‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 81 sur 219 · BILE · texte numérisé non relu

BILE

compose d'eau, tenant en dissolution ti'ois élénaents différents : les sels, la cholestérine et la matière colorante*.

1" Les sels de la bile sont représentés par une conil>inaison de soude avec deux acides gras, l'acide cholique et l'acide choléique; ce sont donc le cholato et le choléate de soude ; on désigne aussi ces acides sous les nonis de taurocholique et de glycocholique (taurocholate et glycocliolate de soude), parce qu'ils sont constitués tous deux par un acide unique, l'acide cliolalique, uni dans un cas au glycocolle, dans l'autre à la taurine. Chez les poissons, ces acides sont combinés non à la soude, mais à la potasse.

On s'accorde généralement à faire dériver l'acide cliolalique des corps gras, et il présente, en etiet, de grandes analogies avec l'acide oléique, par exemple: ce n'est donc pas un corps azoté. Quant au r/lycocolle^ nous savons que c'est un corps azoté, présentant une saveur sucrée, et dérivant des substances collagènes, d'où le nom de sucre de gélatine. La taurine est également un principe azoté, mais de plus elle contient du soufre, et en se décomposant dans l'intestin, elle peut prendre part à la production d'hydrogène sulfuré.

2*^ La cholestérine, qu'on regardait autrefois conmie un corps gras non saponifiable, est i-angée aujoui'd'hui par les chimistes dans la classe des alcools (parce qu'en se combinant aux acides elle donne des composés analogues aux éthers). C'est un corps insoluble dans l'eau, et soluble dans la bile, grâce à la présence du choléate de soude: si ce dernier sel est eu quantité insuffisante, la cholestérine se précipite et forme ces calculs qu'il est si fréquent de rencontrer dans la vésicule biliaire. D'après les recherches de Flint, la cholestérine devrait être considérée comme un déchet provenant de la vie des éléments nerveux (V. p. 27).

3° La matière colorante est essentiellement représentée par la bilifulvine, matière très analogue au pigment sanguin (hématoïdiiiej, dont elle dérive; elle se décompose et se précipite très facilement, et donne alors des matières colorantes diverses, qu'on a désignées sous les noms de bilirubine^ biliverdine. etc.: c'est surtout la couleur verte que l'on rencontre le plus fréquemment dans la l)ilc altérée.

Cette composition et les propriétés constatées plus haut ne nous donnent que peu de renseignements sur les fonctions probables de

1 Tableau de la composition chimique de la bile:

Eau 85 p. 100

Matière colorante, bilirubine 2 \

Parties solides. ' -^^■^«\bi^i^i^«s S / ^^

j Cholestérine 4 i

( Sels 1 )

la hile dans la dig-estion. Lorsqu'on détourne la Lile par une fistule, et qu'on empêche l'animal de lécher celle-ci. de telle sorte que la hile ne peut plus, par aucune voie, entrer dans le canal intestinal, on constate que l'animal maigrit : l'absorption se fait iaconip'lètement, surtout celle des matières grasses, que l'on retrouve presque ea totalité dans les excréments, et l'on ne peut conserver l'animal qu'à condition de lui donner une nourriture double ou triple de l'tîHmentation normale. Eu outre, le système pileux de l'animal est dans un grand état de souffrance. Les poils se sèchent, s'atrophient et tombent ; mais nous verrons que ce fait est dû à ce que normalement la bile est, en grande partie, résorbée dans le tube intestinal, et que lorsqu'elle est versée au dehors il en résulte pour l'organisme mie grande perte, surtout en soufre (de la taurine), puisque dans la bile de vingt-quatre heures il va en moyenne 3 grammes de soufre; or, cette substance est d'une grande importance pour tous les éléments de répiderme, et notamment pour ses productions cornées (poils, ongles, etc.).

En somme, la présence de la bile dans l'intestin paraît nécessaire à l'accomplissement régulier de la digestion et de l'absorption. Mais comment agit-elle? Un fait que nous avons déjà fait prévoir, et sur lequel il faut insister ici, c'est que la bile n'est point versée dans l'intestin de manière à se trouver eu présence du produit de la digestion stomacale. Lorsque la bile arrive dans le duodénum, le contenu de l'intestin est déjà loin vers liléon, ou même le gros intestin, et se trouve déjà en grande partie absorbé. Ce seul fait, de même que les propriétés bien établies de la bile normale (neutralité notamment), nous amène à ne pas attacher beaucoup d'importance à certaines hypothèses qu'on a faites relativement à l'action de la bile sur le chyme ^. Ainsi on a dit que, la bile étant fortement alcaline et le chyme acide, ces deux liquides se neutralisaient récijH'oquemeut ; qiie la bile précipitait du produit stomacal un chyme bruU sous forme de flocons. On a supposé enfin queceliqidde émulsionnait les graisses, les dédoublait même, etc.

Une autre série d'opinions, moins en contradiction avec les faits, mais souvent tout aussi hypothétiques, fait de la bile un liquide qui s'oppose à la fermentation putride du contenu intestinal ; et en effet. quand la bile est détournée et versée au dehors, les fèces acquièrent une odeur très fétide. Ou bien on considère la Lile comme un excitant de la muqueuse et du muscle intestinal ; mais nous avons vu que l'érection de la villosité est essentiellement épithéliale et se

1 V. Blo'idlct, Inutilité de la bile dans la digestion proprement dite, Nancv, 1S51.

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