ESTOMAC
liquides, en même temps qu'elles sont soumises à des phénomènes de transport (mouvements péristaltiqucs) de la part des parois musculaires de l'estomac et des intestins. Nous étudierons donc ces jiliénomènos chimiques et mécaniques dans Vcstomac et dans Tintes/in; nous verrons alors comment la ])lus g-rande partie des matériaux ainsi élahorés est absorbée parles parois du tuhe digestif et spécialement par son épilhélium, et connnent enfin le résidu des aliments, ainsi que les produits de desquamation intestinale, sont rejetés après avoir parcouru le (jros intestin.
Après avoir vag'uement parlé de fermentations digestives, les anciens physiologistes s'étaient surtout arrêtés à l'idée de voir, dans la digestion, des actes mécaniques produisant une sorte de trituration des aliments (Pitcairn évaluait com;)laisamment à près de iS.OOO livres la force triturante de l'eslomac). Réaumur, le premier, établit que la digestion est essentiellement un acte chimique, et ses expériences instituées en faisant avaler à des corbeaux de la viande enfermée dans des tubes percés de trou (il reconnut que la viande était digérée, quoique soustraite à toute action triturante) furent confirmées par celles de Spallauzani qui se procura du suc gastrique, en faisant avaler aux animaux de petites éponges qu'il retirait et exprimait ensuite. Avec le liquide ainsi obtenu, il fit des digestions artificielles in vitro. Le rôle chimique du suc gastrique étant dès lors établi, les physiologistes furent amenés à ne considérer la digestion que connue un acte stomacal, à ne voir qu'une digestion gastrique, à fah'e jouer tout le rôle digestif au suc gastrique. Il était réservé aux physiologistes modernes, et notamment à Cl Bernard, de montrer qu'il n'y a pas qu'un seul liquide digestif, qu'une seule digestion, mais que, outre celle qui se passe dans l'estomac et qui n'est que le début de la série, il y a encore une digestion intestinale, pancréatique, biliaire peut-être. En même temps les pathologistes ont reconnu qu'il n'y a pas une seule dyspepsie, la dyspepsie gastrique, mais des dyspepsies intestinales, pancréatiques, etc. i;
A. Estomac. — U estomac est une poche destinée à ofirir un asile d'assez longue durée aux aliments qui y arrivent par le fait de la déglutition. Certains aliments ne font que traverser l'estomac; tels sont, chez les chevaux surtout, les liquides, qui vont s'accumuler dans l'intestin. Les autres aliments s'arrêtent en général dans l'estomac, et d'autant plus longtemps qu'ils doivent y subir une élaboration plus importante, c'est-à-dire qu'ils sont plus difficilement
V. Germain Sée. Des Dyspepsies gastro 'intestinales, Paris. ISSI.
attaquables: les aliments que l'estomac ne peut attaquer restent dans sa cavité le plus longtemps possible.
11 y a à considérer dans l'estomac, d'une part, Vêlement moteur ; d'autre part, Vélémetit sécrctoirc épithélial.
I. — Uélêment moteur se compose d'une tunique charnue assez faible, à contractions rares et incapables de grands efforts, du moins chez l'homme et les mammifères voisins. Ces contractions péristaltiques, qui transportent, par une espèce de déglutition, le contenu de l'estomac du cardia au pylore et de là dans l'intestin, sont excessivement douces et lentes, car on a vu se faire sans accidents cette sorte de déglutition de corps très aigus, durs et blessants. Ces contractions résultent d'un réflexe succédant à l'impression des matières sur la surface stomacale, et paraissent ainsi produire une espèce de triage entre les substances qui doivent séjourner plus ou moins longtemps dans l'estomac. En même temps, ces contractions de l'estomac impriment aux matières qui y séjournent, une sorte de brassage, qui les mêle intimement au suc gastrique, en les ramenant successivement de la surface vers le centre de la cavité, selon une marche indi(^uée par les flèches de la figure 89.
FiG.
Mouvements de restomac *.
Aiûsi les liquides ne s'accumulent pas dans ce réservoir, même pendant le repas, et souvent on ne trouve pas de différence bien considérable du contenu stomacal chez un individu qui a bu ou chez celui qui s'est abstenu de boire en mangeant. C'est qu'en effet il régne sur les faces antérieure et postérieure de l'estomac des fibres parallèles à la petite courbure, situées à quelque distance d'elle, et se continuant d'une face à l'autre au-dessous du cardia et du pylore (fig. 90); ces fibres
* a, Direction du cardia c, au pylore cl; ~ l.. direcUon eu sens inverse.
ESTO M A C \ 0 M I .s SKM K N T
forment dono une espèce d'anneau elliptique (cratate de Suisse), de >(>hincter, qui, en se contractant, divise l'e.Ntomac en deux portions (rig. 91), qui sont: la région de la grande courbure (tig. 91, S), herniéliquement close, et la région de la petite courbure, constituant un canal qui va du c.irdia au pylore; ce canal itig. 91, L)se produit lors de la déglutition des liquides, et ceux-ci le suivent, de sorte qu'on peut dire que leur déglutition se continue depuis le pharynx jusqu'au duodénum, sans qu'ils entrent à proprement pai'ler dans l'estomac'. C'est ainsi
FiG. 90. — Fibres musculaires (obliques) de Testomac (cravate de Suissej'.
qu'on a pu constater, chez un? personne qui p.ésentait une communication anormale du duodénum avec le côlon, des selles liquides presque immédiatement après l'ingestion d'un verre d'eau : l'eau arrivant. immé:liatement après sa déglutition, dans le gros intestin, y produisait l'effet d'un lavement.
1 V. R. Larger, Essai critique et expérimental sur les rnuscîes lisses en général et sur quelques-uns en particulier (Estomvc.J Thèse de Strasbourg, 1S70, n°2e2
Page 59; a Nous avons eu la bonne fortune d'observer la contraction des fibres obliques de l'estomac, que nous n'avons jamais réussi à provoquer artificiellement. Ce fut chez un chien: nous vîmes un sillon assez profond se dessiner depuis le cardia jusqu'au coude stomacal, et cela exactement sur le trajet des fibres obiiques (cravate de Suisse). En même temps, chose assez singulière, la petite courbure de l'estomac se bomba d'une façon très notable. Cet état dura un certain temps, au bout duquel tout disparut lentement. Quelques instants après, le même phénomène se reproduisait. Ce qu'il y eut
« L'osto;nac a été retourné et les bandes musculaires mises à nu en enlevant la muqueuse : — 1, fibrescirculaires de rœsophage : — 2, 3, fibres circulaires de l'estomac ; — 5, cravate de Suisse
Yomisserne'iit. — A part ce fonctionnement particulier du collier musculaire placé le long de la petite courbure, le rôle mécanique des parois masculaires de l'estomac est, avons-nous dit, très peu considérable. Aussi dans les mouvements de régurgitation, dans \e vomissement, l'estomac est-il à peu près passif: il vide son con- ^^^ tenu sous l'influence de la pression
(l\ exercée par le diaphragme et par les tTvV Jtn/ muscles des parois abdominales. "/^ %*-« rp^^j. |g monde connaît l'expérience
I g j dans laquelle Magendie avant enlevé \ / \ j l'estomac à un chien et mis à la place
^~-^ Vr^ une vessie pleine d'eau, en communi-
^ " T-^ 1 J 1 cation avec l'œsophage, put, après
I iG. 91. — Erfels de la con- . i • , , . i
traction de la cravate de avoir recousu les parois abdominales, Suisse *. voir l'animal rejeter par des efforts de
vomissement (après injection d'émétine dans les veines) le contenu de cette vessie, par le seul effet de la presse abdominale et diaphragmatique.
Cependant les recherches récentes de Schiff ont montré que la tunique musculaire de l'estomac, si elle n'agit pas pour produire l'effort du vomissement, pour projeter au dehors le contenu du viscère, agirait du moins pour en favoriser la sortie. A cet efiet, les fibres longitudinales de la région cardiaque se contractent, et, redressant leur courbure, dilatent l'orifice correspondant. Les efforts de vomissement n'aboutissent que si la presse abdominale se produit en même temps que cette dilatation cardiaque. Le pneumogastrique préside à l'association de ces mouvements i.
encore de remarquable dans ce fait, c'est le relâchement des libres circulaires dans leur portion située au-dessus de la bande de fibres obliques, tandis que leur portion inférieure était en contraction. Nous n'avons pas vu se former un canal complet, en ce sens que les deux, faces de l'estomac ne se sont pas rejointes inférieurernent sous l'influence de la contraction des fibres obliques. Mais les liquides eussent parfaitement pu passer du pylcn-e au cardia ou. inversemeat sans se mélanger aux alimenis contenus dans la portion cardiaque, car celle-ci était fortement resserrée sur ce contenu, et empêchait par cette étreinte ce dernier, soit de sortir, soit de se laisser pénétrer par un liquiJe.
« Ce fait donne raison à l'h^-pothèse émise par Luschka et par M. le professeur Kiiss, dans son cours, hypothèse qui donne aux fibres obliques de l'estomac le pouvoir d'établir dans certains cas une communication directe entre les orifices cardiaque et pyiorique. »
i M. SchifT, Leçons sur la physiologie de la digestion, ISôT, t.ll,37' leçon.
* A. couf>^ verticale de l'estomac à letat de repos: —m. m, cravate de Suiss«; — B. contraction de ces faisceaux musculaires (m' m'), rapprocLant dans le sens indiqué par les flèches les points correspondants de la paroi de l'çstoipac, de f^çon à djvis/r sa cavU« en deux loses (S et L).
DIGESTION STOMAGAJ.K 305
Le vomissement est un réflexe comparable à celui de Yéternuement (V. p. G3j. Quant aux agents qui le provoquent, ils peuvent porter leur action sur les centres nerveux soit directement, soit par l'intermédiaire de divers nerl's sensitifs comme le pneumogastrique et le glossu-pliaryngien. Ceux qui agissent par ce dernier nerf sont dits nauséeux (V. Sens du goût : le glossopharyngien, nerf nauséeux), les autres sont des vomitifs pu7's. Du reste, les deux actions se trouvent d'ordinaire réalisées dans une même substance ; cependant il n'y a aucun doute que dans certains médicaments l'action nauséeuse ne soit due à un principe ditférent de celui qui produit l'action vomitive pure. Ainsi, dans l'ipécaciianha, l'action nauséeuse est due à une substance odorante (séparable par l'étber), et l'action vomitive est due à Yémétine (séparable par l'alcool) (Magendie). L'émétine agit directement sur les centres nerveux et sur la muqueuse gastrique, sur ses filets sensitifs, tandis qu8 la substance nauséeuse, agissant sur les filets de la sensibilité spéciale (glossopharyugiens et olfactifs), fait vomir au moment d'être ingérée ou même avant de l'être ^ .
II. — h' épilhélium cylindrique de l'estomac joue d'abord vis-àvis de ce viscère un rôle protecteur; c'est lui qui empêche que cet organe ne se digère lui-même; mais dès que l'épithélium est entamé en un point quelconque, le suc gastrique agit sur les parties sous-jacentes des parois stomacales et il s'y produit une érosion que l'on connaît en pathologie sous le nom à' ulcère rond. Cet épithélium, ici comme sur tant d'autres surfaces (vessie, par exemple), s'oppose à l'absorption ; il est, en effet, prouvé que, malgré ses nombreux vaisseaux sanguins et lymphatiques, l'estomac n'absorbe que peu ou pas. Outre les expériences qui ont prouvé qu'un cheval auquel on a lié le pylore n'est pas empoisonné par l'ingestion d'une dose considérable de strychnine (expériences de Bouley) -, ou a observé des cas analogues chez l'homme. Ainsi, chez un homme atteint d'mie oblitération du pylore, la sensation de soif persistait malgré la déglutitiou d'une grande quantité d'eau, et l'autopsie a prouvé que la muqueuse de l'estomac était, du reste, parfaitement normale : par contre, la soif était calmée par l'injection d'eau dans le rectum. Dan-? un autre cas, nous avons vu un malade ne ressentir aucun des effets calmants de l'opium ingéré, parce qu'une cause incounue empêchait que le pylore ne fût franchi ; mais une grande quantité d'opium ayant été successivement administrée, et une sorte
i \.i.Qv3iSSQi, De la médication vomitive.Thhie de concours. Paris, 1875. 2 Boulev, BuUelin de V Académie de médecine.. 1842, t, XYII,
de débâcle pylorique s'étant produite tout à coup, il en résulta des accidents d'empoissonnement, par suite d une absorption considérable, dans l'intestin, de l'opium accumulé antérieurement dans l'estomac^.
Le rôle principal de l'épithélium stomacal est de donner lieu à des produits de sécrétion.
La sécrétion normale et caractéristique de l'estomac, c'est le suc gastrique, produit plus spécialement par les culs-de-sac glandulaires de la région cardiaque, culs-de-sac qui se distinguent des glandes ordinaires de Lieberkiihn (fig. 88) en ce que leur épithélium n'est plus cylindrique, mais polyédrique, du moins dans la profondeur (fig. 92) 2. Ce suc gastrique, produit de la fonte de ces derniers éléments cellulaires, est un liquide très ténu, contenant à peine 4 p. 100 de matières solides, dont les substances organiques (albuminoïdes) constituent plus des deux tiers. Parmi les sels, c'est surtout le pbospbate de soude qui domine, avec le chlorure de sodium.
Pour étudier les propriétés du suc gastrique, on se procure ce liquide au moyen de fistules stoynacales . D'abord on a fait ces recherches sur l'homme, à la suite d'accidents ou d'opérations chirurgirales ayant produit des ouvertures de l'estomac : les re-
1 Cependant des recherches récentes ont remis en question l'absorption stomacale; plusieurs physiologistes italiens, reprenant les expériences de Boulev, ont constaté comme lui que, chez le cheval, de grandes doses de strychnine, introduites dans l'estomac préalablement lié au pylore, ne produisent pas d'empoisonnement. Mais, observation nouvelle et importante, l'empoisonnement n'a pas lieu non plus si, au bout d'un temps assez long, on enlève la ligature et laisse libre cours aux matières. D'après Schiff, cette dernière circonstance indiquerait que la sti'ychnine a été absorbée assez lentement pour être éliminée au fur et à mesure par les urines, sans s'accumuler dans le sang jusqu'au degré nécessaire pour produire l'empoisonnement. Il en serait ici de la strychnine comme du curare, qui est absorbé par l'intestin, mais d'une manière si lente, qu'il est éliminé par les reins avant qu'il ait eu le temps de s'accumuler dans l'organisme jusqu'à la dose toxique (Cl. Bernard). V.,pour plus de détails sur la question, la récente publication de F. Lussana: SuUa piccola circoJazione entero epatica, etc. {Lo Sperimentole, octobre 1872.) Analvsé in Revue des sciences médicales, de G. Hayem, t. I, p.32. '
Schiff, se fondant sur plusieurs expériences de Colin et sur des expériences qui lui sont propres, admet l'absorption stomacale comme un fait général : nous verrons que cette absorption est nécessaire à sa théorie des tnntières peptogènes, que nous étudierons plus loin. Aussi plusieurs auteurs posent-ils aujourd'hui en principe que Yeslomac a 'pour fonction d'absorber les liquides.
2 On avait cru, dans ces dernières années, découvrir dans l'estomac, surtout dans la région pylorique, des glandes closes, des follicules clos (analogues à ceux de l'intestin) Sappey a démontré que ces prétendus follicules clos ne sont que des glandes en tube dont le canal excréteur s'est oblitéré, et qui se sont développés sous forme de petits kystes &Tphéiiqnes.{\ . Anat. descriptive, t. IV, 1S79).