ADAPTATION
quant au point b, son cône objectif étant plus long, il a un cône oculaire plus court, dont le sommet sera en avant de la rétine, et qui n’ira frapper cette membrane qu’en divergeant, après avoir opéré l’intersection de ses rayons : si donc, comme dans l’expérience, on divise le cône en deux, en regardant par deux trous, l’objet qui n’est pas fixé, l’objet b viendra se peindre par deux cônes distincts (et sera vu double) puisque la rétine ne les rencontre pas au niveau de leur sommet commun (b'), mais plus en arrière, lorsqu’ils se sont de nouveau séparés (b", b"). Il est donc évident que l’œil était adapté pour voir a et non pour voir b: l’inverse arriverait si l’on fixait attentivement b; ce serait alors a qui paraîtrait double. •
Ces faits suffisent pour prouver que nous avons la faculté d adapter notre vue aux différentes distances. Cela reste vrai jusqu’à un certain point, quelle que soit la distance; en effet nous pouvons voir des objets placés même à une distance infinie, tandis que nous apercevons delà façon la plus nette les objets placés à 0m,25. C est en effet à cette distance que nous recevons la plus grande quantité de lumière, et en général la faculté d’adaptation oscille entre l’infini etOm 25.
Sous ce rapport il y a cependant de grandes différences individuelles : les limites que nous venons d’indiquer sont celles des yeux normaux, dits emmétropes. Mais certaines personnes ont les milieux oculaires doués de si peu de pouvoir convergent que, quelle que soit la longueur du cône objectif, le cône oculaire n’est jamais assez court pour que son sommet tombe sur la rétine ; même quand l’objet lumineux est à l’infini, son image vient se faire plus loin que la rétine : ces personnes sont dites hypermétropes, c’est-àdire qu’il faudrait que l’objet fût au delà de l’infini pour que le sommet du cône oculaire pût tomber sur leur rétine (fig. 137 ; 1) : ces yeux sont nommés hypermétropes , et ce défaut de convergence (de brièveté du cône oculaire) constitue V hypermétropie. — D’autres personnes au contraire jouissent de milieux oculaires à pouvoir tellement convergent que le cône oculaire est toujours trop court, son sommet se faisant toujours en avant de la rétine, et il leur faut rapprocher beaucoup les objets, regarder de très près pour
ORGANES DES SENS (ŒIL)
que, ce cône s’allongeant, son sommet vienne tomber sur la membrane sensible: c'est là le cas des myopes (fig. 137; 2) et cette trop grande brièveté du cône oculaire constitue la
myopie1.
Fig. 137. — Œil hypermétrope et œil myope’.
On voit que V hypermétropie et la myopie sont deux états opposés, dans le premier desquels l’œil, à l état de îepos, sans aucun effort d’adaptation, ne peut voir que des objets très éloignés, plus éloignés que l infini, tandis que dans t second il ne peut, dans les mêmes circonstances, \oii que des objets très rapprochés. — Un autre état de 1 œil, qu on confond souvent avec 1 hypermétropie, c est la piesbytie , ce trouble dans les fonctions des milieux oculaires consiste
. 1 Vov. dans le Nouveau Dict. de méd. et de chir. prat. les articles de Licbreich et de Javal : Accommodation, Emmétropie, Diplopie, Asthénopie, etc.
* 1. Œil hypermétrope. Les rayons lumineux, venus meme de 1 infini (parai leles , donnent un cône oculaire dont le sommet tombe en arrière de la ■ et ne (en fl), .oit que ce cône soit trop long (défaut de pouvoir convergent dans les milieux .le
l’œill soit que la rétine soit trop en avant (œil trop cour ).
2 ŒU myope. Les rayons lumineux, venus de l'infini (parallèles), donnent
un cône oculaire dont le sommet tombe en avant delà retmo (en b).
cône soit trop court (excès de pouvoir convergent des milieux), : sod q*,e a ré m
se trouve placée trop en arrière (œil trop long; les travaux de Do..dm rattachent
la myopie à cette dernière cause, que la figure fait bien saisi o
très allongé d’arrière en avant).
MYOPIE ET HYPERMÉTROPIE.
en ce que la faculté de l’adaptation est diminuée et ne peut plus se produire pour les objets rapprochés : c’est ce qui arrive normalement avec les progrès de l’âge. Ainsi l’hypermétrope a fatalement un cône oculaire toujours trop long , le myope un cône toujours trop court ; mais l’un et l’autre peuvent modifier ce cône par l’adaptation et notamment le raccourcir, comme nous le verrons. Le presbyte, au contraire, ne peut presque plus modifier ce cône pour la vision des objets rapprochés; on voit donc que si un œil normal peut devenir presbyte, il en est de même d’un œil hypermétrope ou myope , et que la myopie et la presbytie peuvent se trouver combinées.
Mais l’art a trouvé, pour remédier à ces vices de la vue, des moyens empruntés à l’optique : il s’agit, de modifier les cônes oculaires trop longs ou trop courts, et pour cela on place devant l’œil un verre concave ou convexe. Les plus simples notions de physique nous permettent de comprendre qu’un verre concave ou divergent allongera le cône oculaire, puisqu’il diminuera le pouvoir convergent de l’œil : les myopes feront donc usage de verres concaves. Au contraire un verre convexe ou convergent raccourcira le cône oculaire; puisqu’il augmentera le pouvoir convergent de l’œil, ce sera d’un verre convexe que feront usage les hypermétropes pour raccourcir le cône oculaire, de même que les presbytes, lorsqu’ils veulent voir de près, et qu’alors leur adaptation est devenue impuissante à produire cet effet.
L’étude des variétés dans le pouvoir convergent de l’œil et du mode artificiel par lequel on y remédie, va nous permettre de comprendre comment peut se faire l’adaptation à l’état normal. En effet, l’emploi des verres dont nous venons de parler est une sorte d’adaptation artificielle, surtout chez le presbyte. 11 est donc probable que, dans l’adaptation physiologique, il se passe dans l’œil quelque chose d’analogue, c’est-à-dire que le pouvoir convergent de cet organe est modifié.
Cependant on a cru longtemps que le mécanisme de l’adaptation pourrait consister en un changement de forme de l’œil, de manière à modifier, non le cône oculaire, mais la position de la rétine, qui viendrait alors se placer vers le
ORGANES DES SENS (ŒIL)
sommet de ce cône; par exemple, l’œil se raccourcirait sous l’influence des muscles droits quand il fixe des objets éloignés, et s’allongerait sous l’influence des obliques quand il fixe des objets rapprochés. Mais celte fonction des muscles moteurs de l’œil est tout à fait hypothétique et, qui plus est, contraire à leur disposition anatomique et à toutes les expériences de physiologie.
On a aussi parlé de changements de place du cristallin, qui agirait alors comme une lentille que l’on éloigne ou que l’on rapproche, comme dans un microscope que l’on met au point; mais la possibilité de ces déplacements du cristallin est également contraire aux notions anatomiques, et du reste l’expérience directe montre qu’il n’en est rien.
L "expérience directe montre que l'adaptation , comme le faisaient prévoir nos études sur l’adaptation artificielle, consiste dans un changement de courbure et par suite dans un changement de force convergente d’un seuldes milieux de l'œil , du cristallin. L’expérience est basée sur l’étude des images fournies par les diverses surfaces fonctionnant comme des miroirs.
En effet il est facile d’observer que la surface de la cornée donne lieu à une image, et qu’il en est de même de la lace antérieure eide la face postérieure du cristallin, de telle sorte qu’en plaçant une lumière devant un œil (fig. 138) on peut observer dans cet œil trois images de la flamme : deux droites (a et 6)dues à la cornée (a) et à la face antérieure du cristallin (miroirs convexes) et une renversée (c) due à la face postérieure du cristallin (miroir concave). En commandant h une personne, sur laquelle on vérifie ce fait, de fixer des objets placés à des distances différentes, on verra que le seul changement qui s opère dans les trois images indiquées a lieu dans l’image fournie par la face antérieure du cristallin (1 image b). On en conclut
* a, image droite produite par la cornée ; — b, image droite produite par la face antérieure du cristallin ; — c, image renversée produite par la face postérieure du cristallin.
Fig. 138. — Images données par les surfaces des milieux oculaires fonctionnant comme miroirs (images de Purkinje) *.