Journal de physiologie de Magendie, t. II, p
2. J. Picard, De la Présence de l'urine dans le sang et de sa diffu non dans l’organisme. Strasbourg.
APPAREIL UIUNAIRE.
cédés de dosage de Tarée ; Oppler, Péris, Hermann, Hoppe- Seyler et Zalesky prétendaient que l’urée se forme en grande partie dans le tissu rénal, comme la ptyalinese forme dans les glandes salivaires; une macération du rein aurait donné naissance à de l’urée, comme une macération de la parotide donne lieu à de la diastase animale. Enfin Zalesky prétendait que l’ablation des reins (néphrotomie) et la ligature de l’uretère produisaient des accidents différents; que dans la ligature de l’uretère l’urée se trouvait en bien plus grande abondance dans le sang, et amenait plus rapidement les accidents urémiques.
La question n’a pu être tranchée que par l'emploi d’un procédé de dosage d’une exactitude incontestable , c est le procédé qu’a employé Gréhant : il s’est servi du réactif de Millon ou nitrate nitreux de mercure, qui décompose l’urée en volumes égaux d'acide carbonique et d azote, et il adonné à ce procédé de dosage son caractère de ligueur et d’exactitude en s’attachant à recueillir tout l’acide carbonique et tout l’azote provenant de cette réaction, de sorte que, dans chaque analyse, l’égalité des volumes trouvés d’acide carbonique et d’azote lui a donné la certitude que l’urée seule avait été décomposée. Il a ainsi démontré que l’accumulation de l’urée dans le sang, après la néphrotomie, se fait d’une manière continue, et que dans ce cas, comme dans la ligature de l’uretère, le poids d urée qui s’accumule dans le sang est égal à celui que les reins auraient excrété; qu’après la ligature des uretères, le sang qui sort du rein contient exactement la même quantité d’urée que celui qui entre dans cet organe ; qu à i état normal le sang de la veine rénale contient moins d’urée que celui de l’artère, et que ce déficit correspond précisément à la quantité d’urée qui est rejetée pendant ce temps par les urines1. On est donc en droit de conclure aujourd hui i d une manière incontestable que le rein n’est, relativement a 1 uree, qu’un filtre où ce produit s’élimine, après s’être forme dan toute l’économie: si la macération du rein a donné à lie mann une certaine quantité d urée, c est que e i re reI
1. Voy. Gréhant, Cours de l’école pratique de la t acuité de m< dccine de Paris. ( Revue des cours scientifiques, novembre 1M1./
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peul être imprégné de cette substance et en abandonner par le lavage.
Nous voyons donc, d’une manière générale, que le rein ne saurait être assimilé complètement à un filtre : le premier acte, celui qui se passe au niveau du glomérule, est uu acte de pure filtration ; mais l’acte de résorption se fait avec un certain choix (albumine). Gesdeux actes constituent par leur ensemble le phénomène de la sécrétion rénale, et on ne saurait dire, à ce point de vue, que le produit de la sécrétion rénale soit un produit de filtration pure et simple. C’est ce que prouve la composition de l’urine.
B. Composition de l'urine.
L’urine est sécrétée dans les 24 heures en quantités variables, qui oscillent à l’état normal entre 1 200 et 1 500 grammes. Cette urine est une solution acide de divers principes dans l’eau : les principes dissous varient fort peu en quantité ; toutes les variations sontdues à la proportion d’eau ; en un mot, les urines sont à l’état normal plus ou moins abondantes , parce quelles sont plus ou moins diluées.
La quantité d'eau contenue dans l’urine varie d’après 1 état de la circulation et l’état du sang : la sécrétion urinaire se composant de deux actes, dont l’un est une filtration par pression, plus la tension artérielle sera grande, plus il y aura d’urine, c’est-à-dire d’eau éliminée: en un sens inverse, toutes les fois que la tension artérielle est faible, les urines sont rares. Les médecins savent parfaitement qu’il ne faut pas compter sur les diurétiques avec les malades dont le pouls est très mou et très faible, et qu’alors le meilleur diurétique sera le médicament capable de relever la force du cœur et la circulation. Sous ce rapport la sécrétion urinaire est très importante: elle constitue une espèce de soupape de sûreté par laquelle le sang se débarrasse de son excès d’eau. Après les repas il y a une sorte de pléthore générale, une augmentation dans la tension du sang, et par suite filtration d’une urine abondante et très diluée {urina potus et cibi). Le matinau contraire, l’urine, sécrétée pendant le repos de la nuit, est plus concentrée et plus rare, parce qu’aucune cause n’est venue augmenter ni la quantité du liquide sanguin, ni sa près-
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sion. Le rein est donc la principale surface où se dégage l’excès d’eau de l’organisme, et cela par un effet purement mécanique, en vertu même de l’existence de cet excès. — Le poumon élimine aussi un peu d’eau, mais en très faible quantité ; la sueur est aussi une voie de départ pour 1 eau, mais voie très capricieuse et nullement mécanique (voy. p. 542) : la sécrétion de la sueur est une vraie sécrétion, elle se fait par fonte épithéliale sous l’influence du système nerveux, et n’obéit nullement à l’état de tension du système circulatoire : c’est souvent au moment où le pouls est le plus bas, que d’abondantes sueurs se produisent, comme par exemple dans l’agonie (voy. Fonctions de la
peau, glandes sadoripares)1.
En déterminant la densité de la masse des urines rendues dans les 24 heures, on trouve comme moyenne de 1018 à 1020; cette densité peut s’élever jusqu’à 1030 sans que les urines cessent d’être normales 2.
Les substances dissoutes dans l’eau de l’urine sont au contraire représentées par une quantité à peu près constante pour les 24 heures. On peut établir une véritable proportion entre lepoids de l’organisme et la quantité de résidu solide contenu dans l’urine d’un jour. Chaque kilogramme de l’animal sécrète 1 gramme d’urine anhydre; doncl urine de
un caractère einnograj 2. Voy. A. Rabutcau Paris, 1875.
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mands ou les Anglais (-40 gr. en France, 67 à 70 gr. en Allemagne et en Angleterre)1. La différence de ces résultats tient surtout à la différence de l’alimentation, de même que la quantité d’eau de l’urine tient à la différence des boissons : dans les pays où la bière forme la boisson ordinaire, les urines sont beaucoup plus abondantes.
Les 65 gr. d'urine anhydre (des 24 heures) se répartissent d’une façon assez régulière entre divers matériaux constants, et qui proviennent- du sang, puisque d’après la théorie, confirmée par les expériences, il ne doit rien se trouver dans l’urine qui ne préexiste dans le sang. Près de la moitié (30 gr. en 2-4 heures, environ 15 à 20 gr. par litre) est représentée par une substance que nous avons déjà signalée dans presque tous les liquides de l’organisme, c’est l’urée. L’urée est un principe azoté ; c’est, de tous les produits excrémentitiels de l’organisme, celui qui élimine le plus d’azote. Il est démontré que l’urée excrétée est presque toute l’urée à laquelle pouvaient donner naissance les aliments, ce sont les 4/5 d’après Lehmann ; on se rend compte du dernier 1/5 en se rappelant que la respiration en excrète un peu, ainsi que l’exfoliation épidermique et la sécrétion de la sueur. On trouve encore dans l’urée à peu près 1/5 de carbone qu’il faudrait ajouter aux 500 grammes que nous excrétons en un jour par le poumon.
La quantité d’urée peut varier sous l’influence de conditions bien déterminées ; comme elle est le résidu de la combustion des albuminoïdes dans l’organisme, elle sera d’autant plus abondante que la nourriture sera plus animale. En Angleterre, où la nourriture est très abondante et sur-
1. L. Beale, Del' Urine, tract, par Ollivier etBergeron. Paris, 1865, p. 109.
Tableau des principaux principes contenus dans l’urine (Ch. Robin, Leçons sur les humeurs , 1874., p. 762) pour 1000 grammes d’urine. Eau 965 00
Chlorure de sodium 3 00 (10 gr. en 24 heures).
Sulfates (KO NaO, CaO) 300 Phosphates 3 00
Uratcs 1 00
Hippurales 1 00
Urée 1500 (23 à 30 gr. en 24 heures).
Créatine 1 40
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tout 1res animale, on cite comme normaux des chiffres relativement très élevés; dans l’abstinence complète l’urée arrive à son minimum (17 gr. par 24 h.), mais il y en a toujours dans l’urine, parce quedans cesconditions l’animal se nourrit aux dépens de sa propre substance, et que par suite son régime est azoté.
Dans les maladies fébriles on peut dire qu’il existe en général un rapport direct entre le degré de la chaleur animale et la quantité d’urée éliminée (Hepp et Hirtz^un fait à noter, c’est que la diète agit sur l’urée en sens inverse de la fièvre. Il peut donc arriver que dans les fièvres qui ont duré longtemps, l’urée, sans cesser d’être considérable, le devienne moins, quoique la température se maintienne élevée. Dans certaines maladies, au contraire, la chaleur restant normale, l’urée s’élève accidentellement aux proportions que lui donne l’état fébrile : c’est particulièrement dans la cirrhose du foie que l’on a trouvé dans ces cas l’urée augmentée (Andral).
Les 30 à 35 autres grammes d’urine anhydre se répartissent de la manière suivante:
Il yalOà 15 grammes de matières qu’on désignait autrefois sous le nom de matières extractives et qui sont aujourd’hui bien caractérisées par la chimie comme des produits incomplets de la combustion des albuminoïdes : ce sont la créatine , la créatinine, etc.; mais le plus intéressant est Y acide urique, peu abondant il est vrai, mais qui dans certaines circonstances peut s’accumuler en grande quantité dans burine ou être retenu dans les tissus (diathèse urique; goutte; tophus d’urate de soude). Dans l’étal normal ce corps est à l’urée comme 1 est à 30, c’est-cà-dire qu’on n’en trouve que 1 gramme dans les urines de 24 heures. Il est surtout remarquable par son peu de solubilité: l’eau n’en dissout que 1/2000 de son poids. Cette solubilité est trop faible pour expliquer comment l’acide urique de l’urine est dissous ; il est, d est vrai, à l’état d’urates, mais ceux-ci étant presque aussi insolubles que lui (1/1500), on admet que l’acide urique ou les ürates sont dissous à la faveur du phosphate acide de soude ou bien à la faveur de la matière colorante. 11
1. Hirtz , Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
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est de fait que l’urine évacuée et abandonnée à elle-même subit une espèce de fermentation lactique, à laquelle ■semblent prendre une grande part les matières colorantes, qui se détruisent, et dès lors l’acide urique se précipite. Chez un grand nombre d’animaux, chez les herbivores, l’acide urique est remplacé par un acide analogue, X acide i hippurique, qui se compose d’acide benzoïque et de glycocolle ; et en effet l’homme peut amener la présence de cet acide hippurique dans ses urines, en absorbant de l’acide 'benzoïque ; le glycocolle ou sucre de gélatine est alors fourni oar les métamorphoses des tissus connectifs.
Il ne reste donc plus que 20 grammes d’urine anhydre dont mus ayons à indiquer la composition : ces 20 grammes sont représentés par des sels, dont 8 à 10 de chlorure de sodium st 12 de sels divers (sulfates, phosphates, lactates, etc.), ms sels sont la plupart à base de soude; il y a aussi quelques mis de chaux, tenus en dissolution à la faveur d’un excès l’acide. Aussi les urines alcalines, celles des herbivores par exemple, sont-elles très troubles, et l’urine du cheval a ervi de type pour désigner les urines pathologiquement Llcalines et très troubles, d’où le nom d 'urines jumenlev ses. ms phosphates sont notamment des sels terreux, et par 24 mures il y a l ou 2 grammes de phosphates de chaux ou de magnésie. Un fait intéressant, c’est que l’alimentation n’est sas sans influence sur la présence des phosphates et des sulates: nous ingérons en général peu de phosphates et de ulfates, mais dans nos aliments il se trouve une certaine uantité de soufre et de phosphore contenus dans les maières organiques, albumine, protéine, gluten, etc. Quand es matières protéiques sont comburées et se transforment nurée, elles laissent le soufre et le phosphore s'oxyder et roduire des acides sulfurique et phosphorique. Gela nous xplique pourquoi les phosphates et les sulfates varient de uantité dans l’urine en même temps et d’après les mêmes ùs que l’urée. Nous savons déjà qu’une certaine quantité e soufre (près de 4 gr. par 24 heures) se retrouve dans la ile sous la forme d’acide lauro-cholique.
Les urines de l’homme et de tous les carnivores sont rides: cette acidité est due d’après les uns (Uabuteau)
appareil urinaire.
au phosphate acide de soude; d après les auties (Buisson) à un phosphate urico-sodique. L acide hippurique contribue aussi à donner à l’urine son acidité.
Les herbivores ont l’urine alcaline; mais dans 1 état d abstinence, réduits à brûler leur propre substance, c est-à-diie devenus carnivores, ils produisent également une urine acicle. Inversement l’urine de l’homme peut devenir alcaline sous l’influence d’une alimentation exclusivement herbacée, ou après l’ingestion de substances médicamenteuses possédant une réaction alcaline.
On no sait rien de bien précis sur l’influence du système nerveux sur la sécrétion de l’urine : il est probable, d après ce qui précède, que cette influence se réduit à une action vaso-motrice modifiant et l’afflux et la pression du sang dans les capillaires
du glomérule et de la masse rénale.
M. Peyrani a cherché a déterminer le rôle du grand sympathique dans la sécrétion urinaire, par de nombreuses recherches expérimentales sur les animaux. Evaluant la quantité d’urine et d’urée excrétée tantôt dans les 6 heures qui précédaient toute expérimentation, tantôt pendant les 6 heures e l’excitation galvanique du sympathique, soit encore pendant les 6 heures qui succédaient à la section du sympathique, il a observé que la quantité d’urine atteint son maximum dans les cas où le sympathique est coupé (la section portait sur le cordon cervical du grand sympathique), tandis que la galvanisation du bout périphérique du sympathique amène la quantité d urine el d’urée bien au-dessous du niveau normal. Vulpian a précisé da vantai la recherche des rameaux du grand sympathique qa modifient la sécrétion urinaire; ses expériences ont porte sur les nerfs splanchniques. Dès qu’on coupe l’un des nerfs splanchniques, le rein correspondant s’injecte, devient rose, augmente de volume; la veine se distend et le sang y pai ait ai ehV l’urine, sécrétée en beaucoup plus grande abondance, est alors
albumineuse1.
G. Excrétion de V urine. , ,
La pression qui a fait filtrer l’urine continue a la faire
marcher dans les tubes urinifères, et c’est cette espece de visa tergo qui amène le liquide jusqu’au sommet des p