter à celle qui était déjà contenue dans les artères, et la poussant devant elle, augmente la tension vasculaire et jiroduit la diastole artérielle; mais ce n'est pas â dire qu'en percevant la diastole artérielle le doigt assiste pour ainsi dire au passage dans l'artère en question du sang que vient de lui envoyer le ventricule ; il perçoit seulement le choc que le sang sorti du ventricule a transmis successivement aux colonnes de liquide placées au devant de lui ; ce n'est pas Vondée ventriculaire qui passe sous le doigt au moment du pouls, c'est Vonde qu'elle a produite dans la colonne sanguine, qui soulève la paroi artérielle et devient perceptiple. 11 sera facile de comprendre cette distinction en invoquant un certain nombre de faits élémentaires plus ou moins familiers au médecin. 1^ Quand une grosse artère (la crurale, par exemple) vient d'être liée dans le moignon d'une cuisse amputée, on voit encore ce bout de vaisseau, terminé en cul-de-sac, se soulèvera chaque contraction cardiaque; cependant le sang n'y circule plus à proprement parler, il le remplit seulement et il le remplit sous des jiressions variables, c'est-à-dire avec augmentation brusque de pression à chaque systole ventriculaire, avec diminution de pression dans l'intervalle de ces systoles, puisque le sang s'échappe alors par les colla:érales qui naissent en arrière de la ligature; ces soulèvements du bout de l'artère liée ne sont autre chose que \e -pouls devenu ici sensible à la vue; 2» il est un petit appareil de physique destiné à montrer h-s effets de l'élasticité des corps solides et qui consisle en une série de billes d'ivoire suspendues par des fils à une règle horizontale, de manière à ce qu'elles soient en contact et forment elles-mêmes une rangée linéaire horizontale. Quand à une des extrémités de celte série on écarte une de ces billes pour la laisser brusquement retomber sur celle qui suit, celle-ci, non jilus que la troisième, ni la quatrième, ne se déplacent ; la dernière seulement, celle qui est à l'extrémité de la série, s'écarte de celle qui la précède ; c'est que le choc s'est transmis, de molécule à molécule, d'une bille à l'autre, sans déplacement des billes jusqu'au niveau de la dernière, qui, étant libre, s'est trouvée clans les conditions suffisantes pour que le choc se traduise par un mouvement: ainsi le choc s'est transmis indépendamment du mouvement. De même le choc produit par la systole cardiaque se transmet de proche en proche au contenu des artères, mais la propagation de ce choc est chose distincte du mouvement du sang, quoique de fait ce mouvement ait, comme ])récédemment, ce choc ou cette augmentation de pression pour cause mécanique.
Ces deux exemples peuvent déjà faire comprendre qu'il ne faudra pas confondre la Ibrce à\x pouls avec Ydnerr/ie de la circulation,»la in'fé'55e
r u L s A T : o N A R r !•: u 1 1; r . i . i-: o-yj^
di pouls avec, la vitesse de la ciroulalion : la circulation consiste dans le déplacement du sang; le pouls, qui se trajismet du cœur aux artères, consiste dans la progression d'uu choc, d'une oscillation qui se propage d'une tranche de la colonne sanguine à une autre tranche, alors même ({ue cette colonne est immol)ile, et, en tout cas, indépendamment des mouvements de cette colonne. Lorsque le chirurgien, pour s'assurer de lu nature liquide du contenu d'une tumeur, produit ce qu'on appelle la fluctuali07i, il applique d'un côté de la tumeur la pulpe des doigts de la main gauche, tandis que de la main droite il produit un choc brusque sur le côté opposé de la tumeur; ce choc est transmis, i)ar le liquide, sans déplacement réel de celui-ci, jusqu'au niveau des couches sousjacentes à la main gauche qui le perçoit comme un léger soulèvement. Cette tluctuation ainsi produite, et qui n'est qu'une forme peu différente de l'expérience sus-indiquée avec des billes d'ivoire, cette fluctuation est un phénomène identique à celui du pouls : ici la main droite représente la colonne sanguine qui transmet le choc cardiaque indépendamment du mouvement de la circulation.
Le pouls, qui traduit l'augmentation de pressicjn artérielle, est donc une oscillation qui se propage : les comparaisons qui précédent permettent de le comprendre ; il s'agit maintenant de le prouver, c'est-àdire de démontrer que la vitesse de propagation de cette oscillation est complètement différente, indépendante de la vitesse de la circulalion. Rappelons d'abord la comparaison qu'a faite AVeber entre les ondes pulsatiles et les ondes formées à la surface de l'eau par la chute d'un corps. Quand un corps tombe dans une masse liquide, il détermine lies oyides, visibles à l'œil sous la forme des soulèvements désignés vulgairement sous le nom de vagues, qu'on voit progesser en s'éloignant du point où le corps est tombé; ces vagues ne sont nullement constituées par les portions liquides qui ont été mises en contact avec le corps en question et qui se seraient déplacées ; elles sont constituées non par un déplacement de la matière même, mais par un mouvement se propageant à travers les molécules Yw?ida non est 'inateria progrediens, sed forma materiœ progrediens). Si le corps tombe dans un liquide en mouvement, les ondes qu'il y produira se propageront indépendamment du mouvement du liquide ; de même l'onde pulsatile produite dans la colonne sanguine se propage du centre à la périphérie, indépendamment du mouvement du sang. Nous avons dit précédemment que le pouls était synchrone au choc cardiaque, à la svstole ventriculaire ; c'est une indication qui répond à la constatation s-rossiere que nous pouvons faire à l'aide de nos sens, en dehors de l'usage des appareils de précision : l'oreille appliquée à la région précordiale, et le doigt qui déprime l'artère, nous donnent deux sensations qui paraissent simultanées, mais qui, en réalité, ne le sont pas et ne sauraient l'être; en effet, comme toute onde qui progresse dans un liquide, le pouls ne saurait se présenter simultanément dans tout le système artériel ; il doit se montrer plus tard dans les artères éloignées du cœur que dans les plus voisines, c'est-à-dire progresser du cœur vers les capillaires avec une vitesse telle que le retard du pouls radial sur le
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choc cardiaque échappe à nos sens, mais ne saurait échapper aux recherches faites avec des appareils de précision. C'est ce qu'ont démontré les expériences de Gzermak ; il a prouvé par des recherches très exactes (sphygraographe à miroif), que tandis qr.e le mouvement du sang diminue de vitesse à mesure qu'on se rapproche des capillaires (V. plus haut, p. 212), la vitesse de propagation de l'onde pulsative va, au contraire, en augmentant du centre à la périphérie, qu'elle est plus considérable chez les vieillards et les adultes que chez les enfants, résultats qui montrent bien qu'il ne faut pas confondre, nous l'avons déjà démontré, le pouls, sa vit;esse, sa forme, avec la vitesse du sang et l'activité de sa circulation. Onimus a particulièrement insisté sur ces caractères de l'onde pulsative.
On peut par l'expérience constater directement les ondes de la colonne sanguine en mettant un manomètre en communication avec le vaisseau: on constate alors facilement des soulècements et des
abaissements successifs. On a essayé de fixer ces ondulations au moyen du hymographion de Ludwig (fig. 73).
qui n'est qu'une modification de Yhémodynamomètre que nous avons étudié plus haut. A la surface de la colonne mercurielle du manomètre (en«.fîg. 73] se trouve un petit flotteur portant à sa face supérieure une tige verticale b articulée avec une seconde tige horizontale <?, munie d'une pointe qui touche un cylindre tournant noirci au noir de fumée (d, d'). Si ce cylindre était immobile, le stylet tracerait des lignes verticales : mais comme il tourne régulièrement, il en résulte que le stylet trace des ondulations qui, selon qu'elles sont à convexité supérieure ou inférieure, sont dites positives ou négatives ; elles correspondent, les premières aux systoles ventriculaires, les secondes au repos du cœur. Le sphygmographe de Marey, applicable à l'artère radiale de l'honnne, donne des résultats semblables : c'est un appmreil enregistreur (V. fig. 74 et 75 et leur explication), qui note les impulsions que lui imprime l'artère, grâce à un petit levier qui appuie sur cette artère, comme y appuie le doigt du médecin qui explora' le pouls. D'après la longueur de chacune de ces ondes on peut établir la durée comparative de la systole et de la diastole. On constate ainsi toutes les modifications de la circulation (fig. 76),
On a pu ainsi montrer que le dicrotisme du pouls, manifestement sensible au toucher dans certaines maladies, n'est qu'une exagération d'un dicrotisme que l'onde sanguine présente toujours normalement.
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Fig. 73. — Kymographion.