DU SEINS PE L’OLFACTION
îent ce que c’est qu’un corps odorant , et quelle est la naii ire des impressions qu’il provoque. Les odeurs ne peuvent as même être classées, et à part les noms arbitraires et individuels d'odeurs agréables ou désagréables, nous n aons pour les désigner que les noms des corps auxquels llles sont propres.
L'olfaction a pour siège les fosses nasales (fig. 127), mais i I n’y a qu’une faible partie de ces cavités qui serve h cette onction 5 le reste est utilise soit à produire la résonnance , e la voix (surtout les cavités annexes : sinus maxillaires, frontaux, etc.), soit à préparer l’air de la respiration, en le ortant au degré de chaleur et '.'humidité nécessaires cà l’intérrité de la muqueuse respiratoire, comme nous l’avons vu en I tudiant celte surface (p. 417).
'.les régions sont formées de cornets enroulés sur eux-mènnes et circonscrivant des méats • dus ou moins étroits (tlg- 128), ee tout tapissé par une muqueuse très molle, très vasculaire, très épaisse, vu les riches^ olexus veineux qu’elle contient, t recouverte par un épithélium cylindrique à cils vibratiles,
:omme on le trouve du reste dans tout le tube conducteur de l’arbre aérien, dont cette •oartie des fosses nasales est le commencement. Dans cette nuqueuse (membrane de Schneider) se trouvent de nombreuses glandes qui contribuent à maintenir humide la surface que le passage de l’air tend sans cesse à dessécher.
L 'olfaction elle-même semble destinée à veiller sur la aurelé de l’air de la respiration : la plupart des substances jui pourraient le corrompre étant odorantes, sont naturellement soumises au contrôle de ce sens.
* 1, Cornet inférieur; — 2, cornet moyen; — 3, cornet supérieur.
A, Épaisseur de la muqueuse et des parties molles (très vasculaires) qui la (doublent; — B, squelette (os ou cartilages). (Ballon).
Fig. 128 — Coupe traversale schématique des fosses nasales *.
ORGANES DES SENS
L’olfaction ne siège que clans la partie toute supérieure des fosses nasales, dans les zones ou se distribue le nerf olfactif, nerf de la sensibilité spéciale, tandis que les parties inférieures ne reçoivent que des rameaux du nerf trijumeau, c’est-à-dire des nerfs de sensibilité générale (voy. Nerfs crâniens, p. 47 et 52). Au niveau de cette région, dite région olfactive ou région jaune (elle présente cette couleur chez les animaux), la muqueuse change de nature: en ces points (partie supérieure de la cloison en dedans, les deux cornets supérieurs en dehors) cette membrane est beaucoup moins vasculaire, moins riche en glandes, et enfin elle ne possède plus de cils vibratils, mais un simple épithélium cylindrique; son élément caractéristique est représenté par les rameaux terminaux des nerfs olfactifs, rameaux si fins et si nombreux, que leur présence suffirait pour faire reconnaître à un histologiste exercé un lambeau isolé de cette muqueuse olfactive. Ces rameaux nerveux paraissent venir se terminer vers la surface en se mettant en connexion avec l’extrémité profonde, effilée des cellules cylindriques épithéliales; ou tout au moins, autour des cellules épithéliales de cette région se trouvent, d’après les recherches de Schullze, des organes spéciaux (cellules olfactives deSchultze), éléments fusiformes, allongés, présentant à leur partie moyenne un renflement arrondi avec noyau, et se prolongeant en fibrille à chacune de leurs extrémités. Le prolongement externe, plus épais, passe entre les cellules épithéliales, jusqu’à la surface libre; le prolongement interne paraît se continuer avec les fibres du nerf olfactif. Nous aurions donc ici un cas bien constaté des rapports des nerfs avec les épithéliums, et l’explication de l’importance de ceux-ci dans tous les organes des sens.
L’olfaction s’exerce uniquement sur des corps gazeux suspendus dans l’air, ou des molécules solides insaisissables que l’air emporte : aussi les corps volatils sont-ils pour la plupart odorants. On peut remarquer que la présence de la vapeur d’eau aide à l’olfaction : les fleurs sont plusodorantes par un temps humide que par un temps sec. Mais, d’autre part, une trop grande quantité de vapeur d'eau, ou l’eau en substance introduite dans les fosses nasales,
DU SENS DE L’OLFACTION
, arrête l’olfaction et la suspend même pour quelque temps, jusqu’à ce que les choses soient revenues à leur état normal (olfaction peu développée par les temps de brouil-
; lard). '
Les conditions dans lesquelles les vapeurs ou particules odorantes doivent être mises en contact avec la surface olfactive pour que la sensation se produise, sont assez particulières et fort précises : — Il faut qu’elles y soient amenées par un courant d'ciir , et elles n’agissent que tant que cet air est en mouvement ; ainsi quand on place un morceau de camphre dans le nez, et qu’on y laisse l’air immobile, il ne se produit aucune sensation ; il ne s’en produit pas plus si on remplit les fosses nasales d un liquide volatil très odorant. Aussi pour sentir parfaitement, pour flairer, aspirons-nous l’air par petites inspirations successives. C’est qu’en effet il faut en second lieu que le courant d'air soit lent et faible. — Mais, chose plus particulière, ce courant d’air doit être un courant d'air d'inspiration :il doit se produire d’avant en arrière, sans doute parce qu’alors il se brise contre l’éperon que forme la partie antérieure du cornet inférieur, et monte ainsi facilement en partie vers la région olfactive. L’air expiré par l’arrière-cavité des fosses nasales, quelle que puisse être sa richesse en particules odorantes, ne produit presque aucune impression en traversant les fosses nasales ; il en est de même si, par un moyen artificiel quelconque (injection, insufflation), on projette un courant d’air odorant sur la muqueuse olfactive, soit par l’orifice des narines, soit par un trajet creusé à travers le frontal et les sinus frontaux. Les gourmets connaissent bien ces particularités, et pour apprécier le fumet d’un vin introduit dans la cavité buccale, ils n’expirent pas dans les fosses nasales par leurs orifices postérieurs, mais ils expirent doucement en avant et en haut par l’orifice buccal, et aspirent doucement et par petites saccades l’air mis en contact avec leurs narines.
Nous avons vu que le siège de l’odorat, correspondant exactement à la distribution du nerf olfactif, nous autorise à considérer ce nerf comme présidant à cette sensation spéciale. Magendie avait cru pouvoir placer le siège de
ORGANES DES SENS
l’odorat dans le trijumeau , parce' qu’ayant coupé à un chien le nerf de la 1- paire (olfactif), puis ayant approché du nez de 1 animal de l’ammoniaque, il le vit se reculer en secouant la tête; mais ici, comme pour la langue, c’était prendre un phénomène de sensibilité générale pour une manifestation de sensibilité spéciale: l’ammoniaque par ses vapeurs caustiques, agissait non sur l’olfaction, mais sur a sensibilité de la muqueuse de Schneider en général laquelle est en elîel innervée par le trijumeau.
Cependant quelques observations cliniques ont jeté quelques doutes sur les fonctions du nerf dit olfactif comme organe de l’odorat : la plus curieuse est celle d’une femme
à 1 autopsie de laquelle Ci. Bernard trouva le bulbe et le tronc olfactif complètement absents, la partie correspondante de 1 éthmoïde imperforée; et cependant, après avoir pris les plus minutieuses informations sur le passé de ce sujet, il fut reconnu que l’olfaction s’était exercée parfaitement pendant la vie, et que la personne ne présentait rien d anormal sous ce rapport. — Les faits de ce genre sont encoie inexplicables; mais quelques expériences tendent tà confirmer le rôle de sensibilité spéciale attribué au nerf olfactif: SchitT, ayant pris cinq jeunes chiens, pratiqua sur quatre d entre eux la section intracrânienne de la première paire; le cinquième ne subit qu’une section en arrière des racines du neif olfactif : ce dernier conserva l’odorat, tandis que les quatre premiers en furent complètement privés.
Le sens de 1 odorat est beaucoup plus délicat chez les animaux que chez l’homme ; il est pour eux un guide précieux et le point de départ d’un grand nombre de déterminations instinctives ou réfléchies : c’est ainsi qu’il se lie au sens du goût pour faire reconnaître les aliments qui conviennent à chaque espèce; qu’il devient l’agent d’une foule d’impressions relatives aux fonctions de reproduction l, etc.
if. — DU SENS DE L’AUDITION.
Le sens de o audition a pour effet de nous faire percevoir Voy. G. Colin, Physiologie, comparée des animaux, t. I, p. 310.
DU SENS DE L’AUDITION
m ondes sonores, que les corps en vibration produisent :ns le milieu ambiant (air ou eau).
I L'appareil de l'audition est très compliqué ; pour le com- ' 3ndre il faut d’abord voir ce qu’il est chez les animaux il présente le plus de simplicité, chez les animaux qui ent dans l’eau. La partie essentielle et fondamentale de rrgane de l’ouïe, tel qu’on le trouve constitué chez les tissons les plus inférieurs, se compose d’un petit sac 'in de liquide, dans lequel des fibres nerveuses viennent terminer en se mettant en rapport avec un épithélium rticulier, muni de prolongements analogues à de grands $s, ou à de petites verges susceptibles de vibrer par les nuïvements du liquide. Ainsi les ondes du milieu ambiant j juide) se transmettent presque directement aux termii-isons nerveuses qu’elles ébranlent. — Chez tous les aniux supérieurs cet organe se retrouve : c’est le saccule et 'triade. A ceux-ci viennent s’ajouter des diverticules aalogues, représentant des poches de formes diverses, is toujours pleines de liquide : ce sont d’abord, chez les ssons supérieurs, les canaux semi-circulaires ; puis, fîz les reptiles et surtout chez les oiseaux, un canal chaire tout particulier, très long et très compliqué, qui se n tourne sur lui-même en s’enroulant comme un escalier spirale, le limaçon en un mot. Le tube de ce limaçon même divisé, par une cloison que l’on nomme lame 1 raie, en deux tubes secondaires nommés rampes, qui nmuniquent 1 une avec l’autre vers le sommet de l’orne, mais qui vers la base communiquent l’une avec le ite de 1 oreille interne ou vestibule (rampe veslibulaire), ulie avec 1 oreille moyenne ou tympan (par la fenêtre ide: rampe lympanique).
Cet ensemble des sacs membraneux (ulricule et saccule) s canaux semi-circulaires et du limaçon forme Y oreille ''orne des vertébrés supérieurs. — Le nerf auditif, ou if de la <S paire, vient s y terminer par des organes de i mes diverses en apparence, mais qui se ramènent tous même type, celui d appareils susceptibles d’être ébranlés Mes vibrations du liquide dans lequel ils baignent : ce ut, au niveau des sacs membraneux (ulricule et saccule),
ORGANES DES SENS
des cellules épithéliales en contact avec des cristaux de carbonate de chaux ( otolithes ), qui viennent frapper contre elles à chaque oscillation du liquide ; ce sont, dans les canaux semi-circulaires ( ampoules de ces canaux), des cellules épithéliales munies de cils longs et raides et directement ébranlables. Au niveau du limaçon la disposition est plus compliquée : la branche cochléenne du nerf auditif vient s’établir sur la membrane spirale dans 3 ou 4000 petits organes articulés ( organes de Cortï), dont la description ne peut trouver place ici *, et qui en définitive se ramènent par la pensée à des pièces soudées et pouvant subir un mouvement de balancement sous l’influence des oscillations du liquide ambiant. — Toute cette oreille interne ou labyrinthe provient d’une végétation profonde des téguments de la partie latérale de la tête de l’embryon, végétation qui s’isole ensuite plus ou moins de la surface qui lui a donné naissance. Ainsi l’organe de Corti luimême est une production épidermique.
A l’oreille interne s’ajoute, chez les animaux à vie aérienne, un appareil de perfectionnement : c’est Yoreille moyenne ou caisse du tympan. Cette nouvelle partie, inutile chez les animaux aquatiques où les ondes sonores se transmettent facilement du liquide ambiant au liquide labyrinthique, est nécessaire pour faciliter le passage des ondes d’un milieu gazeux dans le milieu liquide de l’organe; on sait en effet que le son éprouve une grande difficulté à passer de l’air dans l’eau. W oreille moyenne est une caisse creusée dans le rocher, et contenant un appareil de conduction destiné à faciliter cette transmission (fig. 129): c’est une tige osseuse plus ou moins régulière, qui va de l’oreille inerne ( fenêtre ovale ) vers la membrane du tympan; cette dernière membrane est en contact direct avec l’air extérieur, quoique placée au fond d’un appareil collecteur, appelé oreille externe (composée du pavillon de l’oreille et du conduit auditif externe). — D’une manière schématique nous pouvons comprendre tout cet ensemble en
1. Voy. Locvvenbcrg, la Lame spirale du limaçon (Jour», vie 1 .mat et de la physiol. Paris, 1866).
DU SENS DE L’AUDITION
réduisant Y oreille interne à une goutte de liquide : sur ce liquide nous supposons appliquée une membrane qui peut vibrer (membrane de la fenêtre ovale et base de l’étrier), et qui vibre en effet par l’intermédiaire d’une tige solide, la chaîne des osselets, dont l’autre extrémité est en rapport avec un appareil collecteur, la membrane lympanique et la cavité de la conque. Comme la 2° membrane (la plus profonde, fenêtre ovale) est beaucoup plus petite que la lre (M. du tympan), il en résulte que la moindre vibration communiquée à celle-ci ébranle fortement celle-là. Nous pouvons maintenant étudier le rôle de ces parties en les prenant en sens inverse, c’est-à-dire de dehors en dedans, dans le sens que parcourt la progression des ondes sonores ellesmêmes.
A. Oreille externe.
Le pavillon de V oreille ou conque est un organe assez
peu sensible par lui-même, et ne jouissant que d’une sensibilité générale et tactile assez obtuse : les ornements dont
* On voit de droite à gauche l’oreille externe, le conduit auditif, la caisse du tympan avec la chaîne des osselets et la trompe d’Eustache, le labyrinthe (Dalton, Physiologie et hygiène).
ORGANES DES SENS
on le charge souvent, même chez les peuples civilisés, mettent à peine enjeu sa sensibilité. — Il est essentiellement composé d’un cartilage à renversement et contournements particuliers, qui semblent devoir en faire un organe de collection : et en effet chez les animaux sa direction et sa forme peuvent être changées par l’action des muscles intrinsèques et extrinsèques, qui le mettent en rapport avec l’attention que les animaux prêtent à tel ou tel bruit. Chez l’homme ces muscles sont rudimentaires, et tout au plus les extrinsèques se contractent-ils en même temps que 1 appareil fronto-occipital dans les plus hauts degrés de 1 attention.
Ce pavillon ne peut donc servir que peu à renforcer les ^ sons, et ceux qui en sont privés n’éprouvent pas de modification sensible dans la finesse de l’ouïe. Mais le pavillon paraît être utile pour jugerdela direction des sons runepersonne qui en est privée, ou un expérimentateur qui le supprime momentanément, soit en l’aplatissant fortement contre la tête, soit en remplissant les circonvolutions de cire, se trouvent, relativement désorientés quant à la direction dans laquelle viennent les sons; c’est sans doute par de légères modifications de l’intensité du son, produites par la manière dont les ondes sonores viennent frapper et se. réfléchir sur le pavillon, que nous jugeons de leur direction, . de leur origine. — Nous jugeons aussi de cette direction grâce à la perception inégale par les deux oreilles : aussi ne pouvons-nous que rarement distinguer si un son arrive droit devant nous ou droit derrière nous ; dans ce cas nous f tournons légèrement la tête, et inclinons l’une des oreilles 1 dans la direction de l’origine présumée du son *.
1. C’est ce que Gcllé a bien montré dans ses expériences avec sou „ tube interauriculaire ; cet appareil se compose d’un tube en caout- , chouc, d’un calibre moyen, dont les deux extrémités sont armées . d’embouts de buffle garnis de cire pour faciliter leur fixation dans les méats. Quand le tube est fixé dans les deux méats, les deux , oreilles ne reçoivent plus de sons que ceux que leur transmet le tube avec une intensité que ne modifient pas les mouvements de la tete et sans vibrations possibles du pavillon. Or, dans ces ci i constances^ ^ Vorienlation auditive est entièrement supprimée, comme le piouve ,i l’expérience suivante : l’anse du tube passant en face du sujet, une ,
DU SENS DE L’AUDITION
Le conduit auditif externe est déjà plus important, car 1 est obstrué, 1 audition est diminuée, et son trop grand trécissement a parfois entraîné la surdité1. Il offre deux njens de transmission du son: la colonne d'air qui est ns son intérieur, et les parois cartilagineuses et osseuses : i Ie forment; ces parois, entrant en vibration, peuvent nsmettre directement leurs ondes aux os de la tête, et la au liquide labyrinthique, et on conçoit qu’alors la nsmission est beaucoup plus facile, puisque les vibrations propagent dans des milieux solides. — Ce conduit auditif encore très remarquable par sa sensibilité toute spéciale : on entrée sont des poils de fortes dimensions, et dès que poils sont touchés, ou dès qu’une excitation se porte un ii plus profondément, il survient soit des réflexes singu- ’s et inattendus, comme l’envie de vomir, soit un senli-
I nt de malaise et de trouble général, qui nous avertit du ugei que court 1 appareil de l’audition; en un mot, ces •nomènes rentrent dans-ceux de la sensibilité générale nullement dans ceux du toucher. C’est dans ce canal (poru cartilagineuse et fibreuse) que se trouvent les glandes umineuses, dont nous avons étudié la sécrétion en faitt l’étude des fonctions de la peau (voy. p. 542) : ce céru-
II a Pour e^tit de fIxer les corps qui pourraient s’introe dans le fond du conduit auditif externe, et nuire aux
étions de la membrane du tympan.
». Oreille moyenne.
.a membrane du tympan est composée de fibres connecte! élastiques, et possède un grand nombre de vaisux ; cette richesse vasculaire paraît destinée, comme celle
re est mise en contact avec la partie moyenne de cette anse - le t voit la montre devant lui, et annonce qu’il entend un son unique on des impressions binauriculaires) qui vient d’en avant. On lui une alors de fermer les yeux, on passe légèrement et rapidement dessus sa tete l’anse de caoutchouc jusque derrière lui, et lamonetant de nouveau mise en contact avec la partie moyenne du
! ‘ e SUJ,e ’ Inlcrr°ge sur le lieu d’origine du tic tac, croit encore la montre est en avant de lui. (Gellé, Exploration de h, sensibiacoustique au moyen du tube inter auriculaire, Paris 1877.)
\oy. P. Uonnafont, Traité des maladies de l’oreille, 1873, p. j 20.
ORGANES DES SENS
du pavillon de l’oreille, à maintenir la température de ces parties, qui doivent toujours rester découvertes et exposées à l’air dont elles reçoivent les vibrations. En effet la membrane du tympan est essentiellement un appareil collecteur; elle est placée au fond du conduit auditif externe, mais ne jouit plus comme lui d’une sensibilité remarquable: un insecte qui pénètre jusqu’à elle et qui la touche, ne provoque plus de réflexe, mais une sensation trompeuse de son, vu les vibrations qu’il lui communique. C’est donc uniquement un appareil de physique destiné à recevoir de l’air, ou des parois du conduit, les vibrations sonores.
Cette membrane n’est pas placée normalement pour recueillir les ondes sonores, elle semble au contraire s’y dérober jusqu’à un certain point, car elle est oblique de haut en bas et d’arrière en avant, en un mot elle semble continuer la paroi supéro-postérieure du canal . Cette obliquité est d’autant plus prononcée que le sujet est plus jeune, et chez le fœtus la membrane est presque horizontale. — De plus cette membrane n’est pas plane; elle représente un cône très bas, à sommet interne un peu émoussé et à bords attachés à l’embouchure profonde du conduit auditif externe, dans une sorte de cadre qui est distinct, sous forme de cerceau incomplet chezles jeunes sujets. Cette membrane est donc convexe vers l'intérieur , et cette convexité est maintenue par la présence de la chaîne des osselets, dont une partie (■ manche du marteau) est contenue dans 1 épaisseur de la membrane et la tend vers l’intérieur (fig. 130): cette convexité, cette tension sont opérées soit par les variations de pression de l’air de la caisse, soit par 1 action d’un muscle ( muscle interne du marteau). Si par une cause quelconque l’air de la caisse se raréfie, l’air extérieur presse sur la membrane, l’enfonce davantage dans la cavité tympanique, et par suite la tend en augmentant sa convexité (dans le sens indiqué par les flèches de la figure 130). Le muscle interne du marteau agit de même; il tire en dedans le manche de cet os, et par suite la membrane, dontu augmente la convexité et la tension1. C’est là le seul mus-
1. Plusieurs personnes jouissent de la faculté de contracter volontairement le muscle interne du marteau, et de tendre ainsi la me
DU SENS DE L’AUDITION. 595
cle dont 1 action ou Yexistence soit bien démontrée; les autres prétendus muscles de l’oreille moyenne, ou bien n existent pas (muscles antérieur ou externe du marteau), ou bien ont une action encore peu connue (M. de l’étrier), et qui en tout cas ne consiste pas à relâcher la membrane, car celle-ci, vu son élasticité, revient d’elle-même à sa position de repos dès que son muscle tenseur cesse de se contracter.
Le but de ces tensions temporaires de la membrane est facile à comprendre aujourd hui. Bichat croyait que pour augmenter I énergie du son, il faut augmenter la tension de la membrane; mais cette hypothèse est contraire aux lois de la physique, et Savart a démontré que si nous tendons la membrane, c’est pour diminuer l’effet du son sur elle (plus une membrane est tendue, moins ses vibrations sont amples)
• et amoindrir certaines impressions au- •ditives désagréables. D’autre part, cette ! tension rend la membrane plus apte cl uvu-vo uu au caisse 'vibrei avec les sons qui demandent le plus d’attention pour
• être perçus (plus une membrane est tendue, plus ses vi- Ibrations sont nombreuses).
I innervation de ces deux muscles de l’oreille moyenne est une question intéressante. Pour le muscle de l’étrier, il n’est pas cou eux que le nerf facial soit sa source d’innervation, et l’anatomie su lit a le démontrer sans expériences de vivisections ou i autres Mais il n’en est plus de même pour le muscle du marteau : l anatomie nous montre bien que ce muscle est innervé
iM-ane du tympan : cette tension se manifeste par un léger claqueqm Sl: Pro,!uit dans l’oreille à chaque contraction du muscle; du L’ ?n P°,Mt !r,'s bien> a l’a‘do du spéculum, constater tous les mouvements qu execute la membrane sous l’influence de ces contractions
, inn smp'T' ,P‘‘eS3?C t0US les Physiologistes qui ont porté leur atten- °s n . ’ qU‘ SC SOnt efforcés de Produire cette contraction,
Cnlfc,,' }p;ùp;rnm,.; CilC S"rl01'1 B6ra''d> MU“or. Woltaston,
Fig. 130. — Membrane du tympan et osselets de la caisse*.
au, Membrane du tympan ; — b, le marteau ; — c, l’enclume; — d, l’étrier.
ORGANES DES SENS
parmi filet, venu du ganglion optique; mais ce ganglion a deux racines motrices, l'une provenant du facial (nerf petit pétreux) et l’autre provenant du masticateur. Longet n’hésite pas à faire du nerf qui va au muscle du marteau la suite du petit pétreux, de sorte que le facial innerverait tous les muscles de la caisse et mériterait le nom de moteur tympanique. Quelques faits pathologiques sembleraient parler en faveur de cette manière de voir:°ainsi la faculté anormale de percevoir les sons graves se rencontre particulièrement dans les cas de paralysie du facial ; c’est ce phénomène que Landouzy a décrit autrefois sous le nom d’exaltation de l’ouïe, et qui doit tenir à un défaut de tension de la membrane tympanique, c’est-à-dire à la paralysie du muscle du marteau. — Mais, d’autre part, les recherches de la plupart des physiologistes allemands tendent à démontrer que le nerf masticateur serait la source d’innervation de ce muscle. C est ce que nous montrent les expériences de Politzer et deFich, expériences dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici1. Fich a montré que toute contraction un peu énergique des muscles masticateurs s’accompagne d’une contraction du muscle interne du marteau, tenseur du tympan, qui recevrait donc, comme les muscles masticateurs, son innervation de la racine motrice du trijumeau. Cette manière de voir serait confirmée parjes recherches de Vulpian (Acad, des sciences, 28 avril 1879), qui a constaté que dans les cas de section intracrânienne du facial, les rameaux nerveux du muscle interne du marteau n étaient pas dégénérés, tandis qu’ils étaient altérés toutes les fois que la racine motrice du trijumeau avait été coupée.
A lu membrane du tympan fait suite la chaîne des osselets, qui la met en rapport avec la membrane de la fenêtre ovale (base de l’étrier). Chez les animaux inférieurs, cette chaîne est simplement représentée par une tige droite et rigide (tels sont certains batraciens anoures, les pipa par exemple) ; chez les grenouilles elle a la forme d une ligne brisée, d’un osselet unique long et recourbé, nommé columelle; enfin chez l’homme elle est formée parla réunion de quatre petits os (marteau, enclume, os lenticulaire et étrier) articulés, mais que, pour la transmission du son, on peut considérer comme ankylosés, car il est démontré que ces articulations neserventpas directementà la transmission des sons.
1. Voy. notre article Ouïe, in Nouv. Dict. de méd. et de chir. prat., t. XXV, 1878.
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La chaîne des osselets, par laquelle se fait essentiellement le passage des ondes sonores, traverse une caisse remplie d’âir, la caisse du tympan, aplatie de dehors en dedans, et présentant, comme la membrane du tympan, un plan oblique relativement au conduit auditif externe. On admet que, outre la transmission par la chaîne osseuse, l’air de la caisse peut encore servir à transmettre les ondes à la fenêtre ronde; cela est possible, mais peu probable, et en tout cas ce mode de transmission doit être fort secondaire, car la fenêtre ronde fuit pour ainsi dire les ondes sonores, se trouvant cachée au-dessous du promontoire (saillie de la membrane du tympan); de plus cette fenêtre ronde, correspondant à une des ouvertures du limaçon, qui communique d’au ire part avec le vestibule, semble destinée à permettre un libre jeu aux ondes liquides qui parcourent cet appareil si compliqué. Enfin, le son étant mieux transmis par les solides que par les fluides, la chaîne des osselets doit remplir un rôle bien plus important que cet air, qui ne lui sert sans doute que d’appareil isolant.
Cependant la destruction de la membrane du tympan, ainsi que celle des osselets, à l’exception de l’étrier, n’abolit pas complètement l’ouïe ; elle ne fait que troubler plus ou moins les fonctions de ce sens. Mais la perle de l’étrier est beaucoup plus grave; elle entraînerait toujours la surdité, d’après Bonnafont. Ce fait s’explique facilement: l’étrier adhère par sabase à la fenêtre ovale, qu’il ferme complètement: comme ses adhérences y sont très intimes, il ne saurait être enlevé sans déchirer la membrane de la fenêtre ovale, et sans donner issue au liquide de l’oreille interne; ce n’est donc pas, à proprement parler, la perte de l’os qui occasionne lasurdité, mais bien la fuite du liquide qui s’échappe par l’ouverture résultant de celte ablation (Bonnafont, op. cit., p. 2G4).
A l’oreille moyenne se trouvent annexés deux organes :
< en arrière les cellules mastoïdiennes, cavités irrégulières, ^espèces de sinus creusés dans l’apophyse mastoïde du temporal; en avant c’est la trompe d’Eustache, qui va de la caisse du tympan à la partie nasale du pharynx.
On regarde généralement les cellules mastoïdiennes, pleines d’air, comme un appareil de résonnance ; mais cette
ORGANES DES SENS
hypothèse ne s’appuie que sur l’idée que l’air de la caisse vibre, et par suite renforce ses vibrations par celles de l’air des cellules mastoïdiennes. Or nous venons de voir que les vibrations de l’air de la caisse sont tout à fait insignifiantes; les maladies des cellules mastoïdiennes n’ont également fourni aucune indication sur le rôle de ces cavités. Nous accorderions volontiers la préférence à l’opinion qui ne voit dans les cavités mastoïdiennes que des espaces destinés à augmenter la cavité tympanique, sans rôle spécial. Nous allons voir en effet dans un instant que le tympan est àl’état normal fermé de tous côtés : or le tympan n’étant qu’une cavité fort petite, les changements trop brusques dans la tension de cette mince couche d’air appliquée à la face interne de la membrane tympanique, auraient sans doute une influence fâcheuse sur celte membrane, influence qui sera palliée par la présence d’une nouvelle cavité, ajoutant sa capacité à celle de la chambre tympanique proprement dite ; et en effet, plus les animaux sont exposés à de brusques et considérables changements de pression atmosphérique, comme les oiseaux qui s’élèvent très haut dans les airs, plus leurs cellules mastoïdiennes sont développées et même en communication avec d’autres cavités osseuses surnuméraires.
La trompe d’Eustache , placée en avant de l’oreille moyenne, c’est-à-dire à l’opposé des cellules mastoïdiennes, est un long canal qui s’étend de la caisse du tympan au pharynx, et établit une communication entre ces deux cavités. On a fait sur les fonctions de ce canal un grand nombre d’hypothèses : on l’a considéré comme destiné à nous permettre d’entendre notre propre voix ; mais les os de la tête suffisent à celle propagation sonore, d’autant plus que la trompe est normalement fermée; lorsque, par une cause quelconque, elle se trouve ouverte d’une manière continue, on entend alors non seulement sa propre voix, mais tous les bruits qui se passent dans la partie supérieure du corps : souffles de la respiration, mouvements du voile du palais, de la langue, etc., et on a pu dans quelques cas remarquer que cette attention constamment fixée sur les phénomènes de l’organisme conduisait en définitive les malades à l’hy-
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pocondiie, comme tout état qui attire trop particulièrement notre attention sur le sentiment de notre existence organique intérieure.
La trompe d’Eustache est donc fermée normalement par l«a juxtaposition de ses parois, et elle ne s’ouvre que quand un appareil musculaire particulier vient écarter ces parois l’une de l’autre, en agissant sur la paroi externe, membraneuse et mobile, qui est alors écartée de Y interne , cartilagineuse et tîxe. Ce rôle est rempli parle péristaphylin externe, muscle du voile du palais, et l’ouverture ainsi établie a pour effet de mettre l’air de la caisse en communication avec celui des fosses nasales, c’est-à-dire avec l’air extérieur. Mais les muscles du voile du palais ne se contractent que pendant les mouvements de déglutition ; la déglutition elle-même ne peut se faire à vide et demande qu’au moins quelques gouttes de salive soient dégluties : nous en revenons donc à ce que nous avons déjà vu à propos de la salivation et de la déglutition, lorsque nous avons considéré la première de ces fonctions comme intimement liée au fonctionnement normal de l’ouïe, et lorsque nous avons constaté que la sécrétion de la salive, presque inutile chez les carnivores au point de vue digestif, était en rapport avec les mouvements de déglutition intermittents, comparables au clignement des paupières, et destinés à produire Couverture de la trompe d’Eustaclie (voy. p. 342). C’est pour cela que nous opérons de semblables mouvements de déglutition 'même en dormant, etsurtoutenfaisantdehautes ascensions-, 'cest qu’en effet, outre les variations de l’air extérieur, nécessitant un rétablissement d’équilibre, l’air intérieur lui-même ; peut varier de tension à la faveur d’échanges gazeux avec le -sang, échanges parfois rapides et considérables, comme 'nous en avons constaté dans l’estomac et dans le tube digestif en général. Nous avons, en étudiant la déglutition, tiré parti de ce fonctionnement particulier et intermittent Je la trompe d Eustache, pour démontrer combien est exacte l’occlusion de l’isthme naso-pharyngien, en constatant la dureté de l’ouïe (par raréfaction de l’air de la caisse) après une ou plusieurs déglutitions accomplies avec les narines ■ermées, et la nécessité d’une déglutition avec les narines
GOO
ORGANES DES SENS
ouvertes, pour rétablir l’audition dans son état normal (voy. p. 34G).
La caisse du tympan est traversée par un nerf (la corde du tympan) qui va aux glandes salivaires et a pour fonction d’en amener la sécrétion : aussi certains sons, sans doute par action sur la corde du tympan par l’intermédiaire de la membrane contre laquelle est collé ce filet nerveux, certains sons, surtout les sons très aigus, peuvent-ils amener la sécrétion abondante de salive; en tout cas on ne peut s’empêcher de rapprocher ce fait anatomique ( passage du nerf de la sécrétion salivaire dans la cavité tympanique) de ce fait physiologique que nous venons d’étudier, c’est-à-dire du rapport essentiel de la sécrétion salivaire et de la déglutition avec l’ouverture de la trompe d’Eustache, et par suite avec le maintien de la pression normale dans la cavité tympanique. Du reste ces rapports entre l’oreille moyenne et le pharynx nous sont expliqués par l’embryologie: chez le fœtus ces parties sont confondues dans la tre fente pharyngienne, et la trompe d’Eustache est le reste de cette communication fœtale (voy. page 338 la physiologie de la corde du tympan).