TOME I. l
OO
Messieurs ,
Nous arrivons maintenant à l’histoire d’un dernier fluide circulant, dont l’importance est supérieure à celle des deux autres ; car , en considérant ceux-ci comme un premier sang, comme un sang au minimum, celui qui va nous occuper sera le sang au maximum de perfectionnement, et devenu propre à être employé par la force assimilatrice.
(C. ) Du sang.
Laissant de côté dans ce moment toute considération physiologique, et ne m’inquiétant en aucune, façon du rôle que joue le sang dans l’économie , mais l’envisageant seulement comme un élément de l’organisme , je le définirai : le liquide ordinairement coloré, qui oscille ou circule dans le système vasculaire centripète non lymphatique , et dans le système centrifuge. Vous voyez que cette définition met le sang non coloré des animaux inférieurs dans la même catégorie que le sang constamment rouge des vertébrés , tandis quelle le distingue de la lymphe et du chyle ,
QOI
auxquels ses propriétés paraissent l’assimiler , et qui semblent être comme lui le sang au premier degré. Mais nous ne devons avoir égard ici pour classer ces fluides , quà la place qu’ils occupen t. Ainsi , dans une méduse, nous appellerons sang le liquide, qui , provenait de cette singulière cavité qu’on peut regarder à la fois comme un cœur et comme un estomac, ou meme de l’enveloppe extérieure , passe dans un vaisseau , par lequel il est porté à toute la circonférence de l’animal , pour être ensuite distribué dans le reste de son corps, au moyen d’innombrables ramifications. Nous en dirons autant du fluide qui coule dans le vaisseau dorsal des insectes , dans les vaisseaux d’une sangsue , dans ceux des mollusques, etc. C’est donc à la position du sang clans l’organisme, qu’il faut avoir égard pour sentir l’importance de ce que nous allons dire sur ce liquide.
Cette importance , vous le pensez bien , a été sentie dans tous les temps , non-seulement par les biologistes, mais encore par tous les hommes qui , voyant la mort suivre plus ou moins promptement l’écoulement du sang par quelque grande plaie, plaçaient toute vie dans ce fluide : aussi faudrait-il aujourd’hui un très-gros livre pour recueillir , ou même pour analyser tout ce -qui a été fait et dit sur le sang. Parmi les auteurs qui
s’en sont occupés , les uns, tels que Leuwenhoek , Hewson, Bauer, Young, MM. Prévost et Dumas, Raspail, Hodgkins et Lister l’ont envisagé sous le rapport microscopique. Un plus grand nombre encore ont étudié sa composition chimique ; nous comptons parmi ceux-ci : Lemery , Menghini , Boërhaave , Langrish , Cheyne, Gaubius , Rouelle , Bucquet , Thouvenel, Deyeux, Vauquelin, Proust, Marcet, Brande, J. Davy, Berzelius , enfin , quelques médecins , tels que Bordeu et Bichat , l’ont étudié sous le point de vue physiologique. Quant aux personnes qui ont traité de la saignée en thérapeutistes, sans s’occuper du sang en lui -même, je ne crois pas devoir en parler ici. Au reste, le plan et la nature de ce cours excluant toute discussion historique^ j’entrerai en matière sans plus de délai , et pour que l'étude statique que nous allons faire du sang, soit aussi complète que possible, nous examinerons ce fluide dans trois conditions différentes : pendant qu’il fait encore partie de 1 animal; au moment où on j’en retire, et où n’ayant pas eu le temps de se refroidir et de se décomposer , il peut encore être considéré comme vivant ; enfin après la décomposition qu’il subit , quelque temps après sa sortie de l’organisme et lorsqu'il est soumis aux réactifs chimiques.
(5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. ‘io3
(a) Du sang quand il est encore contenu dans le système vasculaire.
Nous allons choisir pour l’observation du sang à l’époque où il circule encore, les animaux chez lesquels il est le plus facile de bien voir ce fluide dans ses vaisseaux, et qu’on a presque constamment choisis pour cela jusqu’à ce jour, souvent même sans en avertir; telles sont^ entre autres, les grenouilles, qui par la transparence de leur peau y dans quelques parties, et par la grosseur de leurs globules sanguins , sont très-propres au genre d’étude qui va nous occuper. On peut prendre cet animal à l’état adulte ou mieux à l’état de têtard , ce qui est préférable , mais ce que nous ne pouvons faire à cause de l’époque de l’année où nous sommes, puisqu’il n’en existe pas dans nos pays actuellement. On peut également employer pour ces expériences de petits poissons du genre loche, et meme quelques petites espèces de carpes.
Après avoir placé sur l’objectif d’un microscope la patte d’une grenouille vivante , avec la précaution d’étaler , autant que possible, la membrane interdigitale, et de faire par là que sa surface soit bien complètement éclairée, vous apercevrez un grand nombre de vaisseaux tant veineux
2o4 cours de PHYSIOLOGIE. (f.)
qu’artériels, qui, par des anastomoses Irès-multiplices^ laissent entre eux des îles nombreuses. Maintenant si vous examinez quelqu’un de ces vaisseaux , vous verrez d’abord sur les côtés et contre les parois un fluide aqueux , transparent, quelquefois limpide et quelquefois coloré ( car , selon moi , la couleur n'appar lient pas exclusivement aux globules). Au centre du vaisseau, et au milieu du fluide dont nous parlons , vous remarquerez une colonne plus ou moins large , plus ou moins dense, que vous diriez formée par une matière gélatineuse divisée en globules ou particules arrondies, qui seraient charriée comme du sable par le véhicule aqueux. Lorsque le cours du sang est empêché de quelque manière ? les globules s’accumulent , s’entassent et obstruent lout-à-fait le vaisseau, qui subit même quelquefois une dilatation plus ou moins considérable , si l’obstacle à la circulation persiste. Ainsi , le sang examiné dans ses canaux et pendant la vie est évidemment composé dans les grenouilles de deux parties, d’uu fluide séreux ordinairement très-abondant, et d’une quantité plus ou moins grande de petits corps globuleux , d’apparence gélatineuse ou albumineuse , agglomérés de la manière la plus irrégulière , changeant continuellement de situation les uns à l’égard des autres, tantôt et le plus souvent sans rap-
port immédiat avec les parois du vaisseau , d’autres fois en contact avec ces parois, selon qu’ils sont plus ou moins nombreux, ou qu’ils s’accumulent par une cause quelconque. Vous voyez par là , Messieurs, que les globules reçoivent leurs mouvemens par impulsion , qu’ils sont entraînés par le liquide dans lequel ils se trouvent, et que c’est à tort qu’on leur a attribué une motilité spontanée qui en ferait autant d’animalcules. Si maintenant vous examinez avec soin un de ces globules du sang de la grenouille convenablement placé , il se présentera à vous comme un corps plus ou moins globuleux ou ovalaire, qui vous paraîtra gonflé ou déprimé, et vous fera l’effet d’une vésicule Remplie d’un fluide; mais vous n’y apercevrez pas encore deux parties distinctes, l’une solide et l’autre aqueuse; vous ne verrez pas encore ce qu’on nomme le cruor ou le nucléus , car , ainsi que nous allons vous le montrer , son apparition constitue un phénomène cadavérique dépendant de l’influenee des circonstances extérieures.
Voilà ce qu’on observe sur le sang tant qu’il est renfermé et qu’il circule dans le système vasculaire. Je passe à son examen dans la seconde condition où nous devons l’étudier.
( p ) Du sang au moment où il est retiré de V organisme
vivant..
Chez les animaux supérieurs qui composent les deux premières classes des ostéozoaires , le sang présente une température assez élevée, mais qui varie sensiblement, quoi qu’on en ait dit, selon qu’on le retire des parties profondes de l’organisme ou des parties placées à la superficie, car ces dernières sont bien certainement sous l’influence des circonstances atmosphériques, et de tous les corps en contact avec elles ; la vie ne soustrait pas complètement les êtres qui en sont doués, comme on l’a soutenu long-temps , à toutes les causes extérieures de refroidissement. Dans les classes inférieures des ostéozoaires le liquide dont nous parlons offre la même température que le milieu ambiant. Chez les animaux à sang chaud le sang, au moment où il sort de ses vaisseaux, exhale une vapeur, qui s’en élève non-seulement dans des circonstances extérieures ordinaires , et par suite de son contact avec l’air, mais aussi sous le récipient de la machine pneumatique. L’analyse de cette vapeur , qui constitue ce qu’on a nommé Y aura sanguinis , a démontré qu’il n’entre dans sa composition que de l’eau en quan-
Lite considérable , et tenant en suspension un peu d’une matière animale dont la nature putrescible de ce fluide doit faire présumer l’existence. M. J. Davy qui paraît être celui qui l’a analysée avec le plus de soin y a reconnu en outre la présence d’une proportion d’acide carbonique , très-faible selon lui, mais que quelques auteurs ont beaucoup exagérée.
Jetons maintenant un coup-d’œil sur les notions que nous avons à l’égard du sang sortant de l’animal , en l’envisageant sous les divers points de vue que nous permettent nos moyens d’analyse.
Caractères physiques. Le sang examiné dans les ostéozoaires , où nous l’étudions comme type , est un fluide plus ou moins coloré en rouge de diverses nuances , onctueux , très-légèrement visqueux , d’une pesanteur spécifique supérieure à celle del’eau, mais qui doit subir les memes variations que les quantités relatives du sérum et des globules , être par conséquent plus considérable lorsque ceux-ci prédominent , et moindre quand le sang est très-séreux. La pesanteur du sang n’est pas non plus la même au commencement et à la fin d’une saignée. On ne peut donc pas l’évaluer rigoureusement , et ce n’est qu’approximativement qu’on a pu dire qu’elle surpasse de cinq millièmes celle de l’eau.
Caractères organoleptiques. L’odeur de ce liquide est fade et plus ou moins nauséabonde ; sa saveur est en général plus ou moins salée; il paraît comine savonneux, quand on le presse entre les doigts ; il ne produit du reste aucun effet sur notre peau, et son introduction dans le canal intestinal , en fait un aliment de facile digestion.
Caractères microscopiques . L’examen du sang à l’aide du microscope a donné naissance à un assez grand nombre d’opinions différentes sur sa composition. Toutefois la majorité des auteurs s’accorde à le regarder comme formé de globules distincts suspendus dans un véhicule liquide ; c’est ce dont nous vous avons démontré tout à l’heure la réalité dans l’animal vivant , du moins chez la grenouille. Mais les descriptions qu’on a donné-es des globules varient beaucoup ; nous pouvons y reconnaître quatre manières différentes de concevoir ceux-ci.
Selon quelques micrographes , ces petits corps seraient de forme annulaire , c’est-à-dire ronds et percés à leur centre d’une ouverture circulaire qui en ferait des espèces d’anneaux : cette opinion qui ne repose évidemment que sur une illusion d’optique , ne trouve plus de défenseurs aujourd’hui.
Plusieurs personnes admettent que chaque globule est un petit solide gélatineux , de meme deu-
(n) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 10C)
site et de meme structure dans tous ses points ; cette opinion est celle de Blumenbach. On peut en rapprocher celle qui consiste à considérer les corpuscules dont il s’agit, comme fonris par de petits gâteaux circulaires, aplatis, transparais , incolores quand ils sont simples, à Lords arrondis et plus élevés que la partie centrale ( ce qui donnerait lieu à une dépression sur les deux faces du gâteau ) : telle est l’idée que professent MM. Hodgkins et Lister, et même M. Young, qui pense que la substance des globules du sang n’a pas partout le même pouvoir réfringent.
D’autres observateurs, en plus grand nombre , assurent que les globules sont formés d’un globule central incolore , contenu dans une enveloppe ou vésicule colorée. Cette manière de voir , qui est due à Hewson , a été admise dans ces derniers temps par MM. Bauer et Ev. Home , en Angleterre, ainsi que par MM. Prévôt et Dumas en Suisse ; mais elle a été attaquée par les travaux microscopiques de MM. Young , Hodgkins et Lister en Angleterre, et par ceux de M. Raspail en France.
D’après une quatrième manière de voir , les globules seraient formés d’une petite vessie pleine d’un fluide analogue au véhicule, et dans lequel se trouverait la matière colorante ; et chacun de ces globules en renfermerait d’autres plus petits ,
210 COURS DE PHYSIOLOGIE. (i2)
quoique de même structure; c’est l’opinion de M. Raspail, qui compare alors les globules du sang à ceux de la fécule de pomme de terre.
Je citOflai encore une autre opinion , qui vient d’être soutenue dernièrement, et probablement plutôt a priori quVz posteriori } c’est que les globules du sang ne sont que des bulles d’air introduites dans ce fluide par la respiration , et qui circulent avec lui ; c’est à M. Sckultz qu’est due cette hypothèse. Les preuves sur lesquelles il s’appuie , vont do suite en démontrer le peu de consistance : d’abord , selon lui , l’isolement des parties séreuse et cruorique du sang serait un résultat de la mort de ce liquide, et n’existerait jamais tant qu’il vit. Or , nous venons de vous montrer clairement sur une grenouille 7 que , pendant la vie de l’aniinal , les globules et le sérum sont parfaitement formés et distincts. Haller et Spallanzani n’ont jamais aperçu qu’un fluide uniforme dans les vaisseaux capillaires qui fournissent immédiatement des matériaux à l’assimilation ; c’est, suivant nous , une preuve que les globules finissent par se dissoudre pour la nutrition , mais cela ne prouve rien contre leur existence. Enfin, M. Schultz ajoute que, dans les animaux inférieurs , le sang est sans globules, ce qui est complètement erroné , comme je vais vous le démontrer tout à l’heure; en sorte que même, en s’appuyant sur les
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 21 I
observations de Poli , touchant le sang des malacozoaires , il est impossible d admettre que les formes globuleuses , qu’on remarque sans aucun doute, et de l’aveu de la très-grande partie des micrographes , dans le sang des ostéozoaires , ne sont que des bulles dair.
J’ajouterai à cela que les bulles d’air, vues au microscope, ont un aspect si particulier qu’il est impossible de les confondre avec quoi que ce soit ; ce qui me porte à présumer que M. Schultz a accordé trop de confiance à des observations étrangères.
Mais il est temps de vous exposer ce que nous avons vu nous-mêmes , en prenant toutes les précautions convenables pour éviter les nombreuses illusions auxquelles expose naturellement le microscope.
En examinant du sang de grenouille , tiré d’un animal vivant, sang qui, à cause de sa grande fluidité, n’a souvent pas besoin qu’on j ajoute d’eau pour en permettre l’examen au microscope , on voit indubitablement un nombre plus ou moins considérable de corpuscules généralement ovales et déprimés , que l’on ne distingue que parce qu’ils laissent passer moins de lumière que la lame extrêmement mince du fluide dans lequel ils son t immergés. En choisissant ceux qui se sont déposés à plat, il vous sera absolument impossible de rien
voir que l’aspect d’une sorte de vésicule bien également gonflée et dont la couleur est certainement très-légèrement rosée , puisque lorsque deux globules se recouvrent à moitié, elle devient évidente dans l’endroit où ils se doublent. Mais en recherchant sur le porte-objet, vous en trouverez quelques-uns qui vous présenteront une apparence de noyau central, et, par conséquent, un anneau qui le circonscrit , comme le globule entier en avait un pour le dessiner dans le milieu transparent où il est : au bout de peu de temps le nombre des globules qui offrent un noyau central est notablement augmenté , en même temps que celui-ci est mieux dessiné et mieux circonscrit. Enfin , vous pourrez également observer des nuances de plus en plus évidentes, xjui vous conduiront à remarquer la forme irrégulière du nucléus , qui ne conserve plus que les bords de son espèce d’enveloppe , et qui finit par rester seul à découvert; le reste du globule s’étant, pour ainsi dire , fondu dans le véhicule , vous ne voyez plus alors que de petits corps gélatiniformes de figure assez irrégulière , lesquels disparaissent enfin eux-mêmes.
Voilà ce que j’ai observé avec tout le soin convenable, et ce que j’ai fait voir à plusieurs de vous , Messieurs , qui assistaient à mes expériences. C’est, je vous le répète, sur des grenouilles
( i5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. ?.l3
que j ai examine' les globules, par les raisons que je vous ai déjà données (1). -Te les ai analysés, ;i l’aide du microscope , sur d’autres animaux vertébrés , tant à sang chaud qu’à sang froid , sur des mammifères, des oiseaux et des poissons ; je les ai étudiés aussi de la même manière chez les entomozoaires; par exemple, dans la larve du scarabée nasicorne , dans l’écrevisse, enfin chez des malacozoaires , tels que l’hélice vigneronne et l’huître; mais je reviendrai sur ces diverses observations à propos des différences que le sang présente dans la série animale.
Quoique je conçoive très-bien que chez les mammifères et les oiseaux, dont le sang n’est pas assez séreux pour qu’on ne soit pas obligé de le délayer avec une certaine quantité d’eau , crainte de dessiccation trop rapide , on puisse regarder la partie solide de cette substance comme n’étant pas subdivisée en globules, et bien que ceux-ci ne présentent que très-rarement tous les phénomènes que l’on analyse si aisément sur les globules du sang de grenouille , je crois cependant qu’on peut , en définitive , s’en faire l’idée
(i) Il ne faut pas croire que du sang desseche' vous donnere'ellement ce qui existe quand il est liquide et nouvellement extrait. On peut cependant très-bien y reconnaître la forme ge'ne'rale et même le grumeau central irre'gulier , ainsi que l’espèce d’enveloppe qui limite le globule.
2l4 COURS DE PHYSIOLOGIE. (16)
suivante ,qui est, à peu de chose près, celle de M. Bluraenbach.
Le sang encore vivant est composé d’une partie fluide , que je regarde comme légèrement colorée : en effet, en épaississant un peu la couche que Ion soumet a 1 examen, j’ai cru remarquer souvent quelle n’est pas complètement incolore ; peut-être cela tenait-il cependant à ce que des globules s’étaient déjà décomposés , chose qui me paraît peu probable. L’autre partie du sang est plus solide et constitue des globules et même des granules. Ces globules sont d’une composition homogène, et leur enveloppe apparente n’est qu’une sorte de coagulation incolore ou du moins pas plus colorée que le reste ; aussitôt qu’ils ont cessé de vivre et de se mouvoir , la substance qui les constitue se sépare en deux parties : l’une se coagule et forme un nucléus central albumineux , gélatineux ou fibrineux, comme on voudra l’appeler ; l’autre s’échappe à travers la partie centrale coagulée enveloppante , et se réunit au véhicule. Il se passe sans doute ici quelque chose d’analogue aux phénomènes que M . Dutrochet a nommés endosmose et exosmose , et , par suite , à ce que nous allons voir dans la coagulation du sang en masse. Mais avant cela, nous avons à examiner le sang extrait depuis un peu de temps des veines de l’animal.
(7) Du sang évidemment mort , ou modifié par une exposition un peu prolongée u l’action des circonstances extérieures.
Le fluide qui nous occupe éprouvé quelque temps après sa séparation de l’organisme des changemens notables, que nous tâcherons d’analyser en eux-mémes, autant que la chose est possible dans l’état actuel de la science ; car nous devons l’avouer , cette analyse est encore bien difficile et conduit à bien peu de résultats positifs , malgré les travaux nombreux qui se sont succédé depuis Hoffmann , qui paraît avoir étudié le premier le phénomène de la coagulation du sang, jusqu’à M. J. Davy, à qui nous devons nos notions les plus avancées sur ce sujet.
Dès que le sang s’est refroidi , sa fluidité, d’abord très-grande, fait place à une consistance subgélatineuse > à laquelle succède bientôt sa séparation en deux parties : le sérum, qui est tout-à-fait fluide, et le caillot, qui présente une assez grande solidité, et une sorte de spongiosité, à laquelle M. J. Davy attribue la faculté qu’a ce caillot de flotter dans la sérosité, bien que sa pesanteur spécifique soit supérieure à celle de cette dernière humeur. Cette séparation ne peut avoir lieu que sous l’influence d’une température tome 1. 16
2lG COURS DE PHYSIOLOGIE. (18)
moyenne ; trop de chaleur amènerait la putréfaction, et trop de froid aurait pour résultat la congélation, états qui s’opposent l’un et l’autre à la séparation dont nous venons de parler.
Au moment où cette séparation se fait , il est probable qu’il continue de s’exhaler encore de cette vapeur, en grande partie aqueuse, mais aussi un peu animale , que nous avons vu s’élever du sang des animaux supérieurs ; il se dégage aussi une certaine quantité d’acide carbonique , comme s’en est assuré M. John Davy ; mais certainement cette quantité est bien moindre que ne l’avait dit M. Brande, qui la portait à deux pouces cubiques pour chaque once de sang ; elle est également inférieure à celle qu'ont précisée MM. Scudamore et Gardener , quoiqu’ils ne l’évaluent qu’à un demi-pouce cubique pour six onces de ce fluide.
Il est certain , d’après les recherches délicates de M. John Davy, qu’il ne se développe pas de chaleur dans la coagulation du sang , comme Hunter l’avait fort bien vu en expérimentant sur le sang d’une tortue. Le docteur Scudamore est cependant d’une opinion contraire.
Voilà ce qu’on aperçoit quand on laisse reposer du sang pendant un certain temps. Maintenant il importerait de savoir ce qui se passe lors de ce changement remarquable dans la constitution in-
(19) COMPOSITION INTIME UES ANIMAUX. 'Il'] time de ce liquide , et il est d’autant plus intéressant d’analyser avec soin la manière dont le caillot se sépare du sérum , que quelques personnes ont avancé qu’en pressant le premier d’une certaine manière, on peut lui faire acquérir une sorte d’organisation : vous sentez que si ce fait est réel, on pourra facilement concevoir la nutrition , car du moment où le cruor jouirait hors de l’économie de la faculté de prendre une texture organique, cette faculté devrait lui être supposée à plus forte' raison , quand il appartient encore à l’être vivant. Certains physiologistes ont donné une explication de la décomposition du sang en deux parties, à l’aide de la manière dont ils envisagent les globules et le sérum. Considérant chacun de ceux-là comme formé, i° extérieurement d’une enveloppe qui, suivant eux, est la seule partie colorée du globule, et à laquelle on a donné pour cela le nom d’hématos ine , 2° intérieurement , d’une partie regardée comme de la fibrine , du cruor , et d’un fluide vraisemblablement semblable à celui dans lequel nagent ces petits corps, ils supposent, et c’est à sir Evêrard Home que nous devons cette hypothèse , que dans la séparation du caillot et du sérum l’enveloppe des globules se brise , laisse échapper son fluide intérieur et la partie fibrineuse; qu alors celle-ci , sous la forme d’un grumeau gélatini-
ÎU& COURS DE PHYSIOLOGIE. (ao.)
forme, s’agglomère avec celle des autres globules ; et que les débris des enveloppes colorées venant se joindre à ces grumeaux et s’interposer dans les petites vacuoles dues à leur mode d’agglomération, il résulte de là cette masse solide que nous voyons nager dans la sérosité du sang décomposé. J’ai bien peur que cette explication ne soit plutôt une hypothèse ingénieuse que l'expression de ce qui se passe réellement dans la formation du caillot.
Quoi qu’il en soit, comme il est certain qu’il y a dans le sang mort de la sérosité, de la matière colorante ( que nous nommerons aussi hématosine), et de la fibrine, nous allons passer en revue chacun de ces élémens du fluide nutritif , dans l’ordre que je viens de leur donner; mais auparavant permettez-moi quelques remarques préliminaires sur les différences que présente l’analyse spontanée du sang quelque temps après son extraction, relativement à la rapidité avec laquelle se fait la séparation du caillot et du sérum. Beau-? coup de causes peuvent influer sur ce phénomène. Je citerai , entr autres :
1 0 L'âge : on a remarqué des différences notables entre l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse , rela^ tivement à la rapidité avec laquelle se sépare le caillot, et à son volume.
2° U état de santé : il apporte des différences sensibles , sous les deux rapports que
(ai) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 9.IQ
nous venons d’indiquer , mais ces différences n’ont pas encore été bien analysées; on peut cependant assurer, en thèse générale, que le caillot se sépare plus vite chez les sujets pléthoriques atteints de phlegmasies aiguës, et qu’au contraire le sang reste bien plus onctueux, et plus longtemps liquide, cbez les sujets faibles ou atteints de maladies chroniques.
5° L’espèce de sang : le sang noir et le sang rouge, ne se coagulent ni avec la même rapidité, ni avec le même résultat; le premier, comme plus fluide, présente moins de caillot que le sang artériel.
4° L’époque de la saignée : quelques auteurs, tels que Scudamore et M. J. Davy, admettent une différence entre le sang tiré au commencement et celui qui est tiré à la fin de la saignée : le premier de ces savans regarde celui du commencement, et en général celui des premières saignées comme se coagulant plus vite; tandis que M. J. Davy admet le contraire, ou du moins pense que le sang contient moins de parties solides à la fin de l’opération , ce qui doit , ce me semble, retarder sa coagulation, et ce qui est assez vraisemblable; car ce liquide étant l’aliment de l’organisme, on conçoit qu’il soit moins riche en parties nutritives , c’est-à-dire en cruor, après avoir éprouvé des pertes considérables.
5° Selon cjue la saignée s effectue dans le vide ou dans V air : Hunter signale des différences dépendantes de cette cause , qu’il est très-difllcile d’expliquer. Ainsi il assure que la séparation se fait plus vite dans le vide, "que sous le poids de la colonne atmosphérique.
6° Selon le degré de la température : je vous ai déjà dit qu’une température trop élevée s’opposait à l’analyse spontanée du sang, en déterminant la décomposition putride, dont sa partie séreuse est très-susceptible ; vous avez vu aussi qu’au-dessous d’un certain degré, la congélation ayant lieu , la séparation du sérum et du caillot était impossible.
70 Sous l'influence de moyens chimiques : on a reconnu que les alkalis et certains sels alcalins ont la propriété d’empêcher la coagulation du sang , et que les acides la favorisent; on a ajouté qu’une dissolution de potasse injectée dans les veines d’un animal vivant , coagulait le sang , tandis que le contraire a lieu hors des veines ; mais cela est-il certain?
Vous voyez, Messieurs, par le peu défaits que je viens de vous citer, que beaucoup d’influences peuvent agir sur le phénomène delà division du sang en sérosité et en cruor, et modifier ce phénomène, soit en le hâtant, soit en le retardant, soit enfin, en changeant les proportions des deux
(a3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX, élémens dont je viens de parler. Mais aucune des causes les plus favorables à la coagulation ne paraît être celle du phénomène lui-même, car il a lieu malgré leur absence, et M. J. Davy s’est assuré contradictoirement avec l’opinion de Scudamore, que le temps nécessaire à la coagulation du sang, n’est pas en rapport avec sa densité : quelle sera donc cette cause? Bien que nous ne devions pas nous arrêter long-temps à la solution de cette question, qui est peut-être en dernier résultat, plutôt une question de chimie, qu’une question de biologie , nous croyons cependant devoir vous dire quelques mots à son égard. Hunier ayant vu le phénomène dont il s’agit, se produire avec une foule de variations, avait eu recours pour son explication, comme nous faisons tous, quand nous ne savons plus que faire, à l’invention d’une force vitale, qui, maintenant le sang à l’état liquide pendant sonsé jour dans l’organisme, l’abandonnait après sa sortie de celui-ci, d’où résultait, au bout de quelque temps , sa division en sérum et en caillot; c’était, pour ce célèbre biologiste , une sorte de contraction de ce dernier.
M. Mayer de Bonn , sans s’en douter peut-être , se rapproche beaucoup de l’opinion de Hunter , en l’exprimant seulement sous une autre forme. En effet , il croit s’être assuré par des expériences sur les effets de la section du pneumo-gas trique ;
que la liquéfaction du sang est due à l’action nerveuse, parce que, dans ce cas, il a toujours trouvé des substances polypeuses dans le cœur, ainsi que dans les artères et les viscères pulmonaires ; comme si ce résultat n’avait pas lieu dans tous les cas de ralentissement de la circulation.
M. Berzelius suppose 'que cette coagulation est due à l’absence du mouvement du liquide; ce qui peut, jusqu’à un certain point, être admis.
M. J. Davy , qui a analysé avec soin toutes les circonstances auxquelles on pourrait attribuer la coagulation du sang , dit qu’il est bien loin de trouver quelque chose de rationnel dans les explications qu’on a données de ce fait. Il est bien vrai, ainsi que nous l’avons vu , que certaines influences peuvent en retarder ou en bâter la manifestation. Mais nous n’en savons pas davantage sur sa cause ; ni la physiologie , ni la chimie ne nous l’ont fait connaître jusqu’à présent ; tout nous porte à penser néanmoins que c’est la dernière de ces sciences qui nous la découvrira , et qu’il ne faut pas se placer pour la trouver au point de vue des vitalistes.
Mais , pour en revenir aux proportions des trois parties que nous avons reconnues dans la composition du sang , nous croyons devoir citer les résultats obtenus par M. J. Davy , qui a étudié avec
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. »a3
toutes les précautions désirables le sang du bœuf ; ce biologiste y a trouvé, sur 100 parties :
Sérum liquide 41*2
Fibrine contenant une certaine
quantité d’eau 1 1 ,4
Hématosine 4-7 ^4-
Vous remarquerez ici l’énorme quantité de ma* tière colorante et la faible proportion de fibrine obtenue par M. Davy; mais vous vous rappellerez en meme temps que ces évaluations ne sont rien moins que rigoureuses. Il s’exhale d’ailleurs du sang une certaine quantité de vapeur, dont l’absence doit changer les proportions normales de ses élémens.
Nous allons maintenant étudier isolément chacun de ces derniers.
I. Sérum du sang. Le sérum est, comme je vous l’ai dit , la partie du sang qui sert de véhicule aux autres. Tant que celui-ci est dans les vaisseaux , et au moment où il est soustrait à l’organisme , on ne distingue pas cet élément , du moins chez les animaux supérieurs , de la fibrine et de Fhématosine ; il est alors mélangé avec ces dernières. Mais lors* que le caillot est formé, la sérosité se montre iso* lée , et alors on peut reconnaître en elle un fluide plus ou moins limpide , coloré en jaune verdâtre ^ dont la pesanteur spécifique varie , et peut être
21*4 COURS DE PHYSIOLOGIE. (ali)
évaluée en moyenne à 00,29 au-dessus de celle de l’eau distillée. L’odeur de cet élément est cette odeur fade et nauséabonde qu’exhale le sang luimême; elle devient même bientôt encore plus désagréable, à cause de la promptitude avec laquelle le sérum entre en décomposition putride.
Il présente une saveur salée dont vous connaissez la cause. Observé au microscope , on y aperçoit des corpuscules assez régulier, arrondis , qui se montrent extrêmement nombreux lorsqu’on fait un peu évaporer le liquide dans lequel ils nagent , et qui constitue le sérum proprement dit. Ces corpuscules sont de véritables grumeaux albumineux d’une grande ténuité ; ils sont en même temps si rapprochés , qu’ils exercent une action attractive les uns sur les autres, et que sous les yeux de l’observateur , et à la température ordinaire on les voit dans un mouvement continuel, analogue à celui qu’on observe dans le sperme , mouvement que M. Robert Brown a observé dans tous les liquides où il jetait quelque corps pulvérisé que ce fût , par exemple , de la poudre de charbon ; d’où il ressort, de toute évidence, que l’agitation continuelle des grumeaux du sérum, n’est nullement un mouvement vital de composition ou de décomposition. C’est ce que je vous démontrerai encore , en vous faisant voir comparativement de véritables ani-
malcules microscopiques et les grumeaux gélatineux ou muqueux du sperme qui leur ont été assimilés; vous reconnaîtrez que ce sont deux choses tout-à-fait différentes. L’observation des petits corps grumeleux qui nagent dans le sérum du sang , est d une certaine importance , comme vous le sentirez quand nous nous occuperons des différences du fluide nutritif dans la série animale ; car vous retrouverez ces grumeaux seuls dans le sang des animaux inférieurs , où ils représentent , en quelque sorte, les véritables globules cruoriques.
Quant à la composition chimique du sérum , M. Berzelius , qui l’a analysé comparativement et par le meme procédé, chez l’homme et chez le bœuf, la trouvé composé comme suit :