‹ Cours de physiologie d'après l'enseignement du professeur KüssChapitre 86 sur 219 · V. — GROS INTESTIN · texte numérisé non relu

V. — GROS INTESTIN

Les aliments livrés par l'estomac forment une masse liquide ; nous avons vu qu'ils devenaient de plus en plus liquides par l'adjonction du suc pancréatique et du suc entérique. Mais à mesure que ces matières parcourent l'intestin grêle, leur consistance augmente, en même temps que leur masse diminue, parce que la plus grande partie en est absorbée. Ce que l'intestin grêle livre au gros intestin n'est donc plus qu'une matière plus solide, qu'un résidu destiné à être expulsé, et qui ne peut plus revenir sur ses pas, vu la présence de la valvule iléo-cdscale, qui s'oppose à tout reflux. Chez l'homme, il n'y

a plus guère d'action digestive dans le gros intestin ; cependant les quelques substances qui ont échappé à l'absorption y sont }jrises par le courant sanguin, et le gros intestin peut niêiiie alisorber des liquides qui vont été directement introduits. Après l'injection rectale de substances grasses 'surtout de graisses énndsionnées), les lymphatiques qui viennent du gros intestin offrent les mêmes caractère>. le même aspect de chylifères que ceux de Tintestin grêle. Ici les villosités manquent, mais elles sont remplacées par les plis nombreux de la muqueuse. Chez les herbivores, où le cEecum est très développé, cette partie du tube intestinal est le siège de véritables phénomènes tligestifs: le cjecum peut être alors regardé comme une espèce de second estomac : il contient des acides, qui suffisent à la digestion' des albumiuoïdes végétaux. 11 n'est pas prouvé que ces acides soient sécrétés par les parois : il est plus probable qu'ils ont pris naissance aux dépens des aliments eux-mêmes. Ils sont d'autant plus abondants qu'il y a plus de matières dans le canal. Ce sont, en général, les acides lactique et Ijutyrique. qui proviendraient de la fer.mentatiou et de la décomposition des sucres et des matières grasses.

Toujours est-il que, vers le milieu de la longueur du gros intestin, toute digestion et toute absorption sont terminées: le contenu du canal n'est plus formé que par des matières qui doivent être rejetées, pai" les fcces^ en un mot. On considère à tort les fèces comme formées essentiellement par la partie non assimilable des aliments. A ce compte, si tout l'aliment est absorbable, il ne devrait pas y avoir de fèces, et il s'en produit cependant dans ces cas. Ainsi le fœtus, qui n'a rien introduit dans son tube digestif, expulse cependant dès la naissance des fèces lien connues sous le nom de méconium. Le méconium se compose de débris de celhiles épithéltales. colorés en jaune par une bile qui. n'ayant pas été altérée, conserve sa couleur normale. C'est qu'en effet, le principal produit rejeté au dehors, ce qui fonr.e essentiellement les fèces, ce sont les débris de Vépitliélhirn desquamé. Parfois, même chez l'adulte, ces débris jjeuvent former a eux seids toutes les matières fécales. Ils se montrent sous la forai e de globules entiers ou mutilés, de couleur blanchâtre, colorés alors diversement par la bile altérée. Ces résidus, ces raclures epithéliales sont comparables au furfur qui se détache de l'épithéliura cutané, mais plus nombreux et plus importants ici. puisque nous avons vu que cette ehute épithéliale termine fatalement la série des phén(;mènes de l'absorption, et que la bile a peut-étie pour usage d'en regulai'iser et d'en hâter la production.

Ce n'est qu'au second rang, comme éléments constitutifs des fèces. qu'il faut ranger les parties non assimilables des aliments et des liquides digestifs. Telle est la cholestérine et la matière colorante de

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la bile, qui se précipitent dès l'an'ivée de ce liquide dans l'intestin ; telles sont les matières amylacées protégées par des envelo[)[)es de cellulose trop considérables; telles sont la cellulose en général et ses dérivés. Ce sont, en effet, surtout les aliments végétaux qui pi-ésentent le plus de substances réfractaires à la digestion, de sorte que les herbivores produisent des fèces bien plus abondantes que les carnivores. Mais la nourriture animale présente aussi des éléments qui résistent longtemps à l'action des sucs digestifs. Ainsi on retrouve a i)eu près intacts dans les fèces les productions épidermiques cornées (poils, ongles) et les tissus jaunes ou élastiques (parties de tendons, de tuniques artérielles, etc.). La quantité de ces résidus divers, constituant la somme des matières fécales , s'élève en moyenne à 150 grammes en vingt-quatre heures pour un homme adulte.

Ces matières sont poussées par des contractions lentes péristal tiques jusque vers l'S iliaque. Là elles paraissent s'arrêter. Quant au rectum, les matières ne s'y portent que d'une manière intermittente, sous l'influence de contractions plus vives, et alors elles tendent à donnei" naissance au phénomène l'éfiexe que nous étudierons sous le nom de défécation; mais si cette tentative d'évasion ne l'éussit pas, si le passage leur est fermé, elles retournent dans l'S iliaque. Tous ces mouvements sont très lents, ce qui ne les empêche pas de pouvoir produire à la longue des compressions considér-ables. Gomme pouil'intestin grêle, leur forme et leur mode de in'oduction ne sont pas encore parfaitement connus ; ce 'Aoni (\q^ \\\o\v;en\e\\i^ pé ristaltiques, c'est-à-dire dans lesquels les fibres circulaires de la membrane musculeuse se contractent successivement de haut en bas, à mesure que la matière progresse dans le tube intestinal, de sorte que cette matière, comprimée supérieurement, se trouve poussée dans la portion suivante de l'intestin, dont les fibres sont encore dans le relâchement. Les mouvements dits antipéristaltiques^ et qui se produisent en sens inverse, de manièi'e à faire rétrograder les matières, ne paraissent pas exister normalement sur l'animal vivant ^. Ils se produisent évidennnent dans certains cas pathologiques. Ceux que l'on observe dans tout le tube intestinal d'un animal dont on ouvre l'abdomen immédiatement après l'avoir mis à mort» paraissent dus à l'impression du froid et à une interruption de la circulation abdominale, tl'où une excitation ultime sur les fibres lisses, à la période d'agonie. Nous n'avons aussi que fort peu de données sur le mécanisme réflexe par lequel le système nerveux influence ou produit ces mouvements. Peut-être le plexus solaire peut-il servir de centre à ces réflexes,

1 V. Braam-Honckgeest, Untersuchungen ùber Peristaltik des Magens und Darmkanals (Pflùgers Archiv, far Physiologie, septembre 1872).

et, en effet, l'embryologie démontre que ce centre nerveux abdominal semble se développer indépendamment de la moelle. Cependant le plexus solaire est uni à la moelle par deux grandes commissures nerveuses, les pneumogastriques et les nerfs splanchniques : chose remarqualde, l'excitation des premiers produit ou augmente les mouvements des intestins ; au contraire, l'excitation des seconds (grands .splanchniques) paraît immobiliser les viscères, paralyser leurs tunique musculaires. Les splanchniques seraient donc aux intestins ce que le pneumogastrique est au cœur, c'est-à-dii-e des l'terfs cV arrêt. (Expérience de Pfliiger.)

D'autre part, Onimus et Legros, étudiant les mouvements des ditiérentes parties du tulje digestif au moyen d'un appareil enregistreur sur lequel venait écrire un levier (mis en mouvement par une ampoule de caoutchouc introduite dans le canal intestinal et qui en traduisait les contractions), ont observé qu'en électrisant le pneumogastrique avec des courants interrompus, on arrête les mouvements de l'intestin, et on les arrête non en contraction^ tnais dans un état complet de relâchement . « Sur le graphique, on obtient, dans ce cas, un abaissement très notaljle, et il est important de rapprocher ce fait de l'arrêt du cœur en diastole, et de l'arrêt des mouvements respiratoires e?2 inspiration, lorsqu'on électrise le pneumogastrique avec des courants interrompus. » (V. p. 235.)

Vers l'extrémité tout inférieure du tube digestif, partie plus accessil^le à l'investigation, les faits sont plus faciles à analyser: aussi le phénomène de la défécation est-il parfaitement expliqué. 11 faut d'abord se rappeler qu'au niveau du rectum les fibres musculaires longitudinales forment un stratum très épais, très puissant, et que, d'autre part, les fibres circulaires se groupent et se multiplient de manière à constituer un sphincter, un anneau, dit sphincter interne, formé de fibres musculaires lisses, et doublé extérieurement par un autre sphincter plus puissant, le sphincter externe^ formé de fibres striées. Ces sphincters constituent non pas précisément un anneau, mais plutôt une boutonnière antéro- postérieure limitée par deux bandes musculaires parfaitement contiguës à l'état de repos. Ainsi ce sphincter ferme complètement, à l'état de repos, et en vertu de sa seule élasticité, l'ouverture qu'il circonscrit, comme le font, du reste, tous les autres spliincters (V. Physiolof/ie du muscle, forme naturelle du muscle et des sphincters à l'état de repos, p. 122). Il n'est donc pas question ici, pas plus qu'ailleurs, de contractions permanentes . L'ouverture anale est normalement oblitérée par la forme naturelle du sphincter, et le sphincter ne se contracte que lorsqu'un corps quelconque cherche à modifier sa forme, pour dilater l'orifice qu'il circonscrit : dans ces circonstances, ou bien le sphincter

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ne réag'it pas, se lai^^^5e facilement dilater, vu sa grande élasticité, et le passage^ a lieu; ou bien le sphincter réagit, et alors, par sa contraction, ferme l'orifice d'une manière réellement active; c'est dans le premier cas que la défécation se produit.

La défécation est un pluMiomène réiiexe d'expulsion, dont le centre se trouve dans la partie inférieure de la moelle (V. }). 70), connue le prouvent les cas pathologiques. Le point de départ de ce réflexe est une sensation vague, peu définissable, un sentiment de pesanteur vers le périnée, produit [tar la présence tles matières fécales. Cette sensation, que l'on nomme le besoin^ n'a son siège que dans le rectiun; dans le reste du gros intestin, les matières ne sont pas senties à l'état normal. Cependant dans le cas .d'anus contre nature, succédant à une hernie étranglée, et pouvant siéger sur un point quelconque du tul:;e intestinal, on a observé, lorsque les matières arrivent près de l'orifice artificiel, une sensation vague analogue à celle du besoin de déféquer, ce qui semblerait prouver que tous les points du canal intestinal peuvent devenir le siège de ce sentiment, qui n'est peut-être dû qu'au poids, à la pression des matières fécales réunies en masse (P. Bert) * .

Sous l'influence de ce ])esoin, tendent à se faire toute une série, d'efforts d'expulsion, qui, avons-nous dit, sont i-éflexes, mais que la volonté peut influencer, soit pour y joindre de nouvelles forces, soit, au contraire, pour les arrêter. Si nous ne satisfaisons pas à ce besoin, il s'établit, en partant du sphincter anal, un mouvement antipéristaltique qui refoule les matières dans l'S iliaque, d'où elles reviennent au bout d'un certain temps, pour tenter de nouveau le passage. Si l'on résiste ainsi plusieurs fois de suite, la sensibilité du rectum finit par s'émousser, et la présence des matières fécales ne devient plus le signal des réflexes que nous allons étudier; de là, les constipations habituelles chez les personnes qui négligent d'oljéir aux exigences de ce besoin, et qui sont bientôt obligées d'exciter, par des moyens artificiels (suppositoires], la sensibilité émoussée delà muqueuse rectale et des fibres nerveuses qui i)résident à la partie centripète du réflexe.

Si le besoin est écouté, il se produit naturellement une contractio:i réflexe des tuniques musculaires du rectum, un vrai mouvement péristaltique qui chasse les matières vers l'anus, dont le spliincter très facilement dilatable ne fait aucmie résistance dans ce cas. En effet, si les fèces présentent une liquidité anormale, le rectum seul suffit à les expulser, sans que la volonté intervienne autrement qu'en s'ab-

1 V. Paul Bert, art. Défécation du yow:. Dict. de médecine et de chirurgie pratiques, t. X, p. 747.

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stenant de mettre aucun obstacle à cette expulsion. Mais, dans les cas ordinaires, l'état solide des matières exige une intervention de forces plus nombreuses et plus considérables, qui entrent enjeu ])rincipalement sous l'action de la volonté. C'est d'abord le phénomène do Ve/fort^ par lequel le larynx se ferme, de sorte que les parois de la cavité thoràcique, lemplie d'air, offrent un solide point d'appui aux muscles qui vont agir; alors se contractent tous les muscles qui l)euvent conq^rimer l'abdomen, c'est-à-dire les muscles de la paroi abdominale, le diaphragme, et les muscles du périnée (releveur de l'anus), de sorte que la conq^ression se produit dans tous les sens. Le releveur de l'anus, en même temps qu'il comprime les viscères de bas en haut, amène aii-devant des matières fécales l'orifice qu'elles doivent- franchir. Les fibres longitudinales si développées du rectum agissent dans le même sens, et ce n'est là, du reste, qu'un des modes du mécauisme que nous avons étudié dans l'analyse du mouvement péristaltique. (V. Dér/lutition, p. 292.) De plus, ces fibres longitudinales se terminent en bas par des anses qui vont se perdre d'une façon plus ou moins distincte dans le ijérinée, en foi'mant une courbure à convexité dirigée vers le centre de l'anus ; il en résulte donc que, pendant leur contraction, elles redressent leur courbure et par suite dilatent l'orifice que les matières fécales doivent franchir.

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