‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource]Chapitre 7 sur 45 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

COURS DK PHYSIOLOGIE.

Messieurs ,

Avant d’exposer l’ordre que nous devons suivre dans la zoobie , telle que nous l’avons définie , nous avons encore besoin de quelques considérations générales , sans lesquelles nous ne pourrions peut-être en sentir l’importance.

L’univers , tel que nous l’apercevons immédiatement par nos sens , et médiatement par notre intelligence , est un ensemble , un tout composé d’atomes et de particules groupés de manière à former ce que nous nommons des corps, lesquels agissent les uns sur les autres dans des limites qui varient selon la distance, la masse, la forme , et selon la disposition des atomes et des particules qui composent ces corps. Il n’y a pas plus de corps séparés , indépendans les uns des autres , qu’il n’y a d’organes séparés dans un organisme quelconque. Il nous est aisé de démontrer en anatomie qu’il n’y a pas un seul organe qui ne soit en connexion immédiate , en continuité de système avec toutes les autres parties ; c’est une chose hors de doute. Ainsi , quand je vous ai parlé des systèmes osseux , musculaire , dermoïde , etc. , je vous ai fait voir qu’ils ne composaient qu’un seul tout, un ensemble dont il

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vous est impossible de retrancher une portion , quelque distincte quelle vous paraisse, sans couper des tissus qui établissent la continuité de cette portion avec l’organisme entier. Cette intime connexité vous est aussi bien démontrée par la pathologie^ que par l’anatomie et par la biologie. Eh bien ! il en est absolument de même dans l’univers ; car , si dans les animaux nous voyons une trame générale commencer l’organisation de l’être vivant , se modifier ensuite successivement dans les diverses parties de son étendue , de manière à constituer des tissus et des organes particuliers , mais n’en rester pas moins comme hase commune de ces organes, et établir par cela même leur continuité , l’ensemble des choses se montre à nous sous les mêmes rapports; l’univers, ou si l’on veut la matière , est également un tout continu. La matière peut très-bien être conçue ainsi , en l’envisageant même à la manière de certains philosophes , tels que Descartes , qui l’ont définie l’étendue j car l’étendue ne pouvant être interrompue , fracturée, il est évident que la matière qui la constitue sera aussi un tout continu.

Ainsi, de même que les organes d’un être vivant résultent de certains agroupemens de molécules , au milieu d’une trame générale , de même aussi les molécules qui composent l’univers, ou la

matière s’agroupent de diverses façons, et forment, par ces différons modes d’agroupemens , ce qu’on nomme des corps , lesquels par cela même qu’ils ne sont que des parties d’une seule masse générale , réagissent continuellement les uns sur les autres.

Je ne dois pas entrer ici dans toutes les discussions philosophiques dont l’essence de la matière a clé l’objet: d’abord, parce qu’elles portent sur une question insoluble , et ensuite parce qu’elles sont sans aucune utilité. Peu nous importe, en effet, pour ce que nous avons à rechercher , que cette matière soit l’étendue elle-même , comme l’a voulu Descartes, ou que ce soit l’espace occupé par une substance agissant d’une manière constante sur nos sens ; toujours est-il qu’elle peut être envisagée sous le double rapport de formalité et de propriété , rapport qui constitue le caractère d’un corps. Aussi Aristote a-t-il défini , avec beaucoup de profondeur, un corps : une substance composée de matière et de forme. La matière ne serait donc pas un être fini, tant quelle n’a pas de forme ; elle ne consisterait que dans la puissance d’en avoir.

Quoi qu’il en soit, les philosophes modernes , sans s’occuper de résoudre ces questions insolubles , ont imaginé , par artifice, et pour faciliter l’intelligence des phénomènes, de supposer une valeur à l’inconnue ; ils ont établi des principes

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hypothétiques dont l’utilité est mieux sentie de jour en jour.

Parmi le grand nombre des hypothèses qui ont été proposées , celle qui est maintenant lé plus généralement adoptée consiste en ce qu’on nomme aujourd’hui la théorie atomistique.

Vous savez , Messieurs, qu’un philosophe grec, Leucippe , et depuis lui Epicure et Lucrèce , et même parmi les modernes Gassendi^ ont établi que la matière était composée de molécules , ou de petites parties indivisibles, auxquelles ils ont donné le nom d’atomes. C’est là une hypothèse, mais une hypothèse utile , au moins telle qu’elle est comprise aujourd’hui; c’est un de ces moyens que l’esprit humain se crée , et qui lui sont nécessaires pour chercher l’explication des phéno. i mènes.

L’hypothèse des atomes a traversé tous les siècles qui nous séparent de son inventeur , et nous est arrivée, après avoir été proposée successivement de diverses manières. Les Grecs et quelques-uns de leurs successeurs ont cherché à connaître la nature, la forme, des atomes; mais les physiciens modernes ont abandonné cette recherche aux philosophes ; comme un pur objet de spéculation Les premiers regardaient les atomes comme étant tous homogènes , et de plus comme indestructibles. Nous allons voir tout à l’heure ce que

nous devons penser de l’anéantissement de la matière.

Toute partie de celle-ci qui est limitée dans la masse générale, par quelque accident de forme ou de couleur, constitue un corps. Ce corps est considéré aujourd’hui comme un assemblage plus ou moins considérable , et perceptible à nos sens ou seulement à notre intelligence , de molécules ou solides indivisibles , impénétrables et indestructibles , selon le système des naturistes. Nous observerons à ce dernier égard, que l’opinion de l’indestructibilité de la matière ne saurait être admise que par ceux qui croient à son éternité. Or, les Epicuriens qui avaient cette croyance, regardaient en effet, et par une manière de raisonner tout- à-fait conséquente , la matière comme indestructible. Mais si elle a été créée , il est évident que son auteur peut la détruire , et notre philosophie chrétienne nous la présentant comme l’œuvre de Dieu , nous devons croire que cette œuvre peut prendre fin.

Les plus petites parties dans lesquelles nous supposons la matière susceptible d’être divisée, portent le nom à’ atomes , lequel signifie insécable , parce que , selon cette hypothèse , ces parties seraient indivisibles.

Les corps^ considérés ainsi comme des agrégations d’atomes , doivent être distingués en corps

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simples ei en corps composés. Les premiers sont ceux que forment des atomes d une seule espèce ; les seconds, ceux dans la composition desquels il entre autant de sortes d’atomes que l’on y reconnaî t d’éléinens. Les anciens qui admettaient , comme nous l’avons déjà dit, l’identité de tous les atomes , supposaient des différences dans leurs dispositions réciproques, dans leur arrangement, pour expliquer la diversité des corps. Les chimistes modernes ont encore recours à une explication semblable pour rendre compte des différences de certains corps composés des mêmes élémens. Je vous donne cette explication pour ce quelle est. Quoi qu’il en soit, on peut concevoir les atomes agrégés en nombre déterminé, pour former un premier ordre de groupes , auxquels on donne le nom de molécules intégrantes ou particules proprement dites, quand elles sont composées d’une seule espèce d’atomes, et celui de molécules constituantes quand il y en a d’espèces différentes dans le corps. Prenez pour exemple du soufre et de l’acide sulfurique; vous trouverez dans le premier , des atomes et des molécules d’une seule sorte , ou des molécules intégrantes , et dans le second , des atomes d’oxigène et des atomes de soufre , formant les molécules constituantes de l’acide sulfurique.

Les particules qui résultent immédiatement de

l’agrégation des atomes dans la succession de combinaisons que je vous indique ici pour arriver ensuite à l’exposition des phénomènes, ces particules ne sont pas encore perceptibles à nos sens ; mais elles le deviennent lorsqu’elles se réunissent en nombre assez considérable pour former un groupe d’un volume particulier , proportionnel à la force de nos organes; dans cet état, elles constituent ce que nous nommons les corps proprement dits : ainsi , les corps sont composés de particules ou molécules , et celles-ci le sont d’atomes d’une ou de plusieurs sortes. Les premiers nous sont révélés par un ou plusieurs de nos sens. Ici se présenterait la question tant débattue entre les idéalistes et les réalistes , de savoir s’il existe réellement des corps , et si nous ne prenons pas de pures sensations sans cause extérieure pour des effets } et pour des indices de ces corps ; en un mot , si les sensations que nous avons l’habitude de rapporter à ces derniers , ont une raison hors de nous-mêmes. On sait que le système de philosophie qui a pour base la négation de la matière , compte des partisans presque à toutes les époques de l’histoire des sciences, et qu’il a élé soutenu dans le siècle dernier , par un célèbre évêque anglais , par Berkley . Mais l’examen de’la question soulevée par cette philosophie nous importe peu ici; et nous ne devons pas met-

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tre en doute l’existence des corps que nos sens

nous re'vèlent.

Nous venons de voir comment l’esprit humain s’est rendu compte de la composition des corps, comment il les a conçus dans leur état statique ; voyons maintenant ce qu’il a fait pour expliquer l’état dynamique de leurs molécules. Il a créé pour elles deux forces motrices : l’une , afin d’expliquer le rapprochement des atomes , et l’autre , pour rendre compte de leur éloignement , en un mot , deux forces antagonistes ; le mouvement existe ou n’a pas lieu , selon la manière dont ces deux forces agissent et combinent leur action. Quant à la question de savoir si le mouvement est inhérent à la matière , nous ne tenterons pas meme de l’aborder, car il est tout-à-fait impossible de la résoudre , à moins qu’on ne fasse comme beaucoup de philosophes qui , ne pouvant dénouer ce nœud gordien , ont pris le parti de le couper en créant une force nouvelle , la force d’inertie.

Telles sont les forces qu’on a établies pour les atomes ; on en a également créé pour les particules. Ainsi on a imaginé une force de cohésion qui tend à unir les molécules intégrantes , et qui prend le nom d’affinité, lorsqu’elle s’exerce entre des molécules constituantes. Ce qu’on nomme le calorique a tenu lieu de la force de répulsion des

molécules. Maintenant si nous jetons les yeux sur les rapports réciproques de ces deux forces, nous voyons que de la prédominance de la cohésion résulte l’état solide des corps , que la prépondérance du calorique donne lieu à l’état liquide , et que lorsque la force répulsive l’emporte à tel point sur la cohésion , que celle-ci est nulle , les corps sont à l’état gazeux.

Vous voyez, Messieurs, comment nous arrivons peu à peu à l’aide de cette analyse et de ces diverses créations de notre esprit , à des phénomènes visibles que vous pourrez calculer.

Mais jusqu’ici nous avons envisagé la matière d’une manière générale. Or, il s’agit pour nous d’expliquer les phénomènes de la nutrition et de la réproduction des êtres organisés, et en particulier des animaux. Faute d’avoir analysé ces phénomènes avec le soin que demandait un pareil travail , on a imaginé , et c’était encore ici couper le nœud qu’on ne pouvait dénouer , on a, dis-je, imaginé qu’il y avait deux sortes de matières , l’une morte et l’autre vivante , ou tout au moins susceptible de vie. Bufifon a professé cette opinion, et l’a développée avec cette logique sévère qu’on lui connaît , et qui fait qu’une fois qu’on admet la proposition dont il part , on doit admettre aussi toute la suite de son raisonnement. La plupart des physiologistes allemands ont adopté

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ici la manière de voir de notre célèbre compatriote. Mais il est extrêmement aisé de démontrer quelle n’est nullement fondée. En effet, il suffit pour cela de rappeler que les chimistes ont décomposé les corps vivans en des élémens qui se trouvent dans les corps inorganiques ; jamais ils n’ont trouvé que ces élémens , qui sont , entre autres, l’oxigène , l’hydrogène, le carbone et l’azote , présentassent des propriétés différentes , selon qu’on les retirait des corps bruts, ou des corps organisés. Ils peuvent seulement être combinés en proportions différentes dans ces deux grandes divisions des êtres créés. Il est donc de toute évidence qu’il ne saurait y avoir de matière essentiellement brute , et de matière vivante ou essentiellement capable de vie. Nous verrons , quand il sera question de la génération , qu’on n’avait pas besoin de créer cette hypothèse pour entrevoir l’explication du phénomène de la reproduction.

Une autre distinction que vous connaissez , et qui n’est pas plus légitime que la précédente , est celle des corps pondérables et des corps impondérables. C’est un vrai contre-sens que d’user de pareilles expressions , puisque , comme vous l’avez vu , un corps est un composé d’atomes de matière , et qu’un des caractères de toute matière est de peser. Il est de toute impossibilité de concevoir , d’une part, un corps pondérable, et de

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l’autre un corps impondérable- Vous pourriez y parvenir en substituant au mot corps le mot être , qui exprime une abstraction de notre esprit. Il y a des corps d’une grande légèreté spécifique , mais qui sont loin cependant de constituer des corps impondérables ; ainsi ; l’étlier que nous avons besoin d’admettre pour expliquer beaucoup de phénomènes physiques, est un fluide d’une ténuité telle, que tous les mouvemens des corps célestes se font dans son sein, sans qu’il les retarde, ni les modifie dans des limites sensibles ; mais nous nous gardons bien de le regarder pour cela comme un corps impondérable. Nous admettons d’autant moins des corps de ce genre , que tout ce qu’on a appelé ainsi est ramené d’une manière de plus en plus évidente , à mesure qu’on étudie cette matière, à n’ètre que du mouvement; c’est ce qui est déjà démontré pour la chaleur , et ce que les expériences de MM. Aoung^ Arago et Fresnel ont mis hors de doute pour la lumière, comme vous le verrez , quand nous traiterons de de l’action de la lumière sur certaines parties de notre corps , pour produire les phénomènes de la vision. Il est probable que l’électricité est aussi un mouvement, et que le magnétisme n’en est luimême qu’une modification.

Ainsi nous rejetons complètement les corps impondérables.

Nous voici maintenant arrivés au moment de

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traiter des propriétés générales de la matière, ou, pour mieux dire, de celles des corps, puisque nous n’avons pas défini celle-là, autrement qu’en la présentant comme un tout continu et sans partie isolée, formant ce que nous nommons l’uni-

vers.

Il est de la plus grande importance que nous envisagions ici les corps d’une manière générale, et dans leurs propriétés communes ; sans cela nous ne saurions analyser avec succès les phénomènes que présentent les êtres vivans, et nous serions exposés à créer une force digestive, et d’autres encore, pour expliquer chaque fonction. Or, comme nous n’en voulons venir à ce dernier moyen qu’avec connaissance de cause, et par impuissance absolue d’en trouver un autre, et comme nous tendons à nous élever le plus possible à des principes généraux , il faut , avant d’ahorder la difficulté que présente l’étude des corps vivans , commencer par celle des corps en général , et de leurs caractères communs; c’estleseulmoyen de donner à notre physiologie le caractère positif, du moins dans les limites dont elle en est susceptible.

Les propriétés de la matière peuvent se diviser en trois catégories , selon quelles se rapportent aux atomes simples, aux atomes réunis en particules, et aux assemblages de particules , ou corps proprement dits , susceptibles d’affecter quelqu’un

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de nos sens , soit immédiatement, soit par l’intermédiaire de moyens particuliers.

Les propriétés de la première catégorie sont des créations de notre esprit, mais les dernières sont physiques et positives.

Dans la première série on peut placer V impénétrabilité, cette propriété qui , vous le sentez trèsbien, est un corollaire rigoureux de la définition de la matière, car il est de toute impossibilité qu’un point de celle-ci puisse pénétrer dans un autre point de matière.

L’ indivisibilité , autre propriété des atomes, est encore une création de notre esprit , car notre intelligence , gouvernée par les faits physiques , ne peut la concevoir ; un corps dont nous avons porté la division à un point extrême, aura toujours pour nous des extrémités et un milieu, en un mot des parties. Mais bien qu’inconcevable Y indivisibilité , est , comme nous l’avons vu , une propriété que nous donnons aux atomes pour parvenir à expliquer les phénomènes physiques. Y ous connaissez , en effet, très-bien la manière dont les chimistes sont arrivés par la théorie atomistique à l’analyse exacte des corps, en établissant qu’ils se combinent dans des proportions définies.

La pesanteur est en échange une propriété générale des corps , qui nous est démontrée par

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l’observation, et que nous devons nécessairement attribuer à leurs plus petites divisions, par conséquent à leurs atomes. En effet, du moment où je regarde ce corps que j’ai dans la main comme une réunion d’atomes, et que je reconnais qu’il est sollicité , peu importe par quelle cause , à descendre vers le centre de la terre , je ne saurais méconnaître que, quel que soit le nombre de ses molécules, il aura toujours la même tendance; je ne pourrai conserver le moindre doute à cet égard si j’examine ce qui se passe dans le vide ; car je verrai que là tous les corps tombent également, quelle que soit leur masse. Il sera de toute évidence pour moi que chaque atome a , comme le corps entier, la propriété de peser.

La quatrième propriété générale des corps est ce qu’on nomme l 'inertie. Ici se présente naturellement la grande question métaphysique de l’inhérence du mouvement à la matière , et de ce que c^est que le mouvement : j’avoue que je serais fort embarrassé d’en donner la solution. Un fait certain, c’est qu’en supposant qu’un corps en mouvement ne trouvât aucune résistance dans sa route, ni de la part du milieu qu’il traverse , ni de toute autre part, il n’y aurait pas de raison pour quil s’arrêtât jamais. D’un autre côté, un corps na aucune tendance par lui-même à se mettre en mouvement, il faut que celui-ci lui soit imposé

par la loi de la pesanteur, ou par un autre corps. C’est cette espèce d’indifférence au mouvement et au repos, qui porte le nom à' inertie.

Ces quatre parties des atomes sont, je le répète , admises par raisonnement , mais par un raisonnement qui repose quelquefois sur des faits positifs, et qui est déduit d’une analogie maniée avec quel qu’adresse. Je ne range pas au nombre de ces propriétés , comme on le fait souvent en philosophie, Y étendue et Y indestructibilité , car pour ce qui concerne la première, ou bien c’est la difinition de la matière elle-même , comme l’a voulu Descartes } ou bien c’est la place qu’occupe celleci, ainsi que l’ont compris les anciens philosophes , qui avaient défini l’étendue , le lieu. La définition de l’étendue est encore une de ces questions qui ont élé tant débattues en pure perte, qui ont pris une si grande place dans les anciens Traités de métaphysique , et qui doivent être mises au nombre de ces problèmes dont la solution est à jamais interdite à l’esprit humain. On cherche à nous donner une idée de l’étendue en elle-même , en vous disant de vous représenter la place laissée vacante par un corps qui disparaîtrait tout à coup , et qui ne serait remplacé par rien ; mais c’est là une pure abstraction de l’esprit. Au reste, de quelque manière que l’on envisage Yétendue , qu’on la regarde comme la

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matière elle-même, ou comme en étant différente, elle ne constitue pas, à vrai dire, une des propriétés de celle-ci.

Quant à l5 indestructibilité , nous avons déjà vu quelle était repoussée par la philosophie chrétienne, et qu’on doit s’étonner devoir des hommes très-pieux commettre l’inconséquence de la compter au nombre des attributs de la matière. On peut cependant la considérer comme indestructible par elle-même dans toutes les transformations dont elle est susceptible , mais comme pouvant être détruite par Celui qui l’a créée.

Nous avons à parler maintenant des propriétés générales qui appartiennent à la seconde catégorie, de celles des atomes réunis en particules. C’est encore le raisonnement qui nous les fournira.

Je range d’abord dans cette série, la formalité j c’est-à-dire la propriété qu’ont les molécules de se réunir, de s’assembler, de se grouper dans l’espace , pour former des corps que nous apercevons par notre organe de la vision proprement dite.

Nous trouvons ensuite la tangibilité , ou la faculté d’être senti par le toucher; il est évident, en effet, que si un certain nombre de molécules se sont réunies , et ont affecté une forme déterminée , vous devez concevoir que nous pourrons parvenir à sentir cet assemblage de molécules ou ce corps à sa superficie, en y appliquant la surface de tome x. G

notre doigt. Toute espèce de sens n’est, à vrai dire, qu’une transformation de celui du toucher, comme je l’ai démontré dans mon anatomie, et comme je le démontrerai dans ce Cours de physiologie, avec une évidence telle, que vous ne pourrez vous refuser à penser comme moi à cet égard.

Puisque les molécules sont composées d’atomes, la divisibilité est au nombre des propriétés de cette catégorie.

Ainsi qu’il vous est facile de le voir , Messieurs, ces propriétés sont uniquement statiques ; mais elles se rattachent , sauf la dernière , à l’une des propriétés de la première catégorie; elles ont en un mot , la meme source que la pesanteur. Pour vous en convaincre, prenez une certaine quantité d’eau n’affectant aucune forme, à cause de la prédominance de la force expansive sur la force attractive. Placez un groupe de molécules de cette eau dans une position telle que cette dernière force puisse se manifester; par exemple, divisez-la en gouttes, et vous verrez alors cette eau, dont les molécules s’attirent réciproquement , affecter une forme particulière. Cette remarque avait été faite par Newton qui l’a consignée dans ses Questions sur l’optique.

J’arrive aux propriétés de la troisième et dernière catégorie, à celle des assemblages de particules , ou des corps proprement dits.

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Ici je trouve d’abord la porosité i c’est-à-dire la propriété qu’ont les corps , ou mieux les particules qui les composent, de laisser entr’elles des espaces extrêmement petits, à la vérité, mais enfin des espaces dans lesquels d’autres corps peuvent pénétrer. Les physiciens démontrent la porosité dans un grand nombre de corps. Je crains qu’ils n aient souvent pris des lacunes pour des interstices moléculaires, car on voit des lacunes à la surface des métaux, de l’or lui-méme. Pour nous du moins, dans les corps que nous étudierons , les pores ne seront certainement que des lacunes , c’est-à-dire des espaces compris entre les élémens anatomiques, entre les fibrilles des tissus animaux, espaces dans lesquels les liquides pénétreront à la manière dont l’eau s’introduit dans les vacuoles d’une éponge; nous n’aurons donc pas besoin de recourir à la porosité comme les physiciens ; il nous suffira delà lacunosiié, s’il m’est permis d’employer cette expression.

La densité est une autre propriété des corps , mais une propriété relative, qui indique le degré de rapprochement de leurs molécules ; nous ne pouvons pas connaître exactement le degré de densité absolue de deux corps, car il faudrait évaluer pour cela le nombre des molécules qui entrent dans chacun d’eux à volume égal, par exemple le nombre de celles qui composent un pouce

cube d’or, et un pouce cube d’une autre substance; mais nous pouvons connaître leur densité relative par rapport à un corps pris pour unité.

Une troisième propriété est la dilatabilité , en vertu de laquelle les molécules d’un corps sont susceptibles de s’écarter par l’introduction d’un autre corps dans leurs interstices; le calorique, aux yeux de ceux qui le regardent encore comme un corps , et l’éther , suivant les personnes qui expliquent par ses mouvemens les phénomènes de la chaleur , mettent en jeu cette propriété, en pénétrant ainsi dans les corps.

La compressibilité est la propriété opposée à la précédente ; par elle les molécules se rapprochent lorsque deux puissances opposées les poussent l’une contre l’autre ; il en résulte une diminution du volume du corps et une augmentation de sa densité.

En vertu de Y élasticité les molécules déplacées par une puissance compressive reviennent à leur position , dès que cesse l’action de cette puissance , et cela avec cette circonstance remarquable , que le mouvement de retour dépasse toujours le degré suffisant pour ramener les molécules à leur place primitive.

Les propriétés que je viens d’énumérer se rap-

portent à l’état statique des corps ; il en est d’autres qui se rapportent a leur état dynamique. Telle

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est la visibilité ou la coloricilé ( pardonnez-moi ces expressions qui rendent bien mes idées; c’est à celles-ci seulement que je vous prie de vous attacher, parce que le travail que j’entreprends ici n’a pu être assez e'iaboré pour qu’il 11e se trouve pas parmi les mots que j’emploie quelques expressions nêologiques). La propriété dont je parle n’est plus la tangibilité j c’est la propriété d’affecter une partie de l’organisation } au moyen d’un mouvemeut imprimé à un fluide intermédiaire à celte dernière et au corps qui exerce cette action. Naguère, il était généralement admis, comme vous le savez très-bien, que les corps étaient éclairés par un fluide particulier, impondérable, émanant de certaines sources et se mouvant avec une extrême rapidité ; ce fluide, réfléchi et décomposé de diverses manières par les objets, venait luimême apporter leur image à une partie de l’organisme chargée d’en recevoir l’impression , partie qu’un rapport spécial, supposé entre sa sensibilité et la nature du fluide, rendait, selon la même hypothèse, particulièrement susceptible de cette impression. Au lieu de cela , beaucoup de physiciens pensent (et selon moi avec juste raison) que la lumière n’est point un corps, mais un mouvement j ils soupçonnent que l’éther, ce fluide extrêmement subtil dont il a déjà été question , et qui, à leur avis, serait répandu dans toutl’espace, reçoit

des divers objets immouvement moléculaire onde vibration, variable selon la nature de ceux-ci , et que ce mouvement est transmis à l’organe précité, à 1 œil , dont la partie antérieure se trouve parfaitement disposée pour le recevoir, et pour le transmettre à son tour jusqu’à la pulpe nerveuse, à laquelle se communique alors le choc des molécules vibrantes. Les vibrations ayant lieu en ligne droite, on conçoit que la forme du corps d’où sont parties les premières se reproduira dans les dernières. Cette forme ainsi transmise par les molécules de l’éther sera sentie par la pulpe nerveuse de l’œil , exactement comme le serait celle d’un fer de lorme triangulaire , qu’on appliquerait immédiatement sur la peau. Sans en dire davantage sur un sujet que je traiterai plus longuement quand je serai arrivé à l’exposition de la théorie de la vision, je crois pouvoir établir que nous voyons les corps en vertu de la propriété qu’ils ont de vibrer à leur surface d’une manière particulière ; c’est cette propriété que je| nomme la i isibilité , ou la coloricité , parce que c’est la couleur qui nous fait distinguer les corps en les limitant dans l’espace.

La sonovéité est une propriété semblable à la précédente , qui dépend comme elle de la vibration des molécules des corps. En effet , lorsqu’un corps est frappé, chacune de ses particules réagit, en vertu de son élasticité, contre la compressionà

INTRODUCTION

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laquelle elle est soumise: il y a de la sorte un certain nombre d’alternatives de mouvemens de rapprochement et de répulsion. Ces mouvemens sont communiqués par contact aux molécules du

milieu ambiant, et se propagent ainsi jusqu’il une partie du tégument externe modifiée pour en recueillir et en sentir le choc , non plus de manière à donner la notion de la forme ou de la position d’un corps dans l’espace , mais à indiquer la force et la fréquence des oscillations, ce qui constitue le son. Vous le savez , Messieurs , le son n’est autre chose que le nombre des vibrations produites dans un espace de temps déterminé par un corps qu’on frappe , nombre qui est toujours en rapport avec celui qui arrive à l’organe chargé de le recueillir. Il n’y a pas besoin ici de faire intervenir l’éther pour transmettre les ébranlemens moléculaires du corps frappé ; l’air , l’eau , le bois suffiront. Tous les corps sont sonores , c’est-à-dire susceptibles de vibrations, tout cela dans des limites extrêmement variables ; il y a des corps qui le sont beaucoup , d’autres qui ne le sont que très-peu , mais on peut affirmer qu’aucun n’est complètement privé de sonoréité.

La caloricité paraît dépendre aussi , non comme on le croyait, de la présence d un fluide impondérable nommé calorique , dans les interstices des corps , mais des mouvemens moléculaires

de ceux-ci. Vous connaissez les belles expériences de Rumford qui est parvenu à porter de l’eau au degré de l’ébullition, en faisant tourner trèsvite, pendant deux heures, un foret dans un canon cle bronze rempli de vingt-six livres de ce 1 iquide. Il n’y a pas de corps que le mouvement ne puisse échauffer. Cela dépend-il d’une vibration de l’éther , c’est ce qui est assez vraisemblable ; mais une chose certaine , c’est la faculté qu’ont tous les corps de produire lorsqu’ils sont mus , le phénomène auquel nous donnons le nom de chaleur , qu’on distingue en chaleur susceptible d’être perçue , et en chaleur latente , comme , au reste, nous le dirons avec plus de détail en traitant de la chaleur animale.

Enfin X électricité est lout-à-fait, selon moi, dans le même cas que la caloricité, c’est-à-dire qu’elle consiste dans un mouvement moléculaire dépendant d’une rupture d’équilibre, mais dont la nature nous est encore plus inconnue; afin de suppléer à ce que nous ignorons sur ce sujet, on a imaginé un fluide impondérable de deux sortes ; mais il est évident que ce n’est là qu’une hypothèse provisoire pour systématiser plus aisément les phénomènes.

Vous voyez, Messieurs, que toutes ces propriétés générales pourront être divisées en propriétés statiques et en propriétés dynamiques.

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(j5) introduction. 87

C’est letude des corps élevée à celle de leurs propriétés (pii constitue la philosophie naturelle. La philosophie proprement dite , par suite de la sin-

gulière destinée qui la retient aux points de vue théologique et métaphysique , s’est chargée et se charge encore de tout ce qui est à peu près inexplicable. Ceci est vrai du moins pour une certaine philosophie , car il y a des personnes qui ont parfaitement senti que beaucoup de questions étaient hors de la portée de l’esprit humain , et qu’il fallait ou les abandonner , ou se contenter de les traiter historiquement , afin de démontrer combien notre in tel ligence s’était fourvoyée quand elle avait voulu s’occuper, par exemple , des questions de l’espace, du temps, et même du mouvement; problèmes inabordables, et qui le sont d’autant plus qu’on s'est moins occupé de la physique, de la chimie , de l’action du monde extérieur sur notre espèce. Cette histoire des erreurs de l’esprit humain a cependant un résultat avantageux , en ce qu'elle nous éclaire sur l’artifice que le génie a souvent employé pour parvenir à la solution des problèmes insolubles , ou pour en approcher du moins jusqu’à un certain point ; en sorte que si le but direct n’a pas été atteint , 1 instrument a été mieux connu, et il a pu se porter sur la mesure. En effet , la partie concrète des mathématiques s’occupe à mesurer l’étendue sous

le nom de géométrie , et le mouvement sous celui de mécanique. Ce sont les premières des sciences naturelles.

Quant aux propriétés appréciables des corps , les phénomènes qui en sont la manifestation se rangent tous sous des formules ou des lois de plus en plus générales , et c’est là, comme je vous l’ai dit, la manière de les expliquer. Ces phénomènes sont tombés entre les mains des astronomes, des physiciens et des physiologistes , les premiers s’occupant de ceux qui appartiennent aux corps bruts , et les derniers des phénomènes des corps organisés , distinction qui , pour le dire en passant, est tout-à-fait mauvaise, car les corps organisés sont composés de matière brute, qui est soumise aux lois générales de l’univers. Cette espèce de combat , qu’on a voulu établir entre les phénor mènes vitaux et les phénomènes généraux, est une véritable rêverie. C’est la même disposition à créer des forces pour la physique, la chimie et la physiologie , qui a présidé à cette division des phénomènes que présente la matière , division qui , je le crois , n’est pas bonne.

Les astronomes étudient les phénomènes qui ont lieu à de grandes distances, et peuvent arriver plus aisément à des lois que les physiciens et les chimistes, et à plus forte raison que les physiologistes. Ils doivent cet avantage à ce qu’ils coin-

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prennent, dans leurs observations et dans leurs calculs , un petit nombre de corps ; car, dès qu’ils veulent en embrasser beaucoup , leur travail devient moins mathématique , et ils n’atteignent plus complètement leur but. Quand ils analysent des phénomènes, qui ont lieu entre de grandes masses et à des distances énormes, ils obtiennent des résultats tellement rigoureux, qu’ils peuvent prévoir des phénomènes et les prédire avec une précision , qui n’est démentie en aucune manière par l’événement. Ainsi, par exemple, la théorie des éclipses qui résulte d’un calcul sans complication , est si parfaite, que, non-seulement on prédit les éclipses futures , mais qu’on devine celles qui ont eu lieu à des époques déjà trèséloignées de la nôtre } et qu’on a pu vérifier l’exactitude de beaucoup de travaux astronomiques des Chaldéens , des Egyptiens et des Chinois. Je le répète , si les résultats obtenus pour les éclipses sont si rigoureux, c’est qu’on n’a eu affaire qu’à un petit nombre de corps et de phénomènes. Mais les astronomes ne procéderont plus avec la même certitude, s’ils compliquent leur travail, en y introduisant la considération de la nature des substances qui entrent dans la composition des grandes masses qu’ils étudient, et en particulier dans celle de notre terre.

Les physiciens observent aussi les phénomènes

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qui se passent entre les corps en masse; mais comme ils étudient ceux qui ont lieu à de petites distances, et que ces derniers sont très-nombreux, ces savans n’ont pu encore arriver , au moins dans la majorité des cas, à soumettre ces phénomènes au calcul mathématique , ni à leur trouver des lois rigoureuses. Ils y sont parvenus, à la vérité , pour quelques faits; par exemple, pour la chute des graves , dont la loi est très-simple , mais ils n’ont pu encore obtenir la théorie mathématique de l’écoulement des fluides, etc. , etc.

Les chimistes ne s’arrêtent pas , comme les astronomes et les physiciens, à la surface des corps, mais ils pénètrent dans leur intimité et étudient les phénomènes de physique plus spéciale qui ont lieu dans l’action et dans la réaction des molécules qui les constituent. Ils les décomposent, et détruisent leur structure, ce que les physiciens ne font jamais.

Il suit de là que la chimie , embrassant beaucoup plus de phénomènes que l’astronomie et que la physique , et des phénomènes bien autrement compliqués et bien plus difficiles à analyser , permet aussi plus rarement de formuler les lois mathématiques de ces phénomènes ; la chose n’est même plus possible dès qu’elle s’applique au règne organique : car alors elle ne s’exerce que sur des corps qui ne sont jamais dans un état de fixité ,

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mais qui varient, pour ainsi dire , à chaque instant.

Les physiologistes enfin analysent non-seulement les propriétés générales des corps organisés , considérés comme corps , mais encore celles qui dépendent de leur organisation, et les actes de cette organisation soit intérieurs soit extérieurs, ce qui constitue la biologie.

Vous sentez, Messieurs, que si la difficulté de calculer les phénomènes, et de les ramener à des formules rigoureuses, est déjà grande quand on ne s’occupe que des faits astronomiques , physiques et chimiques, elle l’est Lien davantage, lorsqu’il s’agit des manifestations organiques : ici cette difficulté équivaut vraiment à l’impossibilité, et quiconque a bien réfléchi à la nature des faits, dont le physiologiste cherche l’explication, conviendra qu’il est même absurde de croire qu’on puisse soumettre au calcul mathématique, et formuler exactement les lois de la composition organique, et à bien plus forte raison, les phénomènes qui résultent plus ou moins immédiatement de cette composition. La multiplicité de ces derniers, les influences nombreuses qu’ils reçoivent les uns des autres, et de la part du monde extérieur, influences qui les compliquent nécessairement, enfin l’imperfection des moyens physiques et chimiques, à l’aide desquels nous les analysons,

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en voilà assez pour faire évidemment de la physiologie, la science la plus difficile, celle dans laquelle on peut le moins espérer d’arriver à un résultat mathématique. La suite de ce cours nous prouvera que ce résultat, quand nous aurons le bonheur d’en obtenir un, présentera des variations renfermées dans des limites plus ou moins larges selon la nalure des phénomènes.

Je vous ai dit qu’en zoohiologie , il ne s’agit plus d’étudier les faits seulement en eux-mêmes , intrinsèquement comme cela a lieu en astronomie, en physique et en chimie, mais qu’on doit en outre rechercher les rapports de ces faits avec l’organisation, avec les autres phénomènes de celle-ci, avec les circonstances extérieures, et particulièrement avec le milieu dans lequel vit l’animal. C’est là le travail qu’il faut faire pour constituer la zoohiologie, pour lui donner des bases positives, autant que la chose est possible, et pour obtenir les résultats les moins variables que son étude puisse nous fournir.

En conséquence nous diviserons ce cours en trois parties. Les deux premières ne seront que préliminaires , mais néanmoins d’une indispensable nécessité pour arriver à la troisième , qui seule sera essentielle.

La première des deux parties préliminaires aura pour objet l’étude des modifications particulières

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(juc la matière présente clans la composition intime des corps organises. Vous voyez que ce nest plus l’anatomie clés organes, celte anatomie topographique que nous avons laite dans la sene des animaux, pour nous mettre dans la tete des noms et des formes, afin de revenir ensuite sur ces êtres composés d’organes, et sur chacun de ceux-ci.

Aujourd’hui nous allons plus avant, nous pénétrons clans la structure intime, non-seulement de ces organes, mais encore des tissus qui concourent à leur composition; nous faisons en un mot de la véritable anatomie, de l’anatomie proprement dite : je divise celle-ci en anatomie moléculaire ou chimique , et en anatomie textulaire ou physique (mécanique). La première cherche à laide des menstrues chimiques, en mettant en rapport certaines substances avec les diverses parties de l’organisme, à reconnaître les élémens qui composent celles-ci, afin d’en déduire des similitudes et des différences de composition. La seconde étudie la disposition mécanique ou la texture de ces élémens chimiques, d’où, la dénomination éi anatomie textulaire , que je lui ai donnée. Ces deux divisions de l’anatomie intime des organes et des tissus, doivent embrasser les divers âges d’un animal, choisi comme type (car, pour le dire en passant, il faut dans toute science avoir une mesure que l’on porte successivement

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sur tous les objets qu’on veut connaître), et aux divers degrés de l'échelle animale. Prenez pour exemple le tissu cellulaire et le fluide aqueux qui existent comme élémens nécessaires de tous les êtres organisés : vous remarquerez en eux, et dans leur proportion, des différences notables selon l’âge de l’animal, et selon son rang dans l’échelle. Ils seront d’autant plus abondans , que cet être sera plus jeune, et d’un ordre plus inférieur ; et, en étudiant la nature chimique du fluide en question, vous observerez selon les divers degrés de l’organisation des différences évidentes sous le rapport des sels qui s’y trouvent dissous, sous celui de leur densité, qui dépend en grande partie de la nature et de la quantité de ces sels, etc. C’est pour avoir négligé ce mode d’étude que la plupart des recherches faites jusqu’à ce jour sur la nature chimique et sur la texture des parties organiques , n’ont offert ni le caractère ni l’intérêt qu’elles doivent avoir, et que la biologie est loin encore de constituer un véritable corps de science. Dans les ouvrages, on a consigné pêle-mêle tous les résultats, sans analyser les circonstances qui les ont faits ce qu’ils sont; de là un assemblage informe et confus de matériaux , dont il est impossible de tirer profit.

Dans la seconde partie préliminaire , nous examinerons l’influence soit physique , soit chimi-

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que, des agens extérieurs, non sur tel ou tel oreane , sur telle ou telle fonction , mais sur le corps en masse et sans distinction de parties , en un mot, sur le corps envisagé comme constituant

un être vivant.

Enfin, la troisième partie du cours, qui en sera la partie essentielle, sera consacrée à ce qu’on nomme la physiologie animale, proprement dite, c’est-à-dire à l’analyse et à l’explication des phénomènes particuliers qu’offrent les animaux , en d’autres termes , à l’étude des fonctions des organes , considérées soit en elles-mêmes , soit dans leurs influences réciproques les unes sur les autres , soit encore dans leur action sur le monde extérieur (1).

Ces fonctions, d’où résulte la vie , se rapportent à la nutrition , à l’accroissement , à la génération et au décroissement , c’est-à-dire à tous les états dynamiques par lesquels passent les corps vivans, depuis leur naissance jusqu’à leur mort (2) , états qui sont plus ou moins influencés et favorisés par cette succession de phénomènes qu’on désigne sous les noms de fonctions locomotrices , inci-

(1) Je n aurai pas à m’occuper de celles des actions des animaux qui constituent leurs mœurs.

(a) Les choses e'tant pre'sente'es de la sorte , la naissance et la mort ne sont plus des actes , mais le commencement et la cessation de toute fonction organique.

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