Leven, Académie de médecine, 15 novembre !K
2° Pour les autres, l’estomac serait le centre, l’organe essentiel et principal delà digestion d’une certaine catégorie d aliments ; là s’achèverait la liquéfaction et la transformation àe la plus grande partie des matières albuminoïdes (Scliiff, Brücke, Meissner, etc.1). Ce travail s’accomplirait •en deux temps : un premier temps de dissociation mécanique (comme plus haut) pour les aliments albuminoïdes solides; puis un temps de transformation chimique (formation des peptones ).
Les, matières albuminoïdes liquides sont directement •changées en un autre liquide plus absorbable et non coagulable par les réactifs ordinaires. Ainsi le blanc d’œuf mêlé à du suc gastrique devient liquide comme de l’eau, beule la caséine, mise en présence du suc gastrique, est ■d aboi d coagulée avant d être attaquée par le suc gastrique : c est cette propriété que l’on utilise pour faire cailler le lait au moyen de la pepsine contenue dans des estomacs conservés (présure).
Les matières albuminoïdes solides (soit avant leur ingestion, soit coagulées par la pepsine, comme la caséine) sont liquéfiées par le suc gastrique. Celte action se passe, avonsnous dit, en deux temps. On voit d’abord que la matière albuminoïde, par exemple un petit cube de blanc d’œuf, est gonfiee, que ses arêtes s’émoussent, et qu’elle finit par être réduite en une poussière très ténue; dans ce premier état, rien n est vraiment dissous; il y a une simple porphyrisation comme celle que produirait une action mécanique, et qui cependant n’est due qu’à la présence du suc gastrique. La pâte ainsi obtenue n’est pas le produit ultime de la digestion stomacale, c est ce qu’on appelait autrefois le chyme , et on n avait pas poussé plus loin l’étude de l’action du suc gastrique. — Mais à ce premier acte en succède un second qui a pour effet de liquéfier complètement celte bouillie et c est seulement sous la forme d’un liquide très fluide que o produit de la digestion quitte l’estomac pour se rendre dans 1 intestin.
401°y Arm* Gautiei'» Chimie appliquée à la physiologie, 1874., t. ],
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Celle porphyrisation et cette liquéfaction successives sont accompagnées île changements de couleur dans les matières digérées : du sang ingéré devient, pendant le premier acte, tout à fait noir ( méléna ou vomissements de sang à moitié digéré, dans les hémorragies stomacales : liémalémèse noire) ; puis il se résout en un liquide à peu près incolore. En général, le produit ultime de la digestion stomacale est légèrement jaunâtre. Il est bon de connaître ces alternatives de couleurs, afin de ne point commettre d'erreur en recherchant la nature de matières vomies.
Cet acte final de liquéfaction a pour résultat chimique de produire de nouvelles espèces d’albumine, des peplones ou albuminoses, qui, nous l’avons dit, sont éminemment propres à être absorbées. Les peptones conservent toujours quelque caractère des matières originelles : on reconnaît en effet des peptones du blanc d’œuf, des tissus collagènes, de la fibrine, etc. La durée nécessaire pour cette transformation dépend de la nature des aliments : ainsi le blanc d’œuf cru est plus vite digéré que cuit ; en général les viandes crues, ou du moins saignantes, sont beaucoup plus facilement digérées, et leur usage devrait être préféré (à part la question des entozoaircs).
L’étude des peptones ou albuminoses est un des points de la chimie physiologique qui ont fait le plus de progrès dans ces dernières années, grâce aux travaux de Lehinann, de Briïcke, Meissner, Mulder, SchifF, etc. On a d’abord reconnu que la peptone parfaite est un produit éminemment assimilable et endosmotique : ce qui la caractérise essentiellement, au point de vue physiologique, c’est qu’injectée directement dans les \eines, elle ne reparaît pas dans les urines; elle est donc immédiatement assimilable par lestissus. Au point de vue chimique, elle n est précipitable ni par la chaleur, ni par les acides, ni par les alcalis, mais seulement par le bichlorure de mercure, par le réactif de Millon (nitrate nitreux de mercure) et par quelques autres rares réactifs. La vraie peptone représente donc de l’albumine non pas seulement dissoute, mais encore transformée (surtout par hydratation , d’après Brinton).
Mais la vraie peptone définitive ne se produit pas du premier coup par l’action du suc gastrique ; dans cette série d’actions que nous avons étudiées (porphyrisation, liquéfaction, changement ( c
couleur), il se produit une série de dédoublements qui donnent successivement des peptones intermédiaires assez bien définies, telles que la dyspeptone, la parapeptone, la mélapeptone et enfin la peptone définitive.
La dyspeptone est un résidu que laisse la digestion de la caséine; elle est complètement insoluble et ne peut, être assimilée. — La parapeptone est caractérisée par ce fait qu’elle est précipitée par la neutralisation de sa solution acide; la mélapeptone au contraire est précipitée si l’on augmente l’acidité du produit stomacal : les acides minéraux concentrés la précipitent définitivement. — Ces dernières formes ne sont que des formes transitoires, et, vers la fin de la digestion stomacale, tout tend à se transformer en vraie peptone, excepté la dyspeptone, qui reste telle quelle, et la parapeptone, dont une partie tend à passera 1 état de dyspeptone. Mais, entre la mélapeptone et la peptone définitive, on a encore décrit des formes de transition (peptone A, peptone B) moins importantes, et qui se produiraient pendant la digestion de la fibrine (Meissner, de Bary, Thiry).
, Ces transformations, et surtout la peptone définitive, sont dues al action combinée de l’acide et de la pepsine du suc ouslriqne : il faut que ces deux principes du liquide digestif agissent simultanément. 11 ne suffirait pas par exemple de faire agir suide la viande d’abord de l’acide chlorhydrique, puis, après un lavage complet, de soumettre la viande à l’action d’une solution de pepsine : dans ce cas il n’y aurait pas formation de peptone
n w Cmnnai,’e °n, fait aSir simultanément et un acide quelconque ( a a 1000 en solution) et de la pepsine, on peut faire in vitro i es c (gestions entièrement artificielles, qui donnent exactement es memes produits que les digestions naturelles.
Cependant il ne faudrait pas croire que la production des vraies peptones soit un de ces faits de transformation auxquels l’organisme seul, ou des produits (pepsine) empruntés à l’organisme pourraient seuls donner lieu. Celte transformation, comme toutes les transformations chimiques que nous voyons se produire dans I anima, ou la plante, ne présente nullement ce monopole de spécificité dont les théoriciens de tous les temps ont voulu douer es agents de la vie. On peut produire artificiellement des pepones, mais par des procédés très longs et plus curieux que pratiques : une ongue coction dans la marmite de Papin a permis à Meissner d obtenir les peptones parfaites avec la chair musculaire avec a caserne, la legum.ne, etc. (Albuminose de cuisson,
Lorvisart) ; le môme procédé donne avec le blanc d’œuf de h metapeplone, que l’estomac bu le suc gastrique artificiel peut
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ensuite transformer en vraies peptones. On a encore produit des peptones par l’action de l’ozone sur l’albumine de l’œuf et sur la caséine (Gorup-Besanez, Schiff) ; mais il faut faire passer de l’air ozonisé pendant 16 à 20 jours à travers une solution aqueuse d'albumine, et encore ce dernier procédé ne donneraitil que des produits analogues seulement aux peptones : injectés dans les veines d’un animal, ces produits reparaîtraient en partie dans les urines (Schiff) l.
Si on étudie le phénomène de la digestion gastrique dans son ensemble, on n’y trouve plus, élément par élément, l’action si simple que nous venons d’étudier: nous savons que les amylacés continuent à se transformer en sucre par l’action de la salive. Les graisses, sous l’influence des mouvements de l’estomac, et par leur mélange avec le produit de porphyrisation des albuminoïdes solides, se trouvent légèrement émulsionnées, mais cette émulsion est des plus instables, et les gouttes de graisse tendent à se réunir en masses plus considérables, qui viennent nager à la surface du liquide. Les albumines diverses sont transformées en diverses peptones ; mais il est d’autres matières qui résistent pendant longtemps à l’action du suc gastrique, comme par exemple le tissu cellulaire des muscles; enfin il en est, comme la cellulose des plantes, qui sont à peu près réfractaires. C’est le mélange de ces diverses substances avec une grande quantité de suc° gastrique qui constitue ce qu’on a aussi appelé 1 e chyme. Mais nous voyons que, dans ce cas encore, le chyme n’est, pas une matière immédiate ; c’est une bouillie éminemment complexe et peu propre à donner une idée exacte de l’action digestive de l’estomac.
On a cherché à déterminer quelle est la quantité de suc gastrique nécessaire pour dissoudre un aliment. D’après l’es digestions artificielles, il en faudrait une grande quantité ; ainsi, pour une partie d’albumine concrète, il faudrait 25 parties de ce suc; aussi cette sécrétion est-elle très-
1. Yoy. Cl. Bernard, Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme. Paris, 1859 Blondlot, De la manière d’agir du suc gastrique ( Gazette medicale,
1 Corvisart, Éludes sur les aliments et les nutriments. Paris, 1854.
Schiff, Cenno salle ricerche faite dal prof. Schiff, nel laboratorio del museo di Firenze , année 1872. (In giornalc la Nazione. — Analyse in Revue des sciences médicales, de llayem, 1873, t. I, p. 19o.)
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abondante., et on 1 évalue par litres : pour l’homme par exemple elle serait de près de 20 litres par 24 heures. Chez les animaux on a trouvé pour formule générale 100 gr. de suc gastrique pour 1 kilogr. de l’animal : à ce compte 1 homme, qui pèse en moyenne G5 kilogr., devrait sécréter seulement 6k500 gr. de suc gastrique (par 24 heures).
(Ainsi les évaluations les plus modérées portent ce poids au dixième de celui du corps de l’animal, pendant la péîiode de 24 heures. On a même cité une femme, portant une fistule gastrique, qui allaitait et qui néanmoins produisait dans le même temps un poids de suc gastrique atteignant le quart du poids de son corps (Béchamp).
B. Intestin grêle.
I. — Sécrétions, digestions intestinales. Nous connaissons déjà l’épithélium du tube intestinal proprement dit ses villosités et ses glandes (p. 352). Les villosités seront etudiees plus complètement à propos de l’absorption. Il nous laut maintenant rechercher la nature des liquides que versent les glandes et qui se trouvent plus ou moins en contact avec le produit de la digestion stomacale.
En effet, 1 intestin reçoit par ondées le contenu de l’estomac, et ces matières parcourent très vite la première partie qui a reçu le nom de jéjunum, parce qu’on la trouve d ordinaire vide, le contenu intestinal allant s’accumuler dans la dermere partie de l’intestin grêle (iléon). On a cru généralement que les produits de sécrétion des diverses glandes étaient versés dans l’intestin dans ce même moment et se trouvaient en présence des matières alimentaires-
mais ce fait, qui est vrai pour le produit des glandes de Lieberkuhn et pour celui du pancréas, ne l’est'point pour la bile , 1 etude des fistules biliaires a prouvé que ce liquide u est verse dans l’intestin qu’après le passage du produit stomacal ; cette sécrétion biliaire est adaptée non à la digestion mais bien plutôt, à l’absorption; nous ne l’étudierons donc qu avec ce dernier phénomène. Nous exposerons cependant et seulement alors, les diverses théories émises et prolessees encore aujourd’hui sur V action digestive de la
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Le liquide sécrété par les glandes de Lieberkühn constitue le suc entérique : jusqu’à ces dernières années on n’avait sur ce liquide que des idées erronées ou au moins très hypothétiques, parce qu’il est très difficile à recueillir; aujourd’hui, d’après la méthode de Thiry, on se le procure en isolant par deux sections une certaine longueur du tuhe intestinal ; on réunit par des sutures les bouts qui appartiennent au canal général, de façon à rétablir le cours des liquides; quant à la portion isolée, et restée adhérente seulement par son mésentère, on coud une de ses extrémités de manière à la fermer en cul-de-sac, tandis que 1 onlais.se l’autre ouverte et fixée dans la plaie abdominale béante1. On obtient par cet orifice le liquide intestinal pur de tout autre mélange: on a ainsi un suc limpide, un peu jaunâtre, très ténu, alcalin, et à propriétés fort peu prononcées, presque toutes négatives : il n’agit ni sur 1 amidon, ni sur
1. Telle est aussi la méthode de M. Colin. Ce physiologiste ( Traité de physiologie comparée des animaux domestiques, 2® édition. 1871 : t. I,p. 817, fig. 102) a imaginé un petit appareil compresseur de 1 intestin et intercepte ainsi les deux extrémités d’une anse intestinale de cheval, longue de 1 mètre et demi à deux mètres. Il obtint ainsi, en une demi-heure, plus de cent grammes d’un liquide qui fut trouve, à l’analyse, composé de 98 parties d’eau; le reste offrait diverses proportions d’albumine, de chlorures de potassium et de sodium, de phosphate et de carbonate acide. Ce liquide était donc alcalin.
Plus récemment, M. Leven, continuant scs recherches sur l’appareil digestif, s’est occupé du suc entérique et est arrivé à cette conclusion que ce suc au lieu d’être alcalin, est acide comme le suc gastrique. 11 a opéré sur le chien. La méthode par ligature et par compression lui paraissant défectueuse, il a eu recours à la méthode par infusion. L intestin, coupé en petit morceaux (après lavage de la muqueuse a grain e eau), a été infusé dans 300 grammes d’eau à 38°. Le liquide obtenu a montré des propriétés digestives très énergiques pour l’intestin grêle, nullcs pour le gros intestin. Mais la plus importante des constatations est celle qui concerne l’acidité du suc intestinal. En conséquence, on aurait tort, d’après M. Leven, de considérer l’estomac et l'intestin comme deux milieux tout à fait différents, dont l’alcalinité de 1 un servirait a neutraliser l’acidité de l’autre. En réalité, ils constitueraient un seul milieu renfermant un même liquide pour la digestion des substam. azotées. D’après M . Leven, les manœuvres de la ligature et de la compi i. •sion altéreraient le fonctionnement de l’intestin, et par suite le sécrété, qui serait alors trouvé alcalin. Le suc recueilli chez les a * maux non torturés lui aurait toujours présenté une réaction soi soit neutre (Acad, de médecine, octobre 1871).