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sous le nom de fluides circula ns , nom qui leur a été donné parce qu’ils se meuvent dans une direction fixe et constante , se trouvant contenus dans des vaisseaux qui les circonscrivent, et qui déterminent leur marche.
Des fluides circulans.
Les liquides de cette seconde catégorie sont ceux qui marchent dans des canaux creusés dans le tissu cellulaire , et formés aux dépens de ce tissu par une modification de son organisation que nous étudierons plus tard. L’ensemble de ces canaux , qui font suite les uns aux autres , en présentant une disposition rameuse, est connu sous le nom de système vasculaire ; ils commencent et se terminent en se confondant soit avec le tissu cellulaire libre, soit avec celui qui sert de trame aux divers organes : en sorte que, comme nous venons de le dire tout à l’heure , la sérosité répandue dans les mailles de l’organisme sera une source des fluides qui marcheront dans cette autre espèce de vacuoles qui composant le système vasculaire.
Ces fluides circulans sont ceux qu’on a désignés sous la dénomination générale de sang ; car tout récemment cette dénomination a élé ap pliquée dans un système de nomenclature , non-
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seulement au sang proprement dit , mais encore au chyle et à la lymphe , et déjà depuis assez long-temps on appelle sang hlanc le liquide nutritif des animaux inférieurs. L’extension donnée ici à la valeur du mot sang n’est peut-être pas exempte d’inconvéniens , puisqu’ainsi que nous allons le voir , à l’origine des vaisseaux dans le tissu cellulaire, le fluide qui les remplit ne diffère pas de celui qui occupe les mailles de ce tissu. Aussi le mot en question ne peut-il servir à désigner collectivement la généralité des fluides à marche régulière et déterminée, qu’auiant qu’on laisse de côté toute considération de leur nature chimique, pour n’avoir égard qu’à la place qu’ils occupent , et à la similitude des parties qui les contiennent. Dès qu’on envisagera les choses de la sorte , l’inconvénient dont je parlais tout à l’heure disparaîtra , et l’on aura une hase rationnelle pour une nomenclature desfluides ci r cul ans; il suffira alors, pour exprimer les différences de ceux-ci, d’ajouter au mot générique des particules propres à indiquer les variations ou l’absence d’un caractère important.. C’est ce qu’a fait M. Laurent dans le système de nomenclature dont je vous parlais tout à l’heure : ayant admis le mot d 'hème pour nom générique , il emploie ceux à’ acrohèmes et chromhcmes pour distinguer les fluides sanguins colorés de ceux qui ne le sont pas, et enfin dans
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chacune de ces divisions les particules d eproto et de deuto lui servent à désigner le fluide qui lui paraît avoir en plus ou en moins les propriétés essentielles, d’où les mots de protachromhèmes et de deutachroni! ternes , et ceux de deulochromhèmes et de protochromhèmes.
Les fluides circulans présentent un caractère remarquable, celui de changer de nature dans leur trajet, d’acquérir, chemin faisant, des propriétés , dont ils avaient ait plus de faibles indices à leur origine, et qui, se prononçant de plus en plus, spécialisent et établissent les qualités distinctes de la lymphe , du chyle , du sang veineux et du sang artériel. Ces changemens résultent des réactions mutuelles que les élémens de ces fluides exercent les uns sur les autres dans les vaisseaux qu’ils parcourent , et de l’arrivée de nouveaux élémens dans quelques parties de leur trajet, toutes choses qui ont pour but de donner au sang les propriétés qui lui sont nécessaires pour devenir fluide nutritif.
Les liquides de cette seconde catégorie sont susceptibles d’ètre étudiés sous les mêmes rapports que ceux de la première , c’est-à-dire sous les rapports physique , microscopique, organoleptique, et chimique. Quant au rapport anatomique , nous ne pouvons encore l’envisager ici , car le scalpel n’a pas pu nous apprendre quelle est l’or-
(ai) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l83 ganisation de la partie coagulaLle de ces humeurs.
Les fluides circulons sont au nombre de trois : la lymphe, le chyle, et le sang, proprement dit. Nous allons les passer successivement en revue , et si nous ne pouvons vous fournir sur eux beaucoup de données positives ; nous chercherons au moins à reconnaître quels sont les cadres à remplir, et ce que les physiologistes ont à faire pour avancer dans l’explication des phénomènes dont ils s’occupent.
(A.) De la Lymphe.
La lymphe , proprement dite , est contenue , comme vous le savez parfaitement, dans un ordre de vaisseaux auxquels elle a donné son nom. Il faut pour la bien distinguer du chyle, que nous étudierons ensuite , et qui se rend comme elle dans un canal commun désigné sous la dénomination de canal thoracique; il faut, dis-je l’observer quand l’animal a jeûné depuis un peu de temps ; on la trouve alors dans ce même canal , et en plus grande abondance , et plus pure de mélange. On peut aussi la recueillir très-pure pendant et immédiatement après le travail digestif, mais seulement dans les vaisseaux blancs qui ne reçoivent pas le produit de l’absorption intestinale. Les recherches de M. Collard de Martigny nous montrent en eflet que, pendant le travail de la formation du
chyle , il n’y a, même dans les vaisseaux lymphatiques de l’abdomen , qu’une sérosité légère , analogue à celle qui baigne le tissu cellulaire; mais quand ce travail est près de sa fin, et surtout quand il est terminé, on trouve de la lymphe dans tous les vaisseaux lymphatiques du foie, de la rate, des reins et de tous les organes environnans. Tous les vaisseaux des membres, du tronc, et même le canal thoracique , en sont gorgés, lorsqu’on force l’animal à une abstinence prolongée de sept à douze jours.
La lymphe a été souvent confondue avec la sérosité, et jusqu’à un certain point, ce n’est pas sans raison, caries vaisseaux qui la reçoivent se confondent à leur origine avec le tissu cellulaire^ et la sérosité de celui-ci passe dans leur intérieur ; c’està-dire que, renfermée d’abord dans des cellules, elle l’est plus loin dans le même tissu commençant à se disposer en canaux : on a donc le même fluide dans deux espèces de vacuoles . et nous comprenons très-bien que quelques physiciens , quelques anatomistes et plusieurs phys ologisles n’aient pas distingué la sérosité de la lymphe. Cependant , cette distinction, qui est réellement nulle quant à la nature des deux fluides, du moins à l’origine du système lymphatique , doit être faite ici, parce qu’elle nous fournira des élémens d’explication.
Caractères physiques. La lymphe est une bu-
(a3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 1 85 rneur aqueuse. plus ou moins transparente, selon qu’on l’examine pi es de sa source, ou au voisinage du canal alimentaire , où des portions de chyle peuvent lui être mélangées; dans ce dernier cas, elle devient un peu opaque et blanchâtre. Au reste, il paraît quelle offre aussi des différences assez notables , suivant qu’on l’examine peu de temps après la ch\ lilication ou long- temps après. En effet, dans le premier cas, elle est incolore , ou un peu jaunâtre; tandis que dans le second elle est rosée , opaline, visqueuse. Sa densité est supérieure à celle de l’eau, et varie aussi selon que le travail de la chylification est terminé depuis plus ou moins de temps.
Caractères chimiques. La plupart des personnes qui ont analysé le liquide qui nous occupe, ont opéré sur de la lymphe, qui , ayant été retirée du canal thoracique d’animaux qu’on n’avait pas eu la précaution de faire jeûner un peu longtemps, ne pouvait être considérée comme pure , et devait contenir du chy le; de pareilles analyses ne sauraient donc nous donner une idée exacte de la composition de ce fluide.
Mais il en existe aussi qui paraissent avoir été faites avec les précautions convenables. Nous en devons une à M. Brande, qui dit avoir opéré sur la lymphe d’un animal à jeun depuis vingtquatre heures. Il l’a trouvé composée d’une très-
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grande quantité d’eau, tenant en dissolution de l’albumine, des traces de soude, et une proportion assez notable de chlorure de sodium.
Dans une analyse faite par le même chimiste à l’aide de la pile galvanique, la lymphe a fourni de l’albumine qui s’est portée au pôle négatif, et un acide qui s’est dirigé vers le pôle positif.
Il paraît certain que ce fluide contient de la soude libre et un sous-carbonate de la même base, qui verdit le sirop de violettes. Il ne se coagule pas sous l’influence de la chaleur et de l’air, non plus que sous celle des réactifs qui exercent une action sur le chyle et sur le sang; l’alcool le trouble légèrement ; je dois cependant ajouter que d’après les nouvelles observations de M. Collard de Martigny , la lymphe est susceptible de se séparer spontanément en caillot et en sérosité , mais avec plus ou moins de facilité.
Dans ces derniers temps , M . Cbevreul qui s’est beaucoup occupé de l’analyse des substances animales , nous a donné celle d’une matière recueillie par M. Magendie , dans le canal thoracique d’un animal tué après cinq jours de diète ; cette matière offrait néanmoins tous les caractères du chyle. Elle a fourni neuf cents vingt-six millièmes d’eau, quatre millièmes d’albumine, soixante-un millièmes de fibrine, du chlorure de sodium, enfin, des quantités appré-
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eiables de sous-carbonates et de phosphates de chaux el de magnésie. La présence de la fibrine rapproche beaucoup le fluide recueilli par M. Magendie du c hyle et du sang. Il est permis de croire qu’il doit cette analogie à une réaction qui se serait opérée entre ses éiémens pendant sa marche dans le système lymphatique.
Mais nous devons à M. Collard de Martigny d’autres analyses faites, à ce qu’il paraît, avec toutes les précautions qu’on peut desirer, el qui confirment celles que nous devons à M. Chevreul . En effet, sur un chien qui n’avait pas mangé depuis vingt-quatre heures , il a trouvé que la lymphe contenait sur 1,000 parties, 5 7 d’albumine, 3 de fibrine , g4o d’eau et de sels , et meme un peu de matière grasse , qui se sépare en traitant l’albumine par l’alcool bouillant.
Caractères organoleptiques. La 1 ymphe exhale une odeur fade et plus ou moins spermatique ; elle doit à la présence du chlorure de sodium un goût salé.
Différences. Quant aux différences que peut offrir la lymphe, elles ont été extrêmement peu étudiées; aussi ignorons-nous si l’âge, la nature de la substance alimentaire et d’autres circonstances hygiéniques , si même les maladies ont quelque influence sur la qualité et sur la quantité de ce fluide , influence que l’on conçoit cependant jusqu’à un certain point.
Nous trouvons toutefois dans le travail trèsintéressant de M. Collard de Martigny , que nous avons cité plus haut, quelles sont les modifications qu’apporte à la lymphe une diète forcée et long-temps prolongée, ainsi que l’époque à laquelle on l’examine. Quelques heures après le travail de la chylification, la lymphe est incolore ou sensiblement jaunâtre; son odeur est fort peu prononcée, et peu spermatique. Elle est difficilement coagulable; son analyse spontanée est lente, incomplète; Je caillot est mou, gélatineux, peu consistant, légèrement rosé au contactée l’air.
Long-temps après la chylification , la lymphe est rosée, opaline , visqueuse, avec une odeur fortement spermatique. Elle se prend en masse. Le caillot est bien plus considérable, devient plus rouge au contact de l’air , et contient le sérum dans ses cellules. On y remarque des arborescences nombreuses.
Pendant les douze premiers jours de l’abstinence, la lymphe augmente en quantité et en consistance. Elle devient plus visqueuse, plus opaline ; elle prend même une couleur verdâtre ; son odeur spermatique se prononce davantage (1), et enfin, la quantité proportionnelle de fibrine augmente , puisque sur 1,000 parties il
(1) M. Collard ne nous indique malheureusement ni le sexe ni Pétât des animaux sur lesquels il a expérimente.
y en a 62,8 d’albumine, 5,8 de fibrine etg3i,4 d’eau et de sels.
Après vingt-et-un jours d’abstinence les proportions d’albumine et de fibrine diminuent, puisque sur le même nombre départies, il 11’y en a plus que 60 d’albumine, 3,2 de fibrine, le reste étant composé d’eau et de sels.
Sur les derniers jours de la vie, la lymphe conlenuedansle canal thoracique est transparente, séreuse , d’un blanc jaunâtre, fort peu odorante. EU e se coagule difficilement, et le caillot est fort peu consistant, d’un blanc jaunâtre, tirant sur le rose pâle , entremêlé d’arborescences fibril— laires.
Enfin, quelques lieuresavantla mortla quantité est considérablement diminuée, elle finitpar manquer tout-à-fait, non-seulement dans les vaisseaux lymphatiques des membres, mais même dans le canal thoracique.
Les différences qu’offre la lymphe, étudiée dans la série des animaux , ont été encore beaucoup moins étudiées que celles qui tiennent à quelques autres circonstances; nous passerons donc immédiatement à l’examen du chyle , qui a été plus observé que la lymphe proprement dite.
(Z?.) du Chyle.
La source de ce liquide est comme vous le savez
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parfaitement, la matière alimentaire’ qui, après s’ètre convertie en pâte chymeuse dans l’estomac, subit dans le canal intestinal, mais surtout dans une partie de l’intestin grêle, une modification chimique dont nous aurons à nous occuper plus tard ; de cette modification résulte la production du chyle, qui est absorbé par la surface de l’intestin , passe dans un ordre de vaisseaux blancs , dont l’origine se perd dans le tissu de cet organe, et est conduit par eux dans le canal thoracique, après une marche que ralentissent les ganglions nombreux, formés par ces mêmes vaisseaux. Pour avoir le chyle autant que possible dans son état naturel, il faut le prendre, pendant la digestion dans les vaisseaux chylifères eux - mêmes , ou bien dans le canal thoracique , immédiatement après le travail digestif ; car il est évident que plus tard ce fluide sera mélangé à une plus ou moins grande quantité de lymphe. Le chyle recueilli dans les vaisseaux des parties supérieures et inférieures de l’intestin, n’est pas parfaitement pur; il s’y trouve toujours, soit de la sérosité, soit de la bile, ou d’autres produits; c’est dans les vaisseaux de la partie moyenne de l’intestin grêle qu’il faut l’observer pour lui assigner ses vrais caractères , et pour le comparer à la lymphe et au sang. Les travaux dont le chyle a été l’objet, n’ont pas encore fourni de résultats bien satis-
faisans, parce qu’on la souvent observé sous l’influence d’idées préconçues. C’est ainsi que quelques personnes ayant voulu établir une analogie entre ce fluide et le lait, on y a trouvé aussitôt du caséum; que d’autres l’ayant mis sur la même ligne que le sang, on y a rencontré tous les élémens du sang. Il serait bien important, et bien à désirer que les chimistes fussent à l’abri de ces influences d’idées conçues a priori , et qu’ils se servissent pour des analyses du genre de celle-ci , de tous les moyens que les progrès récens deleur science leur fournissent.
Caractères physiques . Le chyle est un fluide ordinairement opaque et blanc, ce qui le fait ressembler à du lait ou à de la crème; quelquefois il a une teinte rosée ou jaunâtre, qui dépend de la présence d’un peu de bile ; ces différences de coloration tiennent à la situation des vaisseaux dont on extrait le chyle; ainsi ce liquide est rrsé à la partie supérieure du canal thoracique , il est jaunâtre dans les vaisseaux placés au voisinage du foie. Sa densité est supérieure à celle de l’eau à peu près de vingtdeux millièmes ; on conçoit néanmoins qu’il y a à cet égard des variations dues à la plus ou moins grande pureté du chyle, à la quantité de sérosité ou de lymphe qui s’y trouve mêlée.
Caractères microscopiques. D’après les obser-
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valions que j’ai faites sur le chyle , à l’aide du microscope, et avec toutes les précautions nécessaires pour éviter les illusions, ce fluide contient une grande quantité de petits globules de diverses formes et de grandeurs différentes, présenlant à leur surface une espèce d’enveloppe un peu comme celle que l’on observe, ainsi que nous le verrons, autour des globules du sang; on a voulu conclure de cette circonstance que les grumeaux du chyle étaient semblables à ceux-ci ; qu’ils constituaient de véritables globules; mais cette analogie n’est nullement fondée , du moins pour ce qui concerne le sang des animaux vertébrés, car on peut Fadmetlre pour les globules de celui des invertébrés, qui ne sont également que des grumeaux irréguliers.
Caractères organoleptiques. Le chyle exhale une odeur ordinairement faible , quelquefois spermatique , et dans ce cas la même odeur se retrouve dans les autres tissus , ce qui prouve qu’elle ne dépend pas de la nature de ce fluide. Sa saveur est très-salée , même dans les chiens , qui se nourrissent assez exclusivement d’os et de matières dans lesquels il n’entre qu’assez peu de sel.
Caractères chimiques. On dit généralement que, par suite de son exposition à l’air , le chyle se décompose en sérum et en caillot; quant à moi, je n’ai jamais observé ce phénomène: j’ai
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toujours vu le chyle sedessécher sans qu’il eût lieu, et se réduire, par l’évaporation de toute sa partie aqueuse, à une croûte qui res'ait attachée au fond du vase. 11 est bien vrai que pendant quelque temps on remarque , à la partie supérieure du liquide, une couche plus ou moins épaisse , qui en recouvre le reste ; mais je n’ai pu observer un véritable caillot qui nagerait dans ce fluide, comme cela a lieu pour le sang; c’est, selon moi , une sorte de concrétion : cependant tous les auteurs s’accordent à admettre la réalité de cette séparation , et M. Chevreul m’a dit qu’il l’avait constatée , ce qui se trouverait au reste en harmonie avec ce que nous avons dit de la lymphe , d’après M. Collard de Martigny.
Lorsqu’on étudie le chyle à l’aide des procédés chimiques, on remarque qu’il ne rougit pas le papier de tournesol , mais qu il verdit légèrement le sirop de violette, caractère d’alkalinité qu’il partage , au reste , avec tous les autres fluides animaux, et qu’il doit à la présence d’une certaine quantité de soude soit libre, soit à l’état de sous-carhonate, comme nous allons le voir.
Je ne crois pas qu’on ait soumis le chyle à l’action de la pile, à l’exemple de ce qu’a fait Brande pour la lymphe ; je n’ai trouvé chez aucun auteur des expériences sur ce sujet. En échange, plusieurs chimistes ( trois ou quatre,
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si je ne me trompe ) , ont analysé le fluide cjui nous occupe, à l’aide des réactifs; mais il s’en faut beaucoup qu’ils soient d’accord sur sa composition^ et ici je dois faire observer que les principes immédiats de l’organisation, tels que l’albumine et la fibrine ne différant qu’en raison de légères variations dans les proportions de leurs élémens, il est difficile, quand il n’y a pas de matière colorante qui les distingue, de décider que telle substance est ceci, et telle autre cela; aussi les chimistes de bonne foi mettent-ils beaucoup de réserve dans leurs jugemens à cet égard, et il n’y a que ceux qui ignorent les difficultés de la chimie animale qui tranchent les questions avec assurance.
On dit avoir trouvé dans le chyle environ quatre-vingt-dix à quatre-vingt-douze pour cent d’eau , de 1’dlbu-mine , dont une partie résiste quelquefois à l’action de la chaleur , et ne se coagule pas , ce qui a fait penser que c’était de l’albumine passant à l’état de fibrine. M. Vauquelin croit à l’existence de la fibrine dans le chyle; mais cette fibrine est, selon lui, d’une nature particulière ; aussi, comme ce principe n’a pas ici ses caractères accoutumés , M. Marcet en nie-t-il la présence. On ne s’accorde pas à admettre de la gélatine dans le liquide dont il est question , dissentiment qui reconnaît vraisemblablement pour
cause l’erreur dans laquelle on paraît avoir été jusqu’à présent relativement à ce principe ; car il est probable , ainsi que le pense M. Chevreul, que la gélatine est un composé cle deux autres principes. On a trouvé enfin dans le chyle de la soude , du chlorure de sodium, et même, dit-on, du soufre.
Différences. Le chyle présente, quoi qu’on en dise , et comme M. Marcet l’assure positivement, des différences très -nombreuses selon la nature des alimens. Le chimiste que je viens de citer dit que le chyle provenant d’une nourriture animale est opaque et d’un blanc laiteux ; il a même observé que le sous-carbonate d’ammoniaque y est plus abondant, qu’il y a plus de matière charbonneuse et plus d’azote que dans celui qui résulte d’une nourriture végétale. M. Marcet a observé, et c’est une chose digne d’intérêt, que le chyle d’un carnivore se putréfie au bout de cinq à six jours, et par conséquent plus rapidement que celui d’un herbivore , qui ne présente de décomposition putride qu après plusieurs mois. Les chiens qu’on nourrit avec des végétaux fournissent un chyle tout-à-fait transparent, et qui n’a pas cet aspect et cette consistance crémeuse dont nous avons parlé tout à l’heure. Son coagulum est incolore, il ne contient pas de matière grasse , fournit moins d’ammoniaque , et se tome i. id
putréfie avec beaucoup de lenteur. Voilà, cerne semble, des différences assez notables, et bien propres à montrer que le chyle n’est pas identique chez le même animal , quelles que soient les substances dont il se nourrisse , ainsi qu’on l’a répété jusqu’à ce jour. On a dit que la matière colorante de certains alimens colorait le cliyle, mais ce fait n’est pas conforme à l’observation , et M. Hallé a montré qu’il ne pouvait pas en être ainsi.
Nous devons encore à M. Marcet plusieurs observations intéressantes sur des différences que présente la composition du chyle selon la position des vaisseaux chylifères. Ayant recueilli sur un cheval, dans trois endroits différens, autant de portions de ce liquide , il analysa chaque portion , et trouva : i° dans le cliyle du canal thoracique , beaucoup d’eau, de la gélatine , du soufre , de la soude et plusieurs sels -, 2° dans les vaisseaux chylifères antérieurs } de l’eau, de la gélatine , du fer très-oxidé (auquel nous verrons que plusieurs chimistes attribuent la coloration du sang), mais pas un atome d’albumine ; le chyle de cette partie était en outre coloré par de la bile , et acide ; 3° dans les vaisseaux postérieurs , du fer oxidé , outre les principes ordinaires.
Quant aux différences selon les animaux, elles sont encore à étudier , car toutes les observations
(35) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 1 97 faites jusqu’ici sur le cliyle , l’ont été chez un très petit-nombre de mammifères, c’est-à-dire chez le chien, le chevalet le bœuf. Or, nous ne connaissons de différences entre les chyles de ces animaux, que celles que M. Marcet nous a indiquées comme résultant du mode d’alimentation.
Chez les oiseaux, le chyle est limpide, transparent ; mais les personnes qui l’ont observé ne disent pas si ce fluide provenait d’une nourriture animale, ou d’alimens végétaux.
Nous manquons d’observations sur le chyle des reptiles et des poissons; je me rappelle seulement que Hunter a parlé de celui de la tortue, et qu’il l’a dépeint, sima mémoire ne me trompe, comme limpide et transparent. Enfin , dans les animaux inférieurs , le chyle étant absorbé directement par le système veineux et mêlé immédiatement avec le fluide centripète, nous sommes dans l’impossibilité de l’étudier.
Les différences du chyle selon les âges n’ont pas été observées jusqu'à ce jour; ce sei’ait néanmoins un travail intéressant , car on doit nécessairement trouver des caractères particuliers à celui qui appartient à l’époque de croissance et de développement, à celui de l’âge où la croissance s’arrête , à celui de l’âge de déclinaison, où la digestion a beaucoup moins d’activité; il est très-
probable qu’à mesure qu’on s’éloigne de la première de ces époques le chyle perd une partie des propriétés qu’il avait d’abord.
Nous ne connaissons pas davantage les différences que peut offrir ce fluide selon les sexes et dans les maladies. Nous appelons de tous nos vœux l’attention des vétérinaires sur ce dernier point , parce qu’eux seuls sont en position de l’éclairer.
Il résulte de tout ce que nous avons dit sur le chyle, qu’il est généralement regardé comme un premier sang dépourvu de matière colorante , mais que cette opinion n’est pas encore parfaitement justifiée , puisque ce que M. Vauquelin prend pour de la fibrine pourrait bien n’en pas être. Cependant, il est judicieux et plus vrai de rapprocher le chyle du sang , que d’en faire une sorte de lait, hypothèse toute gratuite, conçue seulement d’après la considération , bien superficielle . de la couleur et de la consistance du chyle.